‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 58 sur 111 · RUE DE LA GRANGE-BATELIERE · texte numérisé non relu

RUE DE LA GRANGE-BATELIERE

maître de danse juré, en même temps que prêtre habitué k Saint-Roch?

Il avait pour voisine Caroline Véronèse, qui avait joué, comme sa sœur Camille, à la Comédie- Italienne. I.e prince do Conti n'était encore que comte de la Marctie lorsqu'il avait eu de Caroline un tîls, cause de sa rupture avec la comtesse de la Marche, et il avait acheté pour sa maîtresse le marquisat de Silly.

Quelques années plus tard, la compagnie colonelle des gardes-suisses se trouvait casernée aux n"' 13 et 15 actuels.

Duportail, secrétaire d'État au départenient de la Guerre, habitait la rue en 1791. Naguère compagnon d'armes de Lafayette en Amérique, ce mifiistre révolutionna et désorganisa l'armée, en autorisant les soldats à fréquenter les clubs. Les ordonnances y relatives ont-elles été signées par Duportail dans la ci-devant caserne, dans une des deux maisons d'en face, ou bien dans l'un des grands hôtels perdus pour la rue Grange-Balelière depuis que la rue Drouot la croise? Jusque-là aucun ministre de la guerre n'avait eu la même résidence que son prédécesseur ; mais alors que les mutations se succédèrent avec une rapidité imprévue, le portefeuille, ce meuble si portatif, devint immeuble par destination. Celui de la Guerre changea de mains dix ou douze fois en deux années. Le ministi^e Pache, en novembre 1792, prit pour secrétaire-général Xavier Ardouin, vicaire de Saint- Eustache, et mit des orateurs de club à la place d'employés dont les opinions ne lui paraissaient plus à la hauteur des. circonstances. Pache avait vu le jour en Suisse ; son père avait été le suisse de l'hôtel de Castries : il ne lui manquait plus que d'occuper un ancien quartier de gardes-suisses.

Rue Popincoiirl et rue Folie-lléricourt,

EN CE QUI S'kN appelait NAGUÈRK

Popincourt. (i)

Les Annonciades . — Nicolas de lUégny, — Fr')nsac.

— La Comédie- Bourgeoise. — Le M'^ de Pange.

— Le C" de Fodnas.

Jean de Popincourt, président au parlement sous Charles VI, avait une maison de campagne près Paris ; elle devint à l'époque des guerres religieuses un temple calviniste, que le connétable Anne de Montmorency prit d'assaut le 31 décembre 1561, en ne le ménageant guère. La même propriété était vendue plus tard par Angrand, secrétaire du roi, aux aimonciades du Saint-Esprit. Ces religieuses avaient formé depuis peu d'années à Sainl-Mandé un établissement, sur le modèle de leur maison de Melun ; elles se transférèrent ti Popincourt le 12 août 1636 et puis l'ancienne chapelle de Saint-Mai'tlie ou du Saint- Esprit y fut remplacée par la leur. Une médaille d'argent, retenue par un cordon bleu sur l'habit que portaient les sœurs, rappelait que leur ordre avait été institué en l'honneur de FAnnonciation :

(1) Notice écrite en 1862. La queue rie la rue Popinf'Ourt n'était pas encore devenue la tôle de la rue Folie- Méricourt, entre celle Oberkampf (Menilmontant) et le boulevard du Prince- Eugène.

l'ange Gabriel y figurait, annonçant ii la Sainte-Vierge le mystère de l'Incarnation. En 1720, la 3""*' propriété et la 4"'*' qui venaient sur la- droite h partir de la rue Ménilmontant, étaient au sieur Albert, maître à danser ; les annonciades, dames de Popincourt, en avaient quatre sur la même ligne affermées à deux jardiniers, en regard de leur monastère. La communauté devenait nombreuse ; mais de cet accroissement ne résulta pas la prospérité de ses affaires et force fut, pour y mettre ordre, d'aliéner une portion du domaine conventuel en l'année 1760. D'autres nécessités provoquèrent même le sacrifice du reste, qui fut vendu, en 1781, à MM. Perrot de Chezelles, de Blosseville et Valentin.

La caserne construite sur le territoire qu'elles avaient occupé servait de quartier originairement à deux compagnii-s de fusiliers et à une de grenadiers, en tout 310 hommes des gardes-françaises. Cette caserne, depuis un an ou deux, sert d'hospice aux Incurables (hommes). L'église des religieuses, vendue comme bien national le 2 prairial an V, fut érigée pendant le Consulat en seconde succursale de la paroisse Sainte-Marguerite, rachetée par la Ville en 1811 et restaurée en 1818. Celte église, dédiée h saint Ambroise, touche le presbytère, qui ouvre actuellement sur le boulevard du Prince-Eugène ; c'est une vieille maison où Chéradame, entrepreneur du pavé de Paris, remplaçait immédiatement les religieuses.

Le village de Pincourt, ainsi dit par abrévation, a eu beau entrer h demi et puis tout-à-fait dans la ville, les Parisiens n'ont cessé de s'y croire à la campagne que plus d'un siècle après l'annexion. Les maraîchers et les nourrisseurs n'en habitaient pourtant pas exclusivement la grande rue. Une maison de santé y a été fondée, sous Louis XIV, par Nicolas de Blégny, ainsi que le jardin médi-

cinal de Pincourt. Le chef de l'établissement pratiquait principalement la chirurgie ; il s'était fait connaître comme bandagi^te, avant d'ouvrir un cours d'anatomie et divers autres, voire même un cours sur les perruques. Ce M. de Blégny avait été jusqu'à se mettre à la tête d'une société académique, et elle publiait des mémoires, dont l'impiession en France n'a été niterdite, en 1682, que par égard pour tous les médecins qui se plaignaient d'y être maltraités. Au reste, notre chirurgien s'atTichait de tous les côtés comme préposé à la recherche et à la vérification des nouvelles découvertes de la médecine, et il contiait au public des Secrets concernant la beauté et la santé ; donc ses écrits étaient d'un charlatan, exploitant l'ignorance et la crédulité dont le grand siècle n'était pas exempt. Il frappait d'une contribution {\ son profit, avec peu de savoir, avec beaucoup d'intrigue, la coquetterie et les infirmités, tous les vices, tous les accidents, en se donnant pour habile à ^névw'les descentes^ les maux vénériens et généralement les maladies extra(<rdinaires : Spécialité des plus larges ! Son cabinet en ville était rue Guénégaud, lout près du théâtre de' Molière, qui faisait rire tout le monde des médecins, sans diminuer la clienlèle du praticien voisin en vogue, M"'= de Blégny, directrice honoraire et perpétuelle de la communauté des jurées sagesfemmes de Paris, pratiquait également sur les personnes de qualité et demeurait chez son fils, apothicaire du roi, rue Guénégaud. L'otlicine regorgeait de remèdes secrets, il est vrai, mais suffisamment garantis par celte annonce exceptionnelle : Une personne solvable qui en connaît la vertu s'oblige, quand on le veut, d'en payer la valeur en l'acquit des malades en cas cju'ils ne guérissent pas, pourvu qu'ils conviennent de les payer au double pour une parfaite guériscn. Or la personne sol-

vable, l'endosseur invisible, le compère anonyme, n'était-ce pas Nicolas de Blégny lui-même? Tout le dénonce. Homme d'esprit pour se mettre en vue et de génie pour en tirer parti, il ne visait pas directement qu'à l'argent ; il devait de fort belles places à la réputation qu'il s'était faite lui-même, car on l'avait nommé chirurgien de la reine en 1678, ordinaire du duc d'Orléans en 4683 et médecin du roi quatre ans après. De sa vaste et belle maison de santé, où il n'y avait pas qu'une seule porte, il subsiste plusieurs corps-de-bâtiments, rue Popincourt, entre l'hospice et les dernières maisons de la rue actuelle. Les malades et les convalescents y étaient traités à des prix différents, depuis 20 sols jusqu'à 6 livres par jour : ils ne vivaient donc pas ensemble. Un pavillon entièrement séparé recevait les femmes qui venaient faire leur couches. On reléguait enfin les vénériens à un bout et les fous à l'autre. Une bibliothèque dépendait de l'établissement; elle était publique pour les médecins, les apothicaires et leurs élèves, ainsi que le jardin médicinal. En allant jusqu'au labyrinthe qui surgissait à l'extrémité, les promeneurs avaient en vue d'autres jardins et des maisons de plaisance, clair-semées près du couvent et de la maison de santé ; seulement il n'y avait encore à la hauteur de celle-ci que des marais bien cultivés entre la rue Popincourt et le Boulevard. Elle n'est pas demeurée au-delà de l'année 1693 à la disposition de Blégny, qui tombait de haut et bien bas. Des escroqueries avérées l'ayant fait dépouiller de ses charges et garder huit ans en prison au château d'Angers, il est mort septuagénaire à Avignon en 1722.

En face ou |)resque en face de la rue Saint- Sébastien, une petite-maison fut taillée pour le fils du maréchal de Bichelieu dans l'ancien hôtel de santé. La niche de saint qu'on remarque au

même endroit est d'une origine antérieure. Puisque les roués du xvni*' siècle ne redoutaient pas trop l'indiscrétion à l'endroit de leurs galanteries, n'en citerons-nous pas une ou quelques-unes dont Pincourt ait été le théâtre ? Fronsac y tlt une partie carrée, le 7 janvier 1763, avec le marquis de Conflans et deux fdles de chez la Hecquet. Il donnait à souper, le 14 du même mois, au duc de Coigny, à son frère et à deux autres seigneurs, près desquels figuraient trois filles, pensionnaires de la Deslongrais. Néanmoins, à la même époque, la liaison de Fronsac avec Sophie Arnould durait encore, et il aimait déjà la jeune Dubois, de la Comédie-Française, qui lui avait sacrifié ce que la plus belle fille du monde ne saurait donner plus d'une fois. Au mois d'octobre de la même année, la porte de la petite-maison s'ouvrait plusieurs fois par semaine pour la présidente de Boulainvilliers.

Le père de Fronsac, six ou sept ans plus tard, avait pour sous-secrétaire Joseph-Jean-Baptiste Albouy, fils d'un négociant de Marseille. Ce jeune homme avait fait chez les oratoriens de bonnes études, qui ne lui avaient pas donné le goût du commerce, et le maréchal l'employait à mettre en ordre les documents destinés à la rédaction de ses mémoires. Albouy ne vivait pas du produit de son travail ; il recevait une pension de sa famille, et, pour parfaire, il contractait des dettes ; mais les bontés de Richelieu lui permirent de s'ouvrir une carrière dans laquelle, entraîné par la vocation, il espérait mettre ordre à ses affaires. Ayant fréquenté le théâtre et appris des rôles à loisir, il joua d'abord en société et reçut des encouragements. La maison de plaisance de Fronsac était devenue, à cette époque, une petite salle de spectacle, appelée la Comédie-Bourgeoise de Popincourt, et ce théâtre avait pour sociétaires des fils

2Kr, RUE POPINCOURT, ETC.

de fïUTiille, tels que les comtes de Sabran, de Goutïier et de Loméiiie ; la jeune marquise de Folleville et sa sœur taisaient partie de la troupe ; le public y était aussi de la meilleure compagnie. Là débuta dans le rôle de Crispin, des Folies amoureuses, Albouy, qui illustra ensuite sur la scène française le pseudonyme de Dazincourt.

A égale distance de la salle de spectacle et de la rue Ménil montant, il y avait une sparterie, manufacture dont le siège est maintenant une fabrique de bronzes d'art.

Reconnaissons pareillement, au coin de la rue Saint-Sébastien, quelque chose d'une propriété dont les trois corps-de-logis et le jardin ne mesuraient pas moins de 3 arpens. Ce bien fut vendu à l'abbé de Lanne par le marquis de Pange, qui en avait acquis un tiers de Caumont, médecin ordinaire du roi, en 1757, un tiers de Malderie, seigneur de Catreville, et le reste de Bézodis, marchandbonnetier.

Une autre maison de la rue Popincourt, et ne l'apercevons-nous pas h l'angle de la rue du Chemin- Vert ? fut louée au comte de Fodoas, ancien capitaine de cavalerie, qui peut-être y fit des folies, mais aux dépens de quelque riche douairière. La vieille princesse de Nassau, de laquelle il était aimé, dépensa 30,000 livres assez lestement avec lui. Létorière, son prédécesseur, n'en avait coûté que 6,000. Néanmoins Fodoas, médiocrement content de la princesse, chercha à mener plus loin la comtesse de Schliufelt, décorée de l'ordre de Marie-Thérèse et qui n'avait guère moins d'un demi-siècle. M. Fontaine était propriétaire de la maison dont nous parlons, et les carmélites en avaient quatre qui faisaient suite.

Rue Turenne,

NAGUÉRi;

Saint-Louis-au-ilIlarais. (i)

Contingent de noms et dates mémorables fournis à l'histoire de Paris, pour le compte de cette rue, par des documents inédits et des livres.

Durant l'occupation anglaise, le duc de Bedfort obligea le prieur de Sainte-Catherine-du-Val-des- Écoliers à renoncer, moyennant i6 sols parisis de chef-cens, à la propriété de 8 arpens et 1/2 détachés de la culture Sainte-Catherine et q-ui, depuis la fondation du prieuré, au commencement du xm^ siècle, faisaient partie de son domaine direct. Mais des lettres-patentes de Charles VII, en date du 3 décembre 1437, cassèrent le contrat de renonciation passé devant Legras et Paris, notaires au Chàtelet, le 17 juin 1425. Après être rentrés en possession de leur terrain, théâtre de maints désordres, les pères jugèrent bon de le faire entourer d'un mur; les prévôt et cchevins les autorisèrent, qui plus est, en l'année 1487, à enclore avec la culture l'égout dont elle était bordée, à la condition de Inisser une porte pour la visite et le curage. On forma en 1560 sur cet

(1) Notice écrite en 3 8G-2. La rue Saint-Louis, n'ayant pas encore pris pour en-tête celle Hu Val-Saitite- Catherine, ne se prolongeait pas, coiLœe aujourd'hui, jusqu'aux rues de Rivoli et Saint-Antoine. L'un des plus célèbres habitants qu'elle avait eus ne remplaçait pas encore saint Louis sur ses estampilles.

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