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CHAPITRE X

Les Faïences de Rennes dans les Collections publiques et particulières.

SOHHAIRE :

§ l«^ Collections publiques. — Notre enquête. — Musée céramique de la Manufacture nationale de Sèvres. — Musée des Thermes et de rilôLel de Cluny. — Musée départemental d'archéologie de Nantes. — Musée scientifique et archéologique de Laval. — Musée Adrien Dubouché à Limoges. — Musée archéologique de Lyon. — Musée de Vitré. — Musée de Fougères. — § S. Collections particulières.

§ l•^ — Collections publiques.

Désirant nous rendre compte du nombre et de Timportance des faïences de Rennes qui figurent actuellement dans les collections publiques françaises, nous avons entrepris à cet effet une enquête sérieuse près de nos collègues les conservateurs des Musées de Paris et des départements. Au mois de juin 1899, nous avons écrit à soixante-seize d'entre eux et nous avons reçu cinquante-sept réponses.

Tout en manifestant le vif regret que nous éprouvons en constatant que dix-neuf de nos collègues ne nous ont point répondu, nous les prions, si le présent travail vient à tomber sous leurs yeux, de croire néanmoins que nous serons toujours heureux de nous mettre à leur disposition s'ils ont Tocca-

sion do nous demander quelque service. Notre lettre a pu, d'ailleurs, leur parvenir dans un moment où ils étaient préoccupes, absents ou malades, et, dans ces circonstances, nous ne saurions leur refuser Tindulgence que nous-même nous solliciterions d'eux si nous nous trouvions dans le même cas. Quant à ceux qui nous ont si obligeamment renseigné, nous tenons à leur dire ici combien nous leur sommes reconnaissant de leur empressement et des sentiments de bonne confraternité qu'ils ont bien voulu nous exprimer.

De notre enquête — ou mieux des cinquante-sept réponses qui nous sont parvenues, — il résulte qu'il existe environ quatre-vingts pièces céramiques de fabrication rennaise, ou cataloguées comme telles, dans huit Musées français, le Musée archéologique de Rennes non compris*. Ces faïences rennaises sont ainsi réparties :

Musée céramique de la Manufacture nationale de

Sèvres 14 pièces.

Musée des Thermes et de THôtel de

Cluny 1

Musée départemental d'Archéologie

de Nantes 2

Musée scientifique et archéologique

de Laval 1

Musée Adrien Dubouché à Limoges. . 1

Musée archéologique de Lyon 1

Musée de Vitré 11

Musée de F'ougères : environ 50

Total 81 pièces.

1. La collection de Géramiqae locale, conservée au Musée Archéologique de Rennes, a été décrite en détail dans le chapitre IX qui précède.

Voici, dans Tordre de la liste ci-dessus, la description de ces diverses pièces :

Musée céramique de la Manufacture nationale de Sèvres.

Sonpière ronde à bandeaux et galons en relief godronnés; anses do rocailles; bouton formé par des légumes en haut relief peints « au naturel ; » décor polychrome dessiné d'un trait noir accentué; des tiges de fleurs et des fleurettes en motifs séparés.

Hauteur totale : 0" 26. — Diamètre : 0" 21.

Plateau de même style et de décoration identique. Diamètre : 0* 27.

Écritoire à deux gradins superposés présentant chacun sur la face antérieure un ressaut semi-circulaire, celui du bas décoré d'un mascaron en relief; les plaques de dessus sont percées de trous circulaires, d'une rosace et de trois fleurs de lys ajourées ; décor bleu ardoisé et jaune, dessiné de manganèse; sur le dessus, des ramages de fleurs épanouies, en réserves blanches modelées de bleu et de manganèse sur fond bleu; sur les parois verticales, des paysages alternant avec des panneaux à losanges formés par des draperies nouées et dos tiges de fleurs.

Inscriptions au revers; d'un côté : Fecitte P. Boutgoûin; de l'autre : A Rennes, ce 12 octobre 1763 *.

Longueur : 0" 465. — Largeur : 0" 19.

(Ancienne collection Dupont-Auberville.)

1. Les fac-similé de ces deui marqaes ont été reproduits plas haut dans la notice consacrée au céramiste Al'-xis Bourgouin, chap. VIIi p. 93-9i.

IStatuette représentant la Vierge debout, portant sur son bras gauche l'Enfant Jésus qui tient le globe surmonté de la croix; de la main droite elle relève son manteau; vêtements peints en couleurs; cheveux et détails des figures en violet de manganèse ; sur le socle :

Hauteur : 0« 48.

Assilette à bord frangé; décor polychrome dessiné et modelé de manganèse; un bouquet, une tige de fleurs, des fleurettes et un papillon en motifs détachés; près du bord, un « peigne » en manganèse. — Marque : J B B en monogramme. Marque attribuée à J.-B. Bourgouin.

Diamètre : 0"" 24.

Théière sphéroïdale; an§e formée par une branche de cerisier bifurquée à son point d'insertion avec feuilles et fruits en relief; décor vert de cuivre dessiné de manganèse; sur les côtés, des fleurons de rocailles festonnés de feuillages; sur Tépaulement, des guirlandes de feuillages fleuronnés. — Le couvercle et le bec manquent.

Hauteur : 0" 11.

Aisisiette à bord chantourné, décorée en camaïeu violet de manganèse; au centre, une chinoiserie; sur le marli, un filet suivant le contour de Tassiette et trois tiges fleuries; émail gris sale; pâte lourde et épaisse.

Diamètre : 0" 24.

Liion couché» les pattes étendues, sur un socle rectangulaire; émaillé en plein à la manière de Nevers, en bleu persan, rehaussé de blanc fixe dans la crinière, les yeux, le contour des oreilles, etc.; la gueule émaillée en brun rouge.

Hauteur : 0™ 34. — Longueur : 0" 44. — Largeur : 0" 20.

Tabatière dite « chînchoire, » en forme de petite bouteille lenticulaire, à décor polychrome dessiné de manganèse; sur une face, un jeune garçon mangeant assis devant une table ; sur l'autre, le même garçon assis nonchalamment sur une chaise, les jambes étendues, le coude appuyé sur le dossier de la chaise ; sur la tranche, un double filet bleu.

Diamètre : 0™ 075. — Hauteur : 0" 09.

Tabatière dite « chinchoire, » on forme de soulier à talon, décorée do filets et de tiges de fleurs en bleu, rouge et vert ; sur le dessus, entre deux bordures à quadrillages en losanges pointés, Tinscri ption : En voulez-vous? — Fabrication moderne d'après un modèle ancien.

Largeur : 0" 09.

Vatse d^autel à bord déversé ; anses à tètes de lions; sur la face antérieure, dans un médaillon ovale encadré d'un large filet jaune à rayons jaunes et à flammes bleues alternés, le monogramme du Christ en bleu. — Attribution douteuse ; peut-être du Croisic.

Petit Vaise de même forme ; anses en volutes; sur la face antérieure, dans un médaillon circulaire

encadré d'un large filet jaune à rayons alternativement bleus et jaunes, le monogramme du Christ en bleu.

Hauteur : 0" 085.

Pot à anse, à col évasé ; décor jaune et vert dessiné de noir, traits accentués; sur la face antérieure, entre deux feuilles d'acanthe en rinceaux, une fleur de lis surmontée de la couronne royale; sur les côtés et sur le col, des rinceaux verts fleuronnés. — Recueilli au Bourg-de-Batz par M. Benjamin Fillon.

Hauteur : 0" 19.

A^islette à bord festonné, décorée en violet de manganèse; au centre du bassin, les attributs des trois Ordres surmontés des lettres entrelacées VLR (Vive le Roi); sur le marli, six fleurettes et, près du bord, un filet dentée

Diamètre : O" 22.

Notices extraites du Catalogue du Musée céramique de la Manufacture nationale de Sèvres^ par Edouard Garnier (fascicule IV, série D, Faïences),

Musée des Thermes et de THÔtel de Cluny.

Plat rond émaillé d'un blanc sale, sur le fond duquel se détache un bouquet bleu et quelques fleurs de même couleur, d'une teinte moins vive, plus noire que le bleu des faïences de Rouen. Le dessin est libre, assez large, sans symétrie.

Diamètre : 0" 55.

Renseignement fourni par M. E. Saglio, directeur du Musée des Thermes et de THôtel de Cluny.

Le Catalogue du Musée de Cluny; rédigé par E. du Sommerard et imprimé en 1881, mentionne trois pièces en faïence de Rennes : le plat ci-dessus sous le n^ 3803, puis, sous les n^' suivants 3804 et 3805, une fontaine forme dauphin et une vasque à cinq pans. M. Saglio, répondant à une demande que nous lui avions adressée, a bien voulu nous faire connaître que la vasque 3803, pièce des plus médiocres et en fort mauvais état, n'est plus exposée; quant à la fontaine 3804, elle a été reconnue comme une faïence de Rouen et classée comme telle.

Musée départemental d'archéologie de Nantes.

Fontaine à décor polychrome, do style rouennais. Dans un médaillon, une rose en violet rosé et un œillet bleu; au-dessus, des fleurettes jaunes. Les verts du feuillage sont nuancés. Le cartouche qui entoure le médaillon est bordé intérieurement d'un filet jaune citrin, puis de bandes bleues et violet foncé. — Le couvercle et la cuvette manquent.

Hauteur : 0«» 50.

Légumier de style Louis XV, à décor violet.

Renseignements fournis par M. P. de Lisle du Dréneuc, conservateur du Musée départemental d'Archéologie de Nantes.

Mutée tcientillqae et archéologique de I«aTal.

Sailadicr rond. — Faïence blanche à décor polychrome. — Le fond est presqu'entièrement rempli par un gros bouquet à feuillage vert foncé et composé d'une rose et d'une tulipe en violet de manganèse, d'une pensée violette et jaune et de deux autres fleurs à pétales bleus et à cœur jaune. De ce bouquet se détache un œillet jaune à longue tige. Sur le bord intérieur du saladier quelques tiges fleuries et fleurettes isolées au-dessus desquelles court un filet circulaire en violet de manganèse. — Extérieur blanc, sans décor, à godrons obliques.

Hauteur : 0" 11. — Diamètre à rorifice : 0" 39.

Renseignements fournis par M. Œhlert, conservateur du Musée scientifique et archéologique de Laval.

Mutée national Adrien Dubouclié, à Limoges.

ISoapière ovale, décor manganèse à bouquet.

Pour anses, deux coquilles inclinées. Le bouton du couvercle est un fruit avec sa fleur, de couleur jaune, feuillage vert.

Plateaa de la soupière ci-dessus. Décor manganèse. Cannelé.

La soupière, le couvercle et le plateau sont mar-

qués on dessous des lettres H B formant monogramme*.

Renseignements fournis par M. E. Besse, professeur de céramique à l'Ecole nationale d*Art décoratif de Limoges, conservateur du Musée national Adrien Dubouché.

Musée Archéologique de Lyon.

Fontaine de style rocaille. Décor on relief, d'un modelé sûr et d'excellent goût, rehaussé en camaïeu bleu descendant jusqu'à un ton assez foncé. Email d'un beau blanc pur, mais pas profond, ni laiteux, ni transparent comme certains blancs de Moustiers et de Delft. Sur la panse est figuré un bassin avec jet d'eau au milieu, un bateau, et de chaque côté une touffe de roseaux. Au bas, un mascaron d'où sort un robinet de cuivre.

Hauteur : 0"*51.

Renseignements fournis par M. J.-B. Giraud, conservateur des collections archéologiques du Musée de Lyon. — Le Cata^ logue sommaire des Musées de la ville de Lyon (Lyon, Waltener et C»% éditeurs, s. d. (1899), in-8^ illustré) mentionne cette belle pièce à la page 337, n^ 326, et en donne la reproduction à-la page 339.

I . C'est la première foU que nous rencontrons celle marqae sur une faïence de Rennes. Nous ne la connaissions jasqa'à présenl que comme signature d'Hugo Brouwer qui fabriquait à Delft en I76(. (Voir Jacquemart, Meroeilles dtx la Céramique, t. III, p. tS3 ; Demmin, Guide de l'Amateur de Faïences et de Porcelaines, 4« édition, p. 863.) A l'époque actuelle, le monogramme H B est employé à Quimper dans l'ancienne faïencerie De la llubandière, que dirige aujourd'hui Bi"* de Béru

Mutée de Vitré.

Soupière légèrement cannelée ou plissée et à ventre renflé. Couvercle en dôme. Décor jaune compose de roses. Le bouton du couvercle représente un oignon supporté par des tiges de poireau.

Plateaa à larges oreilles. Décor jaune. Au milieu, une tulipe sortant d'un oignon.

Porte-hailier de forme élégante, formé de guirlandes ou festons à jour coloriés en jaune.

Asisiictte polychrome. Au fond, un bouquet vert, bleu et jaune dont la principale fleur est une tulipe en violet de manganèse. Autour, sur les rebords, festons courants, verts, relevés alternativement par un fruit jaune et par un fleuron violet nianganèse.

Autre Ai»8iette semblable.

Gourde en forme de baril. Les cercles du baril sont figurés par de doubles filets jaunes avec festons verts. Aux deux bouts, forte bande en violet de manganèse. Sur les deux fonds se lit le mot Boy tracé en violet de manganèse.

Va4se avec son couvercle, haut d'un pied environ. Décor polychrome, jaune, bleu un peu ardoisé et violet de manganèse.

Soupière oblonguo à contour mamelonné. Décor bleu faux. Pour oreilles, deux tetos coiffées de cha-

peaux à larges bords. Sur le couvercle, une branche détachée en plein relief et garnie de feuilles et de fleurs.

Plateaa do la soupière ci-dessus, contour mamelonné. Môme genre de décor.

Saacler polychrome. Décor à fleurs où domine le violet de manganèse. Les autres couleurs sont le jaune et le vert faux ; une des fleurs est en rouge faux. Oreilles vertes,

Ai»sieUc (peut-être de Rennes ?) décorée de personnages en jaune, bleu et vert faux, et représentant saint Crépin et saint Crépinien faisant des souliers. Inscription : Pierre Migne, 1781.

C'est à M. Arthur de La Borderie, membre de Tlnstitut, conservateur du Musée de Vitré, que nous devons les descriptions ci-dessus qu'il accompagne de cette note : « Toutes ces pièces m'appartiennent et sont seulement en dépôt au Musée de Vitré, mais il est bien probable qu'elles y resteront; en tout cas, elles doivent être considérées actuellement comme en faisant partie. »

Mutée de Fougères.

Le Musée de Fougères est de création récente. Il 80 compose en grande partie do la collection patiemment formée, pendant de longues années, par un amateur de cette ville, M. Henri Roussin, qui Fa cédée à la municipalité en 1895. On y trouve de nombreuses pièces céramiques de provenances

diverses, parmi lesquelles nous avons relevé plus de cinquante faïences pouvant être attribuées aux fabriques de Rennes. Nous ne citerons ici que pour mémoire les cruches, les pichets, les bouteilles de voyage, les vases de pharmacie, les vases à fleurs, les bénitiers, les burettes, les salières, les écritoires : tous ces objets présentent une grande variété, mais ne sortent pas des types connus qui se rencontrent dans presque toutes les collections. Quelques pièces méritent toutefois de fixer l'attention, et nous devons mentionner particulièrement les suivantes :

La Sainte Vier^e^ statuette polychrome. Même type que celle du Musée archéologique de Rennes dont nous donnons la reproduction (PI. I, n** 5) mais décorée différemment.

Quinze ou vingt Stataettci» de la Sainte Vierge figurent au Musée de Fougères et présentent une intéressante variété de types, soit comme forme, soit comme décor. L'une de ces Vierges a sa robe entièrement couverte d'un semis de petites croix cantonnées de quatre points.

Saint Jean-Baptieite^ statuette polychrome du même type que celle du Musée de Rennes (PI. I, n** 3) mais différemment polychromée.

Saint Pieppo debout, tenant une grande clef.

Statuette polychrome. Type peu commun.

Brasero ou Poêle mobile^ jaspé de vert de cuivre et de violet un peu ardoisé.

Plat & barbe. Décor polychrome. Bouquet de tulipes, pensées et fleurettes diverses.

Plat à. barbe décoré d'un gros bouquet et de fleurettes en bleu et jaune vifs, violet ardoisé et vert commun.

Plat long, à bords chantournés et moulurés.

Décor monochromo jaune bistre. Dans le fond un bouquet avec une grosse tulipe et une rose sur une longue tige. Fleurettes détachées sur les bords.

Aeisiette plate. Décor monochrome jaune orangé composé d'un tout petit bouquet au milieu, et, sur le bord du marli, d'un filet et d'un « peigne » très étroit.

Ai»sietto creuse. Décor polychrome. D'une corne d'abondance sort un gros bouquet au milieu duquel est une rose en violet ardoisé. Branches fleuries sur le marli.

Assiette polychrome. Bouquet jaune et violet ardoisé. Fleurettes détachées sur les bords.

Assiette polychrome. Bouquet composé d'une rose en violet ardoisé et d'un œillet bleu clair. Fleurettes sur les bords.

Assiette chantournée. Décor polychrome. Joli bouquet composé d'une tulipe et d'une rose en violet ardoisé.

Craehon à une anse. Décor polychrome. Sur le devant un coq grossièrement dessiné et enluminé. Inscription : Nation Boisadan. 1838.

La facture de cette inscription rappelle beaucoup celles que nous avons relevées sur les petits lions du Musée de Rennes moulés par Pierre Leduc et peints par Jean Morice*, ainsi que sur la petite soupière portant le nom de M"' Chevillar^, Nous ne sommes pas éloigné de croire que le cruchon du Musée de Fougères sort de la fabrique de Vaumort père.

Crache à une anse, décorée d'un bouquet polychrome naïvement dessiné et peint. On y voit, deux fois répétée, la croix cantonnée de quatre points que nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion de signaler sur des faïences de Rennes.

§ 2. — Collections particulières.

Nous avons pu constater à plusieurs reprises Texistence de faïences de Rennes assez nombreuses dans quelques collections particulières, mais nous sommes loin de les connaître toutes. Nous ne citerons donc ici que les pièces que nous avons vues, ainsi que celles qui nous ont été obligeamment signalées, nous réservant de publier ultérieurement, s'il y a lieu, un Supplément dans lequel nous serions heureux de mentionner les faïences rennaises dont nous recevrions avec reconnaissance soit des photographies, soit des descriptions détaillées.

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