RUE LACÉPÈDE
La rue Lacépède, née Copeau, n'a contracté qu'en 1853 une sorte de mariage de convenance avec la mémoire du savant naturaliste, mort à Epinay sous la Restauration. Ce rapprochement, moins intime qu'idéal, avait-il de quoi réjouir le quartier du Jardin des Plantes? Les voisins se fussent mieux trouvés, tant à Bercy qu'à l'Entrepôt, de moindres noces tant soit peu célébrées et mettant une futaille en perce à la santé des deux époux. Cette union, hélas! avait tout l'air d'une réparation posthume, la pire des réparations 1 Heureusement pour la rue, elle n'était compromise que par Vautrin, personnage de roman, que Balzac y faisait dîner à table hôte, effrayant les convives réels ou les chassant de dix pensions bourgeoises à bon marché • et en bon air. Le comte de Lacépède laissait un nom répugnant à toute mésalliance ; la rue portait celui d'un fief.
Les terres et le moulin de ce petit fief, sous le règne de Philippe-Auguste, étaient baignés par la Bièvre et] mitoyens avec les terres d'Àlez, les clos du Chardonnet et Mouffetard, les bourgs Saint-Marcel et Saint- Victor. Guy de la Brosse, le botaniste célèbre, eut le moulin, avec maison et grand jardin ; son gendre, noble hommeHenriFagon,se laissa tout saisir en 1643. Le morcellement qui s'ensuivit n'était, certes, pas le premier. D'après une sentence du Châtelet, le fief Copeau proprement dit ne mesure plus, en 1694, que 2 arpens et 19 perches 1/4, comportant la maison entre cour et jardin, du sieur Loyauté. Néanmoins, pendant le plus grand nombre des années du siècle suivant, le séminaire Saint-Sulpice dispose non-seulement du moulin, mais encore de bâtiments, jardin et marais y attenants. Dans la même rue que ces deux propriétés, dite alors du Jardin-du- Roi, mais ci-devant Grande-Rue-Copeau, se dressera postérieurement le belvédère du Jardin des Plantes, sur l'ancienne butte Copeau. Notre rue, tout d'abord de la Chaussée-Copeau, porte le nom tout court du fief, mais après bien des tâtonnements qui ont fait écrire : Cupels, Coupeaulx, Coypeaux, avant Copeau.
Fondation en 1612 de l'hôpital Notre-Dame-de-Pitié, pour y garder de vieux mendiants, bientôt appelés : les Enfermés. On y reçoit ensuite les enfants pauvres, de 4 à 12 ans, qui sont mis en apprentissage dès qu'ils ont fait leur première communion, et en ce temps la Pitié est le chef-lieu de THôpital-général, dont les autres maisons sont la Salpétrière, Bicêtre, puis le Saint-Esprit.
Imbert Porlier , recteur de i'Hôpital-Général , acquiert, le
SOUS NAPOLEON III. à
15 octobre 1673, l'hôtel Mautauban, en face de la Pitié, pour y placer des chanoinesses déjà établies au coin de la rue des Jeûneurs et de la rue Saint-Fiacre. Ces augustines de la congrégation de Notre-Dame, une fois installées, s'agrandissent, et leur porte principale est rue Neuve-Saint-Étienne; mais à la même époque elles ont une autre issue ruelle Mautauban, visà-vis l'hôpital.
Aussi bien l'ancienne rue Copeau ne se refuse pas à nous dire quels étaient les propriétaires de ses maisons il y a aujourd'hui deux siècles.
Notrc-Dame-de-Ja~ Pitié : hospice, église, bureau de l'Hdpital-Général.
La Tête-Noire, enseigne d'une maison achetée du sieur Joly en 16Î7, pour être incorporée audit hospice , et appartenant à Jean Rosargi sous Honri III.
Catherine Pizan, propriétaire, au coin de la rue du Battoir, d'une maison que la Pitié englobera en 1741.
Au Trcillis-de-Fer, enseigne d'une maison à THôpital-Géncral.
Jean Laisné, puis cet Hôpital.
Les enfants de Henri du Petit, au Jeu-de- Pau m e-de-l'Éléphant ; puis Pourfour du Petit, médecin des armées , membre de l'Académie des sciences.
Pierre Lemaitre, au Nom-de-Jésus.
Les enfants de Henri du Petit, à l'Étrier.
Gorillon, avocat, acquéreur de Louis le Voyer, vicomte dePaulmy, en 1609.
Poiret, à Notre-Dame, coin Clef.
id. autre coin.
A Saint-Jean, les héritiers Noël : maison
Lesieur de la Maizan, i l'image de Saint- Nicolas.
Les héritiers Nennet, à l'enseigne de la Se-
raine.
Id. id.
A l'Ecu-de-France, Marassé, écuyer, sieur
de la Roquette, propriétaire du chef de sa
femme, veuve de Jean Bourguignard en
premières noces.
Luc Saugon, au Petit-Saint-Jean.
L'Hôtel-Dien.
Coquet, au Fer-à-Cheval.
Maurice, à la Corno-de-Cerf.
Id. au Cerf. Baudelot, à l'image Saint-Nicolas.
A l'image Notre-Dame, les carmes de la
place Alaubert.
Réné Choquet, avec entrée principale rue
Neuve-Saint-Étienne.
Mauriceau.
Pierre du Tillet.
Martin Boquet, au Nom-de-Jésus dans le Bocquet.
vendue en 1616 par Jean Doyneau i Jacquet Lhospital et Marguerite Pottier, sa
A Sainte-Geneviève et Saint-Marcel, M ail I oui, veuve de Daniel Doniot.
Au Jcu-de-Paume-de-G«nlilly, Hilaire Robe au.
A l'Étoile-d'Or, vente Hélye de la Touche.
Henri Pichon, à l'Annonciation : Benjamin de Boislatran, abbé de Sainte-Geneviève, avait vendu en 1C13 à Denis de Ligny.
Darbou, sieur du Buisson, au Haurae, coin
A Saint-Jacques et Saint-Philippe, autre coin, François Lebégue.
Au Renard-qui-Péche , ci-devant jeu de paume du Renard, veuve Guillaume Gousse; puis Mathurin Mahault; puis, en 17UO, Pierre Varin, architecte, dont la famille a donné plusieurs graveurs distingués.
Jean Monsire, au Jeu-de-Paume-do-Calais,
puis Jean Minard.
Pierre Leroy, même enseigne, puis Jean
Minard.
Gabriel Dumas, notaire, à la Levrette, à La
Rochelle, au Boi-François.
Bondevillc, au jPctit-Saint-Jean.
Veuve Sautereau .
Simon Jamet, au Nom-de-Jésus; puis Pierre
Varin, sculpteur, en 1731.
Jubin et Gugueville, coin Mouffetard.
Pierre de Cussy, à l'imago Saint-Pierre.
Simon Favre ou Favé, au Pressofc-d'Or.
Les héritiers Courtier.
De ce côté, au xtiii» siècle, demeurèrent plusieurs Chompré, voisins de la congrégation des chanoinesses de Notre-Dame.
De celte famille étaient sans doute Chompré, auteur du Dictionnaire delà Fablê et instituteur, mort en 1700. Le frère de cet auteur d'ouvrages classiques composa des fablee; son Cls, consul de France à Malaga, puis conseiller des prises, publia d'utiles ouvrages de mathématiques et sur les poids et mesures.