ET DES JUGES-CONSULS
à l'angle de l'ancienne, s'adosse à l'église même de Saint-Merri ; on en vantait au milieu du dernier siècle l'architecture virile, due à Richer, et Ricard, trésorier-de-France honoraire, y vivait de ses rentes. Toute la rue avait pour effectif 6 lanternes et 15 maisons.
L'une des quinze reçut, à quelque vingt ans delà, le dernier soupir d'une femme qui mourait d'amour, M""^ Lecomte. La trop sensible dame avait été la maîtresse de Sedaine, qui l'avait quittée pour épouser la fille d'un avocat au conseil, et elle avait offert, pour empêcher ce mariage, jusqu'à 50,000 livres à sa rivale, qui les avait refusées.
Rue Clopin. (i)
La rue doit d'être Clopin i\ un logis, qui le devait au maître de ce logis, et comme elle montait, sans décrire assez de courbe, la montagne Sainte- Geneviève, on y marchait avec difficulté et en y clochant quelque peu. Ses habitants ont dû être les premiers à conjuguer le verbe clopiner. Par respect pour ce dérivé, six siècles se sont succédé sans la gratifier d'un pavé, même h la place du trottoir, et elle reste assez escarpée pour qu'on y chemine clopin-clopant. Cette rue fut aussi dite, au xvi« siècle, chemin Gaillard et du Champ- Gaillard, il cause du champ dont nous parlons dans la notice de la rue d'Arras, qu'elle a maintenant pour aboutissant et au coin de laquelle fourche un marchand-de-vin.
Jusque-là venait probablement, sous Henri IV, la caserne d'hommes-d'armes qui régnait rue d'Arras ; la salle-babse où se débitent le vin et l'eau-de-vie doit être un ancien corps-de-garde. 0 chiffonniers, ô chiffonnières, voilà vos Frères-Provençaux ! Une senteur saumàtre s'en exhale, qui remplace farôme de la truffe ; ce qu'on y. dépèce de harengs, frais en hiver, saurets l'été, pourrait se compter sur le plancher, jonché de têtes, de queues et d'arêtes. Mais les habitués des deux sexes, qui déjeunent sur le pouce chez ce marchand de vin, n'oublient jamais, quand leur poisson de mer de prédilection est tout frais, de jeter en l'air certaine petite membrane, luisante comme une pièce d'argent
(1) Notice écrite en 1858.
RUE CLOPm. 247
neuve et que la rue Clopin appelle l'âme du hareng, mais qui n'en est pas même l'estomac. Si le boyau reste collé au plafond, cela porte bonheur à l'homme ou à la femme qui en a étoile le ciel enfumé de la salle-basse, et la constellation y est nombreuse, tant les convives ont la main heureuse ! Les mouches souvent s'en réjouissent, mais n'y réussissent pas à faire place nette.
L'ancien mur de Philippe-Auguste séparait encore la rue Clopin de celle des Fossés-Saint-Victor, dite des Anglaises (i), quand le XVIP siècle fit la trouée qui leur permit de se rapprocher l'une de l'autre, et la seule maison d'à-présent dont l'origine s'y rapporte, nous la voyons n° 6. Mais pour qu'en 1714 la rue Clopin ne fût encore forte que de 3 maisons et d'une lanterne, il fallait que des murs la bordassent des deux côtés, car elle traverr>ait à cette époque le territoire actuel de l'école Polytechnique, en ayant pour appendice une Petiterue-Clopin, qu'on retrouve à l'état d'impasse rue Descartes. La portion supprimée en 1809 avait longé, du côté droit, le collège de Boncourt, fondé en 1357 et où Voiture avait été élevé, avant sa réunion au collège de Navarre, dont le mur donnait du côté gauche. Une arcade avait mis en communication l'un avec l'autre ces deux collèges, séparés par la rue Clopin et que depuis 1809 remplace l'école Polytechnique.
(1) Maintenant ajoutée à la rue du CardinHl-Lemoine.
Rue du Clos-Bruneau. ii]
Les maisons neuves, au point de vue du revenu, sont évidemment les meilleures. Quel dommage qu'elles se ressemblent toutes ! L'ancien Paris s'est fait tout seul, quant aux maisons particulières ; ses rues ont de la peine à perdre la physionomie particulière que rappelle tel ou tel règne, mais qui n'empêche pas qu'elles se sont ouvertes à leur jour, à leur heure, sur des initiatives spontanées et presque toujours isolées, que révélaient jusqu'aux lettres-patentes autorisant l'exécution de tracés déjà faits. Sur cette chevelure, où frisent des traditions que nous tâchons d'accommoder, mais redevenue presque crépue pour avoir essayé de toutes les coiffures, les décrets impériaux tirent des raies imprévues, sans rendre chauve la têtej volumineuse dont les cheveux druidiques, puis romains, se coupèrent à la malcontent cinq ou six fois en dix-huit siècles, ondulèrent pompeusement du temps de Louis XIV et jetèrent tant de poudre aux yeux sous le règne de son successeur ! Les tranchées opérées par le ? génie moderne entassent, il est vrai, les familles dans des habitations nouvelles, plus pressées l'une contre l'autre, mais pour rendre à la voie publique l'ampleur retranchée au logement. Sans cette satisfaction donnée aux besoins d'une circulation multipliée par les chemins de fer, il nous eût été impossible, convenons-en, d'entreprendre le travail auquel nous nous livrons. N'eût-il pas fallu plus d'une vie pour en réunir les éléments,
(1) Notice écrite en 18ô8.