‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 40 sur 82 · RUE SIMON-LEFRANC · texte numérisé non relu

RUE SIMON-LEFRANC

avec jardin et une petite par-derrière ; les deux voisins du nouveau-venu sont M. de Lillentroy et M. Essaim, valet-de-chambre du roi. Puis un jeu de paume s’établit dans ladite propriété, à une époque où le billard s’ajoute aux jeux de cartes et de dés en usage dans la plupart des jeux de paume. Mais ce n’est déjà plus un tripot alors qu’un autre membre de la famille Benoît y a pour acheteur le peintre Largillière, qui remplace la petite maison par un hôtel, sur la rde Geoffroi- Langevin. Quant à la grande, par le temps qui court, elle doit (nous ne pourrions nous y tromper que d’une porte) elle doit être numérotée 6, rue Simon-Lefranc ; néanmoins elle ouvre rue du Temple.

Dans l’hôtel contigu, le valet-de-chambre du roi succédait à M. de Mesmes, seigneur d’Avaux, conseiller au parlement, maître-des-requêtes, puis conseiller d’État, sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII. Un de Mesmes a été le dernier des gardes en titre du trésor des Chartes, mais il n’est pas même entré en fonctions : nommé au mois d’octobre 1581, il s est démis de sa charge au mois de janvier suivant, et elle a été réunie immédiatement à celle de procureurgénéral au parlement. Plusieurs des membres de cette famille illustre ont du résider dans l’hôtel, où Simon-Lefranc lui-même les avait précédés, s’il convient de s’en rapporter au seul on-dit qui circule dans toute cette rue.

Sauvai parle d’un Symon-Franque , dont la mort serait antérieure à 1211, et c’est exactement le nom sous lequel, à 16 années de là, on connaissait déjà la rue. Parmi ses habitants, en 1315, figuraient : Jehan le Coiffier , Pierre le Coiffier , Jehan de Fontenoy , ouvrier de dras de soie , Aliz la Laundine , filleuse de soie.

SRUse Maubuée, (i)

Buere , imbuere , mouiller, laver ; buée, légère vapeur, lessive; maubuée , mal lavée, humidité nuisible, linge en mauvais état qui sèche. La signification de ces vieux mots, quelle que soit l’acception dans laquelle on les prenne, prouverait que la rue Maubuée, construite avant la fin du xm* siècle, ne tarda pas à éprouver le besoin urgent d’une fontaine. Celle-ci, une fois établie à l’angle de la rue Saint-Martin, fit dire : rue de la Foritaine- Maubuée. Le nom de la Baudroierie n’en prévalut pas moins de 1398 à 1533, et il appartient encore à une impasse dans la rue de Venise; puis la rue de la Baudroierie reprit celui que sa fontaine lui avait fidèlement gardé.

D’ailleurs, elle fait si bien suite à larueSimon- Lefranc qu’on ne les a pas toujours distinguées l’une de l’autre. Par exemple, ne portait-on pas exclusivement au compte de la rue Maubuée, en 1715, un effectif de 73 maisons, qu’on retrouve indiqué sur le plan de Lacaille? Elle n’y pouvait atteindre que si toutes les maisons de la rue Simon-Lefranc s’additionnaient avec les siennes, qui, depuis lors, sont restées invariablement ce qu’elles étaient. Combien de chance on a d’y être heureux, si le bonheur tient peu de place ! Autant de petites portes, presque autant de garnis où l’on couche par chambrée ! N’est-ce pas de très-longue date que de la sorte on y loge à la nuit? Toujours à pied, jamais à cheval ! Le meilleur cabaret

(1) Notice écrite en 1864.

Page 1