‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 20 sur 66 · RUE AUX OURS · texte numérisé non relu

RUE AUX OURS

Les oies, à Rome, ont sauvé le Capitole; à Paris, leurs états de service jettent moins d'éclat, beaucoup moins. N ont-ils pas inspiré en masse les historiographes parisiens , pour que ceux-ci nient tous le droit direct et légitime des ours à la dédicace d'une rue qui s'honore de leur patronage? La recherche de la paternité donne ainsi lieu à des subtilités qui, en droit, la font interdire. Que les oies aient été des oues, dans le langage du moyen âge, quelle corruption innocenlel Seulement nos pères, s'ils avaient, confondu avec des quadrupèdes carnassiers d'utiles oiseaux de basse-cour, dont ils trouvaient la chair si savoureuse, faute de dindons et de poulardes, nos pères auraient eu l'estomac plus cruellement ingrat que les uns et plus de simplicité que les autres. En vérité, les aïeux ont bon dosl C'est sur eux-mêmes qu'on ose tirer à l'oie, afin de dire : « Prenez mon ours. » A notre tour, essayons d'expliquer, sans recourir au moyen extrême du quiproquo, comment la rue aux Oies passa aux Ours.

Des rôtisseurs, des oiers (aucarii) , peuplent originairement cette rue où Vencuil les oes ( viens ubi coquuntur anseres), et c'est alors un lieu de rendez-vous hors de la ville pour les citadins, comme plus tard seront les Porcherons. Mais, dès le règne de Philippe-Auguste, pendant que Paris s'agrandit embrassé d'une clôture nouvelle, les pelletiers commencent à dominer dans la même rue, et leurs enseignes ou leurs étalages modifient naturellement sa dénomination gastronomique, quand la dernière broche va faire plus loin ses évolu-

G LES ANCIENNES MATSONS DE PAHIS

tions appétissantes. Les habitants notables de cette rue, sous ledit règne, sont :

Étienne d'Espernon le genne. — Jehan Dupin. — Tibaut de Gandeluz. — Guiir Courgis. — Gervese le Tounelier. — Frémin l'Oublaier. — Tièce la Ferronne. — Robert le Paonnier. — Jehan Chaufecire. — Guill' Douville. — Robert, qui tainct les piaus. — Lorenz de Frênes. — Guill' le Peletier. — Pierre le Peletier. — Jean l'Archier. — Meslre Jourdan, Prestre de l'escole. — Jehan l'Imagier. — Mahiet de Gricourt. — Jacques de Brégi. — Mahi le Tailleur. — Guill' du Sap. — Jacques Deday.

Un sacrilège, disait-on, fut commis le 3 juillet 1418, dans la rue aux Ours, à l'endroit où passe maintenant le boulevard Sébastopol : un soldat suisse, ayant perdu au jeu tout son argent et jusqu'à ses habits, frappa de son couteau une image de la Vierge, qui en saigna miraculeusement, à l'angle de la rue Salle-au-Comte. On ajoutait que le parlement fit lier à un poteau, devant cette image, le soldat, qui y périt dans les tortures. Chaque année, à pareil jour, les habitants de la rue aux Ours faisaient dire une messe à Saint-Leu; le lendemain, à la même église, un service se célébrait pour ceux des leurs qui étaient morts, et un mannequin en osier, pendant trois jours promené et flagellé, était ensuite livré aux flammes, au milieu d'un feu d'artifice. Les gardes-suisses, qui n'étaient pas encore organisées en France sous Charles VI, se plaignirent au xviii 6 siècle, non sans raison, de l'habit rouge dont on affublait le mannequin dans cette procession annuelle, dégénérant en mascarade, et Louis XV fit supprimer le costume. La circulation du mannequin fut interdite sous le règne sui-

vant. Quant à la lampe qui brûlait en l'honneur de Notre- Dame de la rue aux Ours, elle ne s'éteignit à ses pieds qu'au souffle de la Révolution.

La maison décorée de cette figure de la Sainte Vierge appartenait, sous la Régence, à M. de Laverdy, professeur royal de droit, auteur d'une Histoire du collège de France. Du même côté, c'est-à-dire sur la ligne des chiffres impairs, les deux premières maisons étaient aux ursulines de Poissy, et la dernière à M. de Belloy. Le chapitre de Notre-Dame en avait une vis-à-vis des ursulines; M. deVillapoux une autre, à l'enseigne du Rendez-vous, le n° 8 ou lelO, et la veuve Gascon une autre, dont le président Hénaultfut ensuite propriétaire, en face delà rue Quiucampoix. De cette rue-là, si encombrée lors du trafic sur les actions de Law, les agioteurs venaient dîner en foule à la Croix-Blanche, rue aux Ours .

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