‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 15 sur 66 · RUE NEUVE-SAINTE-GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

RUE NEUVE-SAINTE-GENEVIÈVE

Le Tripot des fi, #00 diables. —Le Jeu de paume de la Grande- Roche.— La liaison de santé. — Les os mes du Saint-Sacrement*

— La Communauté de Sainte- turc. — Les Abbés ttrlscl et Vcrron.

— Le Confesseur a la Bastille. — La Comédie au couvent. — me nubarry. — Les Ci a r des françaises. — Avertissement ans

contribuables de l'abbaye Salnte-Ctencvlèvc en 1*8©.

Cette rue , aujourd'hui si calme, faisait du bruit en 1534 , au Tripot des 11,000 Diables. Les jeux de paume, quand on

ne se gênait pas pour les traiter de braques et de tripots, dégénéraient souvent en maisons de jeu et pis encore ; on en fit plus tard des théâtres, et puis des clubs pour en finir. Le Grand-Braque-Latin, qui était rue des Postes, n'aurait-il pas fait qu'un avec les Diables ? Toujours il y a qu'un jeu de paume, à l'enseigne de Sainte-Barbe et de la Mort-qui-Trompe, portait ensuite celle de la Grande-Roche en 1663, et qu'il appartenait alors à Réné d'Ivri , puis en 1734 à Le Ménestrel, chevalier, seigneur de Saint-Germain , rue Neuve-Sainte- Geneviève, à droite, avant la rue du Puits-qui-Parle.

D'autres propriétaires étaient: — pour le 22 actuel, Lagau, écuyer, commandeur de l'ordre de Saint-Lazare, à l'image de Saint-Claude, en 1755 ; — pour le 24, Boylève de Chambellan, à la Rivière, 1760, et Pélisson, maître de pension, 1777.

Gerault, bourgeois de Paris , disposait d'une propriété du même côté , vers le bout. Même situation , sur l'autre ligne , pour la maison du Petit-Écu , que M mc * et M 11 " d'Àrnouville tenaient de Claude Boutin et transportèrent à la famille Moinery. Boucher, conseiller au parlement, occupa le 29, qui se trouvait, il y a quinze ans, une maison de santé pour aliénés. Est-ce là que , sous Louis-Philippe , la congrégation des Dames de la Miséricorde tenait son pensionnat de demoiselles? En tout cas, il s'en faut de peu. Calippe, jardinier , à la Maison-Rouge ; Baillet , marchand de vin ; Férrand, charcutier, à la Sphère, puis aux Cyprès, et les frères Stallin , l'un graveur , l'autre orfèvre , se suivaient dans cette rue, comme propriétaires , vers le 19 , consacré de nos jours à une œuvre évangélique protestante.

Il y avait eu en face une ruelle de la Sphère et un jeu de paume ; nous y retrouvons , près la rue du Puits, l'ancienne maison de la Rose-Blanche, qui fut d'abord à Pierre Lavisé, et à laquelle , après la mort de Louis XIV, une propriété adjacente fut ajoutée par la marquise de Vaugremont, qui eut pour successeurs: Etienne Le Ménestrel de Hauguel de Huteaux , maréchal de camp, en 1737 ; l'abbé Grisel , en 1753; la communauté de Sainte-Aure , en 1765. Depuis un demi-siècle environ , dans ladite propriété sont établies les religieuses du Saint-Sacrement , qui, avant la Révolution, se vouaient déjà avec succès, rue Saint-Louis, hôtel Turenne, à l'éducation des jeunes personnes. Ces dames n'ont donc aucun rapport traditionnel avec l'ancienne communauté de Sainte- Aure , qui occupait le même local et dont nous allons vous parler.

M. Gardeau , curé de Saint-Étienne-du-Mont , avait fondé, dans la rue des Poules, la communauté des filles de Sainte- Théodore, dont les recrues s'arrachaient à un libertinage précoce par l'enrôlement du repentir. A cet établissement religieux, M. de Harlay, l'archevêque, donna ensuite pour directeur l'abbé Nicolas Lefèvre. Du même ecclésiastique se contentèrent , comme sous-précepteur , trois petits-fils do Louis XIV; mais les filles de Sainle-Théodore, se montrant moins accommodantes que le futur roi d'Espagne et que les ducs de Bourgogne et de Berri, brûlèrent la politesse au nouveau directeur, qui resta seul dans la communauté. Quelques transfuges à grand'peine furent ramenées au bercail, qu on transférait rue Neuve-Sainte-Geneviève , sous l'invocation de

Sainte-Aure. Le curé de Saint-Etienne-du-Mont, M. Dautecour, avait favorisé ce rétablissement au moyen de donations ; il bénit, en Tannée 1700, une chapelle de Sainte-Aure, qui, peu d'années après , fut agrandie et refaite. Aussi bien la communauté reçut, en 1705, les constitutions du cardinal de Noailles, archevêque de Paris. Mais elle n'était encore qu'à titre de locataire entre les rues du Puits-qui-Parle et du Pot-de-Fer. L'institution de nouveau languissait, alors que le dauphin , père de Louis XVI , la releva, en y introduisant la règle de saint Augustin , sous la direction de l'abbé Grisel. Cette refonte spirituelle et la mise en clôture étaient contemporaines de réparations dans les bâtiments, qui s'étendaient jusqu'à la rue des Postes. Les filles de Sainte-Aure , qui, depuis leur réforme, se qualifiaient aussi adoratrices du Sacré-Cœur de Jésus, s'habillaient de blanc, avec scapulaire écarlate et manteau noir; elles portaient un cœur en médaillon sur la poitrine. Les pensionnaires payaient de 450 à 500 livres par an. M. Joseph Grisel était né en 1703 ; il mourut à Versailles, âgé de 84 ans. Son ami, le père Verron, le remplaça au couvent de Sainte-Aure ; les septembriseurs immolèrent cet ancien jésuite au ci-devant séminaire de Saint-Firmin, et l'immeuble conventuel fut vendu, comme bien national, le 15 thermidor an IV.

Chronologiquement, tout est dit; seulement l'histoire de Sainte-Aure ne mériterait-elle pas qu'on l'écrivît à part? Grisel, vicaire perpétuel de Saint-Germain-l'Auxerrois, dont le chapitre était réuni à celui de Notre-Dame, comptait parmi les supérieurs, parmi les confesseurs, en d'autres communautés;

mais son œuvre de prédilection s'accomplissait rue Neuve- Sainte-Geneviève, et lorsqu'il y fut attaqué, les meilleures lames du jansénisme ne demeurèrent pas au fourreau. Son libraire, disait-on, lui avait restitué presque intacte l'édition de son Année religieuse, en huit volumes, que l'auteur distribuait lui-même pour 24 sols, le prix de la brochure; quant à son Chemin de l'Amour divin, il l'avait fait en collaboration avec la duchesse d'Ayen. Une accusation plus grave avait fait mettre Grisel à la Bastille, comme complice de l'infidèle gestion du trésorier des postes; mais le prêtre qui, la veille encore, avait l'honneur de confesser l'archevêque de Paris, confessait le lendemain M. de Jumilhac, le gouverneur de la Bastille, et voilà tout ce qu'il y perdit. M. Muyart de Vouglans, membre du grand conseil, passait pour le meilleur criminaliste; il défendit Grisel et resta son ami, déposition permanente en faveur de l'innocence de son client. Canclaux, doyen du même conseil, ami intime de M. de Tourny, se fit enterrer à Sainte- Aure, en 1777. On y célébrait chaque année la fête de saint Joseph, patron du directeur, en jouant la comédie. Dans la Précieuse corrigée, comédie en prose mêlée d'ariettes, qu'on y représenta, figuraient comme personnages M me Sincère, M"" du Bouton, M™ Pincé, On remarqua dans le prologue ces vers en l'honneur de Grisel :

Au plus aimé de tous les pères Présentons nos vœux, notre encens.

Il voit nos cœurs, ils sont sincères :

11 sont à lui, ces cœurs sincères.

Lui seul dirige nos accents.

Non, jamais ses enfants Ne seront inconstants.

Et plus loin :

Si nos jeux ont su lui plaire, Quels plaisirs plus ravissants !

Parmi les pensionnaires qui entonnaient ainsi l'éloge de l'abbé Grisel, s'était trouvée , dans sa jeunesse, la future M me Dubarry, Jeanné Vaubernier.

De l'autre côté de la même rue, on appelait encore hôtel de Bon-Air et hôtel d'Harcourt une maison avec jardin et sortie sur la rue Moufîetard, que Paul Pelletier, sieur des Touches, avait acquise de la famille de Ransant, pour y laisser Charlotte de Brancas, épouse de Charles de Lorraine, prince d'Harcourt; puis Dupin, écuyer, gouverneur de Coulommiers; puisBellanger, entrepreneur de bâtiments, avec Prudence Cardot, son épouse, et puis Jean-Baptiste Bel langer. Nous croyons que ledit époux de Françoise Cardot, né en 1744, devint architecte du comte d'Artois et épousa en secondes noces, pendant la République, M lle Dervieux, dont nous nous sommes permis de raconter les premières amours dans la notice de la rue de la Victoire.

Une caserne de gardes françaises, avant la Révolution, remplissait lesn os 7, 9 et 11 de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, à Ventrée de laquelle se trouvait, sur la même ligne, le magasin-général d'habillement des soldats de la même arme.

Cette rue s'était ouverte originairement sur le closSainte-

LES ANCIENNES MALSONS DE PARIS

Geneviève. On y distribuait encore à domicile, en juin 1789, un avis émanant du bailliage de la seigneurie abbatiale de Geneviève, et conçu en ces termes :

» Vous êtes priés et avertis de venir payer au plûtard dans la huitaine ce que vous devez de Cens et Rentes à l'Abbaye de Sainte-Geneviève, à cause des Maisons et Héritages que vous possédez dans l'étendue de la Gensive de ladite Abbaye, comme aussi d'apporter vos dernières Quittances desdits Gens et Rentes; ensemble les titres et contrats en vertu desquels vous possédez lesdites Maisons et Héritages, et ceux de vos vendeurs et auteurs, afin de passer vos déclarations, si fait n'a été, sur le nouveau Papier Terrier de ladite Abbaye ; sinon, et à faute de ce faire dans ledit tems, l'on sera obligé de vous y contraindre par les voies de droit, ce qu'on vous prie d'éviter, en satisfaisant au présent Avertissement. — Le Bureau de la Recette sera ouvert tous les jours depuis neuf heures du matin jusqu'à midi, et depuis trois heures de relevée jusqu'à six, excepté les Dimanches et Fêtes et le Samedi l'après-midi. — Les locataires sont priés d'envoyer incessamment et sans délai le présent Avertissement à leurs Propriétaires, pour leur éviter des frais. — Vous rapporterez, s'il vous plaît, le présent Avwtissement. »

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