‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 19 sur 66 · RUE GUÉRIN-BOISSEAU · texte numérisé non relu

RUE GUÉRIN-BOISSEAU

On ne la connaissait encore, de 1250 à 1350, que sous le nom de Guérin-Boucel, qui venait d'un particulier.

En la dernière année du règne de Louis XÏV elle comptait 9 lanternes et 5 maisons. Trois de celles-ci appartenaient au sieur Rousselet , avec un jeu de paume par derrière, et elles se trouvaient au milieu de la rue, du côté droit, contiguës à une assez grande maison, où demeurait M me Sémillard. Mais cette étroite voie publique prenait alors sa source devant le prieuré de Saint-Martin-des-Champs. La première maison de la rive gauche portait l'enseigne du Mouton ; M. de Creil en était propriétaire.

Les grandes innovations du règne actuel ne coûtent pas à ladite rue moins de 50 maisons plus que séculaires , dont presque toutes les boutiques étalaient depuis longtemps des

bottes remontées et des souliers ressemelés. Il en reste si peu au rez-de-chaussée des autres maisons, qu'on accuse les Anglais d'avoir accaparé, depuis le dernier traité de commerce, la matière première de l'industrie locale, c'est-à-dire acheté sur pied toute la récolte de chaussures avariées. Dernièrement un vieux connaisseur qui, pour la première fois de sa vie, quittait la place sans y avoir trouvé de chaussure à son pied , ramassait par dépit un petit morceau de craie pour écrire vis-à-vis, sur une porte neuve: « Ci-gît la rue Guérin-Boisseau. »

Et remarquez que la mauvaise humeur de cette ancienne pratique comblait une lacune. Il n'y a pas encore d'autre inscription que la sienne à l'angle de la rue de Palestro, au moment où nous écrivons.

RUE GRENÉTA

L'auberge du Cliariot-d'or, démolie de nos jours, s'est tout de suite relevée, rue Grenéta, à la môme place. Pourtant les époux Langelée, qui tenaient l'auberge au xvn° siècle, y rentreraient assez difficilement sans se tromper de porte et de rue, peut-être môme de quartier. La cour de leur maison servait de passage public, de la rue Grenéta, qu'on appelait aussi Darnetal, à celle du Grand-Hurleur. C'est au CharioUd or qu'où prenait place dans le carrosse faisant le service d'Anvers et dans celui qui se dirigeait périodiquement sur la route de la Lorraine, de l'Allemagne par correspondance. Car on . n'en était pas encore aux diligences.

Deut almanachs, que nous avons sous la main, renvoient aussi à la rue Darnetal, ou Grenéta, pour les avis et renseignements que voici :

1691 -.—Carrosses pour Lille et route, à renseigne du Mouton.— ItL pour Gompiègne et Péronne, à la Croix-de-Lorraine. — Le sieur Bessière, chirurgien, fameux pour les plaies et grandes opérations, près la Trinité. — Les sieurs Oaudet, Le Clerc et Du Val font commerce de ces sortes de rubans étroits qui sont appelés des nompareilles. — Il y a un magasin de jarretières de soie, au Signe-de-la- Croix.

1787: — Muller, fumiste, à la Cheminée-impériale. — Cottin, fumiste du prince de Condé, au Petit-Suisse.

La fontaine dite de la Reine, à l'encoignure de la rue Saint- Denis, datait de 1733, comme construction, mais remontait pour le moins au xin° siècle, comme fontaine voisine d'une Croix-la-Reine : l'eau y venait d'abord des prés Saint-Gervais, puis de la Seine, par la pompe Notre-Dame. À l'autre bout de la rue Grenéta, il se tenait un petit marché. Du même côté que la fontaine, 16 maisons dépendaient de l'enclos de la Trinité, dont la porte, quelque peu monumentale, faisait vis-à-vis à la rue Boufg-l'Àbbé. La cour des Bleus est encore par derrière quelques-unes de ces maisons; elle nous rappelle qu'on habillait uniformément de gros bleu les enfants de neuf ans et plus qui, depuis François 1", se succédaient, apprenant un état, à l'ancien hôpital de la Trinité. Le travail manuel, dans tout l'enclos, était affranchi des entraves de la maîtrise.

Les Maîtres Gouverneurs et Confrères de la Passion et Résurrection de Noire-Seigneur avaient transformé en théâtre a grande salle de l'hôpital, et ne lavaient quittée que depuis

LES ANCIENNES MAISONS DK PARIS

peu d'années, pour passera l'hôtel de Flandre, rue Coquillière, quand leur premier local fut affecté au logement desdits enfants bleus. On y avait représenté pendant un siècle des Mystères, auxquels il avait fallu joindre Moralités, Farces et Sotties, pour faire naître le goût du théâtre dans une ville où, depuis, c'est un besoin. Les prémontrés disaient alors la messe dans la chapelle de la Trinité.

L'hôpital de la Trinité avait été fondé, en 1212, soit par Wilhem Escuacol et Jean de Talée, frères de mère, tous deux chevaliers et seigneurs desGalendes, soit par Anceau et Robert de Garlande, alliés aux Montmorency, en faveur des pauvres pèlerins qui, pour coucher en ville, se présentaient trop tard aux portes, fermées au coucher du soleil. Mais les religieux d'Hermières, chargés de desservir cet hôpital, avaient déjà cessé d'y exercer 1 hospitalité avant que les confrères de la Passion ne devinssent leurs locataires.

La rue Darnctal n'a été dite aussi de la Trinité qu'au moment de l'ouverture du caravansérail hospitalier. Le mot Darnetal, usité principalement en Normandie, signifiait : vallon. L'établissement postérieur d'un grenier, ou bien le commerce des graines, telle est l'origine plus que probable de la dernière dénomination. Parmi les habitants de la rue Darnestal, Louis le Hutin étant roi, G utile Damet, Aide au four, figurait comme taillable. De plus, en l'an 1411, la grange des confrères de la Passion était notoirement située devant la croix Saint-Laurent, laquelle surgissait en la même rue, ou à l'un des deux bouts.

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