‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 2 sur 66 · RUE DES POSTES · texte numérisé non relu

RUE DES POSTES

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Une maison, avec un jeu de paume, répondant à renseigne du Grand-Braque-Latin, appartenait à L'Hôtel-Dieu; puis, en l'année 1602, à Charles de Saint-Vaast, notaire, et ensuite à de Luynes, marquis de la Coudraye; à Rousseau des Bordes, bourgeois, et, en 1743, à la famille de Mollet, maréchal des logis de la reine, petit-fils de l'horticulteur de Henri IV et de Louis XIII. Le 26 de la rue des Fossés-Saint- Jacques et le 1 de la rue des Postes ne nous représentent qu'en partie le Grand-Braque. Le Jeu de Paume s'était étendu probablement jusqu'à la rue des Irlandais, et, en tout cas, à la place d'une maison dont l'hôpital du Saint-Esprit était propriétaire à la fin du xvn e siècle, et Jacques Costil, sieur des Vallons, dès 1663. A cette dernière date, la veuve Horasdis-

posait d une propriété contiguë, arborant l'image de Saint- Roch, et, un siècle après, c'était Boisle, conseiller aux eaux et forêts.

Les religieuses de l'Immaculée-Conception occupent depuis dix années, auxn 0 * 27 et 29, des dépendances de l'ancienne communauté de Sainte-Aure, établie rue Neuve-Sainte- Geneviève, et les bouchers du faubourg Saint-Jacques avaient eu leur abattoir au coin des rues du Pot-de-Fer et des Postes, avant la fondation de ladite communauté.

Du même côté de notre rue, un cabinet d'anatoraie artificielle était ouvert tous les mercredis, sous le règne de Louis XVI, et, circonstance assez curieuse, le directeur de ce musée était une femme, M ,,e Biheron!

Au 6, du côté opposé, vous sonneriez chez les sœurs de la Croix, et non plus chez les dames dites de Saint-Michel, donl la maison de correction paternelle est transférée ailleurs depuis quelques années. En 1817, il a été créé, pour les jeunes filles dont on voulait faire des repenties, un refuge dans ce local, qui, sous l'ancien régime, dépendait d'un couvent de la Visitation de Sainte-Marie, ayant son entrée principale rue Saint- Jacques. Rendez au 10 l'image de Saint-Pierre, que lui ont connue Jacques Lucas, Apolline Largillière, veuve de François Vouet, Jean de Laistre et la marquise de Montsalles, de 1608 à 1719. Largillière et Vouet, deux beaux noms qui se suivent également de près dans l'histoire de la peinture !

Celui de Mézerai vous attend à l'école de Sainte-Geneviève, où des jésuites préparent pacifiquement, sous la direction du père Pillon, des recrues d'officiers aux écoles militaires. Fils

d'un chirurgien de village, l'historien Mézerai avait pour frère ainé Eudes, prêtre de l'Oratoire, qui fonda la communauté des eudistes, et pour cadet un habile accoucheur. Ce dernier eut le courage, assez rare aujourd'hui de s'opposer à la démolition d'une vieille tour, la tour de l'Horloge, à Argentan; mais le gouverneur de cette ville, afin de rappeler l'accoucheur à la modestie de son état, lui demanda : « Qui donc êtes- vous? — Nous sommes trois frères, répondit-il, tous trois adorateurs de la vérité. Le premier la prêche ; le second l'écrit, et moi je la maintiendrai au péril de ma vie. . . » Les eudistes, prêtres séculiers de Jésus et de Marie, dirigeaient les études des séminaristes de Caen, de Cou tances et de Rouen, avant de se multiplier dans d'autres villes et d'avoir à Paris leur maison mère. Celle-ci fut d'abord rue Quincampoix; mais, dès 1672, la veuve de Pau) Bain donna la nue propriété d'une maison et de quatre arpents, rue des Postes, à la Tourette, dont les Pères prirent possession trente ans après. De fondation, leur établissement était une hôtellerie ecclésiastique en même temps que le séminaire d'une congrégation autorisée. Toussaint le Beurrier, théologien et missionnaire distingué, d'économe devint supérieur, vers 1758, avant de retourner à Rennes, directeur du grand séminaire. Le 15 ventôse an VI, vente de la maison des ci-devant eudistes, dans laquelle des visitandines précédèrent ensuite les jésuites ; l'école de Sainte- Geneviève utilise aussi les anciens bâtiments du séminaire anglais, ouvert sous les auspices du grand roi et sous l'invocation de saint Grégoire le Grand, en 1687, dans une propriété offerte à une communauté d'ecclésiastiques réfugiés

d'Angleterre, d'Écosscet d'Irlande, par Jean Peteau ou Pelaw, prêtre. Le supérieur Rigby, qni succédait à Charles Howarel, espérait bien lui-même des successeurs; mais le séminaire anglais fut supprimé à la Révolution, comme établissement religieux, et ne bénéficia de sa qualité de fondation étrangère que soifs le Consulat, qui restitua à la réunion des communautés et collèges anglais, écossais et irlandais, ceux de leurs biens confisqués qui n'étaient pas vendus.

J.-A. de Mauvilain, Feydeau, Davissonne et de Montgirault; ainsi s'étaient appelés, sous Louis XIII et sous Louis XIV, les prédécesseurs du séminaire du Saint-Esprit, acquéreur dans la rue des Postes en l'année 1731 . M. Bouic était le supérieur de cette communauté ecclésiastique, établie depuis vingt-sept ans rue des Cordiers, par l'initiative de Poullart-Desplaces ; et ce dernier, jeune prêtre du diocèse de Rennes, avait recueilli luimême des aumônes pour nourrir ses premiers élèves. On y formait aux sciences et aux vertus sacerdotales des sujets appelés à remplir des postes peu recherchés , tels que des vicariats de campagne, la desserte des hôpitaux, et les missions. Une rente de 1,000 livres, votée par rassemblée du clergé de France; une pension de 600 livres sur les grandes aumônes du roi , et de 400 sur sa cassette ; 44,000 livres léguées par Le Bègue, prêtre de Saint-Médard , et puis quelques libéralités du duc d'Orléans, de M me * de Chevreuse, de Beauvilliers, de Lévis et de plusieurs autres personnages , telles sont les ressources du séminaire pour s'installer convenablement dans la propriété de M. de Montgirault, ainsi que dans deux autres adjacentes, où il a fallu bâtir. Les services que rendent les spiritains , et

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surtout dans les colonies, font plusieurs fois augmenter leurs pensions ; et il leur est donné jusqu'à 400,000 livres de capital, pris sur les biens des célestins sécularisés. Mais que d'élèves ne faut-il pas compter, pour en tirer avec discernement des prêtres consacrés aux missions de la France et des îles, du Canada et de l'Acadie, de la Chine et des Indes 1 Comment les petits-collets, dans un collège ecclésiastique, couleraienl-ils moins cher que les chevrons au régiment? Aussi bien Jacques Duclos, membre et procureur de la communauté, se tronve-t-il, pour tout de bon, en 1760, vis-à-vis de créanciers qui expriment leur mécontentement sur papier timbré. Le roi, auquel on demande des sursis aux poursuites, préfère payer les dettes du séminaire en prélevant 3,000 livres de rente, pendant vingt ans, sur un bénéfice en Artois, l'abbaye de Vigogne. L'année suivante, M. Dosquet, ancien évêque de Québec, se fait un devoir d'offrir par gratitude un bien de campagne à Sarcelles, dont le revenu s'élève à 1,000 écus. Malgré ces libéralités, il faut diminuer d'un tiers le nombre des séminaristes, et se contenter encore de la chapelle provisoire. Mais Chalgrin en dessine une autre, avec emplacement réservé pour la bibliothèque au-dessus de la nef, et la première pierre est posée par M. de Sartine, ministre de la marine, le 22 novembre 1769; puis Duret décore le fronton du bas-relief qui nous représente encore des missionnaires instruisant et baptisant des nègres. Les dépenses de reconstruction coïncident malheureusement avec une cherté relative des vivres, qui rend plus rares encore les aumônes , fonds de roulement de l'institution. Et les huissiers de revenir à la charge. Des sentences n'ont-elles pas été obtenues ? Les

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saisies pratiquées sur le mobilier en annoncent la vente prochaine. Force il y a donc d'autoriser les directeurs du séminaire , le 1 er janvier 1773 , à vendre partie des contrats de rente appartenant à leur congrégation, à la charge de justifier, près de l'archevêque de Paris, du payement intégral des dettes, qui, de nouveau, s'élèvent à 20,000 écus. Les spiritains, à ce prix, gagnent du terrain ; de nouvelles contrées sont ouvertes à leurs prédications évangéliques, dans la Guyane française et au Sénégal, où le gouvernement les charge d'entretenir habituellement vingt missionnaires et un préfet apostolique. Supprimée en 1790, rétablie en 1805, supprimée de nouveau en 1809, et réorganisée au commencement de la Restauration, la congrégation du Saint-Esprit fournit exclusivement de prêtres toutes les colonies françaises jusqu'en 1830, le ministère de la marine lui allouant 10,000 francs par an, et l'administration des cultes 8,300 francs. De plus, les départements de la manne et de l'intérieur contribuent, en 1819, au rachat de l'immeuble de la rue des Postes, dans lequel a été placée l'école normale, et M. Bertout, supérieur, y transfère son sémi- r naire de la rue Notre-Dame-des-Champs. Notons seulement qu'une maison, impasse des Vignes, n° 2 , n'a pas été comprise dans la vente nationale du 4 floréal an V, et n'a pas cessé d'appartenir à la congrégation. Le gouvernement de Juillet, ayant d'abord privé de ses secours l'institution du Saint- Esprit. M. Bertout fait de l'établissement une succursale de l'hôpital militaire du Val-de-Grâce pendant le choléra de 1832; puis le comte d'Argout, ministre de la marine, regarde comme non avenue la décision prise par son prédécesseur, le maréchal

Sébastian!, et son département se charge, en outre, de tous les frais de passage aux colonies pour les prêtres formés au séminaire de la rue des Postes.

Le Père Loriq u et, ancien directeurdu collège de Saint-Acheul, fameux surtout pour avoir expurgé tous les classiques do l'enseignement ad majorent Dei gloriam, s'est retiré dans cet établissement, après avoir passé en Suisse les premières années du règne de Louis-Philippe, et il a cessé de vivre à 85 ans. Pauvre jésuite 1 Ne Ta-t-on pas bafoué impunément, comme tous les rois détrônés ? Si vraiment il a représenté Napoléon I er , dans son Histoire de France, comme le lieutenant de Louis XVIII, ne lui rend-on pas la pareille, à juste titre, en faisant du duc de Reichstadt Napoléon II?

Jean de Beaurain, géographe du roi, employé à des négociations diplomatiques par le cardinal de Fleury et par M. Amelot, logeait de l'autre côté de l'impasse des Vignes, maintenant un passage, et cet inventeur d'un calendrier perpétuel fut remplacé au même endroit par Château, oiseleur du roi, y montrant une ménagerie.

Dans une maison voisine, à l'image du Dauphin, prise d'abord en location, le prieuré perpétuel des bénédictines de la Présentation de Notre-Dame avait été fondé en 1649, par Mario Courtin, veuve de Billard, sieur de Carouge, en faveur de sa nièce, Catherine Bachelier, qui avait pris l'habit à Arcis. A la suite de difficultés intestines et financières, la prieure avait été s'établir, avec une de ses religieuses, dans la rue d'Orléans- Saint-Marcel; mais Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, ayant cédé la propriété du Dauphin, à la condition

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qu'une religieuse de chœur serait reçue, moyennant 200 livres de rente, à sa nomination, et, après lui, à la nomination de ses enfants, tant qu'ils vivraient, le couvent avait repris son local primitif, et M me de Carouge avait porté de 900 à 2,000 livres le revenu de fondation. M. de Gondi, archevêque de Paris, avait donné son autorisation indispensable, à la condition que la seconde prieure et toutes les autres seraient triennales, à la nomination de l'archevêque. Quant k l'église, les frais de construction en furent couverts par une permission de loterie, faveur obtenue de Louis XIV. Au reste, la maison du greffier, avec ses deux arpents, ne fut que le berceau de rétablissement, qui paya des loyers dans les maisons voisines pour ne les acquérir qu'en 1737. A cette date, s'ajoutèrent au Dauphin : 1° le Chaudron, qui avait appartenu à M. de Creil en 1660, au président de Vassau en 1691, et à Couttier en 1698; 2° la propriété de M Ue Jeanne Ménard; 3° le Renard-qui- Pêche. Chez les religieuses de la Présentation, les dames pensionnaires payaient de 4 à 500 livres par an, sans que le mobilier, le blanchissage, l'éclairage, le chauffage leur fussent dus, et les pensions d'éducation s'élevaient à 6 ou 700. Aujourd'hui, le collège Rollin est à la place dudit couvent et d'un autre monastère dont nous allons parler.

L'oratorien fondateur des eudistes avait institué à Caen les augustines de Notre-Dame-de-la-Charité, filles de l'Oratoire. Le cardinal de Noailles, pour les attirer à Paris, acheta, en 1724, avec M lla Le Petit Verno de la Chausserais, le Clos-des- Poteries, d'Antoine Couttier, qui le tenait d'Octave Carli, maître-d'hôtel du roi; plus le Pavillon et deux autres maisons

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qui avaient élé à Philippe Gervais. La chapelle fut bénite sous l'invocation de saint Michel; de là vint pour ces filles la dénomination qui prévalut, et on appelle encore dames de Saint- Michel les religieuses auxquelles, comme à elles, des pénitentes involontaires sont confiées par leurs familles ou par des magistrats. Seulement, parmi leurs pénitentes, il y eu avait aussi de volontaires. Un bâtiment à part était réservé au pensionnat, où, par élève, on donnait 400 livres. En 1765, les filles de Saint-Michel faisaient acquisition d une maison contiguë, autrefois à Guillaume Mention : la confirmation de leur établissement par de nouvelles lettres patentes les engageaient à s'agrandir. L'aliénation par l'État est du 8 germinal an IX. Une rue neuve coupe en deux cet ancien domaine conventuel, dont le collège n'absorbe que la moitié.

A quelques portes de là, un saint Claude patronait la maison de J.-B. Oudry, peintre et graveur, qui avait son atelier dans la cour des Princes, aux Tuileries, avec un logement au Louvre. De son mariage avec M 1,fi Froissé étaient nés treize enfants, dont sept lui survécurent. Attenait à Saint-Claude l'ancien Jeu de paume des Buttes, qui faisait angle sur la rue de l'Arbalète.

De toutes ces enseignes, à coup sûr, la plus ancienne était •le Clos-des-Poteries. Il a dû exister un clos des Métairies de l'autre côté de la rue; mais les vignes du clos des Poteries ont tenu certainement aux vignes du clos Saint-Etienne-dcs-Grès et par là il se fabriquait des poteries, même. au temps des Romains. On dit bien que les vendanges du vignoble rapportaient le tiers-pot au seigneur, et que, par altération, la ruedesPote-

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ries est devenue la rue des Postes. Mais à l'époque où s'est produit le changement, n'y regardait-on pas de plus près? L'extension de Paris, sous Henri IV, avait sans doute motivé rétablissement de postes armés dans la zone de l'annexion, et, de plus, il en fallait bien pour la conservation de l'estrapade. Cet instrument de correction militaire se dressait à l'entrée de la rue. Plus tard on le transféra au Marché-aux-Chevaux; toutefois, la place servit encore à passer des soldats par les armes, jusqu'à la désignation de la place des Capucins, pour servir de théâtre à une exécution que le roi enfin abolit en 1776.

Mieux fit le bureau des falots, qu'on ouvrit place de l'Estrapade et rue des Postes. Puissions-nous ne pas voir nous-même ses lanternes en plein midi, nous qui osons écrire l'histoire de la rue autrement que nos devanciers, si tant est qu'ils aient cru l'écrire 1 %

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