INVENTAIRE
des pièces et munitions (T artillerie de la ville: etchasteau de Chaste l-sur-Mozel le , fait par nous sieur de Saint-Hilaire^ lieutenant de ^artillerie , et le commandant en Varmée du roy en Lorraine, en présence du sieur Geoffroy, commis de Monsieur le contrôleur général de r artillerie de France,
Premiereineîit,
Une couleuvrine calibre de 16 livres, longue de dix pieds et demy aux armes de France et de Navarre sur son renfort , et à la voilée une L couronnée , montée sur TafiFust et rouage non ferrez de peu de service, cy. Une couleuvrine de 16 1.
Trois sappes calibres de huit livres, longues de trois pieds, ayant au renfort un escusson chargé de deux lions et une aigle, montées sur affustz et rouages non ferrez, cy 8 L
Une pièce calibre de 6 livres, longue de huit pieds et demy, ayant au renfort tes armes d'Espagne, et deux dauphins pour ances, montée sur un affustde service, les roiies neuves non ferrez, cy Une pièce de 6 1.
Une pièce de quatre livres, longue de 8 jueds et demy ayant au renfort un escusson chargé de -croix, montée sur un alTust non ferré, cy. Une pièce de 41.
Deux pièces de trois livres , longue de trois pieds et demi, aux armes palatines, montées sur alTuslz el rouages ferrez, de service pour la place, cy Deux pièces de 3 1.
Une pièce de deux livres , longue de huit pieds, aux armes de Lorraine, montée sur affust et rouages non ferrez, cy. Une pièce de. . 2 1.
Une pièce de demy livre longue de sept pieds, aux armes de Lorraine, ayant sur la voilée un oyseau, montée sur un alTust ferré, et les rouages sans ferrures, cy. Une pièce de ... 1/121.
Trois esmerillons d'un quarteron dont deux montez sur vieux atl'ustz, Tautre sur le ventre, cy 3 esmerillons.
Quatre pierriers de fer, 4 pierriers.
Quatre arquebuses à croc de fonte,
Gv. * . i arquebuses à croc.
Fusils, cent sej^tanle huit, cy . — 178 fusilzi
Mousquetz, deux cent cinquante huit, cy. 258 mousquetz.
Piques ferrées, vingt-huit, cy . . 28 piques.
Espées, huitanic deuï, cy. . . . . 82 espées.
Cuyrasses et poiz en teste, quarante, cy . 40 cuirasses.
Morlier de Ter eoterré, un, cj , . . 1 mortier.
Poudre, plomb, mesches et aiitres munitions.
Poudre, di\ milte sept cent vingt livres,
liy Î0720 1. poudre.
Plomb, trois cent livres, cy. . . 3001. plomb. Mesches, environ un milier, cy. 1000 mesches. Soulphre, un demy baril, cy. . . . 1/2 baril. Salpêtre, vingl tonneaux non livrés,
cy 20 tonneaux salpêtre.
Boulelz , de vingt quatre livres , trente, cy. , 30 bouletz.
Bouletz de six livres, soixante, cy, 60 bouîetz.
BouîeÎ7 d'ime livre et deniy, quatre cent, cy , , 400 hoîl!eî:^.
Bombes chai lires, si\, ( y . / . . . G bombes. Grenades de ffM'j six , c) ... (i lirenades.
Grenade de verre chargées, dix lonneaux, cy 10 tonneaux de grenades.
Bouletz de seize livres, cent trente, cy. 130 boa.
Un aiîust sans ferrures, cy. . ... 1 affust.
Une paire de roues neuve sans ferrures, cy 1 paire de roues.
Tourteaux dV rlifices, sept, cy. . 7 tourteaux.
Flottons d'artitice, six, cy ù plottons.
BoCttesde fer, dix,cy 10 boittes.
Fallots pour esclairer dans les fossés, cy. 3 fal.
Un moulin à poudre avec quatre pilons et quatre mortiers de cuivre, cy . 1 moulin à poudre.
Un moulin à cheval à quatre branches, cy 1 moulin à cheval.
Deux autres moulins a bras, cy. 2 moul. à bras.
S'ensuicent les remises faites des pièces et jnuni lions de V armée dans ladite place.
Preniièrement.
Neuf pièces de canon de fonte , sçavoir, sept pièces de vingt quatre livres, et deux couleuvrines, dont six pièces sont montées sur des aiïustz, rouages, et avantrains , et trois sur des charrotz dont il y en a sept armez, cy 9 pièces.
Trois afiuslz el pièces de vingt quatre livres, et une couleuvrine, quatre affustz et deux avautrains, cy 2 a van trains.
Poudre, neuf milliers deux cents, en cinquante barils parmi lesquels il y en a dix-huit du poids d'un cent, ci 9200 I.
Plomb en balles de mousquelz, deux milliers six cents livres, en treize barils, cy. 2600 1. plomb.
Mesches entonnées , douze millers, cy 12000 mesches.
Cordages, un millier, cy. . . 1000 cordages.
Trois mille sept cent cinquante grenades non chargées, cy. 3750 grenades.
Une quantité de boulets de vingt quatre et de seize, restez au lieu où estoit le parque devant laditte place.
Hantes, vingt-neuf , cy 29 hantes*
La démolition de la ville et du château de Chatel donna lieu aux dépenses énumérées dans Tétat qui suit :
Entai de consommation de j tondre qui a esté emjjloyée pour les mines et journaux de Chastel , lorsqu^on a drhnohj la ville et le chasfeaîi , arec les noms de chacune des tours y et la date de chacun jour ^ à commencer du vingt quatrièinc décembre 1070 /.v^qu\i parfaite démolition .
Prec:îiérer!î9nt.
Pour la tour du PaileiK* à la lour IJrusléo , laquelle sauila le jour de No^^l vingl cinquième décembre, qualre mille quarante livres, cy 4040 L
Pour la tour du Moyiic saullée le jour de la saint Jean i'évangélisti^ vin^^t-se()liè!ne décembre, mille qualre cent quarante livres, cy. 144-01,
Pour la tour des Rasoirs saultée le* mesme jour, mil huit cent soixante livres, cy . . 1860 I.
Pour la grande tour du nnlieu du clKlteau , saultée le deuxième janvier , mil deux cerit trente livres, çy . 12301.
Pour le bouUevard où estoii le corps de i;arde delà porte d'en liant delà >ille, huit ceni trerde Kvres, cv 830 li.
Vonv la tour quarrée nommée la tour du Guely et jadis la tour au passage en la mesme porte d'en haut, qui sauUa avec ledit boulevard le deuxième janvier , mil huit cent quarante livres , cy. , 1840 L
Pour la tour des Sorciers saultée le quatriesme janvier, sept cent quarante livres, cy. 740 1 .
Pour la tour de la Grosse-Folie, saultée la veille des roys, le cinquième janvier, huit cent soixante livres , cy 8601.
Pour la Petite^Folie , saultée le mesme jour huit cent quarante livres, cy. ... . . 840 1.
Pour la tour de la porte du Pont , suyvante des Sorciers , saultée le septième janvier, quatre cent vingt-quatre livres, cy, 424 1.
Pour la courtine du parterre du chasteau , saultée Funzième janvier, mil quatre cent trente livres', cy , . . . 14301.
Pour la courtine d'entre la tour des Princes et celle des Razoirs , saultée le mesme jour, mil quatre cent trente livres, cy. ..... .14301.
Pour la tour des Mouchettes. saultée le douzième janvier, mil vingt-quatre livres, cy. 1024 I.
Pour la tour du Trésor, saultée le même jour, huit cent trente livres, cy S80 L
Pour la tour des Princes, saullée le mesme jour, cinq cent vingt-une livres, ci. . . . 5211.
Pour la tour du Foin, saultée, le quatorzième janvier, huit cent vingt cinq livres, cy. . . 825 1.
Et pour les Saucisses, cin(iuante livres, cy 50 I.
Pour un petit fourneau à la tour des Princes, septante-cinq livres, cy 751.
Le 18* janvier 1670 délivré à M. Saccis pour la courtine de la porte do campagne qui saultale mesme jour, huit cent vingt-quatre livres, cy 824 I.
Le 19' janvier, pour un fourneau dans Tune des tours de la porterie du chasteau, cent soixante deux livres, cy 162 1.
Pour un autre fourneau dans une autre tour de la même porterie, quatre cents livres, cy. 400 1.
Pour une autre tour au pont-levis audit chasteau et un fourneau, cent septante quatre livres, cy 174 1.
Lesquelles trois tours, et porteries ont saulté le 19 janvier.
Pour la tour de la Cloche , saultée le vingtunième janvier, mil trente-neuf livres, cy 1039 I.
Pour la courtine devant la j)ortc du chasteau
sâultée le vingt-troisième janvier, six cents vingtsix livres , cy. . . . , . 626 i.
Pour la tour sur Feau, tenante à la ville entre la tour de la porte d'en bas et celle au-devant de la fontaine, saultée le vingt-cinquième janvier, quatre cents vingt-quatre livres, cy. . . 4241.
Pour la tour au devant de la Fontaine tenante aux murailles de ladite ville, saultée le vingtcinquième janvier, quatre cent vingt quatre livres, cy 424 I.
Pour la tour de Campagne , en un fourneau , saultée le trentième janvier, quatre cent quarante livres, cy 4401.
Pour un autre fourneau à la même tour, quatre cent dix huit livres , cy 418 1.
Pour la tour de la porte d^en bas tenante icelle aux murailles de ladite ville , saultée le cinquième février, quatre cent dix-huit livres, cy . . 418 1.
Pour la platte forme de la porte de Campagne dudit chasteau, sept cent quarante livres, cy 740 1.
Pour les estançons et boettes pour les sappes, vingt-f|uatre livres, cy . . 24 1.
Somme lolalc. de la poudre employée aux ar-»
ticles cy-devant pour la dérnolilioii de la ville et chasleau de Chaslel, se monle sauf erreur de compte et calcul , à vini?t-si\ mille quatre cent deux livres, cy 1.
De 1070 à 1760. — € harle«4 IV poiir<»i9ivi par les Franc'ais. — Loiifi^è \QV en Lorraine. — i\ou¥elles et inTmclneuAiefi tentaMves de CSiarlen pour recouTB*er HCH états. Sa i»Bort. — La paix défiiiitiTenient rétablie en Lorraine.
Dépouillé do nouveau et pour loiijours d(» ses états, riniorluné Charles IV se vit réduit ii se cacher dans les gorges des Vosges et à changer souvent d(î demeure p(;ur ne |)as être pris. Il vivait dans des inquiétudes conlinuelles. Ln historien du temps rapporte que, poursuivi un jour de plus prés que de coutume par les Français, le duc se jeta dans le chiUeau de Do/nerro-siir- Durhion et qu'il ne put leur échapper qu'en se blottissant au fond du puits de Cu' château, fert lieureusement privé d'eau. On a conservé
ce puits historique et les habitants aiment à le faire voir aux étrangers qui les visitent.
Charles s'adressa à tous les souverains, ses amis, pour qu'ils l'aidassent à se réconcilier avec le roi de France. Il fit offrir à Louis XIV d'abdiquer sa couronne en faveur de son neveu, le prince Charles de Lorraine. Il dressa môme l'acte conditionnel de cette abdication, le 14 septembre 1670. Rien ne put fléchir le fier monarque. Désespéré, ne trouvant plus de sûreté dans son pays, le duc de Lorraine quitta les Vosges et se sauva à l'étranger par les frontières de Suisse,
Louis XIV visita la Lorraine en 1673. Il s'assura par lui-même de la misérable situation de^ cette province et s'attacha à réprimer comme à prévenir les exactions et les rigueurs repro-* chées aux intendants français qui l'administraient et à leurs commis. Il écouta les doléances de la population, redressa les abus et prit pour l'avenir des mesures si sages que les Lorrains s'en montrèrent satisfaits. Toutefois le roi ne put amener la noblesse à se déclarer pour lui contre le duo d€ Lorraine.
Ce dernier, reprenant peut-être^ mais en vain^ l'fspoir de recouvrer ses étais plus tard, entra^.
au
en 1673 même, dans l'alliance toimée par l'Allemagne , la Hollande et l'Espagne contre Louis XIV qui volait de conquête en conquête. C'était le seul parti à prendre par un prince qui avait h se venger d'un roi devenu trop puissant et que son humeur belliqueuse ne pouvait laisser dans l'inaction. Il avait d'ailleurs avec lui des gentilshommes et des soldats qui ne demandaient qu'il se battre.
En i(u ï, les hasards de la guerre le rapprochèrent de la Lorraine. Il forma le dessein d'y rentrer, d'occuper les montagnes des Vosges et d'établir des postes à Epiiial, à Remiremont et à Rambervillers, Appuyé par l'électeur de Brandebourg, le duc ordonna , le 27 novembre , au général d'Alamont, qui commandait ses troupes, de pénétrer dans la province. D'Alamont se saisit facilement d'Epinal et de Remiremont , que les Français lui abandonnèrent. Mais il ne put leur enlever Rambervillers, parce qu'il ne fut pas secondé, comme c'était convenu par les alliés de Charles. Le duc cependant établit son quartiergénéral à St-Hippolyte où les Lorrains , ravis de le revoir , >inrent en foule lui apporter des vivres.
Sur ces entrefaites , le maréchal de Tarenne reçut Tordre de se diriger vers la Haute-Alsace avec son armée de 25,000 hommes, inférieure en nombre à Tarmée des puissances alliées, mais réunie sous un seul chef et plus brisée au feu et à la fatigue. Il voulut se frayer un passage soit par Ste-Marie, soit par Remiremont, Le duc Charles, devinant son intention , pressa les alliés de lui fournir l'infanterie qu'ils lui avaient promise pour soutenir Remire7nont et Ejjinal et pour former sur les hauteurs de cette dernière ville un camp qui arrêtât la marche de Tarmée française. Il leur donna en même temps le conseil de rassembler leurs troupes dispersées dans la Haute-Alsace et d'occuper toutes les avenues de cette province. Mais il ne fut point écouté, et il se vit obligé de faire évacuer les villes à'Epinal et de Remiremont par ses troupes qu'il fit revenir auprès de lui.
Pour exécuter ses ordres, le colonel Tornielle de Majastre quitta Epinal, où il commandait, avec sa garnison qu'il alla réunir à celle de Remiremont. Il fut attaqué dans cette dernière place par les Français et se défendit contre eux pendant deux jours. Ils le laissèrent enfin sortir
avec armes el bagages. Tornielle se dirigea sur Mulhouse , où il se rallia à des troupes alliées fortes de 2,500 chevaux et d'une nombreuse infanterie. Le 29 décembre 1674, eut lieu, auprès de cette ville, une bataille où Turenne défit cette armée. Le général d'Alamont eut un cheval blessé sous lui. Le colonel Tornielle reçut plusieurs blessures, le jeune comte d'Apremont , les capitaines d*Herbeville et du Houx furent tués , sept gardes du dur de Lorraine faits prisonniers et quarante cavaliers lorrains laissés pour morts.
Avant cette bataille, où ses troupes se distinguèrent malgré leur échec , le duc , mécontent du mauvais succès des affaires des confédérés et de leur étrange conduite, s'était retiré à Strasbourg. Il ne tarda pas néanmoins à reprendre les armes , participa noblement aux victoires que les alliés finirent par remporter sur les Français et mourut au cam[) d'Alembach, dans le Bas-Palatinat, le 18 septembre 1675.
Charles V, son successeur et son neveu, était avec Tannée impériale, à Lauterbourg, lorsqu'il apprit sa mort. Il se rendit iixVlembach avec 8,000 cavaliers pour se faire reconnaître duc de Lorraine. Il reçut le serment du prince de Vaudémont, des
5q<Mîti!sliommps et des soidals sous ses ordres, au bruit d'une triple décharge d'artillerie et aux aeclamations unanimes des troupes , retourna avec les Lorrains au camp de Lauterbourg et f)rit le commandement général de l'armée impériale.
Charles V ne régna pas sur la Lorraine, restée fui pouvoir de la France. De même que son prédécesseur, il passa sa vie sur les champs de bataille; il s'y acquit la plus haute réputation qu'un homme de guerre puisse désirer. Généralissime des troupes de l'empereur d'Allemagne, i! iît la guerre à la France et à la Turquie , sem.porta souvent de glorieuses victoires et mourut dans la petite ville allemande de Welz, le 18 avril 1690.
Sept ans après, son fils aîné, le duc Léopold , fut mis en possession de la Lorraine parle traité de Riswich du 31 octobre 1697.
Sous ses trois derniers ducs, Léopold, François et Stanislas ^ c'est-à-dire depuis 1697 jusqu'en 1766 , époque à laquelle ses destinées furent pour toujours associées à celles de la France, la province jouit sans interruption des bienfaits de la paix. Pendant près de 800 ans, des guerres
(oulinuelles Tavaienl ruinée el d(l'peupléo. l.éopold mit sa gloire h réparer ses malheurs et à lai assurer une prospérité durable» Son fils François imita son exemple et Stanislas, à tpii les Lorrains décernérenl le surnom de Bienfaisant , compléta rœuvre de ses deux prédécesseurs.