LES DEUX RUIS SAINT-CLAUDE, ETC
de Sainte-Anne, porté antérieurement par cette petite voie de communication, qui garde à-peuprès, de nos jours, sa physionomie de l'autre siècle. La carte de Paris ne met pas moins d'obstination à conserver deux culs-de-sac Saint-Claude. Le second est situé rue Montmartre. La D"'^ Beauvoisin, après avoir vécu quelque temps avec le comte Dubarry dans la rue Basse-du-Rempart, vint s'établir daus un appartement dont le balcon se voit encore à l'angle de la rue Montmartre et de l'impasse. Le marquis de Duras avait pourvu aux frais d'emménagement. Au marquis succéda le chevalier de Jaucourt, qu'elle trompa d'abord avec Tombœuf, officier aux gardes-françaises, et le comte de Sade. Jaucourt n'en destinait pas moins à l'infidèle une aigrette de diamant, qu'on lui vola dans son carrosse : il n'en avait donné qu'une pareille à la princesse de Bauffrercont.
Rue Soly. (i)
Les venelles deviennent des curiosités ; mais il faut être Parisien pour s'y engager d'un pas ferme ; l'étranger craindrait de s'y perdre, la femme honnête d'y être rencontrée. On y sourit trop au passant, d'une fenêtre ou d'une allée, pour la moralité publique ; mais il faut passer quelque chose à des coupe-gorges qui en ont fait bien d'autres. Où se trouver mieux à l'abri des accidents et des ennuis qui sont occasionnés ailleurs par une trop grande circulation ? Les petites rues supportent l'abandon avec philosophie et bonne humeur ; l'enfant y joue et la grisette y chante ; l'aveugle y chemine sans bâton. Si le ruisseau dont elles se contentent se cachait lui-même sous un trottoir, les fentes du pavé permettraient-elles encore de marcher un peu sur la terre ? La sagesse de ces ruelles se réfugie dans le travail quotidien, le chômage y est dangereux et le vice une misère de plus.
Balzac a placé rue Soly une scène de roman, qui se passe de son temps : une femme du monde s'y trouve compromise, rien que pour avoir été vue un matin dans cette ruelle, moins dépeuplée alors d'un genre de femmes qui n'y affiche plus aujourd'hui qu'une maison.
La comtesse d'Herselles, au siècle précédent, bravait sans doute le préjugé qui l'aurait empêchée de faire connaissance avec une propriété qui lui appartenait : le n' 8 de la rue. Une église, la
(1) Notice.écrite en 1861.