RUES DE VIARME, ETC
7, 9, peu d'années après la fondation de la Halle-au-Blé.
Gabriel de Sartines, comte d'Alby, avait été conseiller au Châtelet, lieutenant-criminel et maîtredes-requêtes, avant que de passer lieutenant-général de police, et il devint ensuite ministre de la Marii-e. Son nom, placé sur l'estampille d'une rue, en face du Grenier-d'Abondance, ne nous rappellet-il pas qu'on accusa ledit lieutenant-de-police d'affamer, par calcul, Paris et tous ses environs, pendant que quatre intendants des finances, Trudaine de Montigny, Boutin, Langlois et Boulogne, se seraient entendus eux-mêmes avec Perruchot, directeur-général du monopole des grains, pourétendre cette cruelle spéculation à toutes les provinces? Mais l'agiot sur le blé n'a jamais pu susciter que des dangers locaux et momentanés, entièrement conjurés de nos jours par la rapidité des moyens de transport, et jamais l'acquisition par fortes parties n'a menacé de la famine toutes les places à la fois. Nos marchands de farine, qui se réunissent tous les jours au café du Commerce, et justement au coin de la rue de Sartines, sont loin de craindre que les capitaux affluent outre mesure dans le commerce des grains en France: la disette de l'argent y suit toujours de près celle du blé. Rue de Sartines, sur la droite, Camus, Devarenne, Bassin et encore Camus étaient propriétaires ; sur la gauche, Prévosteaù et Camus.
Jollivet de Vannes, avocat, procureur du roi et de la Ville, a gravé également sa carte de visite à l'angle d'une petite rue. En face de cette ruelle se dresse la colonne de Médicis, monument conservé grâce à l'initiative du poète Bachaumont, qui a donné 4800 livres de cet observatoire de la reine, revendu ensuite à la Ville, afin qu'il survéciîtà l'hôtel de Soissons, démoli par les créanciers du prince de Carignan. Camus, Benoît et Dussausaye
RUE DE VIARME, ETC. 31t
signèrent dans la rue de Vannes les premières quittances de loyer.
Le nom de Pierre Devarenne, écuyer, avocat au parlement, conseiller du roi, quarlenier et puis échevin, est arboré sur un autre écriteau municipal, en face de la même rotonde, entre les n°' 1 et 2 de la rue de Viarme.
Avant que la Halle-au-Blé fût transférée d'un coin de l'emplacement actuel des Halles-Centrales sur le terrain de l'hôtel de Soissons, on traitait de rue Bouchée une impasse, dont le fond était l'une des entrées de l'hôtel : la place de cette porte, en regard de Saint-Euslache, est encore marquée par des pierres en saillie au milieu de la rue Oblin. Dans cette rue, qui avait commencé par s'appeler Carignan, dernière dénomination du cul-de-sac, Bernard Oblin et Charles Oblin, intéressés dans les affaires du roi et très-probablement dans celles de Camus, n'ont rien fait édifier que nous sachions : mais ils n'y ont pas jeté par terre les maisons préexistantes. M""" Fleuret y disposait, avant 1780, de deux propriétés près de la rue Coquillière, et l'éternel Camus en avait deux à l'autre extrémité de la ligne opposée.
Rue de la Verrerie, (i)
Suger. — Saint-Bon. — Les Verriers et les Faïenciers. — Notables des xvii® et xviii® Siècles. — Le Saint-Esprit. — Les Juges-Consuls. — Les Notaires et les Droguistes. — Les Experts du Bâtiment. — Les Huissiers. — L'Hôtel Saint- Faron. — La Trinité. — Le Petit-Paris. — Les Tapissiers. — Les Couturières. — Valmont de Bomare.
Sur l'emplacement d'une chapelle, connue dès le siècle vi% le chapitre de Notre-Dame fonda la collégiale de Saint-Merri, sous l'épiscopat de Rainaud II et le règne de Robert II. Un séjour de Suger y attenait trente ans après. La reconstruction de l'église, au xyi*^ siècle, englobait cet hôtel; elle put néanmoins en respecter le gros-œuvre de la façade actuelle du presbytère, dont l'entrée sert de porte latérale aux fidèles, malgré la sculpture du xvni" siècle cfui la décore de deux amours, pour lesquels bri!ile un encens éternel. Le passage cessant d'y être public après l'heure des offices, la maison a encore tout l'air d'être indépendante de l'église, restaurée derechef en 1754, puis en 1836. A supposer même que les seigneurs chanoines aient eu là le bailliage ou la chancellerie de leurs hefs de Marly et de Saint-Merri, le moyen de louer le chapitre d'avoir commandé ce dessus-de-porte !
La rue Saint-Bon y fait presque face et rappelle
(1) Notice écrite eu 18G2.
une chapelle Saint-Bon ou Saint-Bonnet, qui appartenait d'abord h l'abbaye de Saint- Ma ur-des- Fossés et dont le chef du diocèse prit possession, en devenant abbé de Saint-Maur, pour y nommer chapelain ordinairement un chanoine de Saint- Merri. Une confrérie de Sainte-Marguerite fut établie dans cette chapelle, qui ne servait plus, avant sa suppression, qu'à faire le catéchisme de la paroisse. Le bâtiment en fut mis aux enchères l'an 1792.
Les recherches de nos devanciers ont constaté l'existence d'une verrerie en l'année 1187 dans cette rue. Aussi bien la communauté des Peintres sur verre s'y établit dans le principe ; elle comprenait des émailleurs, des verriers, des patenôtriers ; ses statuts, réglés en 1467, se modifièrent en 1666. Cette compagnie, tige des diverses branches de l'industrie verrière, fut dite ensuite des Vitriers. On y avait fixé la durée de l'apprentissage ;V 4 années, le coût de la maîtrise à 500 livres. Le patron de la confrérie était saint Marc, et son bureau, au Renard de la rue Saint-Denis avant la fin du xvn'^ siècle, mais au cimetière Saint-Jean dans le cœur du siècle suivant. Un peu plus tard les Verriers se trouvaient en concurrence avec les Faïenciers, qui pendant soixante-dix années étaient restés de la même famille, bien qu'une institution particulière les eût émancipés sous Henri IV. Tout apprenti ou compagnon faïencier qui avait abusé de la femme, de la fille, de la parente ou de la servante de son maître, était par cela même déchu du droit de parvenir, h la maîtrise. Mais, s'ils battaient la séduction en brèche, les statuts de la Faïencerie f;worisaient, en revanche, la recherche pour le bon motif, en réduisant de 500 à 200 livres le taux de la maîtrise en cas de mariage avec la fille du maître. Apprentissage,
3,io rue; de la verrerie.
s ans ; compagnonnage, idem ; brevet, 80 livres ; patron, saint Éloi.
L'émailleur Jacqaemin Gringoneur, inventeur des cartes à jouer sous Charles VI, en peignait à or et à diverses couleurs pour Vesbattement du roy dans la rue de la Verrerie. Il y précédait de trois siècles Trincard, marchand de porcelaines, qui était membre de la confrérie avant qu'elle en formât deux, et dont le magasin attirait de riches amateurs. Du temps de Trincard on élargit la rue, parce qu'elle se trouvait sur le passage de Louis XIV, quand il allait du Louvre à Vincennes, et sur le passage également des ambassadeurs étrangers, qu'allaient prendre les carrosses du roi aux Folies-Rambouillet, dans la rue de Charenton, le jour de leur entrée officielle.
Sous le règne précédent, Bossuet, fermier des gabelles du Lyonnais et du Languedoc, qui n'était autre que le père de l'illustre évèque de Meaux, avait, en regard de la rue actuelle des Juges- Consuls, sa maison de ville, qui appartenait plus tard à Huault, seigneur de Bernay. L'enseigne en était la Ville-de-Reims alors que ce dernier avait pour acquéreur le bourgeois Leroy. Un basrelief de forme ronde représentait alors sur une autre façade Henri IV, entre une maison à Barthélémy et une à la veuve de Forcadel, conseiller aux Aides. Celle de la veuve avait sa petite porte sur la rue du Coq, dont deux propriétés touchaient le fond de celle à médaille et de l'autre.
Du côté opposé se suivaient en ce temps-là, comme propriétaires :
Les héritiers de Girault, écuyer, conseiller au Châteiet. — M'"^ Réuée-Madeleiae de Rambouillet de la Sablière, veuve de Trudaine, ancien prévôt-des-marcliands, au nom et comme tutrice de ses enfants, avec Brument,
tapissier, pour locataire. — Les héritiers de Desnots, secrétaire des finances, au coin de la rue du Renard. — M™e Marie Angran, veuve de Philippe de Boran, M'» de Castilly, avec entrée rue du Renard. — Henri- Charles Arnauld de Pomponne, abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint-Médard à Soissons, conseiller d'État, garde-des-sceaux : grande maison, tenant plus ou moins à la rue du Renard. — Jacques de Sailo, seigneur d'Auvilly : 2 maisons, vjenant des Saveuse, avec longue allée et des jardins. Charles Lebrun, greffier des bâtiments: grande maison, petit jardin. — Croizet. président-aux-enquêtes du parlement. — Pierre Quirof, architecte du roi. — Jacques de Ricouart : grande maison, avec une seconde porte dans la rue Barre-du-Bec (tronçon de notre rue du Temple).
Et cet appel peut déjà compter, quoique partiel. L'architecte Quirot habitait sa .maison ; il l'avait achetée des hoirs de Charpentier, littérateur qui avait pris parti pour les modernes dans la querelle de son temps sur le mérite des anciens et des modernes. Denis de Sallo, conseiller au parlement et fondateur du Journal des Savants, devait être le père de son homonyme précité L'Arnanid de Pomponne sur le tapis avait localement hérité de son père, Simon Arnauld, marquis de Pornponne, et ce ministre intégre, dont Saint-Merri gardait la tombe, était lui-même, à titre de fils, héritier de Robert Arnauld. Pour la maison Desnots, elle tenait par-derrière à celle des Juges-Consuls.
Des dépendances de ce dernier hôtel se projetaient même rue de la VeiTerie. La juridiction consulaire avait été créée par Charles IX; le siège de ce tribunal resta derrière Saint-Merri jusqu'à sa translation dans le palais de la place de la Bourse. André Bouret avait été propiMétaire dans notre rue, près l'hôtel consulaire, comme acquéreur de la veuve de Jacques Thivol, sieur de Sainte-Foy,
chef du vol des oiseaux du cabinet de feu le duc d'Orléans.
Entre les rues de la Poterie (i) et Saint- Marlin, les maisons appartenaient en 1780 : à Lebel, au même, à Sorèze-de-Mcuze, c\ Coulon- Destouches, à La Motte et consorts, au Saint- Esprit, au Saint-Esprit encore, à Bourgoin, à De la Capelle. L'ordre du Saint-Esprit n'était pour rien dans cette litanie bourgeoise ; il ne s'y agissait que de l'hôpital du Saint-Esprit, fondé place de Grève en 1362, rebâti en 1746, sur le plan de Boffrand, pour recevoir 60 garçons et 60 fdles auxquels on apprenait un état.
Des notaires occu|)aient alors quatre ou cinq belles maisons édifiées pour la grande robe et maintenant vouées au commerce en gros de l'épicerie et de la droguerie, qui n'est devenu la principale industrie de la rue qu'en notre siècle. Près la rue du Temple se tenait le bureau des Experts-jurés des Bâtiments, institués par édit en 1690, et plus près de Saint-Merri le bureau des Huissiers-audienciers au Châtelet, où paraissait, imprimé tous les mois, un extrait des criées du tribunal.
La rue de la Tixéranderie, sacrifiée à celle de Rivoli, suivait un cours quasi-parallèle à la nôtre ; l'une et l'autre ayant eu leur hôtel Saint-Faron, cela devait être le même sous deux faces différentes; il donnait, qui plus est, rue des Deux- Portes ou rue du Coq. Ses rapports ne furentils pas directs avec l'abbaye de Sàint-Faron ? Les comtes d'Auxerre avaient eu, de toute façon, un
(1) Ladite rue de la Polsrie-des-Arcis est maintenant l'en-lête de la rue du Renard, qui commençait naguère à la rue de la Verrerie.
séjour au même endroit. N'était-ce même pas le royal hôtel de Navarre, qu'avait occupé, entre les rues de la Verrerie, du Coq et des Deux-Portes, Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois, et qu'avait aliéné en 1417 Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre ? Ce palais ou l'hôtel Suger était évidemment le logis qui faisait de Charles VU en personne un habitant de la rue de la Verrerie alors que la trahison de Périnet- Leclerc livrait l'entrée de Paris aux Bourguignons. Ah que l'ancien palais dérogeait donc en devenant, sur la rue que voici, le bureau général des Fosses vétérinaires pour l'équarrissage hors de ville !
Un service régulier de carrosses pour Sézanne et pour d'autres localités partait d-ès le xvn^siècle d'un hôtel de la Trinité, en la même rue, et un traiteur voisin, à l'enseigne du Petit-Paris, servait jusqu'h des repas de noces. De grands magasins de tapissiers s'établirent postérieurement sur plusieurs points et celte spécialité allait un moment jusqu'à dominer dans la rue, au commencement de l'Empire, comme la verrerie autrefois. Roussin aîné, tapissier du gouvernement, entrepreneur de la décoration des fêtes publiques, y occupait biurtout de nombreux ouvriers et y chargeait ou déchargeait incessamment des voitures de déménagement.
■ Non loin de l'hôtel Saint-Faron, mais pas du même côté, a été le bureau des maîtresses Couturières découpantes, communauté divisée en quatre classes. Les couturières en robe composaient la première; celles pour enfants venaient ensuite, puis les lingères, puis les confectionneuses de garnitures. Une maîtresse ne pouvait avoir qu'une apprentie à la fois ; l'apprentissage durait trois ans ; le chef-d'œuvre était obligatoire pour parvenir à la maîtrise, qui coûtait 174 livres, comme le brevet 20 livres 10 sols. Saint Louis était le patron des Couturières.
Au n" 28 le naturaliste Yalmont de Bomare avait un riche cabinet, dans lequel il faisait des cours, mais qui fut réuni en 1787 au cabinet du prince de Condé, dont venait d'être nommé garde ce savant, dans le château de Chantilly. Valmont de Bomare, membre de l'académie des Sciences, avait utilement voyagé pour le compte du gouvernement. Il est l'auteur d'un Dictionnaire d'Histoire naturelle.
Le n" 2 de la rue de la Verrerie a appartenu à la famille de Salignac-Fénélon. La fabrique de l'église Saint-Jean était propriétaire des n"' 4, 6 et 8, ainsi que de cinq maisons les suivant de près, mais en retour sur la petite rue de Moussi.
Rue de la Jussienne. (i)
La rue de la Jussienne commençait ou finissait par un hôtel de Givrac, du côté de nos chiffres pairs, au moment de la convocation des derniers États-Généraux. Le 16 appartenait à M. Dulac, et une école de filles y babille par le temps qui court ; ce n'en est pas moins un ancien hôtel Dubarry, à façade encore décorée de sculptures et de ferrures qui n'étaient pas d'une maison ordinaire. Perruchot, receveur-général des armées du roi, a"vait précédemment confié à ces murs, qui ne s'en étaient pas écroulés, la caisse de la spéculation fameuse sur les grains qu'on a flétrie du nom de Pacte de Famine, et lui-même était venu après Joseph Dupleix, gouverneur des établissements français dans les Indes. Ce vaillant défenseur de Pondichéry tenta de faire de la compagnie française des Indes, qui n'était que commerçante, une puissance territoriale : projet réalisé depuis, mais par la compagnie anglaise.
Au 8 demeura l'abbé de Latlaignant, chanoine de Reims, conseiller au parlement de Paris et poëte jovial ; mais cet homme d'esprit, dont jamais les couplets n'étaient mieux chantés que par luimême, se retira dans sa vieillesse chez les pères de la Doctrine-Chrétienne et y vécut jusqu'en l'année 1779. Il y avait alors le dépôt principal des pompes à incendie dans l'ancienne habitation de Lattaignant, ou dans la contiguë. La compagnie des gardes-pompiers, institution de M. de Sartines,
(1) Notice écrite en 1861.