‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 30 sur 66 · RUE SIMON-LEFRANC · texte numérisé non relu

RUE SIMON-LEFRANC

La robe et la finance n'avaient guère laissé, au moment de la Révolution, que des avocats et des payeurs de rentes dans cette rue Simon-Lefranc , où dominait déjà une population industrielle et ouvrière, mais encore assez parisienne pour que chacun , par tradition, y sût un peu l'histoire de la maison qu'il avait ou qu'il habitait. Le roman à un sou raconte par-ci par-là ce que furent quelques grands hôtels et quelques couvents appartenant à d'autres rues; seulement l'édition populaire rétribue assez mal les recherches historiques pour que l'auteur se prive rarement de les emprunter à Dulaure, et le voilà traitant de Turc à More l'ancienne société française, comme si la nouvelle n'en était pas la fille 1 Une rue séculaire, quelle qu'elle soit, doit à l'histoire même de la ville sa quotepart de souvenirs, sa chronique particulière. La rue Simon- Lefranc va, à son tour, payer tribut dans la mesure de ses forces; mais , ceci soit dit en passant, presque toutes les rues se font tirer l'oreille assez longtemps pour que M. Rousseau en achetât la notice plus cher qu'elle ne rapporte, s'il n'était pas le collaborateur et l'associé de votre serviteur.

Des maisons qu'éclairaient le soir, en 1722, les 9 lanternes de la rue, la plupart sont encore debout. Il y en avait une aux héritiers Biévry , deux à la veuve de Thomas le Pilleur de Grambonne , seigneur de Mortemer, capitaine au régiment de Picardie; une qu'habitait M. Georges, avocat; et une autre, M. deChavaudon, un conseiller au parlement. Les loyers des

deux propriétés présentement n M 1 et 3, ou bien n°* 2 et 6, étaient payés à M. Pierre de la Croix, contrôleur de la maison du régent. Du côté des chiffres impairs se trouvaient , à n'en pas douter, et l'hôtel de la famille Philippe, puisqu'il donnait en même temps rue Tierre-au-Lard , et la propriété encore indivise des héritiers de Proust, seigneur de Houilles et du Martray, lieutenant particulier au Châtelet, laquelle s'étendait non-seulement jusqu'à la rue Pierre-au-Lard, mais encore jusqu'à la rue Neuve-Saint-Merri. Du côté des numéros pairs , M. Aubin, secrétaire des finances, disposait d'un hôtel; il y tenait par derrière à M. de Faverolles, de la rue Geofîroi-Langevin. Le n° 4 appartenait au sieur Cousinot, et l'ancien hôtel de Mesmes, n°* 8 et 10, au porteur d'un célèbre nom, M. Cassini de Thury , maître des comptes , qui était fils unique de Jean-Dominique Cassini, premier astronome du roi, mais qui succédait à sa mère, née Delaistre, comme propriétaire rue Simon-Lefranc. Près de lui l'était également le chapitre de Saint-Merri.

En 1707, l'habitation et les bureaux de M. Robert, procureur du roi , avaient une entrée principale rue Sainte-Àvoye, une autre porte rue Pierre-au-Lard , et une troisième qui se retrouve rue Simon-Lefranc, n° 9/ De cette agglomération se détachait un peu plus tard l'hôtel Philippe, déjà cité.

En Tannée 1652 on avait bâti le n° 17. C'est probablement la maison qu'habitait M. du Buisson, intendant des finances, en

Réduisons de 80 ans ce millésime, et nous voyons alors M. Charles Benoît, maître des comptes, acquérir, d'un conseil-

1* LES ANCIENNES MAISONS HE l'AKIS

1er au parlement, M. Lescalopier, une grande maison à deux

corps de logis avec jardin, et une petite par derrière; les deux voisins du nouveau venu sont M. de Lillentroy et M, Essaim, valet de chambre du roi. Puis un* jeu de paume s'établit dans ladite propriété, à une époque où le billard s'ajoute aux jeux de cartes et de dés en usage dans la plupart des jeux de paume. Mais ce n'est déjà plus un tripot, alors qu'un autre membre de la famille Benoit a pour acheteur le peintre Largillière, qui remplace la petite maison par un hôtel, sur la rue Geoffroi-Langevin. Quant à la grande, par le temps qui court, elle est bien (nous ne pourrions nous y tromper que d'une porte) elle est numérotée 6 , rue Simon* Lefranc; néanmoins elle ouvre rue du Temple.

Dans l'hôtel contigu, le valet de chambre du roi succédait à M. de Mesmes, seigneur d'Àvaux, conseiller au parlement, maître des requêtes, puis conseiller d'État , sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII. Un de Mesmes a été le dernier des gardes en titre du trésor des Chartes; mais il n'est pas même entré en fonctions: nommé au mois d'octobre 1581, il s'est démis de sa charge au mois de janvier suivant , et elle a été réunie immédiatement à celle de procureur général au parlement. Plusieurs des membres de cette famille illustre ont dû résider dans l'hôtel, où Simon-Lefranc lui-même les avait précédés, s'il convient de s'en rapporter au seul on dit qui circule dans toute cette rue.

Sauvai parle d'un Symon-Franque , dont la mort serait antérieure à 1211 , et c'est exactement le nom sous lequel, à 16 ans de là, on connaissait déjà la rue. Parmi ses habitant*,

SOUS NAPOLÉON III. If

en 1315, figuraient: Jehan le Coi f fier, Pierre le Coiffier, Jehan de Fontenoy, ouvrier de dras de soie, Alix la Lawh dine, frileuse de soie.

Page 1