‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 47 sur 111 · RUE DU CLOS-BRUNEAU · texte numérisé non relu

RUE DU CLOS-BRUNEAU

comme si elles portaient le deuil de la rive dont la leur est veuve, après tant de siècles d'hyménée. L'enseigne d'un marchand-de-vin, au coin de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, s'est de même inspirée de l'élévation du site ; un paysage alpestre y repose la vue, avec ces mots : au Repos-de-la- Monlagne. Des balayeurs, des marchands de peaux de lapin et des étameurs de casseroUes couchent, par chambrées, en vue de la voie nouvelle qui, disent-ils, leur fera froid l'hiver et leur tiendra trop chaud l'été. Ils demandent une indemnité.

Rue du €lo8-Georg;eau. (i)

L'orthographe des noms propres varie impunément. Certaines gens écrivaient Jargeau, d'autres Georgeot, quand, pour les mettre d'accord, l'édilité parisienne s'est décidée à adopter une troisième orthographe, Georgeau. Si le propriétaire du clos antérieur â la rue s'appelait Georges, l'estampille municipale ne fait que franciser ce nom propre importé en France par la domination anglaise, et alors il est évident que le duc de Bedford a gratifié de l'enclos l'un de ses serviteurs. Il eût donc été plus conyenahle de préférer, en cas de doute, la désignation de Jargeau, qui ne rappelait aucune invasion.

Pierre Doria, sieur de Cernay, écuyer, a acquis en l'année 1610 un vaste terrain, dont faisait partie le clos Georgeau et qui allait jusqu'au Marché-aux-Chevaux, en ce temps-là rue d'Argenteuil. Or Doria se trouve encore un nom propre tellement étranger qu'une maison de Gènes l'a illustré ! Une branche de cette fandlle s'est établie effectivement en Provence, et Pierre Doria devait en faire partie ; un de ses rejetons, lieutenani-général, époux de Charlotte de Montcalm, s'est fait tuer dans le siècle suivant à la tête de l'armée, en Canada. La rue du Clos-Georgeau a été percée, en 1620, sur le terrain même de Doria. Dès 1647, elle avait quelques habitants. Son effectif n'était encore en 1714, d'après Lacaille, que de 3 maisons, se partageant le

(1) Notice écrite en 1858.

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soir la clarté d'une lanterne. Mais il en était accusé davantage, quatre ans auparavant, par l'état que voici : d gauche, hôtel d'Anjou, au coin de la rue ïraversine (de la Fontaine-Molière) (i); Tézou, ensuite ; Chariier, ensuite ; M. Charron, enfin ; à droite : l'abbé de Loze, coin Traversine ; M. de Marida, Lemaistre, M'"^ L. Ménestrel. La propriété Lemaistre était à porte cochère ; mais celle Marida n'ouvrait que sur la rue Traversine et les quatre d'encoignure n'avaient pas plus de portes qu'aujourd'hui sur la rue du Clos-Georgeau, qui n'arrive qu'en les comptant à son lO"* numéro.

Vers la fin du règne de Louis XV, Houel vendit le 7 .à Coulanges, dont la veuve se remaria avec Beausire, lieutenant au Grenier-à-sel. L'un et l'autre de ces immeubles étaient sous la censive de l'Archevêché. Du 1 se rendit maître, en 1754, l'architecte Jean Charpentier.

(l) C'est maintenant la rue ilMolière.

Rue Clovis. (i)

Le Lycée. — V Abbaye — La Patronne de Paris.

— La Bibliothèque. — Saint -Etienne- du- M ont.

— L'ancienne Chancellerie. — L'Enceinte de Philippe- Auguste. — Les Collèges de Navarre et de Boncourt.

N'attribuons pas aux rois mérovingiens l'ouverture de la rue Clovis ; elle ne fut percée qu'en l'an xni de la République, entre les rues Clotilde et Descartes, sur le territoire conventuel des cidevant abbé et religieux de Sainte-Geneviève, et prolongée jusqu'à la rue des Fossés-Saint-Victor (2) qu'en 1809. L'église de ce monastère, fondé par Clovis et la reine Clotilde, venait d'être démolie, à l'exception de la tour carrée qu'en a gardé le lycée Napoléon, autrement dit le collège Henri IV, ouvert depuis l'année 1802. La tour doit avoir fait partie de l'église incendiée en 857 par les Danois ; la crypte, qu'illustraient les miracles opérés au tombeau de sainte Geneviève, patronne de Paris, préexistait également à la reconstruction de 1175 (3). La châsse de la sainte, palladium historique de notre ville, fut publiquement détruite en 1793. Mais n'est-ce pas comme un dernier miracle qui sauvait encore la bibliothèque des religieux ? Elle a reçu ses lecteurs, sous le dôme

(1) Notice écrite en 1858.

(2) Actuellement du Cardinal-Lemoine.

(3) Sujet amplement traité dans l'Histoire de Sainte Geneviève, patronne de Parts, par M. Lefeuve.

25i RUE CLOVIS.

dont la coupole était peinte par Restout, jusqu'à sa Iranslation sous Napoléon III dans le monument élevé h la place de l'ancien collège Montaigu. La congrégation dont l'abbaye génovéfaine était le chef-lieu, depuis l'introduction de la règle de saint Augustin, comptait 109 maisons en France et y nommait à oOO cures. La censive de l'abbé embrassait, sous Louis XIV, presque tout le faubourg Saini-Marcel et s'étendait, de plus, en 54 rues de la ville.

Les chanoines de Sainte-Geneviève avaient bâti, dans leur enclos également et à la place d'une chapelle, que l'enceinte de Philippe-Auguste avait fait entrer dans Paris, Saint-Etienne-du-Mont, dont le jubé est une merveille. Cette église paroissiale se présente de profil, en regard du lycée, avec son presbytère. En l'an 1506, frère Etienne Contesse, gén'ovéfain et curé de Saint- Étienne-du-Mont, avait obtenu de l'abbaye, après maintes difficultés, que la maison où se tenait la chancellerie du chapitre devînt ledit presbytère, restauré au xvir" siècle. Jusqu'à la Révolution le curé de cette église voisine était toujours l'un des chanoines de Sainte-Geneviève. Aucune maison particulière ne participe au droit d'aînesse que Saint-Étienne-du-Mont et ce qui de l'abbaye reste au lycée ont sur une voie publique qui a été tracée, comme pour les séparer, aussitôt que l'Université eut divorcé avec l'Église. Cette rue appelée à dominer Paris, sur les ruines d'un royal monastère, ne se taillait pas dans le vide ; elle ne pouvait manquer d'être monumentale. Honneur au fondateur d'une dynastie nouvelle qui, au lieu de lui infliger un nom tiré du Panthéon moderne, l'a fait monter sur le pavois du conquérant, père de la monarchie française !

Faute d'anciens logis humains, nous découvrons

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