‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 93 sur 111 · RUE BLONDEL, ETC · texte numérisé non relu

RUE BLONDEL, ETC

Plus près encore de la rue Saint-Denis, du même côté, M"""" Torcherle débitait ce qu'annonçait l'enseigne des Trois-Bouteilles. De l'autre côté, près de l'étude du notaire Gaillard, il y avait dès-lors une traverse, boulevard Sébastopol en herbe.

Peu de temps après, Claude Étignard de Lafaulolte, dont les descendants ne portent plus que le surnom, était propriétaire sur cette file, entre Grimaud et Havard.

M'"e Rivarol, au contraire, ne portait même pas en son domicile de la rue Neuve-Saint-Denis le titre de comtesse que lui avait donné avec ostentation son défunt mari, le caustique écrivain. Elle était d'origine anglaise et faisait des traductions. Sa modestie, du reste, pouvait résulter de ce qu'on avait contesté la noblesse du comte de Rivarol, de son IVère, le chevalier, et même du comte de Barruel-Beauvert, courageux publiciste, qui avait épousé leur sœur. On avait été jusqu'à abuser de ce que Rivarol père avait tenu un cabaret à Bagnols pour dire un jour au fils :

Calmez un peu votre colère,

Imitez monsieur votre père,

Qui mettait de l'eau dans son vin.

Rue des Gravilliers. (i)

Avec la cendre gravelée, on ne colore ni les peaux, ni les étoffes, mais on les prépare à recevoir la teinture. C'est de la lie de vin séchée, puis calcinée. On en faisait usage près Saint-Martindes-Champs avant même que Paris ne s'étendît jusque-là. Une rue aux Graveliers, que l'on y connaissait déjà en l'an 1250, se trouvait encore habitée sous le règne de Louis X par des tanneurs et des pelletiers, en même temps que par des maçons, des charpentiers, des cliauciers, des couteliers et des orfèvres, sans compter le taunier Adam de Brou, sergent à cheval. Les historiens se bornent à rappeler qu'en cetîe rue, sous le règne précédent, un boucher s'appelait Gravelier ; mais il ne faut pas oublier qu'à cette époque d'éclosion pour tant de noms patronymiques, l'œuf en était quelquefois le hameau, le quartier ou la rue que le ci-devant anonyme habitait, sous ce que nous appelons un prénom, qui n'avait. rien d'héréditaire.

On se contente aussi de qualitier propriétaire ce Jean Robert dont le nom passa vers 1710 à une portion de la rue des Gravilliers, entre les rues Beaubourg et Saint-Martin. Ne convient-il pas d'ajouter que ce parrain, farceur de son état en même temps que marchand de cirage, débitait par les rues encore plus de facéties et de calemiDOurs que de noir ? Assez d'autres ne broient que du noir; mais ceux-là ne font pas fortune. En la rue Jean-Robert, alors qu'elle emprunta cette

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dénomination si populaire, 30 maisons et 7 lanternes faisaient suite directement aux 61 maisons et 13 lanternes de l'autre rue, plus fidèle à son nom du xni'' siècle. Ces bâtiments, comme on peut s'en rendre compte, n'ont fait depuis lors que croître; ces réverbères n'ont fait qu'embellir.

Au n'^ 69 d'à-présent, le grand hôtel d'Estrées garde sur la cour une madone dans sa niche ; il fut bâti pour un grand-maître de l'artillerie de France, père ou grand-père de la belle Gabrielle. On retrouve au 70 le petit hôtel du même nom. L'un et l'autre nous reportent au bon temps des mansardes ; elles ne couronnaient alors que peu d'étages, et il ne tient qu'à nous d'en revoir deux à cheval l'une $ur l'autre, au n° 37, et qui semblent si entichées de leur célibat respectif qu'on les ferait tomber en poussière plutôt que de les accoupler.

Le passage de Rome, qui répond de ce côté au n" iî4, nous rappelle qu'une rue des Cordiers, puis du Puits-de-Rome, relia la rue du Temple à la rue au Maire, où elle se réduisit ensuite h l'état de cul-de-sac. Le plan de 1652 marque tout simplement la place dudit cul-de-sac, maintenant passage, avec un seul mot, le mot : Rome.

Raletti, acteur de la Comédie-Italienne, demeurait en 1761 vers le n" 30 actuel. Lebel, premier violon au même théâtre, musicien ordinaire du roi, habitait la même rue vingt ans après. Le chimiste Cadet de Vaux y avait, à la même époque, sa pharmacie, qu'il vendit, afin d'appliquer plus liJDrement, par ses expériences et ses écrits, la chimie aux besoins ruraux et domestiques. Cette officine portait le n» 16. Mais alors le n" 1 faisait le coin de la rue Transnonain, ajoîitée de nos jours à celle Reaubourg, et le ii'' 2 suivait, sans changer de côté ; Arbinet, serrurier notable, occupait

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