RUE MAUBUÉE
Buere, imbtme, mouiller, laver; buée, légère vapeur, lessive; maubuée , mal lavée , humidité nuisible, linge en mauvais état qui sèche. La signification de ces vieux mots, quelle que soit l'acception dans laquelle on les prenne, prouverait que la rue Maubuée, construite avant la fin du xm e siècle, ne tarda pas à éprouver le besoin urgent d'une fontaine. Celle-ci, une fois établie à l'angle de la rue Saint-Martin, fit dire : rue de la Fontaine-Maubuée. Le nom de rue de la Baud roi erie n'en prévalut pas moins do 1398 à 1533 ; puis la rue reprit celui que sa fontaine lui avait fidèlement gardé.
D'ailleurs, elle fait si bien suite à la rue Simon-Lefranc qu'on ne les a pas toujours distinguées Tune de l'autre. Par exemple, ne portait-on pas exclusivement au compte de la rue Maubuée, en 1715, un effectif de 73 maisons, qu'on retrouve indiqué sur le plan de La caille ? Elle n'y pouvait atteindre que si toutes les maisons de la rue Simon-Lefranc s'additionnaient avec les siennes, qui, depuis lors, sont restées invariablement ce qu'elles étaient. Combien de chance on a d'y être heureux, si le bonheur tient peu de place 1 Autant de petites portes,
presque autant de garnis où Ton couche par chambrée 1 N'est-ce pas de très-longue date que de la sorte on y loge à la nuit? Toujours à pied, jamais à cheval I
Une maison , vers le milieu de la rue , du côté gauche, appartint à un juge vendeur devin, nommé Dumesnil, au commencement du règne de Louis XV. La suivante, qui touchait par derrière à l'hôtel Jabach de la rue Neuve-Sain t-Meni, était à l'enseigne de la Cage; un teinturier en payait le loyer au collège des Dormans, dit de Beauvais, représenté par MM. Nicolas Boulillier , principal; Charles Rollin, coadjuteur; Nicolas Poincenet, sous-maître; Jean de la Marre, procureur; François Bucaille, Jean Vittement et Bucaille le jeune, chapelains et boursiers. M. de la Place, un gentilhomme, était propriétaire de la maison qui venait après.
La duchesse de Bouillon servait une petite rente , avant la Révolution, à la veuve de son cocher Jasmin, et cette veuve donnait son adresse littéralement à la fontaine Maubuée, qu'on avait reconstruite en 1734. Jasmin avait rossé un théatin, que lui préférait la suivante de la duchesse ; et, pour échapper à Bicêtre, dont ses maîtres le menaçaient, il s'était pendu dans sa chambre, à l'hôtel de Bouillon. Le fait est, par malheur, que cette maison princière avait à craindre les indiscrétions domestiques; on y vivait de telle façon que la duchesse l'emportait sur le duc, en ne sauvant que les apparences l