COTÉ DES NUMÉROS PAIRS
De Broué.
Ferrand.
Trudaine.
Yassé.
M1,e BeauvoisiD.
Caignard.
|Les . religieuses ursulines. Mme Marquise-Osne.
Cadet.
De Vaux.
Delorme.
Brochet.
Mme de Franne.
Quatremer.
Églé, belle et poëte, a deux petits travers : Elle fait son visage et ne fait pas ses vers.
Lebrun, en alignant ce distique, avait en vue Mme Fanny de Beauharnais, parente par alliance du premier mari de l’impératrice Joséphine ; elle publia des Poésies , et son fils Claude fut pair de France dans les premières années de la Restauration. Mme Fanny de Beauharnais, qui a reçu rue du Mail, près les Petite-Pères, Dorât, Cubières et d’autres beaux-esprits, très-probablement habita l’hôtel des Villarceaux, famille ministérielle, dont
(1) Notice écrite en 1860.
RUE DU MAIL
les mascarons datent évidemment du même siècle que la rue. La même résidence avait dû être celle de la maréchale d’Estrées.
Quant à la rue, elle s’était ouverte en 1634, à la place d’un mail qui longeait les remparts de la ville à partir de la porte Montmartre : on appelait mail un jeu, qui commençait dès-lors à ne plus être du goût des Parisiens, et le lieu même où il se jouait.
La marquise d’Assi, qui était-ellç ? Une famille du Berri, portant ce nom, a fait ses preuves de noblesse, puisque Mlle Anne-Rose d’Assi a été reçue à Saint- Gy r le 24 décembre 1695. Mais il y a eu plus récemment un Gouy, marquis d’Arcy, maréchal-de-camp, et les titres auxquels nous recourons ont souvent une façon d’écrire les noms propres qui laisse des incertitudes. Sur le Terrier de. l’archevêché de Paris, d’où relevaient presque toutes les maisons de la rue du Mail, nous avons lu ceci : marquise Dassie. La propriété dont il s’agit, avait été, dans le principe, au ministre Colbert ; M. Aguado l’a occupée en notre siècle. Elle en forme deux aujourd’hui : n° 3, n° 5. Cette dernière, dont un masearon énorme décore la porte, fut aussi le bureau du journal le Tfemps sôus le règne de Louis-Philippe.
Mais ce n’est pas pour si peu que Colbert a fait bâtir en cette rue, quoiqu’il ait spéculé plus grandement rue Vivienne. Pour le compte également de ce ministre paraissent avoir été construites, vers 1666, sous la haute-main d’un architecte du roi, deux maisons à la suite, qui maintenant en sont ‘trois. L’une d’elles devait à son illustre fondateur une couleuvre, emblème rappelant celles qu’on avale à la cour; nous avons pu nous en convaincre avant qu’elle changeât de façade.
Les pères de la Doctrine-Chrétienne, établis montagne Sainte-Geneviève, avaient pour locataire
RUE DU MAIL
ou pour prédécesseur, n° 13, un trésorier de France et maintenaient un parc à cochons sur l’aile droite de la propriété. Érard, le facteur de pianos et de harpes, se défit de ce voisinage peu harmonieux et de mauvaise odeur, pour monter de beaux concerts dans une salle qui porte encore son nom, au même endroit. Olympe de Gouges, femme Aubry, J avait habité la maison. Cette grande et belle personne, que ses amants ne furent pas seuls à connaître, composait des pièces de théâtre; elle était déjà d’un âge mûr quand la Révolution la mit au premier rang des tricoteuses, et puis, l’idée lui étant venue de s’attaquer au système de la Terreur, ce revirement lui coûta la vie.
En 1791, le club des Étrangers s’installa n° 19 ; c’était une sorte d’Athénée, que le théâtre du Vaudeville venait de remplacer dans la rue de Chartres, près la place du Palais-Royal.
Des coquilles sculptées s’enfilent, formant collier* entre un premier et un second étage, au 21 et au 23. L’un et l’autre furent la résidence du comte de Villars, peut-être même du maréchal, son frère, et passèrent ensuite à Mme Roger, transformés en hôtel garni, avec un établissement de bains : il y avait dès le milieu du xvme siècle plusieurs hôtelleries rue du Mail.
Le 27 a reçu aussi des voyageurs, en qualité d’hôtel de Mars, que Mme Labèdoyère tenait il n’y a pas longtemps ; -cette dame étant la veuve du colonel Labèdoyère, la mémoire de la fin tragique de son mari lui a valu, sous le second empire, le paiement d’une dette de premier, posthume il est vrai, mais sacrée, dont la liquidation a dispensé sa vieillesse de rester au service du public. La même propriété avait été, en l’autre siècle, l’hôtel Deschiens, du chef d’un financier, M. Lacour-Deschiens : mauvais nom, bonne signa-
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ture ! M. Deschiens avait rà trois maisons pour une, et la précédente appartenait, de son temps, à M. de Luzy, les deux d’avant à M. du Belloy, et les deux premières de la ligne, près les Petits- Pères, à M. Legrain, à Mme de Villegenoust.
Les Quatremer pareillement étaient en plein dans la finance ; , seulement leur hôtel marquait rue du Bouloi : plus souvent qu’ils auraient habité les maisons à petites portes qui répondent, dans notre rue, aux chiffres impairs les plus hauts !
Que si nous rouvrons notre atlas de la ville de Paris en 1739, des boutiques y sont déjà visibles dans la rue dont nous parlons, du côté de celle Montmartre ; le commerce y paraît épier, pour s’installer moins à l’étroit, le moment où les belles façades de cette rue permettront à des écriteaux de grimper et de s’accrocher, comme le lierre, aux reliefs de l’architecture. Une certaine quantité de ces ornements sont justement dus aux ciseaux de Yassé père et fils, propriétaires dans la rue.
Mmc Récamier, quand son premier salon règne en regard ou près de la maison Érard, n’est dans l’éclat que.de sa beauté; la Célimène du Directoire ne recevra les hommages de l’Opposition dans un plus vaste hôtel, à la Chaussée-d’Antin, que sous le Consulat.
La coquetterie de l’esprit et du cœur, dont cette femme célèbre garde les bienséances, n’a déjà rien de comparable aux faveurs qu’a distribuées à titre gracieux Olympe de Gouges, si près de là. Mais les extrêmes se touchent à ce point que, sans sortir de la même rue, un tout autre type féminin s’est produit, qui sera de reproduction beaucoup moins rare, celui dune beauté que la vénalité rendait facile, trente ans auparavant, n° 16. Cette locataire de M. Trudaine, si nous la prenons à partie, se montre de son époque par
RUE DU MAIL
le peu de respect et de ménagement qu’elle a pour l’aristocratie. La Dlle Testart, en un mot, aime l’égalité à sa manière, bien quelle ne soit pas fâchée d’avoir tâté de la noblesse d’une façon qui la met en vue. Moins de gens lèveraient la tête, en passant sous les fenêtres de M,le Testart, si elle n’était pas en pied la maîtresse du duc de Duras. Et pour qui trompe-t-elle ce duc et pair, ce maréchal de France? pour maître Clos, un procureur, dont l’état est des moins galants, mais qui, par un raffinement d’habileté et d’habitude, fait mentir jusqu’à son état. Clos ne craint pas de la mener aux secondes, en pleine Comédie- Française, à la barbe de tous les ducs, et M. de Duras, en apercevant le couple, peste de tant d’audace. Il vient même un temps où la belle n’est plus quittée d’une semelle par ce procureur amoureux, qui ne se gênerait pas moins s’il était prince du sang. Tous les clercs du Palais en font des gorgeschaudes ; tous les habitants du quartier s’étonnent que la chicane gagne de pareilles causes, sans appel immédiat de la partie adverse. Si le coureur du duc frappe à la porte, c’est le rival qui vient ouvrir, qui apprend l’heure de la visite du maître, et il Se sauve dare-dare avec la maîtresse infidèle, qu’il enferme dans -son étude avant l’arrivée du carrosse.
Bêrthaut, architecte du Palais-Royal, a édifié le 12, qui appartient encore à sa famille, et où Talma a séjourné. On ajoute que, dans sa jeunesse, Napoléon y demeurait, en même temps que le grand tragédien; nous sommes loin d’y contredire, si la maison en ce temps-là se reliait à l’hôtel qui la touche par-derrière et où le futur empereur a eu sa chambre, comme le narre notre chronique de la rue des Fossés-Montmartre (t).
(I) Aujourd’hui rue d’Aboukir.
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Les mansardes du 10, superbe construction, le font remonter à l’époque de l’ouverture de la voie ; le 8 et le 6, qui plus est, où des glaces fort bien sculptées décorent le vaste salon d’une table-d’hôte à bon marché, ont à coup sûr fait corps avec le 10. On affirme, par ouï-dire, que Mme de Pompadour a reposé sous cet immense toit ; on parle même de Ninon. Nous n’y voyons aucun inconvénient, tout en tirant de meilleure source que ce fut entre temps un hôtel Bouillon, où résidait en 1690 Jeanne de Saveuse, veuve du comte de la Mark, maréchal-de-camp, colonel du régiment de Picardie. Le chansonnier Émile Brault s’y retira, dans un logement modeste, des fonctions de sous-préfet de La Châtre, en l’an de grâce 1824.. Ajoutez, s’il vous plaît, que, le marteau de la démolition étant aux prises avec la maison du milieu, il ne subsistera bientôt plus que les deux ailes de cet ancien logis de prince.
Une carte dessinée à la plume dans le cours du xvme siècle marque non-seulement en ces parages le derrière de l’hôtel Rambouillet, à l’encoignure de la rue Vide-Gousset, mais encore le domicile de Mrae veuve Rambouillet, propriétaire, dans la cinquième maison venant avant. Un autre document du même genre indique la propriété angulaire comme appartenant à M. Clérambault, y demeurant. Mais il ne s’agit là que de l’hôtel du financier Rambouillet, qui n’avait rien de commun avec le célèbre bureau d’esprit que la marquise de Rambouillet tenait de 1635 à 1665 rue Saint-Thomas-du-Louvre.
Rue Meuve-des-Mathurins. (i)
M. de Lagrange. — Tristan et l'Ermite. — Le petit Louvois. — Le Marquis de Beauharnais .
— La Princesse de Bauffremont . — Le Maréchal Brune. — ikTme Dumanoir. — M. de Noë.
— Carline. — La Poste. — Sandrié et son Passage. — Le Prince de la Paix. — Garat.
Le comte Lagrange, lieutenant-général, ancien ministre de la guerre du roi Jérome en Westphalie, eut pour hôtel, sous la Restauration, le 98 de cette rue : il mourut pair de France en 1836.
Tristan l’Ermite, grand-prévot du roi Louis IX, a-t-il laissé à deux branches d’héritiers sa fortune et jusqu’à son nom à partager? Il y avait en tout cas, sous Louis XVI, dans la rue Neuvedes-Mathurins, entre celle de la Ferme et celle de la Madeleine, deux habitations contiguës, payant cens à l’archevêché : l’une au nom de Tristan, l’autre au nom de l’Ermite. Le n° 96, que l’amiral Baudin a plus récemment habité, et qui, pendant un certain temps, ne faisait qu’un avec le 94, peut être sûr d’avoir appartenu à l’un des deux descendants ou homonymes de l’ancien justicier, compère de Louis XL
(1) Notice écrite en 1860. Près de la première moitié, de la r^e Neuve- des-Mat,hurins, telle qu’elle se comportait, alors, a disparu depuis pour faire place à la rue Gluck et au carrefour de l’Opéra. La nouvelle rue Auber, à son point d’intersection avec la rue Caumartin, a enlevé d’autres maisons encore à ladite rue des Mathuriris. Celle-ci, en revanche, s’est prolongée entre celle Pasquier, naguère de la Madeleine, et le nouveau boulevard Malesherbes.
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1 L’un des derniers hôtels de la même rangée était occupé en 1783 par le marquis de Louvois. Ce descendant du ministre se livra au libertinage et au désordre avec si peu de retenue que le roi finit par l’exiler : il F avait trouvé moyen de dissiper de grands héritages et de manger la dot de ses trois femmes, en laissant derrière lui une traînée croissante de dettes.
Au même temps le 86 appartenait à François de Beauharnais, que ses états de service dans la marine avaient fait major des armées navales en 1754, puis gouverneur et lieutenant-général à la Martinique, d’où il avait renvoyé les Anglais, et aux îles de la Guadeloupe, de la Grenade, de Saint-Vincent, de Cayenne, etc., puis, pour couronnement, chet-d’escadre des armées navales. Cet officier-général obtenait ensuite l’érection de sa terre de Laferté-Aurain en marquisat, sous le nom de Laferté-Beauharnais. Il avait épousé sa cousine germaine, née Pivart de Chastullé, et il en avait eu plusieurs enfants ; l’un deux, le vicomte Alexandre de Beauharnais, né à la Martinique, épousa Joséphine de la Pagerie, qui convola ensuite en secondes noces et devint impératrice. On trouverait encore, dans la maison dont nous parlons, son ancienne plaque indicative d "Hôtel de Beauharnais . Le corps -de-logis du milieu n’était qu’entre cour et jardin, La seconde femme du comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur, savant nomade et académicien, l’occupait au temps de l’Empire ; elle faisait hôtel et nom à part, car on l’appela toute sa vie princesse Hélène de Bauffremont. Dérogation en sens contraire avait été faite à l’usage en premières noces, sous le rapport du nom : M. de Ghoiseul avait pris celui de sa femme, née Goufïïer, resté inséparable du sien. Mme de Saulx-Tavannes, qui se trouvait enfant du premier lit, a écrit un roman sous ce
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titre : Le Père et la Fille ; elle en avait réalisé un autre, en mariant elle-même son père avec son amie, la princesse. La belle-mère n’était pas marâtre. La bonne intelligence, qui ne s’altéra pas entre la princesse quand même et le comte ne fut, du reste, pas mise à une très-longue épreuve : on les voyait ensemble aux eaux d’Aix-la-Chapelle peu de temps avant que le deuil de son mari fût porté par la dame.
Au 76 et au 74 a vécu le maréchal Brune, qui avait été imprimeur et journaliste au début d’une carrière dont un crime politique a avancé le terme, lors de la réaction royaliste de 1816. Néanmoins son épée, sur laquelle Dafaton avait compté avant Napoléon, était rentrée dans le fourreau au milieu même de l’Empire; elle n’avait fait que porter aux honneurs, sous ce régime purement militaire, un soldat de la République. La première restauration trouvant Brune presque dégagé visà-vis de Napoléon, il s’en est allé faire sa cour à Louis XVIII, qui l’a bien accueilli. L’ambassadeur d’Espagne, prince de Massérano, était alors le cicérone du maréchal aux Tuileries : cet étranger connaissait mieux que lui et la cour et les courtisans, même ceux du pouvoir déchu qui assistaient au petit-lever de l’autre.
Le 72, qui par-derrière date du siècle précédent, le 70, qui a été refait, ou le 66, leur voisin, fut l’habitation à Paris de Noë, maire de Bordeaux, chambellan du duc d’Orléans et mari de Mlle Flavie de Cohorn de la Palun. Cette dernière qualité n’avait-elle pas suscité au maire de Bordeaux une querelle d’Allemand, qui lui fut faite, pendant la lune de miel, par le vieux maréchal de Richelieu, gouverneur de la Guienne pour le roi? Le fait est que M. de Noë, « pour avoir violé sa consigne au spectacle de Bordeaux,' » fut assigné devant
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le tribunal du point-d’honneur, qui siégeait à Paris, et que M. de Richelieu suivit l’affaire.
M. de Noë se trouvait porte à porte avec Carline, de la Comédie-Italienne, veuve de 'Charles Bertinazzi, dit Carlin, qui jouait par excellence le personnage d’Arlequin. Un reste de jeunesse pouvait encore dorer la pilule du veuvage à cette comédienne ; mais le jour était déjà loin où l’ambassadeur de Hollande lui avait envoyé, pour ses beaux yepx, un riche bracelet, pendant que le pauvre arlequin était malade de la pierre !
Du même côté et vers le même point, siégeait la direction de la Poste aux chevaux, bien que cette Poste elle-même fût établie rue Contrescarpe- Dauphine (î). Le duc de Pôlignac était directeurgénéral, avec survivance assurée au marquis de Pôlignac ; M. de Veymeranges, intendant.
Les terrains faisant face, entre les rues de l’Arcade et Caumartin, appartenaient avant 89 à la duchesse de Béthune, baronne d’Ancenis. Les pères mathurins y avaient eu des marais, dans le principe, et ils en avaient eu autant sur l’autre ligne de cette rue, ouverte sous leurs auspices. L’Hôtel-Dieu avait été propriétaire de tout le reste ; mais il avait vendu à Sandrié, du côté où se suivent actuellement les numéros pairs, la jouissance viagère de terrains confinant à régoût de la ville, et le même Sandrié y avait acheté l’égoût, pour le couvrir. Dans un passage formé par ce spéculateur entre notre rue et le boulevard (2), un ancien hôtel Sandrié n’a pas encore fait retour à la terre. Pierre Ligné et sa femme, Marie-Anne Saulnier, avaient acquis par-là de Silvois, le o février 1714, deux arpens en marais; ils y ven-
(1) Présentement rue Mazet.
(2) Le passage Sandrié a été emporté de nos jours par la rue Scribe.
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dirent même en trois lots à Sandrié et à sa femme, à Verberecht, sculpteur, à Taboureux et à sa femme, le 9 août 1751, un marais contigu à leur maison', ayant cour et jardin. Et le passage dès-lors était commun à plus d’une propriété. Ligné, Verberecht et autres riverains furent autorisés, l’année suivante, à le fermer la nuit, par une sentence de la grande-voirie de. Paris. En 1792, seulement, la rue Neuve-des-Mathurins fut prolongée entre celles de l’Arcade et de la Madeleine, sur le ci-devant territoire du couvent des dames de la Ville-l’Evêque.
Mme pinei du Manoir/ qui demeurait à l’angle de la rue Caumartin, côté * des numéros impairs, était la femme d’un colonel des milices de la Guadeloupe, et leur fille avait épousé en 17731e vicomte de Saint-Chamans, colonel du régiment de La Fère. D’autres maisons du milieu de la rue ne sont-elles pas des legs de l’ancien régime, comme celle que nous montrons du doigt?
Il y en avait deux à M. de Montessuy, deux à M. de Laferté, et le carrossier Rouconnières était locataire de l’une d’elles. Ce Laferté, pour son malheur, était probablement M. Papillon de Laferté, intendant des menus-plaisirs, guillotiné le 19 messidor an ii à l’âge de 64 ans : il avait écrit sur la peinture, l’architecture et la géographie. Le marquis Ferron de la Ferronnays, colonel, puis brigadier des armées du roi, commandant à Saint- Domingue, avait ramené, lui aussi, dans cette rue des Mathurins, une créole de Longane, sa femme: son hôtel porte le n° 38 et a été, depuis, la résidence de la famille d’Alogny. Le 32, s’il vous plaît, était l’habitation de Veymeranges, fermier- général, époux de Mlle de Ligneville, princesse de Lorraine, qui le faisait beau-frère d’Helvétius.
Mlle Le Peletier de Martainville disposait, elle, du 33, qui a été connu comme hôtel Le Peletier-
388 RUE NEUVE-DES-MATHURINS
d’Aunay, et sa propriété touchait, du côté du passage, celle de Sandrié. Le prince de la Paix a été vu assez longtemps dans l’ancienne maison Le Peletier. Don Manuel Godoï, duc d’Acudia, prince de la Paix, avait commencé par être, comme premier ministre, l’adversaire politique de l’empereur Napoléon, qui pourtant vint à bout de ses scrupules et tira parti de ses services, en ayant la précaution de le soustraire aux rancunes espagnoles. Sa maison de Paris n’avait plus la magnificence de son palais de Madrid; mais il se ménageait aussi à Rome un pied-à-terre de consolation. L’ancien ministre du roi d’Espagne avait contracté un premier mariage avec une princesse de Bourbon, qui avait obtenu une pension sur ses biens confisqués. Il restait à Godoï, en outre, cinq millions de piastres lorsqu’elle cessa de vivre. Le train qu’il menait à Paris eût été défrayé à beaucoup moins : il ne voyait presque personne de son pays et que peu de Français.
Au même temps Érard, le facteur d’instruments de musique, avait pour locataire au n° 1 le célèbre chanteur Garat, auteur d’une romance sur les malheurs de la reine Marie-Antoinette :
Vous qui portez un cœur sensible, etc.
Rue de €ti*amout. (i)
Le n° 1 et l’immeuble que vous voyez après étaient au roi, alors que s’y tenait le bureau principal des Aides, puis celui de l’Enregistrement, sous la coupe du Contrôle-Général des finances, qui veillait à deux pas, entre les vues Neuve-Saint- Augustin et Neuve-des-Petits-Champs. L’immeuble qui fait vis-à-vis appartenait alors à M. de Lachevardière. La façade du 7 portait, outre les masques y servant encore d’ornement, les armes de M. de Méron. M. Sandrié de Montrecourt, qui disposait de la maison suivante, n’y était pas loin du passage Sandrié, formé par sa famille de l’autre côté du boulevard. Les nos 8, 9, 10, il, 12 et 14 paraissent avoir été bâtis sur le même plan et par le même entrepreneur.
Or en l’année 1726 la maréchale duchesse de Gramont et le duc de Noailles, tous deux exécuteurs testamentaires du maréchal de Gramont, ont obtenu la permission d’ouvrir deux rues, celles de Ménars et de Gramont, à la place de son hôtel, donnant rue Neuve-Saint- Augustin. Mais ce dernier n’a été démoli qu’une quarantaine d’années plus tard, après avoir servi de résidence à quatre générations de Gramont. Le spéculateur Monnerot l’avait néanmoins possédé, et les lettres de 1726, autorisant le percement, avaient été renouvelées en 1765 au nom de l’abbé Clément, adjudicataire
(i) Notice écrite en 1860. La rue de Gramont n'a été percée de part en part qu’en 1870 par la nouvelle rue du Dix-Décembre.