‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 50 sur 111 · NAGUERE DE CLUNI · texte numérisé non relu

NAGUERE DE CLUNI

encore s'étendait, grâce à l'ancienne arcade, sur la rue des Cordiers. La maison qu'habita Jean- Jacques en avait été originairement et le collège de Cluni avait occupé le tout.

Il en reste la chapelle, dont le fronton, surmonté d'une crête sculptée, dépasse à peine la toiture du n" 7 de la place ; mais cet ornement révélateur n'est visible, pour le passant, que du haut des marches de l'église de laSorbonne.Ungrand libr.iire, M. Hachette, a pour magasin de livres cette chapelle abandonnée, qui a servi d'atelier au peintre David de 1806 à 18io; elle est masquée sous toutes ses faces et abordable uniquement par la cour d'une autre maison neuve, le 21 de la rue des Grés. Plusieurs abbés, prieurs et docteurs en théologie de la congrégation de Cluni reçurent la sépulture dans les caveaux de la petite église, h son tour ensevelie dans l'ombre. Ce sous-sol, mis h découvert par la décroissance du niveau, donne accès, sons d'épais arceaux, aux portefaix de la maison Hachette, qui, chaque jour, font un vide et en remplissent un autre, dans les rayons de cette bibliothèque de volumes en feuilles et brochés, profond tonneau des Danaïdes qui s'épanche sur le monde entier !

Le collège de Cluni regardait comme ses fondateurs : Yves de Vergy, abbé de Cluni sous le règne de saint Louis, Yves de Chasant, son neveu et successeur, puis Henri de Fautières, abbé au commencement du xiv" siècle. Ce séminaire de l'ordre avait été créé en 1269 dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui attenait à la porte Saint- Michel. La plupart des chroniqueurs disent que tous les prieurs et doyens subordonnés à l'abbaye de Cluni étaient obligés d'entretenir un ou deux boursiers dans ce collège. Quel énorme contingent d'élèves, si de pareils cadres avaient été remplis ! La congrégation comptait encore, dix-sept années

aeo RUE VICTOR-COUSIN, ETC.

avant sa suppression, 2,000 maisons en Europe et conférait en France plus de 600 bénéfices. Elle suivait la règle de saint Benoit, et le chef d'ordre, cette abbaye de Cluni dont le supérieur portait le titre d'archi-abbé, remontait à l'an 910. Le collège était exclusivement destiné à l'étude de la philosophie et de la théologie. Quant au nombre des élèves, il ne s'élevait plus en 1779 ju'à 6, régentés par un prieur, au lieu de 28, nombre réglementaire à cette époque.

Il y en avait eu bien davantage; mais il n'avait pas fallu de place que pour eux. L'archi-abbé résidait parfois au collège, lorsqu'il faisait un séjour à Paris, avant que Pierre de Chalus eût acquis une portion de l'ancien palais des Thermes, pour la convertir en hôtel de Cluni. Nonobstant, l'abbé de Cluni avait en ville, ou dans le faubourg Saint-Germain, un autre hôtel antérieurement.

Rue Coeatrix. (i)

La halle de Beauce, qui étalait dans la Cité, rue de la Juiverie, fut donnée par Philippe-le- Bel à son échanson, Geoffroi Gocatrix, qui demeurait rue Gocatrix. Ge favori du roi était même titulaire du fief de Gocatrix, assis entre la rue des Deux- Ermites et la rue d'Arcole, dans ce que cette dernière a de méridional. Le taunier, c'est-à-dire le cabaretier de la rue, s'appelait Nicolas Barbe en 1315 ; mais il y tenait le « cabaret Gocatrix, proche celui des Marmouzets. »

Il y avait aussi hors Paris un val Gocatrix, terre qui fut réunie, ainsi que le fitfde la Groix, aux seigneuries de Sintry et de Tremblay ; Philippele-Bel s'y arrêta, les il et 12 août 1308, en revenant du Poitou, et, à l'occasion de cette résidence royale, la dîme du pain et du vin consommés par la cour fut octroyée h la léproserie de Gorbeil. Des lettres du prince se donnèrent au val Gocatrix en avril 1326.

De Jean de la Gaille, imprimeur de la police, qui dédia son plan de Paris à Desmarets, contrôleurgénéral des finances, nous tenons qu'on comptait

10 maisons et 2 lanternes rue Gocatrix en 1714.

11 est vrai que cette voie publique formait alors un retour d'équerre du côté de la rue d'Arcole, crochet retranché en 1843 au profit de la rue Constantine. Des maisons dont La Gaille a fait

(1) Notice écrite en 1858 sur une rue que l'Ile de la Cité a entièrement perdue depuis.

Page 1