PLACE DE LA SOEBONNE
rlieotcaux, traltear. — Les Collège» du Trésorier, de Clunl et de Calvl. — Châtier* — Le peintre David. — Richelieu. — Catlnat. — La Faculté de Théologie et les École* de «iorbonnc- Comment se prenait le Bonnet. — le dernier Couvro-fea sonné à la Sornonne pour l'Université de Paris. — Les Artistes renvoyé» do Louvre poliment.
J'ai vu chez Flicoteaux ce piteux personnage,
dit quelque part ce poëte de la jeunesse qui signait Alfred de Musset. Les âges futurs verraient dans Flicoteaux un regrattier de l'espèce la plus modeste, si nous ne les mettions en garde contre cette exagération. Il tenait au pays latin le restaurant des parties fines, alors que MM. Deraante et Duranton nous attendaient, à l'École de droit, dans leur amphithéâtre qui n'était plein qu'au commencement et à la fin de Tannée scolaire. Le restaurant n'avait-il pas l'audace de regarder la Sorbonne bien en face ? Il occupait un des anciens bâtiments du collège du Trésorier, à l'angle de la rue des Maçons et de la rue Neuve-Richelieu, qui s'était dite aussi du Trésorier. Guillaume de Saône, trésorier de l'église de Rouen, avait fondé le collège, en 1268, pour 12 théologiens et 12 artiens formant une petite république : le plus ancien boursier théologien la présidait, mais ne décidait rien que d'accord avec ses confrères. L'archevêque de Rouen était supérieur en titre ; les archidiacres du grand et du petit Caux, coilateurs. Néanmoins, les marquis de Belbeuf nommaient depuis longtemps à deux
bourses, lorsque ce petit collège subit le même sort que les pédagogieé de la rue des Maçons.
La rue Neuye-Richelieu et la place qui, dernièrement, l a englobée reçurent, en 1793, le nom de Châlier, ce jacobin lyonnais ami de Robespierre, guillotiné le 17 juillet de la même année.
Le collège de Cluni, ouvert en 1269, un siècle avant que l'hôtel des abbés de Cluni s'élevât rue des Mathurins, n'a été fermé qu'en 1790. L'ancienne chapelle de ce collège a servi d'atelier au peintre David, et il en est sorti de grandes pages, telles que le Sacre de Napoléon et la Distribution des Aigles. Mais ce n'est pas en 1 8 33 que la démolition en a eu lieu, comme le dit M. Girault de Saint-Fargeau ; c'est sous le règne de Napoléon III. Il reste encore dans la rue de Cluni d'anciennes dépendances des écoles de Cluni. Le collège des Dix-Huit, situé devant ces écoles, et leur aîné d'un siècle, avait été jeté bas, ainsi que le collège de Calvi, lors de la reconstruction de la Sorbonne et de la formation de la place.
On sait que les bâtiments de la Sorbonne tombant de vétusté, le cardinal de Richelieu les releva avec magnificence. Cet ancien élève du collège de Navarre se montrait royalement reconnaissant d'avoir été reçu bachelier, puis nommé prieur en Sorbonne. Là aussi il fut inhumé, au centre de la chapelle, sous un dôme illustré par Philippe de Champagne, et puis on plaça sur sa tombe le mausolée en marbre, chef-d'œuvre de Girardon.
C'est pendant la reconstruction de l'édifice que la rue de la Sorbonne, dite jadis des Deux-Portes, puis aux Hoirs-de-Sor-
30 LES ANCIENNES MAISONS DE IHHIS
bonne, avait vu naître Catinat. Ce fils d'un conseiller au parlement, dont la famille était nombreuse, se destina tout d'abord au barreau ; mais, bientôt dégoûté des arguties de l'avocat, il entra dans la cavalerie et devint un grand capitaine : des victoires payaient son bâton de maréchal. Sa rue natale s'appela Catinat pendant la République, et maintenant que des constructions neuves la bordent entièrement, à l'exception du monument public, siège de l'académie de Paris et siège de trois facultés, le berceau de Catinat n'y laisse pas plus de traces que l'hôtel de Tréville, contemporain de sa vieillesse.
Jean-François Lefèvre y demeurait, du côté opposé à l'édifice principal : il était docteur en Sorbonne et fils d'un maître des comptes, seigneur d'Eaubonne. À une date postérieure, l'année 1703, Jean Vivant habitait la rue des Maçons, et alors il remplissait les fonctions de syndic de la faculté de théologie. Il est vrai que de la Sorbonne dépendait un pâté de maisons, bâties par ordre de Richelieu, qu'on retrouve encore dans la rue des Maçons, et dont il reste sur la place l'immeuble portant le chiffre 4. La légende accolée sur les plans de Paris à ladite agglomération est : Collège Richelieu, en 1652, puis Collège de Sorbonne, puis Écoles de Sorbonne. Ces écoles extérieures ouvraient aussi rue de la Sorbonne. Six professeurs, titulaires de six chaires, d'heure en heure s'y succédaient : trois le matin, trois dans l'après-midi ; et quelle grande, quelle belle classe que la leurl On y prononçait tous les ans le panégyrique de Louis XIV, dont l'édilité parisienne avait fait l'objet d'une fondation spéciale en 1684, et on y soutenait des thèses en présence d'un auditoire aussi distingué que nombreux. Puis
un legs de l'abbé Legendre, chanoine de l'église de Paris, ayant institué le concours général, on y distribua des prix aux élèves de tous les collèges de l'université de Paris, le 7 août de chaque année, depuis 1746 jusqu'à la Révolution. En 1751, une chaire pour l'interprétation du texte hébreu de l'Écriture-Sainte fut fondée par le duc d'Orléans, qui mourut peu de temps après à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Les chaires se trouvèrent donc au nombre de neuf. La première, dite chaire du lecteur, avait été fondée par Ulrich Géring, imprimeur allemand, en 1532; ladeuxièmeetlatroisième par Henri IV, avec la théologie contemplative et la théologie positive pour objets; la quatrième, intéressantl Ecriture-Sainte, parPellegay, conseiller au parlement, en 1606; la cinquième, regardant les cas de conscience, par Rouan, principal du collège du Trésorier, en 1612; la sixième enfin, par Louis XIII, pour les controverses. Les inscriptions se prenaient le 22 octobre, premier jour de Tannée scolaire, et puis à Pâques, pendant trois ans, et les étudiants n'obtenaient de grades en théologie qu'après avoir passé, pendant ce trimniwm,, trois examens et obtenu de leurs maîtres autant de certificats d'assiduité et d'aptitude. On était maître ès-arts avant de passer bachelier, puis licencié en théologie ; puis on recevait le bonnet de docteur des mains du chancelier ou du souschancelier de Notre-Dame. Ce bonnet coûtait 900 livres; mais les docteurs n'appartenant ni à la maison de Sorbonne, ni à celle de Navarre, qualifiés ubiquistes, ne le payaient que 600. La faculté de théologie, marchait la première des quatre facultés qui, à présent, sont au nombre de cinq; elle se composait de docteurs séculiers, réguliers et ubiquistes. Le plus ancien des
docteurs séculiers résidants à Paris était le doyen de la faculté et siégeait au tribunal du recteur de l'université de Paris. Le syndic examinait les thèses, veillait à l'observation de la discipline et faisait des réquisitions.
Que si l'enseignement de la théologie en Sorbonne remontait au règne de saint Louis, ce fut aussi le berceau de l'imprimerie en France. Les docteurs De la Pierre et Fichet y attirèrent Krauts et Friburger, imprimeurs de Mayence, qui travaillèrent dans le collège même, avant que Géring transportât leur établissement dans une maison voisine, rue de la Sorbonne, en 1483.
Chevallier, prêtre de l'église Saint-Honoré, fut le dernier syndic de la faculté avant la suppression révolutionnaire; Gayetde Sansale, le dernier syndic, en même temps bibliothécaire. Saint-Martin, professeur royal, et ses collègues Dièche, Dudemaine, Tinthoin, Seguin, Asseline, ce dernier titulaire de la chaire établie par le duc d'Orléans, entendirent également sonner l'heure suprême, le couvre-feu sans lendemain. Leurs logements et ceux des autres docteurs de la même faculté s'élevaient, en Sorbonne, au nombre de 36. Napoléon y plaça des artistes, ainsi que dans l'ancien collège de Cluni, pour ne plus en garder auLouvre, où ils avaient depuis longtemps des ateliers et des logements. Les ci-devant écoles extérieures de la Sorbonne et leur pourtour sont, depuis lors, habités par des particuliers.
Paris.— Typ. Dypray do la Mahérie, boulevard Bonne-Nouvelle, 36. (Impasse des Filles-Dieu. 5).— 1600.
Des mes Lacépède, Neuve-Saint-Etienne, Neuve- Sainte-Geneviève, des Tour-
nelles, de la Roquette et Saint- Bernard.
Notices historiques, entièrement inédites, se rattachant à l'ouvrage intitulé:
PAR M. Z.SFEUVE
Monographies publiées par livraisons séparées, arec une table de concordance et une
table alphabétique par série.