RUE DE L'AIGUILLERIE
commençait à se substituer à la rue du Cloître-Sainte- Opportune, laquelle avait porté antérieurement la dénomination de l'Esculorie, et, en 1230, le nom de particulier que voici : Alain de Dampierre. Il est vrai que la communauté des aiguilliers-épingliers pouvait s'être fixée, aussi bien que celle des D llcl lingères, dans une des maisons aliénées ou affermées par les chanoines de Sainte-Opportune. *
L'excellence des dragées et confitures, ces premières épices affriolant Paris, fit, moins légèrement que les aiguilles, une spécia .ité de commerce à notre rue, puis une réputation à la rue des Lombards, dont elle est la queue en droite ligne. La communauté des épiciers achetait, en 1563, « dans la rue de l'Escuillerie, » c'est-à-dire au petit cloître Sainte -Opportune, une maison, moyennant une rente de 200 livres, qui dans la suite fut amortie. Or les épiciers-apothicaires ne formaient, sous Philippe-Auguste, que le dernier des quatre corps de marchands, qui passa plus tard le second. Les six maîtres ou gardes qui adminis"' raien t ses aCaires, au bureau de la rue de l'Ai^uillerie,
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portaient dans les cérémonies des robes de drap noir, à bordures de velours et à manches pendantes, comme les robes de juges-consuls. Cette confrérie était dépositaire de l'étalon des poids. Une de ses grandes assemblées avait lieu à l'église Sainte-Opport ne, dès 1572; mais une autre, dix-sëpt ans après, à l'église des Grands- Augustins. Et le patron était saint Nicolas. Dans le môme corps avaient été compris les chandeliers jusqu'au milieu du xv* siècle. Mais les apothicaires eux-mêmes avaient commencé sous Louis XII à se distinguer des épiciers, et d'autant plus facilement qu'ils avaient déjà constitué, pour Louis XI, une sorte de garde na'ionale. Des lettres qui interdisaient .l'épicerie aux dissidents, avaient été octroyées par le roi, en 1553 ; mais défense aux épiciers de s'en servir avait été faite par Duprat, prévôt de Paris, l'année suivante. Les alternatives de la lutte devaient la rendre bi-séculaire; les apothicaires y gagnaient le monopole du pain d'épices, et cependant leurs adversaires, tenant à se montrer plus discrets, n'empiétaient pas sur le chapitre des rafraîchisse-* ments plus lucratifs que toute ordonnance de médecin faisait administrer à domicile. Tant que le divorce ne rat pas consommé, l'apothicaire ne convolait que par une sorte d'adultère permanent, dont la complice était la Faculté, et l'épicier jouait au naturel le rôle du mari malcontent. Au demeurant, des intérêts communs n'étaient-ils pas à sauvegarder? Les sieurs Rousseau, Vilain, Vadurel, Lambert, André et Serret pouvaient encore se dire, au milieu de l'année 1683, maîtres et gardes de la marchan-
dise d'apotiquairerie et d'épicerie. En 1715, qui plus est, les garçons apothicaires se louaient indifféremment à la Lamproie, maison de la rue de la Huchette, ou au bureau des épiciers, dans le cloître Sainte-Opportune.
Le siège de la communauté, lorsque les susnommés étaient en charge, portait l'enseigne de la Tête-Noire, que remplace aujourd'hui le chiffre 8. Le droit de réception était de 1700 livres ( qui furent réduites sous Louis XVI à 800). Vuaflard et Marsollier avaient pour locataires, au n° 6, Raguenet, épicier, et Caucheteur, bourgeois; le 4 appartenait à des marchands, les frères Denis et Pierre Noiret; le 2, au chirurgien Paul Emmenez, successeur de Charles Bernard.
A quelque cinquante ans de là, Sauvage, à l'image du Sauvage, faisait un grand commerce de soierie et de mercerie, dans l'ancienne propriété de Vuaflard et de Marsollier. Le même magasin passait, au moment de la Révolution, pour le plus ancien de ce genre, sous la nouvelle raison de commerce Paulus et Reverard. Les épiciers, tant que les corps d'état ne furent pas entièrement abolis, maintinrent leur bureau dans cette rue ; une auberge s'y établit au commencement de notre siècle ; mais ce n'est plus qu'une maison ordinaire, en ce qu'on y paye son terme quatre fois par an.
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