RUE NOTRE-DAME-DES-CHAMPS
Les lits et les soupers du collège Stanislas n'ont, par bonheur, eu de commun avec ceux de l'abbé Terray que le local. La pension que l'abbé Liautard avait fondée en 1804 fut constituée en 18î21 collège particulier de plein exercice, sous le principal prénom de Louis XVIII, qui portait un vif intérêt à l'établissement. Ce collège occupait l'ancien hôlel Terray et des propriétés attenantes ; mais, avant la fin du règne de Louis-Philippe, professeurs et élèves se sont transportés dans l'ancien hôtel de Mailly, dont on avait fait entretemps une brasserie. La rue et le passage Stanislas se sont ouverts au travers de l'ancien territoire du collège, qu'y remplacent encore deux pensions, l'une au coin de ladite rue et l'autre quelques portes plus loin. L'entrée des catacombes, pour les ouvriers, est en regard.
Au-dessous de l'hôtel Fleury, la princesse de Rohan-Guémenée, tille dii duc de Bouillon et gouvernante des enfants de Fi'ance, a déployé un luxe que dépassait encore celui de son mari : une faillite de 33 millions fit tomber ce couple prodigue dans la disgrâce, dès 1783, et la liquidation s'en terminait à peine quand la princesse comparut devant un tribunal qui n'en demandait pas tant pour prononcer un arrêt de mort. La déconfiture avait mis à sa place, rueNotre-Dame-des-Champs, la comtesse de Tournon, qui avait été présentée comme telle à la cour et qui roulait avec un T sur la portière de sa voiture. Cette fille d'un gentilhomme pauvre du Vivarais n'en était-elle pas moins la vicomtesse Pubarry? Le roi avait signé le 18 juillet 1773 au contrat de son mariage avec le neveu de M™" Dubarry, qui avait été page, officier d'infanterie, puis cornette des chevau-légers de la garde avec le rang de mestre-de-camp de cavalerie. Le mari, lits de Jean Dubarry, pouvait avoir eu des torts envers sa femme lorsqu'elle s'était évadée, pour
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essayer du régime de la séparation ; mais, en revenant, elle l'avait rendu père d'un garçon, et puis, en 1778, aux eaux de Spa, il s'était battu pour elle avec un Anglais, le comte de Ris, qui l'avait tué. C'est depuis que la veuve avait acheté dans l'île de Corse deux fiefs en friche, qu'elle avait fait ériger en comté.
Du temps de M'"^ de Tournon, il y avait sur la ligne opposée l'hôtel Dulau, plus haut que l'hôtel de Montmorency-Laval, postérieurement raffmerie Santerre, qui se retrouve près la rue de Fleurus.
L'architecte Vavin a construit en 1790 des maisons rue Notre-Dame-des-Champs. L'une d'elles, dans laquelle M"'' Rosa Bonheur a eu son atelier de peinture, est maintenant occupée par les sœurs de Notre-Dame-de-Sion. Un passage, qui appartenait à la famille de l'architecte, s'érigeait en rue Vavin au commencement du règne de Louis- Philippe.
Rue de Monsieur, (i)
Louis XVI régnait depuis quatre ans lorsqu'il autorisa l'ouverture de cette rue sur un terrain que venait d'acheter son frère, 3Ionsieur, comte de Provence, afin d'y établir ses écuries. Brongniart avait dessiné le plan de ces écuries, dont il se trouve des bâtiments et tout l'emplacement aux n°' impairs qui suivent le n" 7. L'écuyer ordinaire de Monsieur était le marquis de Bièvres, que remplaça en 1784 M. Hazou de Saint-Firmin. Le marquis de Montesquiou-Fezensac, premier écuyer du prince, avait été le menin des entants de France sous le règne précédent ; la survivance de ses fonctions était acquise au baron de Montesquiou.
Sur le plan de Brongniard aussi, l'hôtel Montesquiou s'était élevé en face des écuries, avec jardin sur le boulevard. Membre de l'Académie-Française et puis des États-Généraux, M. de Montesquiou fut un des premiers députés de la noblesse à faire cause commune avec le tiers-état. Comme lieutenantgénéral, la République le chargea du commandement de l'armée du Midi et de l'occupation de la Savoie ; mais, bientôt accusé, il émigra en Suisse. Les bénédictines du Saint-Sacrement habitent aujourd'hui l'ancien hôtel du premier écuyer de Monsieur.
Brongniart fut encore l'auteur, en 1786, du pavillon des archives de l'ordre de Saint-Lazare, qui devint ensuite une pension, puis un hôtel, puis une des maisons conventuelles du Sacré-Cœur et enfin le collège arménien de Samuel Morat.
(1) Notice écrite eu 1862.
870 RUE Di: MONSIEUR.
Du même temps et toujours du même architecte est l'hôtel coiitigu, inauguré par M"*^ de Bourbon- Condé, abbesse de Remiremont, et occupé sous Louis-Philippe par le comte de Beaumont et la comtesse, fille de Dupuytren.
Un an plus tôt, Legrand a fait bâtir, à côté de la maison de M"'' de Condé, un autre hôtel pour le comte de Jarnac. Le comté de ce nom avait passé dans la famille de Rohan-Chabot en 1715, par suite du mariage de M. de Rohan-Chabot, colonel d'infanterie, avec la veuve de M. de Larochefoucauld-Montendre, née de Jarnac. Maintenant à l'hôtel Jarnac vivent religieusement les barnabites, pères Raliens, dont la chapelle donne rue de Babylone.
II est plus facile de reconnaître dans le n" 3 Thôtel de Saint-Simon, puisqu'une inscription le désigne. Le général duc de Saint-Simon, sénateur, ancien pair-de-France, y a pris sa retraite.
La rue de Monsieur a porté la dénomination de Fréjus pendant le Consulat et le premier empire, en mémoire du débarquement opéré par le général en chef de l'armée d'Egypte à Fréjus le 9 octobre
Rue Royale-8aiiit-IIoiioré. (i)
La rue Royale entre dans la circulation en 1757, avec la place Louis XV, dont elle est le trait-d'union pour le Boulevard. Le plan qui leur est commun, ouvrage de Gabriel approuve par le roi, a imposé aux maisons jde la rue l'identité de façade. L'inauguration de la place et de la statue de Louis XV a lieu le 20 juin 1763. Néanmoins il reste, vingt ans après, des vides h remplir dans la monumentale avenue de la place. André Aubert s'y fait donc concéder par le bureau de la Ville 1,304 toises de terrain, afin de les revendre en 6 lots, et l'on peut lire sur les affiches qu'il fait placarder dans Paris :
Lesdits terrains sont exenaps de droits seigneuriaux et autres. Ou pourra vendre à vie les faces bâties. S'adresser à Aubert fils, architecte, rue de la Magdeleine.
Pour se lancer dans cette opération, Aubert a été cautionné par M. Rouillé de l'Eslang, qui est déjà propriétaire, sur la place Louis XV, d'un hôtel dont héritera M'"*= de Pastorel, sa nièce, et que grève une rente foncière de 2,462 livres, 10 sols, au profit du prieuré de Sainte-Catherine-du-Valdes-Écoiiers. En qualité de trésorier de la Police, Rouillé de l'Estang a sous ses ordres des commis ; il transfère bientôt ses bureaux rue Royale, au n"13.
Cette maison, qui a été élevée comme les n" 5, 7, 9, 11 et 15, sur le terrain adjugé à
(1) Notice écrite en 1862.