PASSAGE DES VIGNES
Impasse, dit encore nue estampille municipale à l'angle de la rue des Postes. Mais, ouverte récemment jusqu'à la nouvelle rue des Feuillantines, l'impasse est au moins un passage, et jadis elle fut une rue. se confondant d'abord avec la rue des Postes, puis s'en allant isolément de la rue Neuve-Sainte- Geneviève à la rue de l'Arbalète. Clos-des-Poteries et Saint- Etienne, Poterie-Saint-Séverin et Vignes, ces divers noms de la même rue nous rappellent qu'elle a été percée entre les vignes du clos des Poteries et les vignes du clos Saint-Étienne, achetées par Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, et que, deux siècles auparavant, le roi Henri I er avait fait donation à Tévêché de quatre églises : Saint-Étienne, Saint-Bache, Saint- Julien, Saint-Séverin.
Une maison dite de la Vierge, rue des Vignes, aliàs Saint- Étienne, était à Jean Paillarten 1663, au marquis de Montgirault, en 1700, et trente et un ans après au séminaire du Saint-Esprit, qui en dispose toujours Mais le scolasticat du séminaire occupe, dans le passage actuel, l'ancien refuge de Saint-Siméon-Salut, où l'on gardait des femmes frappées
d'aliénation mentale et interdites.
Jacques Roussel, marchand bourgeois de Paris, avait pour successeur, en face, Hugues Pascal, dans deux propriétés. Elles passèrent, en 1 7 1 2, à une communauté qui avait pris naissance
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au commencement du siècle, sous les auspices de l'archevêché et de l'édilité, pour recueillir des jeunes filles pauvres de la campagne, dites les orphelines de l'Enfant-Jésus. Dame Marie- Françoise Moreau étant supérieure de l'Enfant- Jésus, les personnes pieuses, mais séculières, qui avaient Ja direction de l'œuvre furent remplacées, le 24 décembre 1754, par des hospitalières de Saint-Thomas-de- Villeneuve, et celles-ci ne reçurent plus, à titre gratuit, qu'un nombre d'enfants déterminé par autant débourses à remplir. Les 350 livres demandées par élève, dans les conditions ordinaires, n'empêchèrent pas le pensionnat d'être nombreux; seulement, il y avait des parents, par ci, par là, qui se contentaient de promettre, et, dans ce cas, la mère de La Boullaye, supérieure, avait recours au ministère de Dupy, procureur au Châlelet, qui ne réussissait pas toujours à faire rentrer ce qui était dû. C'est ainsi que les filles d'un danseur furent considérées comme boursières, aussitôt que Dupy eut fait prendre connaissance de la lettre que voici :
« Monsieur,
» Je me proposois d'avoir l'honneur de vous aller voir, mais l'accouchement de mon Épouse, que vous avez sans doute appris, m'a jusqu'ici privé de Ci plaisir. Je desirois vous parler de mon affaire avec Mme la Supérieure. Le parti qu'elle a pris d'actionner mon beau-père a produit pour moi un effet très-funeste, puisque cela m'a brouillé avec lui de manière à ne plus nous voir, et que mon propriétaire, qui, avant cette équipée, me témoignoit quelque confiance, en a pris occasion de me croire absolument sans ressources et me montre une dèUance bien désagréable pour un galant homme. S'il fait vendre mes meubles, comme il m'en menace, c'est
à M mo La Boulaye que j'en aurai l'obligation, et tout mon regret sera de voir que cela ne la payera pas. Il seroit digne de vous, Monsieur, de trouver les moyens de travailler à ses intérêts sans m'écraser, et, si cela se peut, vous me trouverez disposé à vous seconder de tout mon pouvoir. Je vous prie de me faire part de vos intentions et d'être bien persuadé de ma bonne volonté à les suivre. Je ne prétens point vousen imposer, ainsi je ne vous amuserai point de l'espérance d'une caution. La meilleure est dans quelque talent et un grand fond de probité, seule fortune que je possède. C'est avec ces deux qualités que j'espère faire face à tous mes engagemens si les frais ne continuent point à doubler les principaux. Si au contraire je n'éprouve que de la dureté de la part de mes créanciers, je serai forcé, contre mon inclination, de jetter, comme on dit, le manche après la coignée, et d'aller chercher en païs étranger une vie plus sûre et moins agitée. Je suis sûr, Monsieur, que si vous voulez faire valoir ces raisons auprès de M me la Supérieure, vous la trouverez portée à me traiter avec plus d'indulgence que par le passé. La bonté de son cœur l'y décideroit si la considération de ses intérêts bien entendus etoit insuffisante.
» Je vous prie de jne croire avec la plus sincère estime, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
» Guedon de Saint-Albin.
» Ce 28 février 1781. »
Déjà, sur le plan de Turgot, la rue des Vignes n'était plus qu'un cul-de-sac. Mais gardons-nous delà confondre avec un< ruelle commençant rue des Postes pour finir rue des Vignes, et fermée aux deux bouts dès 1693, qu'on appela aussi ruelle et cul-de-sac de la Poterie-Saint-Séverin , puis des Postes. Les 534 toises de superficie dudit coupe-gorge furent adjugées, en 1759, par le bureau des finances, en vertu d'un arrêt du conseil et de lettres-patentes, à l'astronome J.-P. de Fouchy, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, pour 286 toises;
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aux eudistes pour 80, au séminaire anglais pour 36, et à FrançoisDuflos, tenant pension au cul-de-sac des Vignes, pour 30. Les ursulines et les visitandines, comme propriétaires mitoyennes, avaient renoncé volontiers à un voisinage dangereux, tout en interdisant aux acquéreurs de prendre vue sur leurs jardins. La rue des Vignes n'était pas habitée moins sérieusement, malgré son nom bachique; mais l'absence des feuilles s'y faisait trop sentir, à l'ombre des murs voisins de la rue de l'Arbalète, et le soir la rendait aussi déserte que l'autre. De plus, elle était mal famée, à cause d'un cimetière réservé aux pestiférés, dont le souvenir s'y rattachait, Non-seulement on ne la regretta pas; mais encore on cloîtra le cul-de-sac des Vignes, au moyen d'une grille pareille à celle que nous voyons encore à l'encoignure de la rue des Postes.
Nous retrouvons aussi l'Enfant- Jésus, parfaitement tenu et toujours par des religieuses de Saint -Thomas-de- Villeneuve. Rétablie en 1816, avec 50 bourses fondées par la duchesse d'Angoulême, desquelles jouirent principalement des orphelines de la noblesse, la maison referma ses portes à la révolution de Juillet, jusqu'à ce que M. de Quélen yplaçât 50 orphelines que le choléra venait de faire.
SOUS NAPOLÉON III. \li