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CHAPITRE II La Manufacture du Pavé Saint- Laurent

SOMMAIRE

Jean Forasassi, dit Barbarino, est aalorbé à rétablir k Rennci une manafacture de « terre émaillée » en 1748. — De Cbarmoy lui succède l'année suivante. — Sa chute en 175S. — Eiploitation par une Société,

— Acquisition de la manuracture par Duboys de la Yrillière en 1759. — Il sollicite divers privilèges ainsi que le litre de Manufacture royale. — Résistance de l'Intendant. — Intervention du duc d'Aiguillon. — Manufacture privilégiée. — Vente au sieur Lcclerc en 1766. — Le conseiller Fourché de Quéhillac. — Leclerc demande pour son établissement le titre de Manufacture royale, qui lui est refusé. — Il sollicite des Etats de Bretagne un prêt de 30,000 livres. — On lui prête 1S,060 livres.

— Il meurt insolvable en 1773. — Recours des Etats contre de Rongouét, caution de Leclerc. — Acquisition de la manufacture par Jollivet, en 1775. — Demandes d'emprunts aux Etats. — Refus de ceux-ci. — Jollivet s'associe son gendre, Philippe Binet, en 1777. — La veuve Binet.

— Joseph-Louis Ménard achète la manufacture en 1856. — Essais de porcelaine en 1865. — Fin de la fabrication en 1887.

Aux xvii* et XVIII*' siècles, la voie publique que nous appelons aujourd'hui rue d'Antrain portait, depuis la place Sainte-Anne et la place de la Visitation jusqu'à Fembranchement actuel de la rue Saint-Martin à gauche et de la rue de Vincennes à droite, le nom de rue de la Reverdiais. La partie Nord de cette rue était ordinairement désignée sous le nom de « quartier des Capucins, » en raison du voisinage du couvent occupé par les religieux de

cet ordre dont lo monastère a fait place, depuis 1828, à l'Institution Saint-Martin que dirigent les Pères Eudistes.

A partir de la rue Saint-Martin, le faubourg d' Antrain actuel prenait le nom de « faubourg Saint- Laurent » ou de « Pavé Saint-Laurent. » Quand on avait parcouru une centaine de mètres dans ce faubourg, on trouvait, à gauche, une maison à laquelle était contigu un assez vaste jardin, le tout appartenant à un sieur Picquet. C'est cet emplacement que l'Italien Jean Forasassi, dit Barbarino, choisit pour y installer sa fabrique. Mais, avant tout, il lui fallait l'autorisation du Corps de Ville, sans laquelle il ne pouvait songer à s'établir.

Le Registre des Délibérations de la Communauté va nous mettre au courant de ce qui se passa.

Séance du 3 mai ilkS. — Sur la requête du sieur Jean Forasassi, dit Barbarino, florentin de nation, tendant à ce qu'il lui soit permis d'établir dans cette ville une manufacture de poterie émaillée,

La Communauté, vu la requête, avant de rien arrêter sur cet article^ pour vérifier si un pareil établissement peut être utile au public, a nommé M" Desprez, Bigot, Bodin et Gazon ^

Deux mois plus tard, les Commissaires désignés dans la séance du 3 mai déposaient leur rapport, et la Communauté prenait cette délibération :

La Communauté a permis au sieur Forasassi de rétablir ^^

t. Archi?es manicipales. Registre des Délibérations de la Gommananté . Séanee dn 3 mai 1748.

s. Ce root rétablir n'indique-t-il pas que les membres du Corps municipal o'tYaient pas perdu le souvenir d'anciennes manufactures du môme genre ayant Jadis eiisté à Rennes?

dans cette ville et fauxbourgs, une manufacture de terre émaillée, avec défense de le troubler dans son établissement'.

Forasassi put dès lors s'installer au Pavé Saint- Laurent, mais il ne semble pas être resté longtemps à la tête de la fabrique. En effet, il figure au rôle de l'impôt de la capitation de la ville de Rennes pour 1749 avec cette mention : « Quartier des Capucins, 9"" maison au sieur Picquet. Le sieur Barbarino, fayancier, 6 livres ; » mais nous avons inutilement compulsé les registres de la capitation postérieurs à 1749 et nous n'y avons plus jamais rencontré le nom de notre florentin. Nous supposons qu'il ne fut qu'un prête-nom de Clément-Nicolas Emmerel de Charmoy, receveur des consignations du Parlement de Bretagne 2, qui semble avoir été le principal propriétaire de la manufacture jusqu'en 1752, époque où il tomba dans une déconfiture qui eut alors un grand retentissement.

Dans le courant de l'année 1749, le sieur Bousquet, directeur de la fabrique de faïence de Quimper, se plaignait à l'Intendant des Finances que les entrepreneurs des manufactures de Brest et de Rennes lui enlevaient ses ouvriers en leur offrant de plus forts salaires. Charmoy rédigeait alors un mémoire justificatif dans lequel il se défendait d'avoir cherché à débaucher des ouvriers de Quimper « qui,

1. Archives municipales. Registre des Délibérations de la Gommanaoté. Séance da 11 Juillet 1748.

2. Clément-Nicolas Emmerel de Charmoy, écuyer, seignenr de la Cbâteigneraye, fut nommé en 17S3 payeur des gages du Parlement de Bretagne, puis receveur des consignations. Il 8*eipatria en 1752, et mourut à l'étranger vers 1766. Il avait épousé en 1750, Pélagie-Gillette Gardio de la Glestière, née à Face, près Rennes, fille de Jean Gardin, écuyer, sieur de la Glestière, lieutenant de la Maréchaussée de Bretagne, et de Marguerite Gazon. (Eitrait d'une note communiquée par M. Fr. Saulnier.)

dit-il, lui seraient peu utiles, attendu que les ouvrages dont il a entrepris l'essai sont d'une espèce toute différente de ceux que fabrique le sieur Bousquet. »

Les associés de Charmoy, dont les noms ne nous sont pas connus, semblent avoir conservé la direction de la manufacture du Pavé Saint-Laurent au moins jusqu'en 1754. Une note de M. Danjou * fait mention d'un rapport intitulé Considérations sur le Commerce de Bretagne, présenté aux Etats de la province le 19 octobre 1754 par M. Pinczon du Sel des MontS; et dans lequel nous lisons : « Le sieur de Charmoy avait voulu établir une manufacture de faïence plus belle et plus fine [que celle du sieur Tutrel^|; mais, soit par défaut de matière ou des ouvriers, il n'en a rierv tiré de bien parfait. Elle est entre les mains de plusieurs intéressés... »

Nous ne connaissons aucune pièce céramique contemporaine de la direction de Charmoy et do ses associés. Nous croyons seulement que parmi leurs ouvriers figuraient un nommé Jugan, « ouvrier fayancier à la manufacture, » qui demeurait dans le quartier des Capucins, et qui était imposé à la capitation pour 3 livres en 1752 et pour 4 livres 10 sous en 1753; un nommé Charpentier, demeurant même quartier, imposé pour 2 livres en 1753 3; peutêtre aussi le potier de terre Claude Huet, dit Saint- JoanS demeurant rue Saint-Dominique, qui avait bien pu faire partie du personnel de Barbarino.

1. Mémoires de la Société archéologique d'I Ile-et-Vilaine; Procès'verbaux. — Séance du 11 Janvier 1870; t. IX, p. ii, à la note.

9. Etablie vers 1750 dans la rue Hue, comme on le verra plus loin, au ckapitre III.

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