ET DES VIEILLES-HAUDRIETTES
a-t-elle passés bien moins à Paris’qu’en Provence, où le roi avait son mari pour lieutenant-général. Une correspondance, due principalement à cet éloignement, court le monde et console à chaque instant d’autres mères. La courte vie de cette fille célèbre lui a pourtant laissé le temps d’avoir elle-même deux enfants et d’écrire sur l’amour de Dieu, comme si tout autre amour ne lui était de rien !
L’hôtel Trudaine, vous le voyez du même côté que la' fontaine. Son plus ancien propriétaire, que nous sachions, était Galland, secrétaire du roi, vendeur d’Antoine Turgot, sieur de Saint-Clair, que suivirent Rénée-Madeleine Rambouillet, femme de Trudaine, conseiller d’État, et puis Trudaine, intendant des finances. Au conseiller d’État le régent retira injustement la prévôté des marchands, parce qu’il avait refusé de tremper dans les spéculations de l’agiot sur le Mississipi. L’immeuble dans le quel M. Sallandrouze a établi rue des Vieilles-Haudriettes une succursale de sa manufacture de tapis d’Aubusson, rivale des Gobelins, était, je crois, l’ancien hôtel Trudaine.
Rues Taranne et Saint-Benoît. (1)
La Prévôté de V Hôtel-du-Roi. — L'Hôtel de Bernis. — L'Eau de Mélisse. — Le Baron d'Holbach. — Xavier de Maistre. — Les Taranne. — Diderot. — L'Hôtel Bourbon. — Un Conférencier sous Louis XIV. — Maisons diverses.
Le marquis de Sinety, ancien colonel de cavalerie, est propriétaire du 25 de la rue Taranne, comme légataire universel d’un grand-oncle, M. de Braneas- Villars, duc de Céreste, ancien pair de France, lequel y eut pour locataire le savant M. Brunet de Presle. Le duc de Céreste tenait la propriété, également à titre de legs, du lieutenant-général marquis d’Avesne, allié aux Brancas, acquéreur en l’an xm du jurisconsulte Berryer, père du célèbre orateur. Nous y verrions, en remontant encore, la Prévôté de l’hôtel-du-roi, établie là en vertu d’un long bail fait en 1752 par Oré, entrepreneur des bâtiments du roi, au marquis de Sourches, grand-prévôt de France, gouverneur de Berghes, qui avait de même à Versailles une résidence, siège de la compagnie militaire de la Prévôté. Son hôtel de Paris avait été, à l’origine, le trésorgénéral des finances de Mademoiselle, souveraine de Dombes, Duchemin de Bisseaux étant trésorier de la princesse, puis Edme Robert.
(1) Notice écrite en 18G0. La formation d'une grande place a, depuis lors, racourci le côté gauche de la rue Saint-Benoît, en y supprimant le passage du même nom, suppléé un pe(u plus bas par le prolongement Aq la rue de l’Abbaye.
D’un partage réalisé entre les deux filles de Robert date la séparation du 25 avec le 27, habité en 1745 par le marquis de Marivaux, tenu ensuite pour hôtel de Bernis. Le 21 et le 23 eux-mêmes ne firent qu’un, dans le principe : l’abbé Viennet, curé de Saint-Merri, y présidait, sous le règne dé Louis XVI, aux expériences d’aérostation de Blanchard.
Les frères de l’hospice de la Charité édifièrent, du côté opposé, deux maisons: l’une des deux conserve une croix dans la ferrure qui domine sa porte. Le débit de l’eau de mélisse des Carmes a lieu, depuis 16?0, rueTaranne: l’enseigne du n° 14 le dit aux yeux, en promettant des adoucissements aux maux de cœur, et ne prétend-on pas aussi que cette eau prévient l’apoplexie?
Les dîners du baron d’Holbach prédisposaient à ce genre d’attaques les philosophes, ses convives, qui pouvaient heureusement faire provision d’eau de mélisse en se rendant chez lui, n° 12. Ce ne sont pas ses derniers jours que d’Holbach passa rue Taranne: l’obligation de pourvoir ses quatre enfants avait fini par le pousser à des économies, qui portaient sur ses réceptions. Le comte de Polignac était propriétaire du 12, avant la mort de cet amphytrion du xvme siècle, que Jean-Jacques, dans ses Confessions , au livre vin, avait jugé de la façon suivante: « C’était un fils de parvenu, qui jouissait d’une grande fortune dont il usait noblement, recevant chez lui des gens de lettres, et par son savoir et ses connaissances tenant bien sa place au milieu d’eux. » La communauté des saint-simoniens commençait à se former quand leurs réunions avaient lieu, sous la Restauration, dans l’ancienne salle à manger de l 'Encyclopédie.
A l’abbé Desessart, contemporain de d’Holbach, était le 10, dont Catherine Pront, veuve de Jean Desessart, avait donné 92,000 livres, en 1726, à
Jean Halle, qui dans le cours de la même année l’avait payé 20,000 livres de plus. Un appartement y a été habité par Xavier de Maistre, né en Savoie, et qui a rendu plus facile l’incorporation de sa patrie dans la nôtre, par ses écrits tout pleins d’idées françaises. N’avons-nous pas couché nous-même dans une chambre qui a pu être celle de Xavier de Maistre ? Mais pour sûr ce n’était pas là qu’il avait écrit son Voyage autour de ma Chambre.
La propriété attenante fut un hôtel Labriffe, Bauffremont et Taranne. Seulement la dernière de ces qualifications se rapportait surtout, dans le xvne siècle, à une maison sise en face, dont la porte principale, rue de l’Égout, devint celle d’une académie d’équitation, puis de la cour actuelle du Dragon. Un corps de ce logis a été rétabli, n° 11, pour M. d’Àrgouges-Fleuri, lieutenant-civil au Châtelet. Denis Thiéry acquit, en 1698, de la succession vacante de Gomare, ledit hôtel Taranne, tenant à l’héritage Conté d’une part et de l’autre à deux autres maisons dépendant de la même succession, au bout par-derrière aux murs du manège de l’académie du sieur de Longpré.
Or Jean-Christophe, Charles et Simon Taranne avaient été argentiers de Charles VI, de Charles VII et de Louis XI. La terre de Vanves, qui appartenait à cette famille, fut confisquée par les Anglais et donnée à l’archevêque de Rouen. Simon Taranne, échevin en 1417 sous la prévôté de Guillaume Kiriasse, et Jean-Christophe Taranne avaient laissé leur nom patronymique à la grande et à la petite rues Taranne, ouvertes dès le milieu du siècle précédent, parcequ’ilsles avaient habitées: la grande avait porté aussi les dénominations de Forestier, des Vaches et de la Courtille (i).
(1) La petite rue Taranne s’appelle actuellement rue Bernard- Palissy.
Au coin de la rue de l’Égout demeurait personnellement M. de Longpré en 1691, et la famille de Listenois plus tard. Mais quel hôte plus illustre y a gardé vingt ans un logement au quatrième étage? Diderot, que les Mémoires de Mme d'Épinay surnomment si volontiers le philosophe de la rue Taranne. Comme ces fortes têtes de Y Encyclopédie avaient l’oreille des têtes couronnées ! Les grandes cours étrangères faisaient tout leur possible pour attirer les écrivains hardis, si peu persécutés en France qu’ils y avaient eux-mêmes, fussent-ils sans naissance, pour courtisans des grands seigneurs. Rome, par ses contradictions, par ses influences répressives, qui avaient tant de raison d’être, stimulait plus encore un esprit novateur que Berlin et que Londres par leurs encouragements. Les livres supprimaient la distance, bien avant les chemins de fer ; les idées auront toujours- peine à se réduire en télégrammes, comme un ordre pour ragent-de-change, ou une commande au tailleur. Est-ce que Catherine II en fut moins la première à apprendre que Diderot, pour éteindre quelques dettes, voulait vendre sa bibliothèque? L’impératrice acheta tous ses livres, mais à la condition expresse qu’il en restât le conservateur, avec un traitement à vie.
Les fenêtres de Diderot avaient en perspective un prolongement de la rue de l’Égout, qui en avait porté la dénomination, mais qui s’appelait Saint-Benoît depuis l’aliénation de l’hôtel Bourbon, dont l’ancienne porte servait de nouvelle entrée à l’abbaye Saint-Germain, où était en vigueur la règle de saint Benoît. Cette ouverture, au-dessous de laquelle se reconnaissent d’anciennes écuries de l’abbaye, est devenue le passage Saint-Benoît.
Un jardin de l’abbaye donnait encore, du temps > de Diderot, près de ces écuries, sur la rue Saint- Benoît. Les escaliers à petits piliers de chêne ne
font pas faute aux plus anciennes constructions de cette rue ; l’ancien hôtel Bourbon en revendiquerait.
Mais c’est du côté opposé que demeurait le chevalier Chassebras du Bréau, au beau milieu du règne de Louis XIV ; tous les samedis, chez ce savant, il së tenait régulièrement une conférence sur l’histoire et les sciences.
Dans la même rangée, une façade était ornée d’une niche, que le vide aujourd’hui réduit à l’état de brèche. Un petit hôtel y a servi de bureau et de demeure à Laurent de Mézières, secrétaire des finances de Monsieur, comte de Provence, en payant loyer à la famille Orry : on y trouve aujourd’hui le bureau de la Revue des Deux-Mondes. M. de la Rouvrelle et l’abbé de Cornouailles ont disposé au même temps du 16 et du 14; Mme de Chavigny, des maisons formant angle sur la rue des Deux- Anges, dont il survit une impasse grillée ; Mme d’Anspach enfin, d’une propriété à grande façade, mais dépourvue de profondeur, laquelle fait retour rue Jacob.
Rue de Provence. (4)
Le Moulin des Choux . — Le grand Égout . — J/me de la Moshowa. — MM. Périer. — Mm& de Montesson. — L' Ambassade d'Autriche. — Les Écuries d'Orléoms. — Mm* d' Archambal. — L'Hôtel Thélusson. — L'Hôtel de Tréneuc. — Mm* de Mercy-d' Argenteau. — Hoffmann. — Garnier- Pagès.
Les fâcheux disent au figuré de tous les bals officiels qu’on y danse sur un volcan ; mais c’est au positif que la rue de Provence chemine sur un égout, outre qu’elle traverse le Paris qui peut le mieux passer pour un égout des voluptés du monde. Pour y voir autre chose que le conduit d’eaux et d’immondices dont elle est encore la couverture, il faut remonter à l’époque où le moulin des Choux y courait sur lui-même après le vent. Les choux et autres plantes potagères se renouvelèrent plus longtemps que ne se remplumèrent les ailes du moulin, dont Claude Fernand, jardinier, cultivait l’emplacement sous Louis XIV. Son demi-arpent de marais, clos de haies, touchait une terre à Pierre Legay et upe aux religieux mathurins, entre le mur de la Grange-Batelière et l’égout de la ville.
Les propriétaires riverains de l’égout, entre le
(1) Notice écrite en 1860. La rue de Provence a ultérieurement prêté ses flancs au prolongement des rues Lafayette, Le Peletier et Drouot. Elle s’est grandie, en revanche, de l’ancienne rue Saint-Nicolas-d’Antin.
RUE DP: PROVENCE,
faubourg Montmartre et la Chaussée-d’Àntin, étaient en 1738:
Gauche : — veuve Férandiny, maison d’encoignure, près le petit-pont des Porcherons. — De Quincy, marais. — Les mathurins, marais. — Potel, marais finissant au pont Gaillon, chaussée d’Antin.
Droite : — Guillaumon, jardin. — Martin, marais. — A. Legay, id. — N. Brochet, id. — C. Brière, id. — Jean Baudin, id. — Etienne Baudin, id. — Les héritiers d’Antoine Baudin, id. — Les héritiers Marot, id. — A. Legay, id. — Louis Jouvel, id. — Denis Çliquet, id. — Veuve Fromentini, id. — Veuve Beaucousin, id- — A. Brulé, id . — G- Hope, id. — Les dames de ['Hôtel-Dieu, id. — Veuve Got. — Les héritiers Loyal, id. — G. Hobé, id. — Veuve Bourdin, id, — Bourgeois, id.
M. Jean-Joseph de Laborde, secrétaire des finances, subvint aux frais du pavage primitif de la rue de Provence, ainsi que de la rue d’Artois, maintenant Laffitte: ces rues, portant les noms de deux des petits-fils de Louis XV, s’ouvraient en vertu d’une autorisation obtenue en 1770 par ledit financier, propriétaire de terrains rue d’Artois, et encore plus rue de Provence, mais à charge de couvrir le grand égout qui passait dans celle-ci.
« Ledit égout, disait le rapport ad hoc , ne pourra que gagner â ce que son canal soit voûté sous Ja rue ; il sera visité avec plus de liberté, réparé à moins de frais, moins exposé aux entreprises qu’on pourrait faire contre sa solidité et conservation, que s’il était sous des bâtiments ou sous des possessions particulières, ainsi qu’en beaucoup d’autres parties. »>
L’hôtel de ce Laborde, devenu banquier de Joseph II et comte du Saint-Empire, subsiste à l’angle des deux rues; il appartient à Mme la princesse de la Moskowa, née Laffitte, qui entretient fort peu ce
RUE DE PROVENCE. 369
petit palais, dont une souscription nationale a doté son père en 1830. Quel exemple peu encourageant ! C’est quêter une indemnité, pour cause d’expropriation, que d’abandonner à ce point une des belles demeures de Paris, et il est vrai que la rue Lafayette prolongée doit passer par-là; mais elle pourrait faire un détour et lie s’en prendre qu’au petit hôtel qui, rue de Provence, est donné en location par Mme de la Moskowa, et d’ailleurs îe projet actuel de l’édilité parisienne ne menace, en réalité, que la cour du grand, qui aspire à descendre, comme dirait Corneille. Pendant le Directoire, c’était du moins un magnifique hôtel garni : le régime révolutionnaire ne s’en était pas adjugé la propriété dans le dessein d’en faire hommage à un bon citoyen, il avait enlevé à Laborde plus encore que tous ses biens.
A côté du petit hôtel susindiqué, un immeuble qui appartient à M. de Rothschild servait, avant 89, de bureau à la compagnie des Eaux de Paris, et de logis à ses directeurs, MM. Périer.
La compagnie Delaunay, en 1829, a bâti la cité d’Àntin; mais, du côté de la rue de Provence, une grande construction de l’autre siècle se retrouve dans cette cité, bien que tous les livres sur Paris donnent la plus ancienne des deux comme ayant fait place nette à la seconde. Trois ou quatre immeubles de la rue de Provence, où sont percées deux portes de la cité, ont fait assurément partie de l’hôtel Montesson, dessiné par Brongniard, qui n’avait qu’une de ses portes sur la rue de la Ghaussée-d’Antin. Le mariage morganatique du duc d’Orléans, grand-père du roi Louis-Philippe, avec Mme de Montesson, eut lieu le 24 août 1773, avec le moins d’éclat possible; mais ce n’était pas sans le consentement du roi. La bienfaisance princière de cette dame était un secret moins facile encore à garder que celui de ses secondes
RUE DE PROVENCE
noces ; on lui reconnaissait, d’ailleurs, autant de grâces que d’esprit. Il y avait vis-à vis de chez elle, dans la rue de Provence, un théâtre de société tellement à sa disposition qu’un public de son choix l’ÿ applaudissait et comme actrice et comme auteur : les représentations y cessèrent à la mort du prince.
Le fournisseur Ouvrard et le banquier Michel habitèrent l’hôtel Montesson, avant le prince de Schwartzemberg, ambassadeur d’Autriche, qui voulut y donner une fête splendide à l’occasion du second mariage de Napoléon. Une salle de bal avait été ébauchée en bois, sur le jardin, pour faire suite aux appartements, insuffisants dans cette circonstance. Mais quand l’empereur et Marie-Louise furent entrés chez M. de Sehwartzemberg, il arriva que le feu prit à un rideau, qui le communiqua en peu de minutes au plafond de l’édifice postiche. Un lustre tombait avec fracas, et les invités effrayés, en se précipitant sur une porte, tous à la fois, s’étouffaient les uns les autres : le parquet de la salle, ne pouvant résister à cette surcharge, s’ouvrit. Nombreuses furent les victimes, et parmi elles une princesse, belle-sœur de l’ambassadeur, qui était parvenue à se sauver, mais que son inquiétude sur le sort d’un de ses enfants ramena au milieu des flammes, qui ne la laissèrent plus sortir. Une ambulance venait de s’improviser en face, chez le comte Régnault de Saint-Jean-d’Angély, et l’empereur y faisait prodiguer des secours à tous les blessés. Des familles vinrent, le lendemain, y reconnaître, y réclamer des morts.
Cet autre hôtel, antérieurement de Thun et des Écuries-d’Orléans, avait été construit sur le plan de Boullée, architecte du roi. Mais Brongniard y était l’auteur de la salle de spectacle, dont Mrac de Montesson fit les honneurs dès l’année
RUE DE PROVENCE
1770, et qui avait une salle de concert pour pendant : l’une devait comme l’autre à une verdoyante décoration de ressembler à une éclaircie de bois, dans le lieu de plaisance qui rehaussait alors les écuries du prince. Philippe-Égalité y eut pour locataire, en l’année 1790, le sieur Boileau, moyennant 13,500 francs, puis pour acquéreur un riche marchand de chevaux, nommé Lechaire. Les deux belles propriétés dont se compose l’ancien hôtel des Écuries étaient déjà distinctes quand Régnault en habitait une, que composaient les nos 68 et 70: le sénateur Lejeas, père de la duchesse de Bassano, et Mlle Contât, devenue Mme de Parny par son mariage avec le neveu du poète, occupaient le 72. M. Florentin, baron de Seillière, acheta en 1816 la maison de Régnault deSaint- Jean-d’Àngély, qui avait perdu la raison depuis la chute de l’Empire. M. Répoud, qui était Suisse, avait alors 'l’immeuble d’à côté, et l’ancien hôtel Montesson servait de résidence au commandant de la garde nationale, c’est-à-dire au général Dessaules, dont le successeur fut le maréchal Oudinot, duc de Reggio.
Chez le général d’Àrchambal était reçu Napoléon, qui avait distingué sa femme : n° 50, rue de Provence. N’était-ce pas l’ancienne maison Chenot, construite par Bruneau en 1790? Légation de Saxe sous la Restauration.
Une compagnie d’assurances remplace la veuve du comte Germain, au n° 40, et si nous ne découvrions pas que le 34, d’une architecture identique, appartenait à M. Meunier du temps de la comtesse précitée, nous croirions que ces deux immeubles ont dépendu, comme pavillons, d’un ancien hôtel bien connu, où Mme Thélusson, qui recevait la meilleure compagnie, a eu pour successeurs le comte de Saint-Pons-Saint-Maurice, le prince Murat et l’ambassadeur de Russie. Ledoux
RUE DE PROVENCE
avait donné pour entrée à l’hôtel Thélusson une arcade rocaille, style Médicis, dont la forme nous est rappelée par la plus large porte des maisons de la rue Dupliot. La rue d’Artois s’est prolongée entre celles de Provence et Chantereine (de la Victoire), sur le terrain de ladite propriété.
Un autre petit monument de l’architecture domestique allait lui-même prématurément disparaître et priver la rue Le Peletier d’un agréable vis-àvis, où la vue se repose des façades uniformes qu’offrent les maisons de revenu ; par bonheur il y a sursis à l’exécution d’un projet de percement comme il en fourmille à l’Hôtei-de-Ville, et l’immeuble se destine provisoirement à un cercle artistique, peut-être même à un théâtre (i). De telles transformations pouvaient-elles être prévues, sous l’ancien régime, par Rousseau, lorsqu’il eut à fournir le plan de cet hôtel à M. de Tréneuc ? Le sybarite républicain Barras, la danseuse Fanny Essler et Mile Duverger, du théâtre du Palais-Royal, eurent en divers temps cette jolie résidence. Il ne nous étonnerait même pas qu’elle eût été aussi l’hôtel Bainting : maison de la rue de Provence qu’avait occupée un comte de Tamncy, avant milord Bainting ; qui portait le n° 18 quand l’hôtelThélusson, en ses dernières années, répondait au chiffre 28, et qu’Itasse avait décorée d’un magnifique salon en 1801. Fanny Essler établit,, en tout cas, dans l’ancien hôtel de Tréneuc un petit théâtre, principalement consacré à des exercices chorégraphiques.
(1) Une salle de spectacle provisoire a été disposée dans cet hôtel pour le théâtre des Délassements-Comiques, chassé du boulevard du Temple par une première démolition et qui est retourné dans son ancien quartier lorsque la salle provisoire a fait place au prolongement de la rue Le Peletier.
RUE DE PROVENCE
Avant même que la proximité, de l'Opéra mît notre rue eu quelque sorte sur le chemin de ronde de ce théâtre, Mlle Levasseur l’habitait : cantatrice qui devint baronne du Saint-Empire, comtesse de Mercy-d’Argenteau.
Une jolie pièce, Le Roman d'une Heure , a été refaite bien souvent par des imitateurs d’Hoffmann, rédacteur des Débats, qui en était l’auteur. Il avait épousé' la fille de Boullet, machiniste de l’Opéra ; de plus, il était membre du conseil littéraire de l’Académie-Royale-de-Musique. Le toit du n° 14, où demeurait Hoffmann dans le voisinage du théâtre, servit de troisième-dessous, dans la soirée du 6 juillet 1819, à une descente, que malheureusement les machinistes de l’Opéra n’avaient pas eue à combiner: l’aéronaute Mme Blanchard, précipitée avec violence, perdit la vie dans cette chute.
Un hôtel de Gouy-d’Arcy doit être nonagénaire, dans cette même rue : nous le cherchons au 8 ou au 24. Le député Garnier-Pagès, dont le frère a été ultérieurement ministre, est mort au 6 : ses obsèques ont servi de prétexte à une démonstration populaire, hostile à un gouvernement qui avait laissé au défunt une si grande liberté de l’attaquer ! Un charpentier a édifié le 2, immeuble à-peu-près du même âge que le 1, où un épicier annonce que son établissement remonte à 1761.
Rues des Orfèvres et Jeaüi-Laiilier. (î)
Dans la rue de la Ferronnerie, où la belle Ferronnière vendait, au xvie siècle, des aiguillettes, des boucles et des ferrets, on trouve de nos jours des passementiers encore et des marchands de jupons en acier, l’industrie locale n’ayant fait que s’y modifier avec le temps. Il n’en est pas de même rue des Orfèvres, où l’âge d’or n’est plus même l’âge de fer : au lieu de métal, c’est le bois que tonneliers et menuisiers y travaillent. Tout au plus si nous déchiffrons, n° 9, sur la porte d’un tonnelier, le nom de Thieu , marchand orphêvre , qui n’y était pas éloigné de la plupart de ses confrères.
Quant au quai des Orfèvres, qui s’est beaucoup moins démenti, nous vous disons l’origine d’un certain nombre de ses maisons dans la notice de la place Dauphine : l’une des deux,^ quai ou place, était l’envers de l’autre.
Le cercle dans lequel rayonnait à Paris l’orfévrerie, bien qu’il fût assez étendu, eut pour centre pendant quatre siècles la petite rue dite d’abord des Moines- de-Joie-en- Val, qui se nomma ensuite des Deux-Portes, en même temps que des. Orfèvres : nos pères avaient jugé prudent de la mettre sous clef la nuit. Le bureau des Orfèvres, sixième des corps marchands, s’y était établi dès l’an 1399, dans un hôtel des Trois-Degrés, vendu à la corporation par Roger de la Poterne, orfèvre, et sa femme Jeanne. L’artisan, ou plutôt l’artiste, et le marchand étaient tout un, dans ce sixième corps.
(îj Notice écrite en. IStiO.