‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 29 sur 82 · ET NEUVE-DES-C APUCINES · texte numérisé non relu

ET NEUVE-DES-C APUCINES

au piquet avec le cardinal, et l’esprit de courtisanerie lui a fait perdre volontairement la partie. Mazarin, sur les dépendances de cet hôtel, a élevé son palais, et le président, resté l’uil de ses favoris, était encore chez lui presque toujours dans sa dernière maladie. Après le cardinal, la moitié de son palais est échue au duc de la Meilleraie, qui doit à son mariage avec l’une des nièces du défunt d’être aussi duc de Mazarin.

Cet hôtel Mazarin sera acquis au nom du roi, en 1719, pour la compagnie des Indes, dont le Trésor occupera plus tard la place. La Bourse, dès 1724, s’intaUera dans la même enceinte, mais avec une entrée particulière rue Vivienne, en vertu d’un arrêt du conseil d’État du 24 septembre, et ce sera la première introduction légale entre quatre murs d’un marché qu’une ordonnance de Philippe-le-Bel avait exposé, pour les opérations de change, à toutes les intempéries du pont an Change. Cette première Bourse fermera le 27 juin 1793. L’autre moitié du palais que le ministre du temps de la Fronde a laissée 'à son autre neveu, Mancini-Mazarin, duc de Nevers, s’est dite hôtel de Nevers ; la banque de Law y aura ses bureaux avant que la bibliothèque du Roi en prenne possession, pour englober ensuite l’ancien Trésor et l’ancienne Bourse, avec l’ancien hôtel TubeuL

Des maisons plus modestes font vis-à-vis ; îa plupart ont vue par-derrière, ainsi que la maison Beaumont, sur le jardin du Palais Royal. L’enseigne de l’une d’elles trahit la buvette en ces termes: à la Bonne-Vendange.

Sophie Arnould habitera la plus belle de ces maisons, avant que la réduction du jardin les mette h cheval sur deux rues, et la spirituelle actrice y tirera de ses fenêtres, du côté des arbres et des fleurs, un feu d’artifice pour fêter la naissance du duc de Valois, prince d’Orléans, frère de Louis-

RUES NEUVE-DES-PETITS-CHAMPS

Philippe. Mais elle n’y sera pas propriétaire, comme le seront alors en plus d’un lieu Mlles Laguerre et Guimard. De son temps, toutes les maisons de la rue Neuve-des-Petiis-Ghamps .bordant aussi le jardin appartiendront à :

M. de Brainville, ancien secrétaire du roi, propriétaire de l’ancienne maison Beaumont; M. Leblanc; M. Tourtot, ancien receveur-général des finances; M. Teillagory, maître, en fait d’armes ; Mme veuve Saliard; M. Collignon ; Mm0 veuve Dubois; le marquis de Talaru; M. Lesprit, libraire; M. Jardin, architecte ; M. de Laroche, notaire ; Boitei, pâtissier, presque à l’angle de la rue Ridhelieu.

L’un des susdits noms, celui de Teillagory, appartiendra h un maître d’armes, partageant avec Donadieu l’honneur de l’emporter sur tous les autres en réputation et faisant partie, comme lui, de l’académie d’Armes. Or Louis XIV a accordé pour armoiries à cette compagnie de 20 maîtres en fait d’armes : le champ d’azur à deux épées mises en sautoir, les pointes hautes; les pommeaux, poignées et croisées d’or, accompagnés de 4 fleurs-de-lys, avec timbre au-dessus de l’écusson et trophées d’armes autour. Les membres de ladite académie acquièrent, par 20 années d’exercice de leur art, la noblesse pour eux et leurs descendants.

Les Cbabanais de Saint-Pouange, branche de Colbert, sont propriétaires avant la Régence du 20 i lequel dépend alors d’un grand hôtel sur lequel s’ouvrira en son temps la rue Cbabanais.

Mme Lulli dispose des nos 4h et 47, où une boutique brandit déjà l’image de l’Epée-de-Bois et que son mari lui a laissés en 1687. Lorsque le grand musicien avait commandé à Gittard le plan de la première de ces maisons, décorée de pilastres d’ordre composite, il était déjà devenu riche, et une charge de secrétaire à la Chancellerie l’avait, de plus, fait gentilhomme. Les trois fils de M. de

Page 1