‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 91 sur 111 · RUE MARIE-STUARD · texte numérisé non relu

RUE MARIE-STUARD

Sous le règne suivant, une maison plus voisine de la rue des Deux-Portes que de la rue Montorgueil fut habitée par Carlin Bertinazzi. Cet arlequin célèbre de la Comédie-Italienne improvisait mieux qu'il ne récitait. Sa probité n'était pas moins connue dans le quartier que sa gaîté. Sa femme avait pourtant, sans sa permission, des amants, et pouvait-il en rire? Quand on jouait des tours à l'arlequin, alors qu'il n'était plus en scène, il s'en consolait par ces mois: — Décidément je crois qu'il n'y a que moi de ])arlaitement honnête homme.

M"^« de Hesse et M"'' Trial, du même théâtre, ont demeuré aussi rue Tire-Boudin. La première était fille de Thomassin, l'ancien arlequin des Italiens ; elle avait débité, enfant, des petits rôles, avant d'être reçue en i7ii7 amoureuse et soubrette. M"'' Trial eut pour mari l'acteur qui a laissé son nom à son emploi dans l'opéra-comique.

Rue 8aint-Jose|>]i. (i)

Prudhomme, auteur du Miroir de Paris, fait mourir M"'' de Montespao dans la rue Saint-Joseph ; mais cette maîtresse de Louis XIV a passé les dernières années de sa vie tantôt au couvent de Saint-Joseph, situé rue Saint-Dominique, chez les tilles de la Providence, dont elle était la bienfaitrice ; tantôt à Bourbon-l'Archambault, où elle a rendu le dernier soupir.

Lorsque M'"= de Montespan avait encore ses appartements à Versailles, Martin Le Pas, architecte des bâtiments-du-roi, occupait déjà un hôtel dont le n" 11, rue Saint-Joseph, a pris la place dans notre siècle. La veuve de Leroquier, couvreur, était propriétaire n°' 7 et 9, et Guignes, valet-dechambre du roi, n^l. MM. de Maraude avaient sur l'autre ligne la troisième maison et la quatrième à partir de la rue du Gros-Chenet, présentement du Sentier.

Des scènes dramatiques d'un roman d'Alexandre Dumas, le Chevalier d'H arment al, se passent au n» 5 ; mais on n'y rencontrait réellement que Vincent père et fds, banquiers, dans la seconde moitié du dernier siècle. Au même temps, un payeur de rentes, nommé Maupetit, occupait le n" 4, postérieurement hôtel d'Hautpoul, qui appartient encore à M'"'' la comtesse de Palarain, fille de la marquise d'Hautpoul.

Le Conservatoire de musique, dont les traditions furent sauvegardées pendant la Terreur par le corps de musique des ci-devant gardes-françaises, se réfugia, h cette époque, rue Saint-Joseph; mais

(1) Notice écrite en 1862.

il y resta peu de temps. N'était-ce pas dans la chapelle qui avait valu le nom de rue Saint-Joseph à l'ancienne rue du Temps-Perdu ? Ladite chapelle, en tout cas. avait été convertie eu chef-lieu de la section de Brutus, précédemment section de Molière et Lafontaine, dite plus tôt encore de la Fontaine-Montmorency et tout d'ahord district de Saint-Joseph. Molière et Lafontaine avaie^it reçu la sépulture dans le cimetière contigu ; leurs corps furent relevés ofliciellement, et l'aliénation permit de métamorphoser, trois ans plus tard, en un marché le cimetière et la chapelle. Le n" 28 servait de presbytère à celle-ci, que sa transformation ne rend méconnaissable qu'à l'extérieur. Le marché est moins bien construit sur l'emplacement du cimetière, c'est-à-dire du côté de la rue du Croissant. Aux frais du chancelier Séguier avait été bâtie, en 1640, la petite église, donnée avec le cimetière aux marguilliers de Saint-Eustache, en échange d'un autre cimetière, situé rue du Bouloi et que s'annexait l'hôtel Séguier.

Rue 8aint-IIare. (i)

Le mauvais Lieu. — La Gazette erotique. — Les Hôtels. — Les Cabinets cC Amateurs. — Le Pavillon du Duc de Montmorency. — Ernest Legouvé.

L'explorateur qui prend des notes en ville pour servir h. la rédaction de nos notices croit que la maison angulaire qui relie la rue Feydeau à la rue Saint-Marc a toujours eu la destination qui l'oblige à tenir nuit et jour ou ses jalousies abaissées ou ses Persiennes fermées. Il paraît qu'on y retrouve jusqu'à de fausses portes d'une construction séculaire, et les précautions qu'elles servaient probablement à prendre n'étaient pas inutiles. L'appareilleuse Brissault, établie rue Feydeau, recevait jusqu'à des femmes mariées, réduites aux expédients par un moment de gêne el qui craignaient de rencontrer leurs maris en veine d'iniidélité. Brissault, tailleur d'babits, s'était mis à la tête de la maison, avec sa femme, déjà connue comme fille du monde, et il en était résulté pour la Gourdan une sérieuse concurrence. L'engagement volontaire et le remplacement sutïîsent au recrutement incessant de l'armée féminine dont le service ne consiste qu'à i-emplacer l'amour et le mariage. Le poste que voici tient sous les armes, depuis plus de cent ans, le même nombre de jeunes soldais, d'autant plus braves qu'ils ne s'enrôlent pas sans avoir déjà, vu le feu. Le chevrons n'y sont de mise que pour le capitaine, et les meilleurs soldats s'y

(1) Notice écrite en 1858.

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