RUE MAUBUÉE
y était, sous Louis XV, l’auberge du Dauphin, où chaque repas revenait à 15 sols.
Une maison, vers le milieu de la rue, du côté gauche, appartenait à un juge vendeur de vin , nommé Dumesnil, au commencement du même règne. La suivante, qui touchait par-derrière à l’hôtel Jabach de la rue Neuve-Saint-Merri, était à l’enseigne de la Cage : un teinturier en payait le loyer au collège de Dormans, dit de Beauvais, représenté par MM. Nicolas Boutillier, principal, Charles Rollin, coadjuteur, Nicolas Poincenet, sous-maître, Jean de la Marre, procureur, François Bucaiile, Jean Vittement et Bucaiile le jeune, chapelains et boursiers. M. de la Place, un gentilhomme, était propriétaire de la maison qui venait après. D’autre part, la famille de Jean Coquerel, capitaine au régiment Dauphin, avait l’unè des propriétés d’encoignure de la rue.
La duchesse de Bouillon servait une petite rente, avant la Révolution, à la veuve de son cocher Jasmin, et cette veuve donnait son adresse littéralement à la fontaine Maubuée, qu’on avait reconstruite en 1734. Jasmin avait rossé un théatin, que lui préférait la suivante de la duchesse; et, pour échapper à Bicêtre, dont ses maîtres le menaçaient, il s’était pendu dans sa chambre, à l’hôtel de Bouillon. Le fait est, par malheur, que cette maison princière avait à craindre les indiscrétions domestiques; on y vivait de telle façon que la duchesse l’emportait sur le duc, en ne sauvant que les apparences !
Qttaâ de la Râpée. (1)
Les Martiniens . — La Grange- aux- Mercier s. — Le Fief de la Râpée. — La Terre du même Nom .
— Les Luxembourg -Brienne. — MM. de Berd.
— La Vigne de Chaulnes. — Le Duc de Gesvres. — L'Étang de Berd. — Pajot d' Ons- en- B ray. — Le Contrôleur de la Maison du Régent. - — Orry.
— M me de Parabère et ses Voisins. — Les Frères Pâris. — Le Port. — La Barrière. — La Chapelle Saint-Bonnet . — La Ruelle aux Mousquetaires. — M . de la Râpée. — Le Procureur de la Cour. — Les Marronniers. — Les Joutes.
— Les Matelotes.
Dès l’année 1098, le prieuré de Saint-Martindes-Ghamps exerçait des droits seigneuriaux à Conflans, dont la cure demeura à la nomination du prieur. Berci et la Râpée faisaient partie de la paroisse de Conflans, en même temps que du fief de la Grange-aux-Merciers, déjà connu sous ledit nom en 1172. Le chef-lieu de cette seigneurie était d’abord une maison de campagne, ou pour le moins un grenier d’abondance, à l’usage des merciers de Paris, dont la communauté se fonda, qui plus est, dans la circonscription censuelle et sur la paroisse de Saint-Martin-des-Champs, rue Quincampoix. Dès l’an 1119, les mêmes martiniens étaient propriétaires d’une place aux Halles, dites à l’origine marché des Petits-Champs, ou des Champeaux, et l’on y débitait de la piquette appelée
(1) Notice écrite en 1864.
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vin de rayure ou rayé ; sur cette place, Adelende Genta fit construire une maison, avec un four, pour lequel elle obtint du roi, en l’an 1137, nonseulement des immunités, mais encore le privilège d’une exploitation aux Halles. Ayant été acquis, depuis lors, par Adam, évêque de Thérouanne, ancien archidiacre de Paris, maison et four lui rapportaient 13 livres. Un fief de Thérouanne était voisin, du côté de Saint-Eustache ; il appartenait à l’évêché de Thérouanne, avant de rentrer dans le domaine du roi. Adam fit donation du four et de la maison de Genta aux religieux de Saint-Martin en 1223, et, à six ans de là, cet évêque entrait simple moine à Clairvaux. Gomme ladite propriété a été fief, donnant aux seigneurs religieux des droits de mesurage, d’étalonnage, de justice, et principalement connue sous la désignation de la Râpée, nous ne découvrons pas en pure perte que plus d’un rapport la relie au fief de la Grange-aux-Merciers ou de Berci, duquel s’est détachée une terre de la Râpée.
La Grange-aux-Merciers a plus d’un titre à la célébrité, comme théâtre de grandes assemblées sous Charles VI, puis sous Louis XI, et pour avoir appartenu à Pierre de Giac, chancelier de France, puis à Jean de France, duc de Berri. Rappelons aussi que, lors de l’avénement de François Ier, Antoine de Luxembourg, comte de Brienne, et sa femme, née de Goëtivy, laquelle avait eu pour mari en premières noces Jacques d’Estouteville, chambellan du roi, se virent tous les deux condamner, étant propriétaires de la terre de Berci ou Grange-aux-Merciers, à payer 4 livres 14 sols aux religieux de Saint-Martin, seigneurs haut-justiciers de la Grange-aux-Merciers. terres et prés, etc.
Quarante années plus tard, des commissaires ayant été chargés de remplacer par des construc-
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tions plus régulières toutes celles qui déparaient le groupe des grands marchés, si bien embelli d’un côté par la fontaine des Innocents, on rebâtissait de fond en comble notre hôtel de la Râpée, au coin du marché aux Poirées et de la rue de la Cordonnerie : bâtiment assèz agrandi par sa transformation pour qu’on le divisât ultérieurement en quatre. Le principal de ces corps delogis, qui se trouvait la boutique d’un cordonnier, avait encore une Râpe pour enseigne. L’image de ' Saint-Martin ne domina qu’en 1554 ; elle décorait une autre face de l’hôtel de la Râpée, dit également du Four-de-Saint-Martin, dont les martiniens tiraient- 3,000 livres de revenu sous Louis XIV. Seulement Berci a reconnu d’autres seigneurs que ces moines.
A l’époque même où, sur un différend entre les religieux de Saint-Martin-des-Champs et Antoine de Luxembourg, une sentence avait prononcé; à cette époque déjà la terre de Berci n’appartenaitelle pas à plus d’un propriétaire? Elle n’était pas entrée tout entière, sous Louis XII, dans la famille Malon, originaire du Vendômois, par le mariage d’Anne Robert, fille d’un greffier criminel au parlement, avec Jacques Malon. Nicolas, fils de Jacques, en hérita et succéda aussi à son beau-p^re, comme greffier. Puis une génération de Malon se composa de Claude, qui épousa une Séguier; de Bernard, secrétaire de Catherine de Médicis, et de Gharles, président au grand-conseil, comme son fils le fut ensuite. Anne-Louis-Jules, que la reine Anne d’Autriche et Louis XIV, représenté par Mazarin, avaient tenu sur les fonts baptismaux, était maître-des-requêtes et fondé à se qualifier seigneur de Berci, de Conflans, de Pont-de- Charenton, des Carrières et de la Grange-aux-Merciers; il ne se faisait appeler M. de Berci tout court qu’en petite 'tenue. Son arrière-petit-fils
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alla plus loin, en prenant le titre de marquis; aussi bien, de conseiller au parlement il passa capitaine de cavalerie au Royal-Cravate. A cette famille, du reste, appartenait exclusivement le château de Berci, dessiné par Mansard, qui fut acheté ensuite par les Nicolaï, et qu’on a démoli depuis un petit nombre d’années, pour y faire passer un chemin de fer.
Cependant, que devenait la portion de la même terre acquise â MM. de Luxembourg? Antoine, dans cette famille, avait été la tige des branches de Brienne et de Pinéi : la première s’éteignit en 1608 et la seconde passa, en 1620, dans la maison d’Albert de Luynes. De plus, Marguerite de Luxembourg, fille du duc de Pinéi, s’était mariée dans la maison de Gesvres. Par conséquent, si le hasard tout seul a remis un d’Albert et un de Gesvres, à Berci, quelque peu en possession de ce qui avait appartenu à Luxembourg, comte de Brienne, est-ce que le hasard n’a pas assez bienfait les choses? Charles d’Albert, duc de Chaulnes, filleul de Charles Ier, roi d’Angleterre, et de Henriette, de France, qui fut trois fois ambassadeur à Borne, pour assister aux élections de Clément IX, de Clément X et d’Alexandre VIII, avait à la Bâpée de Berci la Vigne de Chaulnes. Plus près de Paris et moins loin de Berci, une maison de campagne à Potier, duc de Gesvres, gouverneur de Paris, se remarquait vers la fin du grand règne.
Entre ces deux propriétés s’étalait l’étang de Berci, dont l’eau presque dormante descendait de Montreuil pour s’écouler, comme à regret, dans la Seine. C’était une pièce d’eau toute faite pour l’agrément d’un jardin dessiné dans la vigne de Chaulnes par Lenôtre. Un buffet d’eau et des bassins y furent établis par un carme, Sébastien Truchet, mécanicien très-distingué, membre de l’académie des Sciences. Louis-Léon Pajot d’Ons-en-Bray, intendant-général
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de la poste aux lettres, qui ne succédait pas directement au duc de Chaulnes, réunit là des oiseaux aquatiques. Une ménagerie, une orangerie, un laboratoire de chimie et un cabinét dé curiosités donnaient alors de l’importance à cet hôtel de campagne; le bâtiment en était placé du' côté de la rue de Berci, c’est-à-dire au fond du jardin, et il était simple, mais plus grand que les pavillons du même genre qui se suivaient, les uns près de la rue, les autres près du quai de la Râpée, appelé chemin le long de la Rivière. Au nombre de ceux-ci figurait la maison de plaisance de M. de Gesvres, acquise en l’année 1717, ou peu s’en faut, par un M. de la Croix, que tout nous porte à croire Pierre de la Croix, contrôleur de la maison du régent ; une rivière anglaise était formée dans le jardin de cette villa par l’écoulement du tropplein de l’étang, et un ponceau voisin livrait passage, sous le chemin, à ce cours d’eau, qui, sans fracas, se perdait dans la Seine. M. Pajot, qui laissait au roi, par testament, les curiosités de toute sorte qu’il avait rassemblées, cessa de vivre en 1754.
Les deux maisons quç nous venons de citer paraissaient les aînées de quatre autres, qui embrassèrent également l’étang. L’une, touchant à l’ancienne vigne de Chaulnes, appartenait à Mme Le Yayer ; une ensuite, à M. de la Vieuville, ayant Mrae de Maulevrier pour locataire; celle d’après, à M. de la Croix, déjà pourvu de l’ancienne maison de Gesvres, et la propriété qui séparait l’une de l’autre les deux siennes était à M. Orry. Ne sait-on pas que Philibert Orry, ce financier si malmené dans les Mémoires de Saint-Simon , est devenu contrôleur-général,? Son frère, Orry de Fulvy‘, a été conseiller d’État,^ intendant des finances. Celui des deux Orry qui a acquis ladite maison de plaisance en cède la jouissance, peu
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de temps après, à Mme de Parabère, née Coatker de la Vieuville, maîtresse en titre du régent. Elle a épousé, en 1711, César-Alexandre de Beaudéan, comte de Parabère; mais celui-ci n’a pas tardé, comme nous le dit Saint-Simon, à comprendre que rien de bon ne le retenait en ce bas monde/. Mme de Parabère est veuve: tant mieux, en vérité, pour son mari ! Car elle s’est dit : Tout est permis, pourvu que la raison conserve son empire ! Le duc d’Orléans lui a donné tout récemment un château à Asnières; elle demeure néanmoins, aux antipodes d’Asnières, locataire de cet autre château en miniature, où une galerie, une orangerie et des écuries rendent le jardin encore plus exigu. Comme Mme de Parabère et sa cour y seraient à l’étroit, si M. de la Croix, dont le régent fait la fortune, n’ouvrait pas à droite et à gauche deux portes de communication, qui triplent la villa de la favorite î
A cette époque, le duc de Rohan a sa petitemaison sur la même ligne, mais plus éloignée de Paris que l’hôtel de campagne Pajot. Une ou deux autres villas au notaire Lechanteur sont les dernières à distinguer au-delà. L’ancienne terre des Luxembourg ne va pas plus loin dans ce sens. Tout près est la Grange-aux-Merciers, ancien chef-lieu de justice féodale, au bout et en face de la rue de Ber ci.
A Berci même, les Malon ont vendu quelquesuns des jardins de leur château aux quatre frères Pâris, qui ont fait élever à la faveur de cette acquisition, sur le plan de Dulin, un si beau pavillon que parfois on le décore également du titre de château. Ces frères Pâris, enrichis par la fourniture des v’vres aux armées d’Italie et de Flandre, présentent au régent un mémoire contre le système de Law, qui d’abord les fait exiler en Dauphiné ; mais, alors qu’arrive la débâcle, il sont rappelés et chargés
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d’une opération qui consiste à soumettre au visa tous les papiers du Système, pour en écarter la valeur fictive, des dettes réelles dont l’État est garant. Ainsi rivalise la fortune des Pâris avec celle de Law, et c’est le crédit surtout de l’Égérie de la Râpée, Mme de Parabère, qui fait pencher tour-à-tour la balance de l’un et de l’autre côté.
La rue de Berci se qualifie en ce temps-là de la Râpée, depuis la rue Contrescarpe jusqu’au clos de Rambour, qui doit sa dénomination soit à un sire de Rambures ou Rambour, près d’Abbeville, soit aux grosses pommes de rambour, dont la réputation s’est faite dans cette localité picarde. Le port de la Râpée commence nominativement à la hauteur de la rue Traversière, point où l’on cesse de l’appeler port au Plâtre. Il s’y décharge une quantité de pierres de taille et de moëllons, venant de Charonne et de Montreuil, qu’on transporte plus loin, par eau, à la remonte ou à la descente ; ça et là, des piles de bois de charpente et à brûler, fraîchement débarqué, séparent aussi la Seine du chemin. Mais le chantier ne domine qu’en-deçà du clos de Rambour; au-delà, c’est la petite-maison. Différence qu’expliquerait la situation de la barrière urbaine, dite de Saint-Bonnet, qui touche au clos, rue de Berci. Mais, du côté de la rivière, Paris est limité plus bas: voyez plutôt la patache des douaniers, ancrée au-desssous du port au Plâtre!
La chapelle Saint-Bonnet a été établie sur le port de la Râpée par Jean Bonnet, avec une succursale de l’hôpital du Nom-de-Jésus. Cet établissement de bienfaisance, que saint Vincent-de- Paul avait fondé au faubourg Saint-Laurent pour 30 vieillards des deux' sexes, incapables de gagner leur vie, était desservi par des sœurs de la Charité, sous la direction des prêtres de la Mission-de- Saint-Lazare. Jean Bonnet avait été élu, le 10 mai 1711, général de cette congrégation lazariste; nous
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le regardons comme originaire de Clermont, où saint Bonnet avait été évêque. Le jardin de la succursale hospitalière succédait partiellement au clos de Rambour ; elle n’occupait pas que la maison, convertie sous la République en filature, qui porte maintenant sur le quai le n° 58. 4
La ruelle anonyme qui débouche près du 56 fut la ruelle aux Mousquetaires; on pouvait déjà s’y couper la gorge, entre soldats de cette arme, avant l’édification du n° 52. Le chef-lieu seigneurial de la Râpée fut néanmoins représenté par ledit 52.
C’est vraisemblablement au milieu du xvie siècle que les martiniens étendirent à une maison des champs la dénomination du petit fief en ville dont le siège était bouleversé par la transformation des Halles. L’aliénation de ce bien de campagne n’en sépara pas tout-à-fait les honneurs de la seigneurie, à une époque où Bassompierre connaissait maintes seigneuries par- dessus lesquelles un lièvre n’avait pas de peine à sauter tous les jours. Un commissairegénéral des guerres fit reconstruire la maison de la Râpée, qui fut, de p'Fus, à son profit, une savonnette à vilain. Les parvenus aimaient à changer de nom, fussent-ils même gentilshommes de nouvelle impression. H y eut donc un M. de la Râpée, mais beaucoup moins longtemps qu’un M. de Berci. Plus tard, Mme de Parabère avait pour seigneur honoraire, à la Râpée, M.' Hébert, procureur de la cour, qui ne gardait des droits du seigneur que les honneurs à la chapelle; mais un seul mur le séparait d’une des deux maisons de M. de la Croix, officier chez le duc d’Orléans et voisin de Mme de Parabère. Sous les fenêtres de M. Hébert stationnait le bac, dans lequel on passait la Seine. Son jardin se ressentait aussi des agréments que distribuait aux propriétés riveraines l’étang de Berci, ultérieurement réduit à l’état de rû de Montreuil, puis encaissé dans l’égout de la Râpée.
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Des marronniers, devant la porte, avaient sans doute été plantés par les religieux de Saint-Martindes-Champs. Aussi la maison de la Râpée devintelle postérieurement la guinguette des Grands- Marronniers , où Ton buvait surtout et l’on dansait. Raynal y donnait, à l’occasion, autre chose à boire que du râpé ; il servait déjà des matelotes et des fritures qui rivalisaient avec celles des traiteurs du Port-à-1’ Anglais. Pas si sot que d’arborer encore l’enseigne de la Râpe, surtout si cette image représentait une grappe de raisin sans ses grains. L’ancien fief devait, très-probablement son nom au vin de la seconde pressée qui se buvait anx portes de la (ville avant même que celle-ci englobât les Champeaux ; mais on appelait aussi Râpée au moyenâge une sorte de jeu de quilles, ou d’emplacement pour y jouer, connu dans les guinguettes.
Quant à la Râpée de Rerci, avant son incorporation dans la grand’ville, elle servait, avec Rerci, d’entrepôt aux, vins de Rourgogne : jus de la treille on ne peut moins râpé, lorsqu’il justifiait sa bonne réputation !
Les mariniers du port n’en étaient que plus nombreux. Ils avaient obtenu la permission de donner des joûtes, auxquelles la pantomime et la musique militaire fournissaient des intermèdes et qui se terminaient le plus souvent par un feu d’artifice. Pour assister à ce spectacle, le public prenait place dans une.enceinte réservée ; mais les propriétaires riverains, plus nombreux que précédemment, se trouvaient aux premières loges. Les piétons qui, pour aller à la Râpée ou en revenir, suivaient le bord de l’eau, payaient 3 deniers de péage sur un petit pont qui dominait l’égout des fossés de l’Arsenal.
Les gros traitements des fonctionnaires et dignitaires de l’Empire amenèrent assez rapidement renchérissement des matelotes, à l’ombre des grands
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marronniers: on en servait au prix de 36 à 300 francs jusque dans un bateau, sous une tente, en face de la maison derrière laquelle, par bonheur, on dansait à bien meilleur compte les dimanches et jours de fête. Ce restaurant ne tarda pas toutefois à se transférer à Berci.
Plusieurs autres des maisons dont nous avons parlé n’ont pas entièrement disparu. Mais faut-il allonger encore l’histoire du quai de la Râpée? Elle tenait avant nous en trois lignes.
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Lettre à M. Léon Cozlan.
Inlerlaken, août 18^0.
Cher maître,
Si je passe l’été en Suisse, rien à cela que de bien innocent ! Je garde si rarement Paris en cette saison que vous seriez étonné de m’y voir, vous qui n’ignorez pas comment je vis d’ordinaire. Il y a néanmoins quelque témérité de ma part, en ce moment, à mettre le public en tiers dans une telle confidence. Plusieurs libraires ne se contentent pas d’accuser l’éditeur et le rédacteur du recueil intitulé Les Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon III de prétentions exagérées au lucre ; ils les condamnent de ce chef, sans les entendre. J’apprends que celui qui fournit le plus de livres à l’empereur, sans en être que je sache le libraire bréveté, a fait rédiger par le plus lettré de ses amis et su lire, comme son propre ouvrage, au cercle de la Librairie, rue Bonaparte, un long rapport qui traite principalement la question suivante : D'où vient le prix élevé des livraisons du recueil de M. Le feuve? Ce n’est pas la corporation, c’est une coterie qui ne craint pas de se montrer malveillante pour une publication faite en dehors de ses catalogues. Je sais plus d’un libraire incapable de prôner un livre dont l’éditeur n’est pas en compte-courant avec lui; j’en connais même qui ne souffrent à leur étalage que les ouvrages de leur propre fonds. Mais de la force d’inertie à l’opposition agressive il y a un grand pas, que cette fois a franchie une minorité jalouse, en
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comptant sur l’impunité qui ne lui est due qu’à force de mépris. Si je n’avais pas d’ami dans le cercle où pareil jeu de commerce est toléré, pour amuser le tapis, me douterais-je du nouveau genre d’inquisition auquel se livre le saint-office d’une profession qui se montre, en général, plus libérale? A bas le mur de la vie privée qui favoriserait l’érection en tribunal secret d’une commission de l’index aussi dépourvue de mandat que de but moral et de littérature î Certains libraires tiennent à justifier, par l’intempérance du iangage et par la petitesse des vues, le surnom de portiers de la littérature , que leur a donné Charles Nodier. Leurs cancans vont donner de plus belle s’ils apprennent que j’ai des loisirs, qui ne sont pas sans agréments loin d’eux, et ils vont exiger de l’infortuné M. Rousseau une remise encore plus forte, lorsqu’ils enverront prendre une livraison ou une collection des livraisons parues.
Car ces marchands, sans courir aucun risque, osent prélever beaucoup plus que la dîme, quand un client exige qu’ils se procurent tel ou tel livre qui n'est pas au magasin, et qu’ils ont essayé d’abord de décrier afin d’en faire prendre un autre. Il est vrai qu’aucun de ces messieurs n’avait deviné, au début, qu’un ouvrage allait réussir sans librairie, sans reliure de prix, sans luxe de papier et d’impression, sans mode fixe de périodicité pour ses fascicules modestes. Mais ce n’est pas une raison pour attribuer maintenant à la surprise un succès qui rapporte moins à l’éditeur et à l’écrivain qu’aux libraires qui, bon gré mal gré, sont déjà tous venus chercher dans un bureau très-peu spacieux ce qui n’a pas d’équivalent dans leurs magasins bien plus grands. M. Rousseau peut dire, après Alfred de Musset :
Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verre.
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Cet associé, qui m’a été donné par des relations d’amitié, va ne plus habiter Paris, même en hiver : l’emploi honorable qui le fait vivre ne lui laisse plus la liberté de résider où il lui plaît.
La publication qui est nôtre n’en ira pas moins jusqu’au bout et sans la moindre interruption : elle n’aura changé ni d’imprimeur, ni de rédacteur, je l’espère : les entreprises plus importantes en peuvent-elles toujours dire autant? Mais ne pas ajouter une ligne à la colonne des faillites, ce n’est pas toujours s’enrichir. Au même prix qu’une course en voiture de place, chaque livraison aura mené son lecteur sur différents points de Paris, en même temps qu’à travers des âges différents : a-t-on le droit de comparer ce prix aux 6 sous qui suffisent à de plus nombreux chalands pour acheter Manon Lescaut , tout chef-d’œuvre qu’est ce roman? L’édition populaire d’un livre tombé dans le domaine public se tire à 30,000 pour le moins ; le tirage, au contraire, de nos brochures, destinées aux curieux, ne dépasse pas 600, et il n’en reste déjà plus en provision que de quoi composer 100 collections complètes. Ce que sachant, les frères Garnier offrent dès-à-présent de tout réimprimer, comme si nous n’avions pas un peu plus d’une année à travailler encore avant d’arriver au mot Lin. Il est effectivement probable que la réimpression, avec force ajoutés et corrections, augmentera le nombre des amateurs. La présente édition endette, par malheur, celles de l’avenir, car elle s’épuisera entièrement avant d’avoir mêlne fait ses frais, n’en déplaise aux inquisiteurs de la susdite rue Bonaparte.
Toute la librairie parisienne sait de reste qu’un nombre illimité de cartons ne tiendrait pas dans le bureau des Anciennes Maisons de Paris. Que de notes ne faut-il pas prendre et faire prendre, au fur et à mesure des besoins ! Quel temps ne faut-il pas aux bibliothécairés et aux archivistes, alors même
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qu’on ne peut douter de leur zèle bienveillant, pour chercher, pour trouver, pour communiquer tous les plans, livres et manuscrits que nous avons à explorer avant d’écrire le premier mot de la notice de chaque rue! Rien qu’en ouvrages imprimés, par exemple, il a fallu tirer de 150 volumes les documents relatifs à la rue de Seine, et elle demandait pourtant moins de travail préparatoire que cinquante ou cent autres. La notice n’a pu s’en rédiger à Interlaken que sur les notes indispensables qui me sont arrivées par la poste. Mon cher Gozlan, permettez-moi de vous en offrir la primeur, en vous priant de corriger l’épreuve.
Aussi bien la maison où le cercle de la Librairie ne se livre pas toujours à des jeux de société reçus dans les salons est une de celles qui, au siècle dernier, s’élevèrent sur l’ancien jardin de la reine Marguerite, surnommée Margot, première femme de Henri IV. Quand, cette princesse fit bâtir son palais de la rue de Reine, qu’on avait dite aussi du Pré-aux-Clercs, de la Porte-Buci et Dauphine, elle était depuis longtemps répudiée par le roi, qui toutefois vint l’y voir, fournissant encore à ses besoins. « La Royne y tint, nous dit Mézerai, sa petite cour le reste de -ses jours, entremêlant bijarement les voluptez et la dévotion, Pamour des lettres et celui de la vanité, la charité chrétienne et l’injustice, car comme elle se piquoit detre vue souvent à l’église, d’entretenir des hommes savants et de donner la dixme de ses revenus aux moines*, elle faisoit gloire en même temps d’avoir toujours^uelqu es' galanteries, d’inventer de nouveaux divertissemens et de ne payer jamais ses dettes » Marguerite de France, fille de Henri II, femme de Henri IV, mourut en son hôtel, le 27 mars 1615.
A soixante-quinze années de là c’était une magnifique hôtellerie, comme l’hôtel Bouillon,
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quai Malaquais, et deux traiteurs ravitaillaient la même rué# à l’image de la Galère, à celle de la Reine-de-Suède. Pourtant le président Séguier résida d’une manière fixe dans l’ancien palais. Pierre Gilbert, seigneur des Voisins, donna lui-même 120,000 livres à Claude et à Charles de Vassan, en l’année 1717, d’une propriété qui en avait fait partie, et où le marquis de Mirabeau, père de l’illustre orateur, vint succéder aux Gilbert des Voisins. Est-ce la même qui nous reste encore du séjour de la reine ' Margot, rue de Seine, n° 6 ? Nous n’en douterions pas si nous ignorions que le n° 2 de notre rue appartenait aussi, vers le milieu du xvme siècle, au marquis de Vassan, et qu’il y a eu un hôtel Courmont, puis Mirabeau, à l’entrée du quai Malaquais.
Le n° 4 de la rue de Seine donnait à M. de Vassan pour voisin M. de Courmont, et le 10 était aux héritiers de Lafond, maître-des-requêtes, avant que de devenir hôtel Trévier. Pelotte, conseiller au parlement, disposait de l’immeuble suivant, au fond duquel survit un grand corps-delogis et quelque chose même du jardin de l’hôtel Larochefoucauld-Liancourt, antérieurement Larocheguyon et Tu renne. Le glorieux capitaine y précéda, d’après Malingre, le duc de Larocheguyon- Liancourt ; puis la propriété échut par succession à Charlotte du Plessis-Liancourt, femme de François de Larochefoucauld.
Brice, dans son ouvrage sur Paris, donne au duc de Larochefoucauld, grand-maître de la garderobe, cette résidence en 1725 ; un autre historiographe en rapporte la construction à l’architecte Lemercier, qui n’en fut, selon, nous, que le restaurateur. Comme l’hôtel était des plus vastes, et que ses dépendances s’étendaient au-delà de remplacement de la rue moderne des Beaux-Arts, rien
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d’étonnant à ce que le magistrat Pelotte y comptât plusieurs locataires. Quand le duc de Larochefoucauld l’eut racheté, le duc de Chabot y garda un appartement, avec un riche cabinet de peinture et un de minéralogie. Le propriétaire n’en reçut pas moins, au commencement de la Révolution, les représentants de la Commune, ses collègues, dans sa maison, qui prit un air de fête : l’un de ces administrateurs était Bailly ; un autre, Lafayette, et un troisième, Santerre. M. de Larochefoucauld, à cette époque, présidait le département. Parmi les misérables qui l’assassinèrent, le 14 septembre 1792, entre sa terre de Larocheguyon et Gisors, il y avait de ses anciens convives de la rue de Seine.
Une école se tenait alors dans le ci-devant hôtel, et le magister en était le citoyen Mercier, auteur du Tableau de Paris. Prudhomme, publiciste plus modeste, mais encore plus utile à consulter pour nous, avait fait vendre au même endroit son Miroir de Paris , édité par son fils en 1787. On y venait voir, sous l’Empire, le cabinet de Cassas, un savant, qui était peintre et architecte, compagnon de Choiseul-Gouffier dans ses voyages. A différentes périodes, la même demeure n’a-t-elle pas été celle de David, le peintre de l’Empire ; du tragédien Talma ; de David d’Angers, le sculpteur ; d’une fille de Daguerre, qui journellement y recevait cet inventeur de la photographie; d’un certain nombre de généraux, de sénateurs et de députés, inutiles à citer après de si grands artistes, et aussi d’un graveur sur bois, qui travaillait pour Louis-Philippe et se livrait à des orgies avec un ministre de ce roi et monsieur de Paris (le bourreau), dans un logement qu’a depuis occupé le jeune peintre Amand Gautier ?
L’historiographe François Colletet, en l’année 1664,
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ne méconnaissait pas l’hôtel Liancourt ; mais il ne soufflait mot de deux maisons habitées en ce temps-là sur la même ligne, l’une par Cordouan, marquis de Langey, l’autre par Mme de Guébriant. Celle-ci était sans doute la maréchale qui avait conduit, en qualité d’ambassadrice, la princesse Marie-Louise de Gonzague de Nevers à son époux Wladislas, roi de Pologne. Une anecdote peu édifiante avait mis en vue l’autre voisin ; elle va nous rappeler de quelles affaires connaissait le Congrès, juridiction exceptionnelle, qui fut plus régulièrement abolie par le parlement de Paris le 18 février 1677 qu’elle n’avait été établie sous le règne de Henri IL
Ce marquis de Langey, que sa femme, née Saint-Simon de Courtomer, accusa d’impuissance après trois ans de mariage, avait d’autant plus intérêt à s’en défendre que cette infirmité, dans le mariage, était légalement un vice rédhibitoire. Une visite à laquelle se soumirent les deux parties laissa encore des doutes; force était donc de recourir à l’épreuve la plus concluante en cette matière délicate. Le mari, qui était normand, avait demandé qu’avant de s’y prêter, sa femme prît un bain : il la Croyait capable, d’appliquer prôvisionnellement aux besoins de la cause quelque astringent, dont il fallait paralyser l’effet. Aussi le rendezvous avait-il été fixé chez fétuviste Turpin, au faubourg Saint-Antoine ; la commission appelée à prononcer une sentence arbitrale dans l’affaire fit, chez ce baigneur, au ménage incomplet les honneurs d’une chambre tardivement nuptiale, moins discrète que la première. Jamais les conditions préparatoires de la literie, de la température et de la digestion à point n’avaient été remplies plus favorablement. La doyenne des matrones en exercice, qui était une dame Pezé, nommée d’office par le Congrès en dépit de ses 80 ans, riait la
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première du singulier devoir qu’elle avait à accomplir, mais n’y aurait manqué pour rien au monde. L’expérience de ce premier arbitre ne pouvait être mise en défaut ni par la demanderesse ni par le défendeur, ni même par tous deux s’ils finissaient, de guerre lasse, par s’entendre pour surprendre sa religion. La vieille dame allait et venait delà chambre à coucher à celle du conseil, en faisant cent folies pour que les autres experts ne perdissent pas trop tôt patience. Elle ne quitta qu’à l’expiratiôn d’un délai de grâce le chevet du patient, en disant aux membres assis de la commission : — C’est grand’ pitié î il ne nature point.
La dégradation de ce mari fut si connue qu’on se plaisait à traiter de Langey tout autre mari au-dessous de sa tâche. Néanmoins il avait protesté par-devant notaires contre l’arrêt du Congrès, et il s’était formé un petit parti qui le vit avec plaisir appeler du premier mariage à un second. Son ancienne femme était devenue marquise de Caumont alors qu’il épousa bravement Mlle Diane de Montaut de Navailles, fdle d’un maréchal de France. De cette union naquirent des enfants, qui auraient réhabilité plus honorablement Langey si Benserade n’avait pas osé objecter que la question était toute différente, nul n’ayant révoqué en doute la fécondité de Mlle de Navailles.
Saint-Amant, poète comme Benserade, parait moins sa personne, mais était plus gourmand. Un de ses cabarets favoris portait et porte encore l’enseigne du Petit-Maure, au coin de la rue de Seine et de la rue des Marais (i). C’était près du Pont-Neuf, dont il faisait ses galeries et où une volée de coups de bâtons le laissa une fois
(1) La rue des Marais-Saint- Germain s’appelle au** jourd’hui Visconti.
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pour mort, à cause d’une chanson dans laquelle il avait attaqué M. le Prince. Du reste, le dernier soupir, du bon gros Saint-Amant fut reçu au PetitiVIaure par le cabaretier Mongiat. Fin bien digne 'de son genre de vie !
Plus haut, une grande maison, surnommée la Bergerie, occupait le premier angle de la rue du Colombier. Le comte de la Potherie, en 1752, vendit cette Bergerie, avec d’autres bâtiments et des hangars, donnant aussi rue de l’Échaudé, à Maupetil, fourbisseur, et à Arnoult, ingénieur du roi.
Dès l’année 1662, on avait décidé de prolonger la rue de Seine au-delà de celle de Buci : projet qui n’a reçu son exécution qu’après avoir été mûri 140 ans. Notre siècle va plus vite en besogne !
Le côté opposé à celui de l’hôtel Larochèfoucauld paraît, sur le pian de Turgot, tout bordé déjà de boutiques. Le chiffre 67 et deux mansardes d’avant Mansart servent actuellement de signes particuliers à l’ancien bureau des paumiers, dont la communauté n’avait reçu des statuts qu’au xvne siècle. Lesdits statuts fixaient à trois années la durée de l’apprentissage. On ne pouvait obtenir la maîtrise, qui coûtait 600 livres, qu’après avoir gagné plusieurs fois les deux plus jeunes maîtres : expérience d’autant plus facile à tenter qu’il y avait quatre jeux de paume rue de Seine ! Sainte Barbe était la patronne des paumiers.
Dans une des maisons peu distantes demeurait le marquis de Rieux, vers le milieu du règne de Louis XIV. Sous le règne suivant, le tabellion Lecointre avait ses panonceaux à la porte du 31. Ce notaire, ayant fait banqueroute avec l’adresse et la sécurité M’un coulissier de notrè temps, passa rue Neuve-des-Petits-Champs, pour y faire honneur à l’argent dont il avait soulagé ses clients. Outre Seine il mena bon train : il avait un cabriolet pour
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ses promenades en plein jour, le relais d’un carrosse pour mener au spectacle la Dlle Quincy, puis il donnait à souper et à jouer jusqu’à trois heures du matin.
Le faubourg Saint-Germain passait déjà pour plus honnête que le quartier du Palais-Royal; on y était du moins plus hypocrite. Némeitz, conseiller du prince de Waldeck, recommandait aux jeunes gens de bonne famille en 1727, dans un livre’ intitulé Séjour de Paris , les hôtels d’Espagne et de Nîmes, rue de Seine, celui de Modène, rue Jacob, et celui d’Orléans, rue Mazarine. Mais il ajoutait par prudence :
« Il y a quelquefois des Dames logées en des chambres garnies dans ces sortes d’Hôtels ; elles veulent souvent passer pour des personnes de grande extraction, qui ont été obligées de venir à Paris pour des Procez ou d'autres grandes affaires. Elles portent souvent le titre de Comtesses et de Marquises; mais ce ne sont, en effet, que de grisettes ou bien de Maîtresses, entretenues par des particuliers, qui passent pareillement pour leurs cousins ou bonnes connaissances. Les con-~ naisseurs du beau sexe de France savent d’abord de quel aloi que ces Dames là sont. Il ne faut pas beaucoup d’enquêtes à l’égard de la plus-part. Elles se trahissent bientôt d’elles-mêmes. Mais les étrangers se trompent ordinairement, quand ils s’imaginent d’avoir fait grande fortune par la connaissance avec une telle prétendue Comtesse ou Marquise. Cependant leur bourse s’en ressent bien et ces petites garces ont apris merveilleusement bien le secret de demander aux novices dans la conversation amoureuse les montres, bagues d’affection et autres semblables nippes, avec si bonne manière qu’on ne le croirait jamais. Je ne dis rien de ce que leur coûtent le jeu, les soupez, les spectacles, les Carosses, les parties de plaisir qu’ils leur donnent, ce qui avec le temps épuise •considérablement la bourse. »
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Ce document, mon cher Gozlan, est pour moi la dernière pièce du dossier de la rue de Seine, Je fais un choix, comme vous pensez bien, et plus de la moitié des notes recueillies par ou pour moi reste au panier, principalement de celles qu’il a fallu prendre de porte en porte. Aucune notice de la rue ne comportait plus d’une « page, avant ce que je viens d’écrire, et je crains pourtant de n’en avoir pas pas dit assez. A moins d’être libraire et demi, c’est-à-dire deux fois endurci, on conviendra que voici de la copie qui vaut un franc la ligue. Est-ce à dire, mon cher maître, que j’ose estimer autre part ma propre prose aussi cher que la vôtre? Bien loin de moi semblable outrecuidance!
La presse, en général, me traite avec une bienveillance à toute épreuve. Je ne la mérite que par la difficulté des recherches qui alimentent , le travail exceptionnel auquel me voilà voué, et qui augmentent incessamment la Somme des documents historiques sur Paris. Par exception, un confrère a tenté d’attaquer cette publication; il s’est placé, comme de juste, à un autre point de vue que- l’auteur du rapport de la rue Bonaparte, auquel je n’ai plus à répondre. Ce critique, dont la compétence ne fait pas doute, est malheureusement soupçonné par mes amis d’une jalousie de métier, puisqu’il écrit également sur Paris. Le public goûte ce qu’il fait d’instructif et ne craint ni son enjouement ni les écarts de son esprit. Mais les curieux, qui recherchent des documents n’ayant pas encore vu le jour, doivent se garder des écrits de mon sage et prudent rival, lesquels répètent le lendemain ce que d’autres ouvragés ont inauguré la veille d’une façon souvent plus agréable. Moi, je défie bien cet émule, qui compte sur mes découvertes pour faire encore de la mosaïque historique, de ne plus acheter mes fascicules.
Maintenant, ami Gozlan, si vous ne trouvez pas
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que j’aie suffisamment réglé mes comptes avec la' critique mercantile et la critique littéraire du jour, en livrant une plainte à la publicité dont je dispose le plus facilement, j’appellerai un journal à la rescousse et je nommerai les - coupables, qu’il a suffi pour vous de désigner. Si, au contraire, vous croyez généreux dépargner désormais deux ennemis déjà vaincus et impuissants, puisque je reste maître du champ de bataille, ils iront se faire pendre ailleurs. Dans le fond, je ne leur en veux pas plus qu’à la Jungfrau, cette montagne dont les neiges se fortifient en ce moment de nuages, mais qui met vainement un rempart de glace entre votre main, mon cher maître, et celle d’un confrère qui s’honore infiniment de votre amitié.
Lefeuve.
Hiae S>©iiiat,
NAGUÈRE
elia Plâtre-Saint-Jacques, (i)
Le Collège de Cornouailles .
Entre la rue Saint-Jacques et celle des Anglais, près de trente maisons forment la rue du Plâtre, qui doit son nom, dit-on, à une plâtrière. Les plus vieilles de ces constructions, remontent au xme siècle : portes cintrées, escaliers de bois, vieilles ferrures nous le confirment. Pas un habitant de la rue ne sait encore que les nos 20 et 22 ont été le collège du diocèse de Quimper, dont nous allons rattacher l’historique à l’histoire des lettres et à celle de Paris.
En l’année 1317, Galerar-Nicolas de Grève, clerc de Bretagne, consacre par testament le tiers de son avoir à cette fondation ; malheureusement, tout compte fait, le legs ne suffit pas à créer un nouveau collège. C’est alors que Geoffroy du Plessis, notaire du pape et secrétaire de Philippe-le-Long, permet aux exécuteurs testamentaires d’établir, en attendant mieux, les cinq bourses disponibles dans son collège de la rue Saint-Jacques, et il y donne un corps-de-bâtiment aux boursiers de Cornouailles,
(1) Notice écrite en 1360, avant que cette rue du Plât're prît pour patron un jurisconsulte du xvne siècle. Les numéros impairs de ia rue Domat sont portés aujourd’hui par des maisons neuves, que surélèvent des degrés inégaux, en attendant l’exhaussement du milieu de la voie publique.