‹ Les anciennes faënceries rennaisesChapitre 41 sur 78 · Suprà, chap. I, p. 8 et · texte numérisé non relu

Suprà, chap. I, p. 8 et

son nom au quartier où il s'était établi et qu'il reproduisît son efïîgie sur une des pièces capitales sorties de son atelier? Si Ton veut bien admettre cette hypothèse, on arrivera à prendre pour type de nos faïences rennaises de la période italienne le bénitier dont nous parlons, mais nous constatons une fois de plus avec regret qu'en l'absence de toute signature et de toute marque d'origine nous ne pouvons jusqu'à présent qu'émettre des conjectures.

Quant à la période française de notre fabrication, il n'en est pas de même. Des pièces datées, signées ou portant en toutes lettres le mot Rennes existent, et dans notre Musée, et dans plusieurs collections privées. Nous ne pouvions manquer de les signaler dans la présente étude, et nous avons accompagné leur description des fac-similés des marques et signatures dont elles sont revêtues. Ce sont ces pièces, celles-là seulement, que nous devons prendre comme types certains de nos faïences locales de la deuxième période, et qui offrent pour nous les véritables et les seuls caractères distinctifs do la fabrication rennaise.

Après la disparition de Forasassi, nos céramistes, abandonnant à peu près complètement les couleurs vives qu'avaient apportées les italiens, notamment leur jaune si chaud et dont l'intensité était encore accrue par des oppositions de brun, nos céramistes, disons-nous, ne tardèrent pas à se composer une palette particulière, mais peu variée et encore moins brillante. Ils conservèrent, il est vrai, le beau bleu de cobalty mais ils le mélangèrent quelquefois de noir ou de violet, de façon à lui donner une teinte un peu ardoisée. Ils se servirent du jaune citrin et.

plus rarement, du vert de cuivre. A ces couleurs ils ajoutèrent le rouge brun et le vert de Moustiers, c'est-à-dire un vert atténué et assombri, pour ainsi dire sali, par un mélange de noir ou de violet; puis, comme couleur de prédilection, ils employèrent le violet de manganèse ^ et, il faut bien le dire, ils en abusèrent souvent.

S'ils ont fait quelquefois le camaïeu bleu ou jaune à petits bouquets et à fleurages dans le genre de Moustiers et de Marseille, ou bien le décor « au Chinois » avec personnages, chasses ou fabriques, ils ont plus généralement produit, aussi bien en polychrome qu'en camaïeu, de larges et grandes fleurs, bien feuillues, parmi lesquelles s'épanouissent principalement la rose, l'œillet, la tulipe et surtout la clématite. Ces fleurs sont jetées hardiment et leurs contours, dessinés ou chatironnés de noir ou de violet très foncé, sont tracés d'une main sûre qui dénote chez nos décorateurs une incontestable habileté.

Enfin, faisons ici une dernière remarque qui nous semble d'une grande importance. Le violet de manganèse des faïences de Rennes a très souvent subi au feu un bouillonnement qui se traduit par une sorte de pointillé blanc qui le parsème et lui enlève dès lors une partie de la valeur de son coloris.

En somme, l'absence complète du rouge vif, l'usage du vert sombre et l'emploi presque constant du violet de manganèse plus ou moins bouillonné donnent à l'aspect général de nos faïences, malgré quelques touches plus chaudes de jaune et de bleu assez frais, une sorte de froideur et de monotonie à laquelle, cependant, on s'habitue promptement.

Nous dirons même que cette note un peu triste n'est pas sans un certain charme.

En matière de céramique, nous le savons, la question d'attribution est, dans beaucoup de cas, des plus délicates; aussi ne doit-on se prononcer qu'avec la plus grande circonspection. Toutefois, et c'est ainsi que nous concluons, nous croyons que, tout en tenant compte dans une certaine mesure des indices signalés à propos de l'émail, du style et de la forme, il faut surtout s'attacher à la composition de la palette, et que c'est dans Vensemble des diverses particularités que nous venons d'énumérer qu'il faut chercher le plus souvent — quand on n'a pas sous les yeux, comme point de comparaison, une pièce absolument authentique — qu'il faut chercher, disons-nous, le véritable caractère de nos faïences rennaises du xviii" siècle.

Page 1