‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 6 sur 82 · RUE PRINCESSE · texte numérisé non relu

RUE PRINCESSE

Pajot, bourgeois de Paris, cédait en 1699 aux fils mineurs de Damaillan de Lesparre, marquis de Lassaye, et de Françoise Pajot, sa femme, une maison de la même rue, avec porte cochère et petit jardin, tenant par-derrière à la- foire Saint- Germain, et occupée par M. de Massigny.

La quelle se trouvait habitée par une princesse de théâtre en 1762? Mlle Clairon, rue Princesse, pouvait-elle être déjà margrave d’Anspach? Elle se bornait encore à avoir assez, de talent pour que Garrick, le grand acteur anglais, qui vint à Paris l’année suivante, assistât aux représentations de la Comédie-Française avec une prédilection marquée quand elle y jouait. Le 19 février 1762, cette tragédienne produisait un effet inaccoutumé lorsqu’elle prononçait ces deux vers:

On dépouille Tancrède, on l'exile, on l’outrage...

C’est le sort des héros d’être persécuté.

De bouche en boudhe volait, au milieu de force applaudissements, le nom de Broglie, maréchal en disgrâce, qui venait d’être exilé dans ses terres. L’à-propos saisi par le public entraînait une interruption dans le spectacle. Aussi fut-il défendu jusqu’à nouvel ordre de donner la pièce de Voltaire dont un passage prêtait à cette allusion politique.

Mlle Clairon eut pour voisin, si près de la Foire, le poète de Belloy, un des quarante de l’Académie- Française. Cet auteur du Siège de Calais fut attaqué, dans la rue dont il s’agit, d’une maladie de langueur, à laquelle n’étaient étrangers ni la misère ni le chagrin causé par la chute de Pierre -le-Cruel. Les comédiens donnèrent une représentation à son bénéfice, et le roi envoya 60 louis au bénéficiaire. Néanmoins De Belloy mourut, dans la même année que Louis XV, auquel on avait appliqué l’un des vers de ce poète:

U sait être héros jusque dans ses plaisirs.

Rue du Vieux-Colombier, (4)

Pourquoi la reine Blanche, Gabrielle d’Estrées, les mousquetaires et l’académie tenue par Del Capo, dont nous venons de parler, seraient-ils demeurés plus étrangers au 24 de la rue du Vieux-Colombier qu’au 63 de la rue du Four-Saint-Germain? La disjonction des deux immeubles ne remonte sans doute qu’à la seconde moitié du grand siècle. C’avait été l’hôtel de Luynes, nom que garda une grande hôtellerie, qui s’y forma vers le milieu du règne de Louis XIV, mais qui se contenta probablement du vieux bâtiment seigneurial de la rue du Vieux- Colombier. Les voyageurs cessèrent d’y descendre quand ce fut l’hôtel Balincourt. L’ère républicaine vit s’installer au même endroit un pensionnat, sous la direction des citoyens Crenot et d’Autun, dont les élèves suivaient les cours de l’école centrale des Quatre-Nations. Le siège d’une société archéologique, mais il n’en existe desérieuse qu’en province, serait on ne peut mieux placé dans cet immeuble, où se trouve seulement le bureau de la société Géologique.

La loge du Grand-Orient, ci-devant rue du Potde-Fer, s’installa également pendant la République dans le ci-devant couvent des Augustines-de*la- Miséricorde, aliéné par la Nation en l’an IV, le 8 thermidor, entre la rue du Four et la rue du

(1) Notice écrite en 1861. La rue dont elle ébauche l’histoire a depuis lors sacrifié des maisons à l’extension que prenaient les rues de Rennes et de Madame ; mais elle-même s’est élargie aux dépens de ses rives et de ses affluents.

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