‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 74 sur 111 · RUE COQUILLIÈRE · texte numérisé non relu

RUE COQUILLIÈRE

des créanciers, qui le firent vendre à Catherine de Bourbon, la sœur de Henri IV. Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, fut le dernier propriétaire ; ses c?'éanciers requirent, en 1748, la démolition du palais qui avait tant de ibis changé de mains sans déroger, M. de la Voypière, sous Louis XVr, possédait un hôtel bâti avec les pierres de l'hôtel de Soissons, sur un point du même sol, à l'angle de la rue du Four-Saint-Honoré (i).

En ce temps-là M. de la Granville avait presque en face, entre la rue du Jour et la rue Plàtrière, un autre hôtel, que M. Aguado acquit en dernier lieu ; François Mansart avait créé pour Charles de l'Aubespine, marquis de Chàteauneuf, cette résidence, passée à la famille de Laval en 1765. En interrogeant les personnes qui habitent les maisons édifiées à sa place, et dont l'alignement n'a été pris qu'en 1850, mais en vertu d'une ordonnance royale de 1847, notre éditeur a lait la connaissance de la portière du 14, qui, lorsqu'elle a vu jeter bas l'œuvre de l'architecte de Louis XIV, ne s'appelait encore ni fille ni femme Proudhon. Aucune alliance, aucun degré de parenté que nous sachions avec le sophiste, seul homme de talent révélé par la révolution de Février, ne justifie pareille conjonction ; mais les oreilles de la bonne femme lui tintent depuis que sa maison fut un club, et elle raconte incessamment que si le tumulte des frères et amis de Sobrier et de Proudhon l'a étourdie pour le restant de ses jours, du moins les citoyens clubislcs avaient pour elle plus d'égards et lui montraient moins d'exigences que les locataires d'à-présent, qui sont portés h se croire tout permis depuis qu'on augmente leui's loyers. En foi de quoi tout le quartier lui a voté, à l'unanimité, le sobriquet de mère Proudhon.

Une plaisanterie d'un autre genre faisait traiter

(!) Rue VauTilIiers actuelle.

370 RUE COQUILLIÉRE.

de ci-devant hôtel de Casse-Noisette, sous le Directoire, une propriété dont s'arrondit encore l'angle de la l'ue du Bouloi, avec un balcon pour ceinture, également nouée sur la rue Coquillière, et où siégeait la iV" municipalité. Avec le temps on a pris au sérieux la désignation de Casse- Noisette, qui avait de quoi nous dérouter. D'anciennes écuries de la maison ont été transformées, il est vrai, en une pharmacie ; mais, au lieu de broyer les noisettes au moyen d'un petit étau, les droguistes les passent au pilon, et d'ailleurs cette pharmacie, fondée vers 1750 au n'' 22 de la même rue, n'est au 25 que depuis 1804. Des pièces inédites nous ont appris heureusement que cet liôtel, paraissant annexé k l'hôtel de la Douane sur le plan deTurgot, ainsi que les n°' 21 et 23 actuels, appartenait du temps de Louis XVI au fermier-général Gigot de Crisenoi, et nous avons deviné une corruption progressive de Crisenoi dans Brise-Noix, Casse-Noix, Casse-Noisette. Ce financier était-il parent du marquis de Chauvelin, ambassadeur à Gênes, et de de son frère, chanoine de Notre- Dame, siégeant au parlement ? Louis Chauvelin de Crisenoi, dès le milieu du xvu'" siècle, était receveurgénéral des domaines et bois de la généralité de Paris.

■Le Domaine de l'État n'en a pas moins pris possession de l'hôtel Crisenoi h l'époque révolutionnaire. Puis la maison a été cédée aux héritiers de Jacques Vaussy, en échange du Jeu de Paume où avait commencé par un serment l'ère nouvelle et regardé pour cela même comme un monument national, en exécution de la loi du 23 messidor au vn, conformément à un arrêté consulaire du 19 prairial an ix et par décision du ministre des Finances du 12 messidor même année. Les héritiers Vaussy étaient les mineurs Langlois, M""' Molènes, née Alison, M"^ Vaussy et Angélique-Nicole Langlois, épouse de Jacques-Joseph Talma. Permis de croire,

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