RUES CHABANAIS ET CHÉRUBIN
un livre, qui réussit encore et qui consiste k faire bruit tout d’abord d’un prix exagéré que l’éditeur aurait donné du manuscrit ; ses prospectus, ne se contentant pas d’allécher de simples acheteurs, lui amenaient jusqu’à des actionnaires. Il a toujours eu l’esprit de recruter des prosélytes et des flatteurs; il a même compté parmi ses créanciers, désespérant d’un dividende, quelques admirateurs dont le désintéressement ne pouvait plus laisser de doute. Comme homme, il s’est fait adorer, avec une rare persévérance, jusqu’à l’âge où les cheveux blancs tombent, par une couturière à la mgde ; lorsqu’il en venait à manquer, par malheur, du louis absolument indispensable pour recommencer le million qu’il rêvait toujours, elle réhabilitait l’homme taré, en le faisant caissier de sa maison, qui prospérait. Ces gilets de velours vert, grenat ou noir, qu’il portait constamment, ne se taillaientils pas un peu dans les robes destinées à des princesses étrangères? Alors les morceaux en sont bons et différent beaucoup de ces maculatures dont les éditeurs ne font rien.
La maison dont la librairie Ladvocat occupait le plus bel appartement, a eu aussi pour locataire M. Huvé, architecte de la Madeleine.
Du même côté de la rue, Chamfort avait pris domicile, en quittant l’un des dessus-d’arcades dty Palais-Égalité. Quand on vint pour l’y arrêter, il désespéra de recouvrer une seconde fois la liberté, que lui avait déjà ravie le comité de salut public ; voulant mourir en homme libre, il passa dans son cabinet, sous prétexte d’y prendre des papiers, et se tira un coup de pistolet.
Enfin c’est au n® 11 que le général Pichegru fut arrêté, deux mois et quelques jours avant que le premier-consul passât empereur.
Hiie de Cliaillot. (i)
A Chaülot. — Comines. — Bassompierre. — Mézerai. — La C1 * * * * * * *^ de Bloc. — La Croix- Boissiêre. — Les Pensions. — - Théaulon. — Urbain. — Un grand Souper de Louis ' XI. — Les Nourrisseurs. — La Cure. — Petit, Chirurgien. — M. et Cochin. — M.
et de Vier sac. — De Bure. — Le Général
Rapp et le O9 de Villoutreys. ■ — M. Montansier . — L'Évêgue et le Mercier. — Su-Périne. — Barras. — Le Général Guilleminot. — Mme Molé. — Mmt de Marbeuf. — Le Cte de Choiseul- Gouffier. — M. Émile de Girardin. — Le 113.
Le village de Chaillot a été déclaré faubourg de Paris, dès l’année 1639, sous la dénomination de faubourg de la Conférence, et compris dans l’enceinte urbaine en 1786. La seigneurie de Chaillot avait fait retour à la couronne sous Louis XI ; ce roi en avait disposé en faveur de Philippe de Comines, historien qu’il comblait de richesses et d’honneurs. Catherine de Médicis, à son tour, eut
(1) Notice écrite en 1868. La rue de CbaiUot n’avait
encore été taillée en pièces ni parle prolongement de
la rue d’Angoulême {Morny), de la rue Bizet et delà rue François 1er, ni par le percement des rues Freycinet,
Magellan et Christophe-Colomb, des avenues Joséphine
et de l’Alma. Les nos 4 et 6 de la rue de Morny pro-
longée sont les anciens 8 et 10 de la rue de Chaillot,
que son ancien 17 commence, sur la ligne opposée, et
à laquelle son élargissement, ainsi que celui de la rue
Pauquet-de-Villejust et de la rue des Vignes (Vernet), a contribué à enlever la plupart des maisons que notre monographie passe en revue.
RUE DE CHAILLOT
le château, qui dominait superbement le cours de la Seine et qu’embellit ensuite Marie de Médicis. On attribue pourtant sa reconstruction au maréchal de Bassompierre, qui l’habita sous Louis XIII et y brûla, le 24 février 1631, 6,000 billets doux : quelles jolies lettres de cité pour ériger un bourg en quartier de ville ! Seulement plusieurs domaines nobles s’étaient greffés sur l’arbre seigneurial dont les rameaux d’inégale pousse ne couvraient plus . entièrement le territoire du village. Bassompierre eut le comte de Tillières, son beau-frère, pour successeur, dans la seigneuriale villa qui se trouvait en décret quand la princesse Henriette de France, reine d’Angleterre, s’en rendit adjudicataire, pour y établir le monastère royal des religieuses de la Visitation, dames de Chaillot.
Cette grande rue de Chaillot additionnait 220 feux, en l’an 1709 ; deux habitants sur trois y étaient blanchisseurs ou maraîchers, dans la région basse, c’est-à-dire du côté de la rivière, et vignerons ou laboureurs, dans ce que le faubourg avait de plus élevé; la meilleure bourgeoisie ne tarda pas a s’y tailler, comme en plein drap, de plus nombreuses propriétés que du temps de Mézeray. Cet autre historien, qui préférait à la société des beauxesprits celle deLefaucheur, cabaretier à La Chapelles-Denis, avait demeuré à Chaillot, autre village suburbain,, après le président Jeannin, sans que nous ayons la fortune d’y reconnaître leurs anciens logis, et il en est de même pour quatre notabilités plus modernes : le comte d’Écheville, dont on venait voir le cabinet d’histoire naturelle avant 89, la comtesse de Blot, Bailly, maire de Paris, et le jurisconsulte Treilhard. Quant à Mme de Blot, elle était au nombre des dames en vue que M. de Necker avait pour amies politiques et que le marquis de Carriacoli, dans une lettre à d’Àlembert, énumérait de cette façon : « l’impérieuse et dominante
KÜE DE CHAILLOT.
duchesse de Gramont, la superbe comtesse de Brionne, la princesse de Beauvau à l’esprit séduissant, la comtesse de Montesson, revêtue de tous les charmes que l’art peut donner, la précieuse comtesse de Blot, au jargon sentimentaire, l’enhousiaste comtesse de Tessé, l’idolâtrée comtesse de Châlons, traînant à sa suite son amant le duc de Coigny, la merveilleuse princesse d’Hennin, la svelte comtesse de Simiane, la piquante marquise de Coigny, la douce princesse de Poix ».
Ah! ce n’est pas que la rue de Chaillot s’oublie, ait la folie du remue-ménage. Ses numéros, depuis la fin de l’Empire, n’ont presque pas changé. Mais sous la République et sous Louis XVI, l’ordre numéral des maisons y commençait, en sens inverse, du côté des Champs-Elysées. Donc au pied de la Croix-Boissière, qui se " dressait à l’angle de la rue des Batailles, finissait la même rue en pente qui, depuis lors, descend au lieu de monter. Rien d’illogique, d’ailleurs, à ce que la source coule de plus haut que l’embouchure !
Interroger le n° 1, qui n’a de constant pour nous qu’une apparence sénile, 11e serait-ce pas perdre notre temps? Du 3, bâtiments et jardins, dont un peintre éminent, M. Flandrin, est le propriétaire, nous ne savons pas beaucoup mieux l’origine; de raffinerie, il est devenu caserne dans les dernières années du règne de Louis-Philippe. Mais avant la Révolution a été élevé fliôtel portant le chiffre 10, pour la fille d’un riche marchand. Le il, pension de demoiselles, est une maisoè construite dans le même temps pour l’aïeule de M. Faustin, qui en dispose actuellement. Au 15, M. Granet fondait en l’année 1818 une pension de garçons, que nous n’avons pas négligée en écrivant Y Histoire du Lycée Bonaparte. Les cours de ce collège sont en effet, suivis par les élèves de la pension dans laquelle M. Bousquet succède à
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M. Basse et à M. Granet: Jules Jatiin y remplissait les fonctions de répétiteur, en s’exerçant sur de simples écoliers au maniement de la férule du critique. De jeunes pensionnaires prennent leurs récréations à l’ombre de beaux arbres, que voit depuis longtemps grandir cette maison de bonne bourgeoisie, où demeurait antérieurement Nitot, joaillier de la couronne impériale.
Le vaudevilliste Théaulon s’est arrangé naguère d’une espèce de cottage, au fond du n° 35. En dépit du nombre formidable des pièces qu’il avait fait jouer, cet homme d’esprit a conservé jusqu’à la fin la plus impressionnable susceptibilité, à l’endroit des premières représentations ; ces jours-là il ne vivait plus, il tremblait comme un vieux décor sur un portant mal assuré, et il ne rentrait à Chaillot qu’avec l’anxiété du lendemain, quand bien même le rideau se fût abaissé sans encombre sur un succès en perspective. Ses nombreux collaborateurs avaient beau se tenir sur leurs gardes, il finissait par rendre ses appréhensionscontagieuses, et les coulisses leur devenaient comme à lui un lieu de supplice, où la torture recommençait avec chaque scène, avec chaque couplet. Théaulon n’était philosophe qu’en dehors des alternatives à double face du théâtre; sa famille économe avait tenu à mettre sa patience à l’épreuve, dans son propre intérêt, en, prenant ce lion du vaudeville dans les filets d’un conseil judiciaire.
Pierre Urbain, écuyer, maréchal-des-logis du roi et maître-d’hôtel de la reine, avait en 1735 le n° 36, dont le seuil est encore décoré d’un mascaron et l’arrière-corps-de-logis d’un balcon ; son fils, Urbain de Vatrouville, remplissait la charge d’aide-des-cérémonies au commencement du règne suivant.
Grand balcon, de l’autre côté de la rue, au 45, dont la cour, entourée de pans de mur décrépits,
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sert de basse-cour à maintes poules, qui gloussent dès la première heure. À cette hauteur, au surplus, la rue garde l’aspect de l’ancien village, grâce à quelques fermes pittoresques de nourrisseurs. Un pavillon de campagne y servit aux plaisirs d’un comte du Perche, que nous croyons le contemporain de Louis XI, et justement la porte cintrée du 43 ne permet-elle pas de croire qu’il remonte à l’époque de Philippe de Comines ? La chronique scandaleuse de ce temps-là contait un jour :
« Le Roy souppa en l’hostel d'Armenonville ou il fist grand’chère, et y mena avecq ies lui le Comte du Perche, Guillaume de Brische, Guiol-Durie, Jacques de Crévecœur, Monsieur de Craon, Messire Yves de Fau, Gastounet du Léon, Vuaste de Monhedon, Guillaume Le Cointe et Maistre Renault des Dormans. Et pour femmes, y estoient Mademoiselle Dermenônville, la Longue-Joye et la Duchesse de Longueville. Et pour bourgeoises Estiennette de Paris, Perrette de Charlon et Jehanne Baillette. «
Les nos 38 et 40, où de nos jours se trouve un établissement de bains, ne faisaient d’origine qu’une seule propriété. Du 42 la grande porte cintrée annonce également son vieux temps. Les bâtiments répondant aux chiffres 55, 59, 63 et 79 peuvent aussi figurer parmi les plus anciens de cette voie publique : gageons qu’ils ont payé dans le temps bien plus qu’ils ne valent à présent, endroits de mutation et de cens, aux religieuses visilandines, dames de l’endroit. Le 48 et le 50, presbytère de l’église Saint-Pierre de Chaillot, s’élèvent sur son ancien cimetière, qui s’étendait jusqu’à la rue Marbeuf de notre époque. De l’autre côté de l’église est l’ancienne maison curiale, dont le joli jardin en pente suit une direction parallèle à la rue Bizet, anciennement ruelle des Blanchisseuses.
Immédiatement après le presbytère d’autrefois,
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Pierre-Jean-Louis Petit, maître-chirurgien, membre de l’académie des Sciences, possédait un domaine de 4 arpens 24 perches, et d’une portion, sinon de la totalité, il était adjudicataire en vertu d’un décret forcé sur le sieur abbé Duval, suivant sentence des requêtes-de-l’hôtel en date du 13 février 1732. Élisabeth Germain, fille de Petit, hérita de cette propriété considérable, laquelle comportait, sur la rue de Chaillot, le 54, qui de nos jours a garde des fenêtres à coulisses et à petits carreaux, le 56, le 58 et le 72, maison à porte haute et surmontée d’une croix, qu’occupent les sœurs de la Providence : autant de constructions, qui remontent, en effet, à la première moitié du xvme siècle ! Augustin-Henri Cochin, second mari de M*e Germain, possédait, du chef de cette dame, cinq maisons avec des jardins, et presque toutes avaient des portes de derrière sur une ruelle, aboutissant à celle des Blanchisseuses.
La séparation de biens judiciairement prononcée entre ces deux époux permit à la femme de vendre au sieur Ferlet le 62. Le 58 avait servi de dot à sa fille, morte sans enfants en 1782, et de laquelle, en vertu de l’art. 313 de la coutume de Paris, elle avait hérité ; c’est pourquoi le notaire Chaudot achetait’ d’elle la même propriété, ainsi que les maisons contiguës, le 13 décembre 1791. L’un de ces immeubles, va-t-on dire, semblait voué aux ménages en état de rupture ; le fait est qu’en 1810, la comtesse de Viersac, née de Goy, séparée corps et biens d’un trop brillant capitaine de chasseurs, acquérait le 58 d’une Châteaubriand, veuve de François Gefflot de Marigny. Mme de Viersac a fort bien entretenu, pour elle toute seule, son jardin et ses appartements, desservis par un escalier à rampe de fer. Mais elle ne s’est pas contentée de s’y enfermer la nuit à double tour : l’ancien officier de chasseurs aurait-il reculé pour si peu?
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Elle a fait faire une double porte cochère, à l’intention du comte de Viersac, et s’il a essayé d’y introduire une clef, il a été bien attrapé : aucune serrure n’y perce sur la rue, où la porte paraît condamnée, du moment qu’elle n’est pas ouverte, et de puissantes pentures de fer attachent à l’in- v térieur.la serrure aux deux autres battants. La mort de la comtesse a mis fin, en l’année 1844, à cet assaut, peut-être imaginaire, contre lequel elle s’était fortifiée. La porte à double fond lui a parfaitement survécu ; mais elle s’ouvre pour des pensionnaires, mariés ou non, pour des convalescents, pour de jolies Anglaises, dont la société même n’est déjà pas un si mauvais médecin, si elles n’ont en rien hérité des peurs chroniques de de Viersac.
Le 64, restauré par un ancien agent-de-change, nous représente l’ancien hôtel de Mathieu Gouttard, médecin ordinaire du roi et de feu la dauphine en l’an de grâce 1737. Puis voici le 79, au coin de la rue Pauquet-de-VilIejiist, petite et vieille maison qui a appartenu à M. de Bure avant la fin du règne de Louis XV, si nous ne la confondons pas avec une 'maison peu distante et encore plus rapprochée de Sainte-Périne. Ce libraire Guillaume-François de Bure, né en 1731, mort en 1782, était un bibliographe distingué ; plusieurs de ses parents, portant le même nom, ont contribué de la même manière à sa notoriété. Au 95, porte cintrée ; c’est encore un petit bâtiment : le grand libraire y avait pour voisin le sieur Ancel.
Du 97 parlons avec plus d’abondance. Un nouveau boulevard va couper en deux son jardin étroit, mais long, qui ne mesurait, en 1729, qu’un arpent 29 perches 16 pieds. Joseph-François-Pierre-Antoine- Hyacinthe Lanquin-Delavalle, bourgeois de Paris, jouissait alors de cette propriété, qui ressortissait en même temps à deux cantons différents
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de la terre de Chaillot et y attenait au couvent des religieuses de Sainte-Geneviève, remplacées au temps où nous sommes par l’institution de Sainte-Périne. Pierre Magu, l’un des successeurs de Lanquin-Delavalle, avait pour acquéreurs, avant la chute de l’ancien régime, M. et Mme Gastellier, qui étaient royalistes. Jugez donc de l’alarme jetée un peu plus tard chez M. Gastellier par une démarche faite pour demander la main d’une de ses trois filles, de la part du célèbre Marat, qui l’avait aperçue et remarquée. Aussitôt il fut décidé que les filles ne sortiraient plus, s’éloigneraient même des fenêtres donnant sur la rue. Mais quel bonheur que l’accueil, plus que froid, répondant à la demande du tribun n’ait pas fait fondre sur Chaillot d’abominables représailles! La jeune personne, qui elle surtout, l’avait échappé belle, devenait le plus tôt possible Mme Blerzy, et votre serviteur, mes chers lecteurs, s’honore de l’avoir eue pour aïeule maternelle.
Le comte de Yilloutreys, beau-père du comte de Castellane, a occupé un logement sous le toit des époux Gastellier, dans des circonstances d’exception. Amoureux déclaré de la femme du général Rapp, qui était fille de M. Vanderberghe, propriétaire alors d’une portion de la Folie-Beaujon, il devait en rendre raison au mari, l’illustre capitaine ; mais l’empereur s’était opposé à une rencontre, en faisant arrêter Villloutreys, à qui la liberté n’avait été rendue qu’à la condition de s’interner dans une maison de Chaillot, à son choix. Lecomte a ensuite épousé la générale en secondes noces. Rappelons, au surplus, que Rapp, lors de la rentrée des Bourbons, s’est exilé cfabord en Argovie, mais a bientôt cessé de bouder et est devenu pair de France. Lorsqu’il a reçu la nouvelle de la mort du prisonnier de Sainte-Hélène, et c’était au château des Tuileries, Louis XVIII l’a surpris
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en larmes, mais lui a dit: — Général, pleurez à votre aise, ne détournez pas la tête en ma présence ; je vous estime assez pour ne pas m’étonner de vos regrets.
Le dernier domicile de l’ancien acteur Bourdon- Neuville, mari de la Montansier, était aussi au 97.
Le 70, grand hôtel élevé sous Louis XIV, a été réparé avec bienséance et augmenté par M. le baron Hély d’Oissel, propriétaire actuel, acquéreur du duc de Trévise, et tout nous y témoigne d’une extraction nobiliaire. Les balcons des croisées et les deux grandes portes, qui ne tiennent qu’à un mur précédant une cour d’honneur, sont revêtus de ce chiffre: R. B. Dans Je papier terrier des dames de Ghaillol, on voit que M. René de Bourgogne possédait deux maisons en 1777, en face des filles de Sainte-Geneviève et de la petite ruelle du même nom. Toutefois ce détenteur ne descendait, Dieu me pardonne, ni des ducs dontM. deBarante a écrit l’histoire, ni du petit-fils de Louis XIV ; n’en déplaise à la particule qui, dans les actes, précède l’ombre de son nom, ce n’était qu’un mercier de la rue des Bourdonnais, retiré sur de bonnes affaires. Il n’a fait que rétablir, en y greffant une profusion d’initiales, l’hôtel de Léonor Goyon de Matignon, évêque et comte de Lisieux, ancien évêque de Condom. Ce prélat de la fin du grand règne avait eu pour prédécesseur son oncle, au siège épiscopal d'Évreux, et Gédéon Dumetz, un président aux Comptes, dans sa villa de Chaillot. Séjour tranquille quand l’écho n’y renvoyait par les éclats de rire du cabaret de la Maison-Rouge, qui pouvait n’être que la première manière de notre restaurant du Mouîin-Rouge ! Les Matignon7 étaient douze frères et sœurs, presque tous haut placés par des fonctions ou des alliances. Entre l’évêque et le mercier, les deux Billard avaient eu leur propriété : l’un était prêtre, l’autre conseiller
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du roi. La contenance eq ce temps-là s’élevait à 3 arpens, maintenant réduits à 2.
Nul n’ignore la destination de Sainte-Périne, institution fondée par Du Chayla, au moyen d’une souscription qu’il avait ouverte sous les auspices de l’impératrice Joséphine. Le dernier bâtiment qui s’y profile à angle droit du côté des Champs-Élysées porte le nom de cette princesse, qui l’a fait ériger. Non loin avance sur la rue un corps-de-bâtiment plus vieux, que distingue un fronton surmontant une porte condamnée; l’ancienne cour abbatiale des religieuses de Sainte-Geneviève subsiste derrière ce portail, et des constructions monacales en forment l’encadrement. Comme un des deux boulevards projetés doit traverser diagonalement Sainte-Périne, on parle de reporter à Auteuii cet asile de veillards, qui relève de l’administration de l’Assistance publique. Parmi les anciens fonctionnaires et les veuves d’employés, déchus d’une position meilleure, qui se rabattent sur Sainte-Périne, on remarque de temps à autre des personnes tout-à-fait connues, telles que le marquis de Chambonnas, ministre de Louis XVI, Colombel, député aux États-Généraux, ‘la générale Compans, née comtessse de Lannoy, une dame de Broglie, la comtesse de Schomberg et Mme Fusil, de la Comédie-Française. 1
M. de Chalabre, dont la famille était originaire de la Champagne, possédait le 76 ; son père avait été pourvu de la charge de secrétaire du roi en 1748 Un des cinq directeurs nommés par la constitution de l’an m, le général comte de Barras, est mort dans cette maison le 29 janvier 1829. Les scellés y ont été mis sur ses papiers ; seulement le gouvernement, à ce sujet, a fini par perdre un procès : échec glorieux pour un gouvernement, mais dont l’opposition tire toujours, pour commencer, des conséquences qui ne profitent qu’à elle ! Malgré le mauvais état de sa santé, l’Alcibiade du Directoire
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avait tenu table ouverte jusque, dans les dernières années de sa vie; Mme de Barras, femme bienveillante et pleine de religion, habitait le pavillon du fond. Le général Guilleminot a laissé depuis à son gendre le même immeuble, ainsi qu’un ou deux autres dans ces parages.
Le 74 fut l’hôtel d’une princesse de Bavière; des boiseries rehaussées de peintures de son temps égayent encore son ancienne résidence. Le facteur de pianos Érard en a été possesseur un certain nombre d’années.
En 1841 le général Guilleminot a rendu le dernier soupir en la maison dite de la Coquille, c’est-àdire au 82 ; c’était un officier des plus instruits, né en Belgique ; l’affection qu’il portait au général Moreau avait été la cause d’une disgrâce, mais dont l’empereur l’avait bientôt relevé! Un logement dans le même hôtel a été occupé par Mme Molé, ancienne actrice du théâtre de l’Odéon, qui avait épousé le comte de Yalivon. Rappelons aussi sa qualité d’auteur. Ayant traduit un drame de Kotzebue, Misanthropie et Repentir, elle y avait créé le rôle d’Eulalie, et c’était comme par surprise que l’ouvrage librement traduit avait tout de suite obtenu un succès, que justifiaient néanmoins l’intérêt le plus pathétique et le style le plus naturel. Mais quand MlleMars a repris la pièce avec Talma, au Théâtre-Français, quel immense triomphe! Jamais l’art dramatique n’a aussi hautement prouvé que le drame bourgeois est possible!
Presque en face de la rue des Vignes, une ancienne maison de santé, tenue par le docteur Pinel, devint pour quelque temps, sous Louis- Philippe, le couvent de l’Assomption; puis les religieuses qui s’y étaient réunies laissèrent inachevées des constructions nouvelles, rue de Chaillot, pour se transférer à Auteuil, un futur faubourg
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de Paris, où Sainte-Périne probablement sera encore leur voisine.
Toutes les maisons, au reste, qui suivent celle de Barras, sur cette rive de la rue de Chaillot, furent successivement édifiées sur le sol de l’ancien fief Becquet, érigé au xve siècle par Henri VI, lors de l’oceupation de Paris par les Anglais. Derrière elles s’étendait, depuis la rue Bizet jnsqu’aux Champs-Elysées, le fiel de la Cerisaie. Les terrains encore nus sur lesquels avaient reposé l’un et l’autre de ces ceux fiefs, furent acquis, sous Louis XV, par le chevalier de Janssein, qui en fit un charmant jardin, qu’on ne tarda pas à ajouter à la nomenclature des curiosités de Paris. Toutefois Janssein en vendit une portion en 1770 à M. de Chalabre, lequel donnait à jouer d’une manière à-peu-près publique, outre qu’il tint ensuite le jeu de la reine à la cour, et la mort de ce chevalier suivit de près la date que nous citons.
Mme de Marbeuf reprit l’œuvre à un autre point de vue, et le jardin d’agrément de Janssein, en 1787, portait la dénomination de Folie-Marbeuf et rivalisait presque avec les Folie&-de-Chartres. On y donna, sous le Directoire, des fêtes d’été, avec bals, illuminations, feux d’artifice; mais le jardin ne passait plus alors pour une folie et ne gardait plus que le nom de sa dernière propriétaire, adopté après cela par un nouveau quartier. Aussi bien quelle était cette famille de Marbeuf? Mme de Sévigné nous a parlé plusieurs fois d’une dame bretonne, qui portait le même nom. La marraine du quartier Marbeuf est dotée dans les actes du titre de comtesse; elle demeurait rue du Faubourg-Saint-Honoré, - en face de celle d’Anjou. Son mari a gouverné l’île de Corse, réunie à la France depuis 1768, et cet ami de Mme Laetitia Bonaparte a fait entrer son jeune fils à l’école de Brienne : attention qui a porté fruit, comme vous savez !
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Le comte de Choiseul-Gouffier, en revenant de son voyage en Grèce, acheta un terrain taillé dans la Folie- Marbeuf, et il y fit bâtir une maison, sur le plan du temple d’Érechthée. De la main de ce grand voyageur fut planté aussi un beau cèdre, dans la portion de son jardin qui maintenant appartient à Mme la comtesse de Montijo, mère de S. M. l’impératrice. Il n’épousa la, princesse Hélène de Bauffremont qu’après avoir été le mari, en premières noces, de la fille du marquis de Gouffier, dont il avait ajouté le nom au sien ; la tante de sa première femme s’était retirée, veuve du baron d’Anery, au couvent des dames de Chaillot. En l’année 1844,' M. Émile de Girardin acquérait de M. Way, chapelain de l’ambassade d’Angleterre, l’ancien séjour du comte de Choiseul-Gouffier, dans les dépendances duquel il se trouvait alors une chapelle protestante.
De maisons à citer, il ne nous reste plus que le 113 ; passons donc pour la dernière fois de la rive droite à la gauche. Si nous eussions frappé à cette poFte, il y a 35 ans, le suisse n’eût ouvert qu’un guichet, prudemment protégé encore par une grille, pour nous demander : — Qui va là?
C’était une maison bien gardée : en tout état de cause on n’y pouvait parler qu’à l’intendant. Des bruits toutefois sont venus jusqu’à notre éditeur et collaborateur, M. Rousseau, pour éclairer le mystère dont s’entourait alors cet hôtel. Une jeune femme, héritière présomptive d’une famille de l’ancien régime, s’était éprise d’un général, qui avait fait glorieusement son chemin dans les campagnes de la République et du commencement de l’Empire ; mais ces titres n’avaient pas suffi pour que le père de la demoiselle oubliât la naissance obscure de son amant, et la famille avait tout sacrifié aux scrupules de la mésalliance.
RUE DE CHAILLOT
La jeune femme était devenue folle; on lui avait donné pour asile cette villa, qui alors était isolée. L’intendant, quand la malheureuse n’exista plus, acheta l’immeuble sur les économies qu’il avait faites à son service. Aussi bien le corps-de-bâtiment qu’occupait la folle par amour va tomber sous le marteau de la démolition; un autre hôtel, que depuis peu de temps on a érigé par-derrière, y gagnera de l’air et du jour à profusion.
La maison de M. Girardin a été dégagée de même, en 1852, du côté des Champs-Elysées, par la suppression d’une caserne, qui avait, depuis cinquante ans, pour vis-à-vis, à l’autre coin de la rue, le café Allan-Migout. Cette caserne avait été construite, comme corps-de-garde, près de la barrière de Paris, qui se trouvait à l’angle de la grande rue de Chaillot, avant que de reculer en 1787 jusqu’à la butte de l’Étoile. On prévoit même que les murs de l’octroi enfermeront bientôt dans Paris le territoire de Sablonville et des Ternes, comme ils l’ont fait autrefois de Chaillot.
Rue de la Chaise, (4)
Mme de Courtavenne. — Le Boa de Chemüly. — La Ctesse de Béthune. — Le Cle de Vaudreuil. — Les Petites- Maisons. — Les 400 Pauvres. — La Pension Michelot. — Le 29 juillet 1830.
N° 1. — Mme la marquise de Massol tient de son père, le vicomte de Brosses, cette portion d’hôtel, qui date du règne de Louis XYI et qui s’est détachée de l’immeuble chevauchant à l’encoignure de la rue. Mme de Courtavenne s’arrangeait de ce corps d’habitation, pendant que M. de Brosse acquérait l’autre. Le voisine du vicomte, à la première nouvelle de la prise de la Bastille, fit faire ses malles en deux temps ; mais elle croyait si bien que l’émigration serait l’affaire de quelques jours quelle avait laissé un couvert dressé dans la salle à manger, pour des amis qu’elle attendait de province; ce dîner de cérémonie eut largement le temps de refroidir, et la Nation se contenta de faire réchauffer l’argenterie, qui fut mise en fusion dans le trésor public. Le corps-de-bâtiment de Mme de Courtavenne alla lui-même se fondre dans une propriété voisine, qui appartient à M. le marquis de Croix, rue de Grenelie-Saint-Germain nos 27 et 29.
N° 3. — M. de Croix dispose également de cet
(l) Notice écrite en 1858. Ultérieure est la translation à Issy de l’hospice des Petits-Ménages, dont l'ancien emplacement a servi à la formation d’un square et de trois voies de communication. L’une de celles-ci n’est que l’amorce du prolongement de la rue de Babylone et part de la rue de Chaise, ainsi que celle Chomel, de même provenance. La troisième, qui a nom Velpeau, tombe rue de Sèvres.
RUE DE LA CHAISE
immeuble, séparé de son hôtel, sur la rue de la Chaise, par la maison de Mme de Massol. C’est un ancien hôtel de Chemiliy, vendu eu l’année 1764 à Préaudau de Chemiliy par les héritiers de Claude Cahours, ou Cahouet, baron de Beauvais, acquéreur du comte des Vertus et de la princesse de Courtenay. La baronnie de Chemiliy, en Anjou, avait appartenu sous le règne de Louis XII à Joachim de Montespédon, seigneur de Beaupréau; c’était le dernier rejeton d’une famille dont le nom allait s’éteindre, faute de descendance mâle, si la baronnie et son titre n’étaient passés, comme héritage, dans les maisons de Gondi et de Colbert-Mauievrier ; la même baronnie avait été ensuite par Henri II érigée en comté, pour Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon. Ledit hôtel de Chemiliy portait, en 1787, un autre nom, celui deBéthuue- Pologne, branche de la maison de Béthune alliée au roi de Pologne, Jean Sobieski. C’est en 1810 que la comtesse de Béthune aliéna la propriété. Le chagrin avait fait de cette vieille dame une femme extraordinaire: la lecture des Ruines deVolneyet des Nuits d’Young , voilà ses seules récréations ; le crâne de son mari, qui ne la quittait pas, légitimait la source de ses regrets, sans que le temps en ralentît le cours ; ses idées noires l’empêchaient même de souffrir que l’on fît sa chambre.
N0s 5 et 7. — Le plan de Paris en 1739 fait ' figurer plus de murailles- et moins d’habitations que de nos jours sur la rive gauche de la rue de la Chaise. Le Terrier seigneurial de l’abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés y comptait bien moins de contribuables que les bordereaux actuels du percepteur. Deux hôtels séculaires, qui font face à la rue de Varennes, paraissent encore très-distincts l’un de l’autre: du premier dispose, depuis peu d’années, M. le duc d’Uzès, qui personnellement occupe le second, dont la grande porte est
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majestueuse. D’origine, il régnait entre les deux immeubles une fraternité plus complète. La restauration récente du 7 n’était pas la première ; grand et petit hôtels avaient été entièrement rétablis, sur les dessins de M. de la Brière, pour la famille de Vaudreuil, chez laquelle s’admiraient déjà des plafonds peints, desdessus-de-f)ortes, des médaillons en bas-relief et des meubles de Boule d’un fini merveilleux, guéridons, encoignures, toilettes, secrétaires, ornés d’incrustations de tous les genres. Les tiroirs de ces secrétaires regorgeaient, dit-on, de biilets doux ; les plus jolies femmes de la cour, à ce qu’il paraît, n’avaient jamais tout dit au comte de Vaudreuil, grand-fauconnier de France, ou du moins elles ne craignaient pas de se répéter. Il quitta la rue de la Chaise pour partager l’exil du comte d’Artois, pendant que son père, le marquis de Vaudreuil, ainsi que lui lieutenant-général et, de plus, député aux États-Généraux, passait luimême en Angleterre. Le comte ne revint qu’en 1814; ses biens avaient été vendus; on le nomma gouverneur du Louvre et pair de France. L’un des deux hôtels de M. d’Uzès fut occupé, sous Napoléon Ier, par le prince Aldobrandini-Borghèse, qui avait épousé la fille ae Mme de Larochefoucauld, dame d’honneur de l’impératrice Joséphine.
N° 9. — Encore un grand hôtel, qui date de l’ancien régime, mais qui n’est pas visible sur le plan annexé en l’année 1713 au Terrier de Saint- Germain-des-Prés et que nous avons présentement sous les yeux. Nous n’y trouvons que l’hôtel de Chemilly, de ce côté de notre voie publique, et celle-ci, avant d’aboutir à la rue de Sèvres, sert de limite aux beaux jardins de l’Abbaye-aux-Bois.
N° 26 — A l’autre angle de la rue de Sèvres, en face du mur de l’Abbaye-aux-Bois, voici unédifice qui va, à son tour, disparaître de la carte de Paris, bien que les constructions neuves y datent seulement de
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1843. L’hospice des Petits-Ménages y a été fondé en 1801 dans les anciens bâtiments des Petites-Maisons. Pour entrer dans cet hôpital, il faut au minimum que l’un des deux époux soit septuagénaire et l’autre sexagénaire. Les dernières dispositions permettent à 1,200 vieillards d’y prendre leur repas en commun. Boileau, lorsqu’il a dit, avec assez d’irrévérence pour Louisrle* Grand, tout en parlant d’Àlexandre-le-Grand :
Heureux si, de son temps, pour de bonnes raisons,
La Macédoine eût eu des Petites-Maisons !
faisait une allusion directe à l’établissement de la rue de la Chaise. Gréée l’an 1557, cette maison où les fous et les folies étaient renfermés, devait en partie son existence aux générosités de Jean Lhuillier de Boullencourt, président en la chambre des Comptes. U:i siècle après l’ouverture, la Ville achetait les 2 arpens 4/2 de territoire dont l’institution disposait, pour en renouveler et multiplier les constructions ; elle y installait le siège principal du grand bureau des Pauvres, en maintenant l’asile d’aliénés, mais en y annexant un hospice pour les teigneux, qui avait bâtiment, cour et chapelle à part. On ne tarda même pas à réserver, non loin de la teignerie, un corps-de-bâtiment aux malades infectés de la maladie vénérienne. Enfin un lieu de refuge pour 400 pauvres, âgés de 70 ans au moins, eut ses cases dans cette colonie, où le grand âge et la misère acclimatèrent d’autres infirmités : de vieilles gens pouvaient s’y retirer, moyennant 1,500 livres une fois payées, et chacun de ces pensionnaires touchait 3 livres chaque semaine, tout comme les indigents, qui n’y étaient que les hôtes de la charité. Vénériens, teigneux, fous et pauvres avaient, en même temps, leur arc particulier dans le cercle parcouru directement par l’astre hospitalier du grand bureau des Pauvres,
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avant que le cycle de Louis ,XV eût fait place à une autre période monarchique. C’est le procureurgénéral qui avait la direction des affaires de ce grand bureau et surtout la haute-main sur les Petites-Maisons, où les questions d’entrée et de sortie étaient d’utilité publique par excellence. La chapelle de ce quartier d’hôpital avait un maîtreautel orné d’une Résurrection , peinture estimée de Balthazar; on y conservait égaleAient un crucifix d’ivoire, œuvre excellente de Jaillot. L’insanité de» l’esprit était bien moins considérée par nos aïeux comme une maladie à traiter, que comme un cas de légitime défense, permettant à la société de prendre ses précautions à l’encontre; tous les fous étaient garrottés, ce qui expliquait leur fureur, et aux liens succédaient souvent les anneaux de fer de la chaîne. La rue de la Chaise doit-elle son nom à la chaise-à-porteurs du président de Boullencourt ? Ne serait-ce pas plutôt à quelque siège compliqué d’instruments de gêne et de coercition, où l’on faisait asseoir les forcenés? La dénomination de rue des Teigneux, portée d’abord par cette voie publique, était d’une étymologie moins ambiguë : en 1787, il y subsistait encore un hospice pour les enfants atteints de la teigne. Que si nous remontons, pour comble, à l’origine même de la rue, on la traitait de chemin de la Maladrerie, à cause d’une léproserie de Saint-Germain, située au même endroit que la teignerie et les Petites-Maisons, mais supprimée, par ordre du parlement, avant l’inauguration du centre hospitalier.
N° 24. — Terrain vaste, arbres éparpillés entre plusieurs corps-de-bâtiments : celui du fond ne remonte qu’au commencement du siècle ; celui de devant date, au contraire, de l’époque où Gomboust nous indique à cette place une manufacture de tapisserie, allas de l’année 1653. Quatre-vingt-cinq ans ensuite, l’édifice principal de cette, fabrique
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était transformé en hôtel, où résidait Taupinart de Tillière, écuyer, conseiller du roi, substitut du procureur-général et administrateur de l’Hôtel- Dieu, et il y avait succédé à son père, bâtonnier des avocats, puis bailli de la duché-pairie de l’archevêché-. Joly de Fleury, contrôleur-général des finances, occupait après cela l’hôtel. Michelot, chef d’une institution de jeunes gens qui prospérait sous la Restauration, s’y trouva quelque temps le locataire de l’administration générale des Hospices, de. laquelle il finit par acheter l’immeuble; une fois propriétaire, il ne tarda pas à en foire, au lieu d’une pension, une maison ordinaire de revenu. Au reste, cet ancien maître de pension était l’auteur d’une Géographie très-répandue ; de plus, il avait pour beau-frère Joseph Droz, de l’ Académie- Française, mort tout doucement, comme il avait écrit, dans la maison même de son gendre. Un ancien magistrat, M. Auguste Nicolas, auteur de livres très-estimables, habite maintenant le pavillon du fond.
Nos 22, 20, 18 et 16. — Taupinart de Tillière y avait pour voisin le comte de Maulevrier, qui tenait un hôtel à bail de Charon, écuyer, gentilhomme ordinaire du roi. D’ailleurs, toutes les maisons placées entre l’hospice et la rue de la Planche, maintenant ajoutée à la rue de Varennes, tenaient par-derrière au bureau des Pauvres et aux dépendances de l’hôtel du duc Beauvillier de Saint- Aignan, lesquelles faisaient retour sur la rue de la Chaise.
N°10. — Son escalier, qui porte évidemment le cachet du temps de Louis Xyi, était franchi avec impétuosité, le 29 juillet 1830, par le romancier Hippolyte Ronnelier et plusieurs éléves de l’école Polytechnique, investissant en toute hâte l’appartement de M. Charlet, secrétaire des commandements de la duchesse d’Angoulême ; on y avait
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dénoncé la présence de valeurs importantes appartenant à la princesse. Le délateur ne s’était pas trompé : dans une armoire de fer, enfoncée par les délégués, on trouva tous les titres de 100,000 livres de rente sur le grand-livre, beaucoup de numéraire, des parures de diamants et de perles, des ostensoirs précieux et autres objets de piété.
Rue du Chemin- Vert* (4)
La Z)lle Desjardins. — Levé , Échevin . — Dizaine de Propriétaires.
En l’année de grâce 171 4 j pas du tout d’habitations; vingt-cinq ans plus tard, une chaumière isolée de maraîcher, au milieu de la rue, à gauche, et une couple de constructions, se faisant vis-à-vis au bout.* Ainsi trois toits, à cette dernière époque, servaient d’abri à tous les habitants de la rue du Chemin-Vert, et nous retrouvons au moins deux de ceux-là parmi les toits qui maintenant y couvrent une population assez nombreuse.
Le premier se reconnaît à droite, en face de la rue des Amandiers-Popincourt ; il garde de la pluie, quand il en tombe, les cabinets et les chambrées d’un garni, dont la petite porte annonce la modestie. Demandez donc l’histoire de leur hôtel, ou même de leur alcôve, à des gens qui couchent à la nuit ! Le culte du passé n’y est pas en honneur; les recherches archéologiques s’y concentrent sur la paillasse, cachette de secrets faciles à découvrir. Évoquons un ressouvenir moins frais encore que cet amas de paille entoilé. Une bière, portée à bras, sortait de cette maison d’encoignure, dans la première journée du mois d’aout 1778; pas un être vivant ne suivait la bière, dans laquelle était cahoté le corps d’une
(1) Notice écrite en 1858. La rue du Chemin-Vert, à laquelle maintenant sert -de rallonge toute i’ancierme rue des Amandiers-Popincourt, n’allait encore que jusqu’à ia rue Popincourt.
RUE DU CHEMIN-VERT
femme, morte depuis la veille/ nommée, la fille Desjardins. Le mobilier de la chambre qu’elle occupait avait été enlevé dans une voiture, ayant le corps de la défunte, par un marchand de meubles du faubourg Saint- Antoine, qui l’avait gardé, â son nom, comme n’en étant pas payé. La Dllc Desjardins, qui cessait de vivre h l’âge de 36 ans, avait pourtant joué son bout de rôle sur la scène des galanteries en vue, et son nom avait figuré, pour le moins une fois- au répertoire des anecdotes racontées à Louis XV par lés soins de M. de Sartines. Ne refusons donc pas â cette jolie femme de l’autre siècle, dont l’inhumation d’office n’a empêché que peu de temps les cendres d’être jetées â tous les vents, le terrain â perpétuité que la chronique concède gratuitement à la Mauvaise comme à la bonne renommée.
Sa mère avait été mercière dans l’une des maisons qui limitaient le jardin du Palais-Royal, puis s’était retirée à Belleville avec 4 ou 5,000 livres de rente. U A projet de mariage y fut mis sur le tapis pour la fille, âgée de -dix-huit ans, qui en goûta si peu les avantages que, pas un seul instant, ses beaux yeux noirs ne cessaient de chercher mieux. Poussée à bout, la promise malgré elle se sauva chez son frère, qui était marié et directeur de théâtre à Rochefort. C’était un ménage fort honnête, bien que les deux époux jouassent la comédie ; la nouvelle-venue entra dans la troupe. Le plus brillant et le mieux fait pour plaire des habitués de la comédie s’éprit de Mlle Desjardins, qui toutefois lui résista, parce qu’il était grand seigneur ; il ne craignit pas de recourir à un enlèvement, qui ne réussit même pas à la réduire, car elle put s’échapper et rentra chez son frère. Néanmoins elle aimait en secret son ravisseur, qui n’était autre que le duc de Montmorency. Aussi bien ce que ne lui avait pas arraché la surprise, l’ingénue revint spontané-
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ment l’offrir à l'amoureux, qui en désespérait et qu’elle suivit à Paris. Le duc la mit, rue des Martyrs, dans une maison où Labatte, tapissier, qui avait la spécialité de ces garnitures impromptues, apporta tout ce qu’il fallait. Pour que rien ne s’en ébruitâft, l’amant imposa à Labatte de ne pas mettre en circulation et même de conserver sous pli, jusqu’à l’échéance, une lettre-de-change de 5,000 livres sûr la conservation de Lyon, dont il payait ses {purnitures. Mais les indiscrétions de Labatte, qui prenait d’habitude à contre-pied la recommandation de rester bouche close sur les galantes équipées de sa clientèle, édifièrent un agent de la police qui en fit son rapport, le 4 juillet 1760, et alors la fille Desjardins était lancée, bien que M. de Montmorency l’aimât encore, sans le crier pardessus les toits.
« Ce seigneur est marié, disait l'argus de la chronique scandaleuse ; son épouse est extrêmement aimable et l’adore. Il est pour elle d’une indifférence qui approche même de la dureté! Toutes les .fois qu'elle le voyait sortir de chez lui, elle passait les journées à le pleurer, et enfin elle l’a guetté pendant quinze jours, avant son départ, passant les nuits sur son balçon, pour l’embrasser avant qu’il parfit. Elle lui sauta au col, ce jour-là, et lorsqu'il fut monté en chaise, elle rentra dans son appartement à lui, qu’elle n’a pas quitté depuis, pleurant jour et nuit. J’ai su ces particularités par des gens attachés à son service. Il est naturel d’imaginer, d’après tous ces torts, que ce seigneur serait très-fâché qu’on sût ses engagaments secrets avec la demoiselle Desjardins.
« Cette demoiselle est la même que j’arrêtai à la foire 3aint'Germain, travestie en homme, le 2 o mars- dernier, et qui fut relaxée le même jour, suivant les ordres du magistrat. Elle est connue sous le nom ds la baronne de Fraqueville- »
La maison que le plan de Turgot marquait au
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milieu de la rue, s’appelle présentement le 27 ou le 31, si ce n’est même l’un et l’autre. Le premier de ces numéros peut-il compter ? Les trois bicoques qui s’y groupent, dans un délabrement si pittoresque, sont bariolées et rapiécetées ; mais les trous reparaissent sous les raccords, et les taches sous le rouge, le vert, le jaune et le bleu dont s’est essuyé au passage quelque pinceau de peintre en bâtiment. O château de la gueuserie, ô seigneurie de la misère, avec des loques çà et là pour girouette, n’es-tu pas un relais aposté, sur le chemin de la prison, pour des voyageurs habitués à coucher à la belle étoile? L’autre immeuble, au contraire, comporte une grande cour, flanquée de deux petits pavillons, dont les dépendances allaient loin ; le chantier qui s’y rattache fut un jardin. Voilà bien un. ancien logis d’échevin! Lorsque la fille Desjardins, déchue de toutes les manières, finissait misérablement à une" portée de mousquet de cette maison de campagne, Jean-Denis Levé, échevin, en jouissait; la rue s’appelait alors rue Verte et chemin Vert, ad libitum , après avoir porté un siècle auparavant la dénomination de ruelle qui-va-à-Popincourt, et dans le principe celle de ruelle des Neuf-Arpens, provenant de ce qu’elle s’était ouverte sur un terrain de cette contenance, dit la culture de Saint-Éloi. Messire Levé, par son crédit, fit prolonger Yà voie jusqu’au Rempart, en correspondance avec celle du Pas-de-la-Mule, et servit de parrain au nouveau bout de rue, de son vivant. De son hôtel était propriétaire, sous Charles X, un autre magistrat municipal, M. Mouffle, maire du VIIIe arrondissement.
Sur la même ligne, à partir du Boulevard, champs ou maisons étaient, en 1782, à des particuliers , nommés Corps, Chaise, de Monthodouin, de Moulin, de Baudin, veuve de Monfils, veuve Joyeux, Guichard, Baboin et Fréret d’Héricourt.
ILa i1 * * 4ue et le Passage Choiseul. (\)
Les Ferriol et les Choiseul . — Les Domaines. — La Petite- Maison. - — La CtPsse de Lamassaye. — Mme VAmirale Bruéys. — La Maison Delisle. — Lafarge. — Le M'x% de Chalabre. — M. de Sartines. — Oberkampf. — MM. Mallet. — Le Cercle des Arts. — Mme de Bou /fiers.
Le plan dédié en 1739 à M. Turgot, prévôt des marchands, marque distinctement l’hôtel Ferriol, en façade sur la rue Neuve-Saint- Augustin ; les auteurs de cette immense carte de Paris ignorent alors que, depuis neuf années, M. Ferriol, beau-frère du cardinal de Tencin, frère vd’un ambassadeur à Constantinople, s’est entendu avec ses deux fils, Antoine Ferriol, sieur de Pont-de-* Vesle, ci-devant lecteur du roi, et Charles-Augustin de Ferriol, sieur d’ Argentai, conseiller au parlement, pour transporter l’hôtel à la famille du marquis ou comte Cabri el-Florens de Choiseul- Beaupré. C’est la veuve de M. de Choiseul-Beaupré, née Marie-Françoise Lallemant de Betz, qui conjointement avec le comte son fils, dit M. de Choiseul- Gouffier, obtient, eu 1776, l’autorisation d’ouvrir, sur les, jardins de cette résidence, allant jusqu’au Rempart, une impasse, allongée en rue trois ans plus tard.
(1) Notice écrite en 1858. La rue qu’elle prend pour
objectif a plus récemment contribué, par des sacrifices
immobiliers, et surtout du côté des chiffres impairs,
tant au percement de la rue du Dix-Décembre qu’au prolongement de celle MonsigDy.
En 1786, le susdit créateur de la rue de Choiseul y vend à Louis XVI une vaste propriété, à l’angle de la rue Neuve-Saint-Augustin ; on en fait le siège administratif des Aides-et-Gabelles, qui devient ensuite l’hôtel de l’Enregistrement-et-des- Domaines. Ainsi, au commencement de l’Empire, M. Duchâtel, directeur de l’enregistrement, est domicilié au premier étage du n° 2, rue de Choiseul, et les bureaux de son administration remplissent les , deux maisons suivantes. Au mois d’avril 1830, l’État vend la totalité, qu’il a divisée en trois lots. N’y reste-t-il absolument que le terrain qui provienne de l’ancien liôtel Ferriol ? L’autre côté de la rue en a gardé, du moins, un corps-de-bâtiment, que nous revoyons n° 3, et qui appartenait à la comtesse de Choiseul en 1780, puis à un avoué retiré, M. Paris de Lamaury, sous Charles X. Le fils d’un tailleur enrichi dispose de cet immeuble, où demeure un avocat d’élite, M. Boinvilliers. ,
Aussi bien M. de Choiseul avait de quoi faire de grosses et de petites parts, au gré des amateurs. La plupart des maisons de la rue sont de la même génération que le 9, qu’a édifié Nisard, maîtrecharpentier, l’an 1781, et qui a été adjugé, le 11 floréal an xm, à Leclercq, avoué, père du libraire. L’architecte Louis a planté semblablement f immeuble contigu ; toutefois les prémices en ont été cueillies, comme fruit défendu, par un duc d’Orléans, Philippe-Égalité, y cachant l’une de ses petites-maisons. L’état-civil du 15 reconnaît pour auteur de ses jours l’architecte du duc de Penthièvre. Sur cette ligne étaient propriétaires, alors que Mine de Choiseul y disposait des deux premières maisons : Andromard, son voisin direct ; Nisard, qui venait à la suite ; Goupy, un peu plus loin; Mme de Lamassaye, au bout.
Le comte de Choiseul-Gouffier, colonel de
dragons, avait vendu en 1778 à la comtesse de Lamassaye, dame de Chauvry, un loi de terrain encadré par le boulevard du Nord, par le jardin du marquis de Pont, dont l’hôtel ouvrait rueNeuve-Saint- Augustin, par un terrain ,audit comte et par le culde-sac Choiséul, récemment ouvert sur un emplacement à la marquise du même nom. L’année suivante y avait vu construire un hôtel sur le Boulevard, où Mme de Lamassaye s’était fait autoriser à placer une barrière en fer, comme d’autres propriétaires dont les maisons donnaient sur là même promenade, sans y avoir de porte. La maîtresse du logis, avec laquelle cohabitait son neveu, le comte de Saint- Laurent, avait perdu la vie sur l’échafaud qui, au lieu des victimes, déshonorait les juges. La spéculation n’a exécuté l’hôtel à sa manière que plus tard ; Aguado y a été, sous la terrasse, marchand de comestibles,, nvant de passer financier, puis marquis.
Transbordons la pêche aux souvenirs, en changeant de rive pour la seconde fois. Celle de gauche est encore poissonneuse pour une rive qu’un courant de maisons neuves refroidit, près de l’embouchure. Le coup de filet paraît meilleur à droite : le petit poisson y mérite, faute de gros, les attentions patientes de la ligne, au lieu de n’être, comme en tant d’autres eaux, que. du fretin à rejeter. De ce côté, à l’encoignure même de la rue Neuve- Saint-Augusîin, Mme de Choiséul était chez elle avant le comte de Choiséul- Gouffier, qui n’y disposait d’abord que du second lot, la même dame ayant aussi le troisième. Après cela venait alors le marquis de Chalabre. Un autre lot était à M. Leclère, un autre àM. Gaillon, le septième et dernier à la comtesse de Boufïlers.
Grâce à la subdivision de quatre ou cinq des parts originaires, il s’en faut que notre n° 10 touche à l’extrémité de la rue. Les Betmann,
riches banquiers de Francfort, l’occupaient lors de la rentrée des Bourbons, et ensuite Huvé, architecte, qui a mis à la Madeleine la dernière main. La vénérable comtesse de Bruéys jouit des revenus de cette propriété. L’amiral, son mari, qui était de la famille du poète, auteur de Y Avocat Pathelin , a commandé en chef la flotte conduisant en Égypte le vainqueur d’Italie ; le combat naval d’Aboukir lui a coûté la vie. , Une statue s’érige à Uzès en l’honneur de ce brave marin, que Napoléon regrettait comme un ami, et l’hommage dû depuis si longtemps à sa mémoire ne lui est enfin rendu qu’à la diligence de sa veuve, qui ne s’est pas laissé décourager par un retard de soixante-dix années.
A cet immeuble il en tient un que fréquentent les femmes les plus élégantes. Elles ne s’éloignent jamais de Paris, qui est le centre de leur monde, qu’à la condition de revenir assez souvent dans la maison Delisle pour se tenir au courant des modes, tant c’est le premier, entre tous, des magasins de nouveautés ! Le créateur de ce comptoir du goût appliqué à la soie, aux châles et aux dentelles, a pourtant cessé de vivre sous le règne de Louis- Philippe ; les modes passent, il passait comme elles, sans agonie, plus rapidement encore, pour âvoir mal digéré du homard. La caisse Lafarge, dans ce local, précéda le magasin de nouveautés, dont le premier bail fut signé, l’année 1831, par une Mmo Hubert. L’affection de cette dame avait été sa mise unique dans la tontine de Lafarge, auquel elle avait survécu.
Mais, avant la tontine, de qui était-ce l’hôtel ? Du marquis de Chalabre, à qui le jeu rapportait gros et qui fût même, avecPoinçot, banquier du jeu de Marie- Antoinette. Cet ancien parasite, qui avait eu le talent de choisir quelquefois ses tables, pique-assiette chez le duc de Choiseul, passe-volant même à
l’Élysée, chez Mmo de Pompadour, se donnait à son tour le plaisir de faire les honneurs de chez lui. On y servit un soir, après le dessert, un plat vide, qui promettait une surprise aux nombreux convives du souper, et leur attente fut remplie par cet aveu philosophique de l’amphytrion : — En si bonne compagnie, messieurs et (james, j’avais besoin de cet emblème sous les yeux pour me rappeler encore les mauvais jours où je n’ai pas même réussi à escroquer en ville mon dîner.
M. de Chalabre avait succédé, rue de Choiseul et rue de Gramont, à un ministre de la marine, plus connu comme lieutenant-de-police, M. de Sartines. Ni l’esprit, ni l’activité de ce prédécesseur de M. Le Noir ne faisaient doute, et il avait sur une grande échelle organisé l’espionnage. Un ministre de l’empereur d’Allemagne, le priant un jour, par une lettre, d’arrêter un voleur, qu’on croyait à Paris, M. de Sartines lui avait répondu tout de suite que cet homme était a Vienne, dans telle rue, sous tel déguisement, sortant tous les jours, à telle heure. Ce lieutenant-de-police émigra en Espagne ; mais son fils, maître-des-requêtes, paya de sa tête tribut à la Révolution, le 17 juin 1794, avec sa femme et sa belle-mère, Mme de Sainte-Amaranthe. L’hôtel Sartines, qui vraisemblablement fut aussi Choiseul ou Gramont, ne communiquait, à l’origine, qu’avec la rue Neuve-Saint-Augustin, par une avenue, et avec le Rempart par un passage, qu’on retrouve sur leRoulevard et qu’on dit usuellement l’impasse de la Glacière ; ses ailes sont devenues des façades, transformation comporaine de l’ouverture des rues de Gramont et de Choiseul.
L’impasse de la Glacière se relie par-derrière et à la Galerie-de-Fer, établie en 1835 à la place d’une galerie de #bois, que l’incendie avait détruite, et au 22 de la rue de Choiseul.
MM. Mallet tiennent cet immeuble considérable,
498 LA RUE Eî> LE PASSAGE GHOISEUL.
à titre héréditaire, du célèbre manufacturier Oberkampf, beau-père des deux barons Mallet. Mais de la même succession ne dépendaient pas les terrains sur lesquels Tavernier forma en 1826 le passage Ghoiseul, à l’autre extrémité de la rue. Cet appendice considérable ajouté à la rue, pour le compte des MM. Mallet, provient, comme territoire, des anciens . hôtels de Gesvres, de Radepont et du Contrôle-Général, dans un bâtiment duquel s’était établie l’administration de la loterie. N’est-ce pas même l’un des corps-de-logis de M. de Gesvres que nous retrouvons à cheval sur le passage, près de l’orifice qui débouche en regard de la rue de Ghoiseul ? Christophe-Philippe Oberkampf n’acheta de Mme de Boufflers, le 21 floréal an ix, que la superbe propriété qui fait retour sur le Boulevard, et dont la cour s'est bardée de fer pour constituer la galerie. Taboureux, comme expert-juré, constatait en l’année 1780 l’état des constructions faites, sur le dessin de Bonnet, pour Mme Hippolyte de Camps de Saujeon, veuve du marquis Édouard de Bouffi ers-Rouverel, sur les ' confins de la propriété morcelée par M. de Ghoiseul.' Ainsi la belle terrasse dont jouit le cercle des Arts, fondé en 1837, fut inaugurée par la marquise de Boufflers.
Presque toutes ces dames de Boufflers, le diable s’en mêlait-il ? avaient été malheureuses en ménage ; M. de Boufflers, colonel du régiment de Chartres, puis d’un régiment de dragons, avait trop négligé celle-ci, en s’affichant avec Mme de Sparre, et, veuve par anticipation, elle avait été presque heureuse que son fils, le comte de Boufflers, suivît de bonne heure le mauvais exemple de son père ; du moins elle y avait gagné que sa bru lui tînt compagnie. Il va sans dire qu’en allant de son côté, le comte de Boufflers accusait également sa 'femme de tous les torts ; l’usage sacré des récri-
minations est réciproque, en pareil cas ; seulement bien hardi qui prononce sur ces griefs contradictoires ! Même position et vie commune avaient fait comme deux sœurs de la belle-mère avec la bru ; elle s’aimaient par remords ou par consolation, mais à n’en vouloir pas démordre, et comme si la famille, le monde ne comprenait plus qu’elles deux. Un soir on demande à la plus jeune : — Si vous voyiez votre mère et votre belle-mère près de se noyer l’une et l’autre, et que vous pussiez sauVer l’une des deux, laquelle choisiriez-vous? — Je sauverais ma mère, répond vite la comtesse ; mais ensuite je me noierais avec ma belle-mère.
Rue Christine, (i)
Le Collège de Saint-Denis. — La Princesse
Christine. — Anachronisme local. — Médecins .
— Lauzun. — ü/:ne de Latour- Fr anqueville . —
M. Germer Baillière. — Le n° 9 .
Rue de Choiseul nous nous sommes flatté de découvrir des maisons plus anciennes que lq rue ; rien n’empêche qu’il en soit de mêmê rue Christine.
L’année 1667 a taillé cette voie de communication dans le même drap que la rue Dauphine, c’est-à-dire sur les terrains de l’hôtel et collège de Saint-Denis, quoique sous le patronage d’une femme, Christine de France, seconde fille de Henri IV et de Marie de Médicis. Cette princesse épousa le duc de Savoie et refusa, étant duchesserégente, de livrer à son frère, Louis XIII, son propre fils, le jeune Emmanuel-Philibert : Richelieu en conçut pour elle de la haine. Ses rares qualités faisaient dire qu’elle était belle sans orgueil, digne avec affabilité; trois langues, le français, l’italien et l’espagnol, lui étaient familières,* et il n’y en avait pas trop pour exprimer tout ce qu’elle éprouvait de sentiments délicats. L’hôtel Saint- Denis appartenait à l’abbaye royale du même nom, avant que la rue Christine coupât en deux ses principales constructions; il avait été édifié en regard des anciens murs, fossés, remparts et contrescarpes qui allaient de l’ancienne porte de
(1) Notice écrite en 1868.
RUE CHRISTINE
Nesle à celle de Saint-Michel, et ce qu’il y restait des anciens édifices ajoutait à l’importance de la propriété, quoique ses bâtiments fussent traités de masures dans un arrêt du parlement relatif au percement projeté, et rendu en l’année 1595. A la barre de la même cour fut adjugé, le 18 septembre 1606, l’ancien séminaire monacal, en neuf lots, qui devaient border la rue Christine. Il s’en fallait que tout en fût terrain nu ; s’il y eut des batiments jetés bas, d’autres sont demeurés debout pour servir à des reconstructions. La propriété privée s’appliquant ainsi plus d’un reste de la maison de ville des plus riches moines de la chrétienté, il en est venu jusqu’à nous.
Le 1 et le 2, par exemple, n’ont fait qu’un, dans leur origine. Leur portes sont du xvne siècle à son début ; mais deux corps-de-logis par-derrière y sont, à coup sûr, plus vieux et de la même venue: leur séparation ne peut dater que de l’année 1607. D’estimables rampes de fer garnissent leurs escaliers; pn y remarque, n° 2, un chiffre C. M.,que d’aucunes gens prennent à tort pour les initiales de deux noms qu’associa l’un des drames historiques de l’amour: Christine de Suède, Monaldeschi. Le portier du n° 3 aura lui-même grand’peine à croire que la reine de Suède n’ait jamais résidé dans la maison où il tire le cordon et dont il se regarde comme le cicerone : que deviendrait, bon Dieu, le petit fonds d’érudition qui défraie la faconde du brave homme et dont la biographie de cette princesse, morte en 1689, a fait royalement tous les frais. Il montre encore, une lanterne à la main, dans les caves de sa maison, d’anciennes cuisines, qui s’y sont révélées, ainsi que d’anciennes écuries, dans lesquelles, assure-t-il, le palefroi de Christine a piaffé. Par malheur, cet hôtel, qu’un jardin accompagne encore, ne figure que parmi les reliefs du festin de pierre servi, sur un vaste
RUE CHRISTINE
plateau, par des architectes du moyen-âge aux seigneurs religieux de Saint-Denis. Un souvenir moins archéologique s’accole à son premier étage, habité vers 1805 par Lanefranque, médecin de la maison impériale.
De même Bouvard, professeur de pathologie, a demeuré en cette rue Christine au milieu du siècle dernier, et Denis-Allain, médecin de Louis XIV, au n° 4, propriété actuelle de M. Huguier, dont le nom s’inscrit à son tour au livre d’or de la pratique médicale. Denis-Allain assistait, le samedi de chaque semaine, à une conférence de mathématiciens, qui se tenait chez M. de Fontenay, en la même rue. Son logis touchait, par le fond, au couvent des Grands?Augustins. La maison avait été faite ou refaite, en 1608, pour Étienne Letellier ; elle appartenait, au milieu du règne de Louis XVI, à Jean-Louis Carnot, écuyer, commissaire desguerres de l'artillerie et de la marine à Toulon. C’était plus tard, avec le 6, un hôtel garni, dit de Christine, quéle mouvement industriel, circulairement produit dans les quartiers excentriques par l’ouverture des voies ferrées, a transportée plus près d’une gare.
Quand Bouvard donnait des consultations dans la rue qui nous occupe, des voyageurs y débouclaient leur valise à l’hôtel garni de Lauzun, où des logements revenaient jusqu’à 100 livres par mois, prix assez élevé pour l’époque.1 L’enseigne de cette hôtellerie ne nous porte-t-elle pas à croire que le Lauzun du XVIIe siècle était venu mourir près des Grands-Augustins, et non dans le voisinage des Petits, comme on le dit le plus ordinairement ?
L’une des voisines du même médecin était Mme de Latour-Franqueville, correspondante de Jean-Jacques, dont elle a pris la défense contre David Hume. La mort de son ami n’a pas em-
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pêché Mme de Latour de parler et d’écrire encore en sa faveur. Elle-même a fermé les yeux à l’hôpital de Saint-Mandé en 1789. Michaud, éditeur de sa Correspondance , est venu en aide à une fdle qu’elle avait laissée assez pauvre pour tendre la main aux passants.
Le 5 et le 10, l’un comme l’autre percé's d’une porte cintrée, ont pu voir passer Henri IV ; l’hôtel du Rhône s’exploite dans celui-ci, et le propriétaire de celui-là est un libraire-éditeur, M. Germer Baillière, qui veut bien adresser à M. Rousseau cette note épistolaire :
« Paris, 7 novembre 1858.
Monsieur,
Vous me demandez des renseignements sur la Maison rue Christine n° 5 dont je suis propriétaire : voici ce que je trouve dans un ancien contrat de 1705.
La rue Christine s’écrivait en 1705 rue Cristine .
En 1702 cette Maison appartenait à Pierre de Creil, Seigneur du Grand-MesniJ, conseiller du roi, maître ordinaire en sa chambre des comptes ; en 1705 elle fut vendue par ses héritiers et achetée par son fils Charles de Creil, écuyer, seigneur du Grand-Mesnii, ancien capitaine de cavalerie dans le Régiment de Louy, moyennant la somme de trente-sept mille francs.
Dans cette Maison il y a encore des chambres avec sculptures du temps ; trois appartements complets ont une hauteur de 4 métrés.
Je désire que ces renseignements vous soient agréables.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre dévoué serviteur.
Germer Baillière. »
En 1728, le chancelier d’Aguesseau et sa famille vendaient 95,000 livres à Ambroise Gaudin, secrétaire du roi, le n° 9 et deux autres propriétés contiguës, rue Dauphine. Mme Gaudin, dix-huit années après, laissait ladite maison à son fils,
RUE CHRISTINE
Clément de Boissir qui céda à Bunel ; puis vint la famille Des Étangs, qui depuis un siècle a fourni au Palais, de père en fils, un procureur et deux avoués. M. Chevalier, opticien du Pont-Neuf, acquérait l’immeuble dernièrement de MM. Des Etangs.
En somme, toutes les maisons de la rue ont sur la tête plus de deux siècles ; mais à l’échéance du premier, elles ne comptaient que pour 9, avec un effectif de 3 lanternes.
Rue de la Cité. (1)
Les premières Armes de la Guimard. — La Porhme-
de-Pin. — La Bouteille-d' Or . — Le Vaudevilliste Fontan. — Le Marché-Palu.
La portion de la rue de la Cité située entre le pont. Notre-Dame et la rue des Marmousets s’appelait de la Lanterne, en raison d’une enseigne, qui s’y brandissait dès l’an 1326 ; on l’intitula également rue et place Saint-Denis-de-la-Chartre, à cause de l’église de ce nom, sise près ledit pont et aliénée par la Nation le 29 frimaire an VIL Le pourtour de , Saint-Denis-de-la-Chartre devait aux privilèges de son prieuré d’être lieu de franchise pour les ouvriers sans maîtrise.
Dans une maison qui répond de nos jours au néfaste chiffre 13, ancienne rue de la Lanterne, vis-à-vis l’église de Sainte-Croix, naquit, le 10 octobre 1743, Marie-Madeleine Morelle, fille d’honnêtes gens, débauchée par le juif Bernard. Morelle était le nom de la mère, qui pendant fort longtemps alla voir Bernard au Châtelet, où il était détenu pour dettes ; mais ce dernier mourut dans sa prison, et pour faire bientôt une danseuse de son enfant, qui grandissait, la survivante ne craignit pas d’emprunter sur des espérances, dont se payèrent deux amateurs, qui consentaient à faire
(1) Notice écrite en 1858. La rue de la Cité, telle qu’elle était encore, n’a plus absolument de commun que la, longueur et le nom avec la rue qui la remplace.
RUE DE LA CITÉ
des avances bien risquées : M. d’Harnoncourt et le président de Saint-Lubin. La jeune élève de Terpsichore, dont le talent s’était développé, débuta avec agrément, en 1759, dans les ballets de la Comédie-Française, sous le nom de MIlc Guimard; son corsage avait déjà fait comme son talent, bien qu’elle ne fût pas grasse, et sans qu’on la pût dire jolie, elle avait l’œil fripon en diable. On dit que plus tard ce fut la main, et le fait est que ses amours, dans la suite, brillèrent d’un faste sans égal. Mais elle passait encore pour sage, après une année de théâtre, en dépit de son amour pour un jeune danseur, Prévost-Hyacinthe, qu’elle avait eu pour maître-de-ballet. La mère, dont la vigilance était hostile à cette inclination de coulisses, produisait de préférence la fille dans les foyers mêmes de la Comédie, théâtre d’opulentes séductions, qn affirmant quelle avait quatorze ans, bien qu’elle en comptât trois de plus. M,,e Guimard y fut en butte aux hommages de Bertin, trésorier des parties-casuelles, protecteur à grands frais depuis plusieurs années d’une de ses camarades, Mlle Hus. Celle-ci n’avait jamais reculé devant une rivale ; chef d’emploi, en amour, elle craignait les doublures. Non-seulement la maîtresse en titre du trésorier avait rang, comme danseuse, dans les divertissements chorégraphiques ; mais, de plus, elle jouait la comédie, elle était aussi tragédienne, et il y avait à redouter, pour qui marcherait sur les brisées de ses amours, qu’elle remplît pour de bon le rôle de Médée. Il est vrai que si Mlle Hus était femme à se venger de Mlle Guimard, la mère de celle-ci avait pour la défendre bec -et ongles. Bref, la partie était casuelle ; néanmoins on en vint à bout. Mlle Guimard quitta la maison de la Cité pour s’installer près de la Comédie, dans un appartement que Bertin avait fait meu-
RUE DE LA CITÉ
hier; et ce dernier ne gênait pas ses maîtresses, Prévost- Hyacinthe s’en aperçut.
A la rue de la Lanterne faisait suite la rue de la Juiverie, qui était habitée, surtout au xne siècle, par des juifs ; on y trouvait pourtant une autre église, la Madeleine. Puis venait la halle de Beauce, affectée au commerce du blé, dont le privilège fut donné par Philippe-Auguste à son échanson, puis par cet échanson à Philippe de Convers, chanoine de Notre-Dame. Comme ce marché se tenait dans la rue, il en motiva, dans le cours de l’année ISO 7, un premier élargissement, qui de nos jours n’était plus suffisant, mais dont la date nous indique l’âge des plus anciennes maisons sujettes encore 1 à reculement, ainsi que de la plupart de celles qui, plutôt que de subir le second retrait, ont disparu.
Parmi celles qu’a fait supprimer le percement de la rue Constantine figurait le cabaret de la Pommede-Pin, faisant face â une rue de la Madeleine. Rabelais l’a célébré, Régnier en a chanté ensuite la décadence momentanée ; puis l’endroit a recommencé d’être à la mode sous les auspices du grand Crenet, des frères Brossin, du conseiller Brilhac. Chapelle y a grisé Boileau, et à ces deux convives se joignaient une fois par semaine Molière, Lafontaine et Racine, qui a écrit là Les Plaideurs. Lulli, Mignard, Furetières et Dufresnoi ont fréquenté les mêmes tables. Le peu de luxe du service n’en tenait pas éloignés les simples mousquetaires; mais les gens de qualité qui s’y pressaient, dans le grand siècle, empêchaient qu’on rinçât les verres où les gens d’esprit avaient bu. Pommede-Pin, qu’es-tu devenue ?
En revanche,' voici une brasserie, dont la création remonte à 1795 : la cervoise, plus que jamais, s’épanche sur la lisière du marché concédé autre-
RUE DE LA CITE
fois à l’échanson royal. Ce n’est pas que le vin y ait tari; voilà, tout près de la . brasserie, un cabaret ouvert dès 1630, la Bouteille-d’Or, dans une maison qu’on a refaite depuis peu, pour la mettre à l’alignement, et qu’occupait au xvie siècle un cordonnier, à l’image du Sabot-d’Or. La famille Boudaille a tenu, pendant un siècle, la Bouteilled’Or; les Béjot ne lui ont succédé qu’en l’année
Le 43, vieille maison qui avance, fut le domicile du vaudevilliste Fontan, qui ne soignait guère la tenue de sa personne, mais qui buvait comme Chapelle. Un, jour qu’il passait rue Vivienne, dans un état d’ébriété qui le forçait à prendre le mur pour canne, un monsieur de sa connaissance le salua; Fontan de s’écrier aussitôt, en oubliant volontairement de lui ôter son chapeau : — Fautil que ce monsieur soit poli, de me reconnaîtredans un pareil état !
Mais ledit 43 vient après la rue Saint-Christophe, vis-à-vis celle de la Calandre, et ces deux voies de communication séparaient la rue de la Juiverie de celle du Marché-Palu, aboutissant au Petit- Pont. Dès le siècle xm étaient connus la rue Palu et son marché, qui constituait un fief. Ce nom venait de palus , marais, au sens de la plupart de nos historiographes. Toutefois l’île de la Cité, incontestable berceau de notre ville, n’avait rien de marécageux ; une enceinte de murs la gardait des inondations, et assurément rues et mouments, habitations et habitants s’y pressaient fort l’un contre l’autre. Nous oserons donc chercher, à notre tour, une étymologie plus rationnelle et rappeler que le même mot latin veut dire aussi échalas, poteau, pieu. Il existe encore un marché à l’angle du susdit Petit-Pont ; n’y revoit-on pas, tout comme il y a six siècles, des pieux chargés,
RUE DE LA CITÉ. 509
chaque matin, du pavillon portatif des marchandes ? Tibulle a dit dans la même acception :
Hic docuit teneram palis adjungere vitem.
En 1714, il y avait :
Rue de la Laterne 25 maisons, 4 lanternes.
Rue de la Juiverie 41 — 4 —
Rue du Marché-Palu 10 — 3 —
Fin du tome troisième.