RUE DE LA HUCHETTE
Le Bureau de» apothicaires. — t.e* En»elsncii. — Revue «e« aeear*. — i,a Hueu«*tle i'or — Lei Hôtel* — l.'afaeheur. — Lee *!• galllee à I V* — t.ee Taea-erlee. — Le» RAtlMserle** — Mauoa I«e»eaut au caban»*. — La aeee et l'Entcrremeat. — Lee Lapidaire*. — Les l»eau»»lt ra. — reilt-Maael.
En Tannée 1714, le bureau des apothicaires se trouvait rue de la Huchette, à l'image de la Lamproie. Toutefois . un maître apothicaire, lorsqu'il était en quête d'un garçon, s'adressait aussi au bureau des épiciers, rue de l'Aiguillerie, afin de se mettre en rapport avec des sujets disponibles. Il y avait déjà, pour ainsi dire, séparation de biens; mais il n'y avait pas encore séparation de corps, entre les épiciers et les apothicaires. Le bureau particulier de ces derniers avait simplifié l'enseigne de la maison, pour la purger du sens trop culinaire dont le bou anger Pierre Budin s'accommodait encore trente ans plus tôt, étant alors propriétaire à cette enseigne : La Lamproie-sur-le-Gril.
Ladite image pendait probablement à la porte du n° 13, en sortant de laquelle vous eussiez rencontré sur votre droite :
— La Croix-Verte, à Michel Pelet; — Saint-Nicolas, à la veuve de Jacques Daminois; — l'Écu-de-France, è Hérard, chirurgien; - la
Hure-de-Sanglier, à D 11 * Marie Meusnier et consorts; — la Bannière de France;
Et à main gauche :
— Le Flacon d'argent; — Saint-Jacques, à Pierre Gilet, procureur au parlement; — Notre-Dame (antérieurement les Trois-Pigeons) à la famille Corniquet; —la Rose-Blanche, à Jacques de Logny;— la Huohette-d'Or.
Cette Huchette-d'Or ne succédait-ene pa& ae 10m à la Huchette pure et simple, sous l'invocation de laquelle, Philippe le Hardi régnant, s'était placée modestement la rue ? La vieille maison de ce nom appartenait au chapitre de Notre-Dame. Mais l'abhé de Saint-Germain-des-Prés, propriétaire du territoire de Laas, en avait aliéné, vers l'année 1179, de quoi bâtir la rue qui nous occupe, primitivement dite de Laas. Les caisses de toute sorte, depuis le coffre-fort et le bahut jusqu'à la boîte à mettre les chandelles,ont commencé par être confondues le p us souvent sous la môme dénomination que la huche à pétrir et à serrer le pain : huchier et menuisier ne faisaient qu'un» La dénomination de huche s'est appliquée aussi par extension à un petit étal de marchand et à un droit prélevé surcet étal, principalement dans le commerce du poisson. Si originairement on n'en a pas vendu la maison capitulaire, nous est avis qu'on y a perçu le droit. Le receveur, pour parler de cet impôt, aura eu politiquement recours à un diminutif. De là, huchette, un assez pauvre mot, qui sou-
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ligna sur une enseigne u» coffret qu'on dorait plus tard. Sous Louis XV, la Huchette-d'Or fut remplacée, en tant que blason domestique, par les Trois-Maillets-Couronnés. A cette époque, la maison tenait d'une part à Notre-Daniedes-Anges, que possédait Degland, un officier du roi, et, d'autre part, à la Rose-Blanche, que Bachelier, un charcutier, avait au coin de la rue du Petit-Pont. La propriété du mi ieu était alors dans la censive du roi; es deux autres relevaient des abbé et religieux de Sainte-Geneviève. La plupart des maisons sus-désignées se retrouvent par le temps qui court; on. en comptait pour tant dans cette rue. 79, nombre réduit de plus de la moitié.
Que si vous demandiez, par exemple, en la "présente rue de la Huchette, où est l'hôtel de Ponti ^ny, on resterait sourd, on ouvrirait de grands yeux. Il est vrai que cet hôtel florissait bel et bien sous Charles VI et Charles VIL à l'extrémité occidentale de la rue, du côté de la rivière. Les femmes se baignaient en ce temps-là aux étuves de l'hôtel des Bœufs, qui attenait à l'hôtel de Pontigny.
Dans la même rue, en revanche, vous ne chercheriez pas en vain un afficheur, et déjà il y en avait un sous Louis XIV, à l'image des Trois-Bourses : le colleur défiches Lafolie. Les bonnes ménagères, à Paris, ont encore en prédilection les aiguilles dites à l'Y; apprenons-leur que cette marque de fabrique fit sa réputation, du vivant de Lafolie, comme enseigne d'une maison de commerce, établie rue de la Huchette, qui vendait en gros les épingles en môme temps que les aiguilles. Les tapisseries
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pareillement étaient l'objet d'«n commerce local, qui, de fil en aiguille, allait bien avec l'autre. Mais passons de l'aigu au grave, en descendant, comme on fait en musique, et nous relèverons une spécialité infiniment plus substantielle, qui marqua encore davantage dans cette rue dont nous fouillons le passé.
La Lamp'oie, la Hure, les Pigeons et la Huchette ont déjà fait soupçonner, comme au flair, des habitudes gastronomiques; la rô'isserie n'a plus qu'à déposer pour qu'aucun doute, dans l'espèce, ne fasse ombre à la conviction. Un des négociateurs de la paix de Vervins, le père Bonaven'ure Catalagirone, général des cordeliers, se rappelait encore, de retour en Italie, avec un soupir de regret, les broches qu'il avait vues tourner, au bruit crépitant d'un feu clair, chez les traiteurs de la rue de la Huchette. Quel fumet, pour aller si loin!* La variante nominative de rue aux Rôtisseurs eût pris le dessus; mais les marchands de cuisses d'oirs y étaient surtout cabaretiers. L'abbé Prévost, qui avait pris en affection un de leurs cabarets, les restaurants du temps, y composa, dit-on, Manon Lescaut. Quel cabaret, s'il en était ainsi, et le moyen qu'il y en eût de meilleurs! Malheureusement l'auteur était absent de Paris depuis quatre ans, lorsque parut Manon Lescaut. Le dernier bal d^ no?es qui se donna chez un des rôtisseurs dont nous parlons, fut interrompu tristement, le 7 février 1767, par l'écroulement d'un plancher : plusieurs danseurs et p'usieurs danseuses tombaient, en se tenant par la main, pour ne plus jamais se relever.
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Les lapidaires-diamantaires faisaient alors, comme de . juste, moins de bruit que les cabareticrs; ils n'en avaient pas moins en cette rue le siège de leur corporation. Les statuts de la compagnie remontaient au règne de saint Louis, qui en était resté le patron. Pour passer maître, il fallait 300 livres et sortir victorieux de l'épreuve du chef-d'œuvre. L'apprentissage durait 7 ans.
Là n'était plus le bureau des lapidaires en 1787 ; celui des tanneurs, hongroycur^, peaussiers et parcheminiers l'y remplaçait. Les tanneurs-hongroyeurs, qui se trouvaient établis pour la plupart au faubourg Saint-Marceau, n'étaient que depuis onze années réunis officiellement avec les corroyeurs, les peaussiers, les mégissiers et les parcheminiers. Depuis lors la maîtrise, dans cette corporation professionnelle, ne coûtait que 600 livres; le brevet, 30. On demeurait 5 années apprenti. La compagnie siégeait dans une maison qui portait le n° 8; mais l'ordre numérique, à cette époque, partait de l'extrémité de la rue Saint- André-des-Arts, sans que les chiffres pairs fussent appelés à faire vis-à-vis aux impairs.
Au n° 12 du môme ordre, on venait suivre un cours d'anatomie, fait par Pelit-Radel, qui avait été reçu docteur-régent de la Faculté de médecine de Paiis en 1782. L'un des deux frères de ce médecin connu, fut architecte, élevé de Vailly; l'autre, prêtre et littérateur.
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