‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 7 sur 66 · RUES LAMARTINE ET NEUVE - COQUEN ARD · texte numérisé non relu

RUES LAMARTINE ET NEUVE - COQUEN ARD

Avertissement pour le paiement du eens sons fleuri ni. — Les Fossés de Sainte-opportune aux Poreherons. — Ktymologte de Coquenard. — La Chapelle Hotre-Oame-de-Lorette. — f.a Voirie* — Le Cimetière* — Le* petite* Écoles. — Léo Jardiniers et les Cuba* retiers* — Le Mur des Fermiers généraux. — Le Vin passé en fraude.— .Le Grand-salon. — Le Cul-de-sac «rut us. — Lamartine aux Rorcherons.

De par le Roy,

On faict à savoir à toutes personnes qui tiennent et possèdent marais, maisons, terries, isles et autres héritages situés en la censive des vénérables chevecier et chanoines de l'Esglise collégiale Madame Saincte-Opportune, seigneurs censiers des Porcherons et marchés voisins des Porcherons et des fiefs de Coquatoise, Huran et autres tïefs assis en la place aux Veaux, qu'ils aient à venir devant quinzaine prochainement venant, et eux se retinrent par devant M* Hiérosme Maigret, nottaire du Roy nostre Sire en son Ghastelet de Paris, et son compagnon, demeurant au GrantCloistre etprèsladicte Esglise Sainte-Opportune, commis à faire le papier terrier des héritages, etc. Déclarant à tous, en général, que faulte de ce faire dedans quinzaine, et icelle passée, sera procédé ainsy qu'il appartiendra Auxquelles affiches mises étaient présens : Jehan Lesaige, sergent à verge au Ghastelet de Paris, Robert Marchand, praticien en cour d'Esglise, etc.

Cet avertissement était crié, puis affiché, le 1 5 octobre 1 581, aux principales portes des églises Saint-Germain- l'Auxerrois et Saint-Eustache, par Jehan deMonthalle, huissier-sergent royal au bailliage du palais, exploitant par tout le royaume, que

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le prévôt de Paris, messire Antoine Duprat, avait chargé de procéder auidites publications. On y lisait aussi à haute voix, après la messe, et on y relisait, ainsi que devant Saint-Sauveur, Saint-Antoine, Saint-Nicolas- des- Champs , Saint- Jacquesla-Boucherie, Saint -Gervais, Saint-Paul, Saint-Laurent et d'autres églises, notamment celles de Montmartre, de La Chapelle et de Chaillot, les dimanches et les jeudis suivants, des lettres-royaux du 21 octobre précédent, confirmant les droits de censive, justice, voirie et police accordés par Louis VII au chapitre de Sainte-Opportune, tant dans toute l'étendue des prés situés sous Montmartre que sur d'autres points. Le receveur de tous leurs droits de cens était le chanoine Le Picart; le siège de leur justice seigneuriale était la maison dite de la Gamache, aux Porcherons, sur le mur de laquelle on avait apposé une copie du titre confirmatif signé Henri III. On appelait alors des Petits Porcherons une maison, vraisemblablement différente, près de laquelle Jean Cadet et la veuve de Jacques Cadet avaient du bien ; près de laquelle aussi les abbé et couvent de la Victoire-lez-Senlis avaient un clos mesurant près de cinq arpens.

La censive des dames de Montmartre était séparée de la censive des chanoines par des fossés, la ceinture de Sainte- Opportune. Ces fossés, originairement, étaient remplis d'eau, et de là vient évidemment qu'on par la d'îles et d'atterrissements qui pouvaient se former dans la circonscription censuelle. De là vient pareillement qu'on passa en bateau à la grange Batelière, près de laquelle fut le pont des Porcherons, postérieurement réduit au rôle de ponceau des égouts, dans la rue du

Faubourg-Montmartre, entre la rue Grange-Batelière et le coin de la rue Cadet, qui restait également grevé du cens capitulaire. Sur le chemin du Roule à Saint-Lazare, les fossés de Sain te- Opportune prirent la dénomination partielle de chemin des Torcherons, puis celle de rue Coquenard ou Coquemard, non pas du premier coup dans tout le parcours de la rue Lamartine actuelle, mais seulement aux abords de la place Cadet, pour commencer. Des deux manières se trouve écrit le nom de ladite rue sur les plans de Paris. L'orthographe qui l'emporte dans les registres de Sainte-Opportune indiquerait la préexistence d'une chaudière , d'un bassin ou d'un lavoir dans les fossés; mais l'autre nom, pour lequel penchent les registres de Saint-Gerroain-l'Auxerrois, a trop d'analogie avec les mots œquina, coquinaria, coquinarius, coquinare, qui voulaient dire, dans le latin du moyen âge : cuisine, cuir sinerie, cuisinier, faire la cuisine, pour que le souvenir des porcs et des cabarets des Porcherons ne soit pas englobé dans cet air de famille frappant. Les cuisiniers, comme confrérie, ont pu former aux Porcherons cette caisse de prévoyance, dont l'établissement ne vint qu'après pour les autres corps d'état. Dans tous les cas, le voisinage des guinguettes valut à la rue, avant le règne de Louis XIV, l'exhilarant sobriquet de Goguenard.

La chapelle des Porcherons, qui était celle des cabaretiers, se transforma en 1646, avec la permission de M. de Gondi, l'archevêque, et moyennant réserve pour l'abbesse de Montmartre du droit qu'elle avait d'y nommer le bénéficier, en une succursale hors ville de la paroisse Saint-Eustache, sous le

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vocable de Notre-Dame-de-Lorette. La rue où elle s'élevait se distingua encore pendant plus d'un demi-siècle de la rue qu'elle prolongeait en droite ligne; toutefois, ces deux rues, Neuve-Coquenard et Coquenard, portaient aussi la désignation plus officielle, mais moins usuelle, de rue Notre-Damede-Lorette. Tous les garçons des Porcherons continuaient à célébrer la fête de la Chandeleur dans la petite église, où ces membres de la confrérie de la Sainte-Vierge rendaient le pain bénit et allaient à l'offrande le cierge à la main.

Entre Notre-Dame-de-Lorette et la rue des Martyrs, deux ou trois maisons s'embrassaient ; un bureau pour la perception des droits d'entrée y attenait à une barrière, proche la croix des Porcherons. Autre barrière et croix Cadet, au bas de la rue Rochechouart, le long de laquelle une voirie se prolongeait.

De l'autre côté de notre rue, à partir du faubourg Montmartre, sept petites maisons se suivaient, desquelles la première occupait une place concédée à Catherine Desgrets de Lisle, rue Neuve-Coquenard, et chargée d'un cens perpétuel de six deniers au profit du domaine. Puis venait le mur d'un des cimetières de Saint-Eustache, contigu aux écoles de charité de la même paroisse, qui plus tard y établit un hospice. Mitoyenne avec cette propriété de la fabrique de Saint-Eustache était l'habitation de Simon Brochet, gros maraîcher, qui, en 1701, avait acquis de Pierre Moncade, chirurgien ordinaire de Madame, un terrain provenant de Boucher, plâtrier, beau-père de Moncade : le fils" et successeur de Brochet , épousa une fille de Baudin, autre jardinier riche. Le cimetière touchait d'autre part à un marais* de trois arpens, dont le cens était reconnu h

SOUS NAPOLÉON lli.

Sainte-Opportune en 1728 par François Jourdain, prêtre, doc» teur en théologie, maître et administrateur de l'hôpital Sainte- Catherine, et par les sœurs Jeanne-Louise Boucot, mère supérieure; Marie-Geneviève Malard, Marie-Marguerite Mariage, Marie-Geneviève Lucas, toutes religieuses professes et discrètes dudit hôpital. Le jardinier Cliquet, fermier de ce marais, était propriétaire de plusieurs quartiers de terre et de deux maisons, à l'encoignure de la place Cadet, dont son gendre Ledru, également maraîcher, hérita vers 1740. Messieurs de la ferme firent construire un mur devant ces diverses maisons de jardiniers, pour assurer la recette desdeux bureaux établis aux deux bouts de la rue, bien que déjà la plupart des buvettes eussent été dresser leurs tables plus près des buttes Montmartre. Précaution toujours bonne à prendre 1 Seulement la fraude, pour en venir à bout, ne trouvera-t-elle pas avant peu de nouvelles combinaisons?

Un souterrain fut pratiqué sous le mur des fermiers généraux, et ce qu'il y passa de vin descendait d'une masure située dans un cul-de-sac qui maintenant est la rue Neuve-Coquenard. Un charpentier, sous la Restauration, en jetant bas cette masure pour se bâtir une maison, à l'entrée de la cour Saint-Guillaume, n'a pas été médiocrement surpris d'y • découvrir des caves toutes faites.

Le Grand-Salon, refuge de la grosse joie, en était-il moins fréquenté? Les réunions avaient lieu tous les jours fériés dans cette salle, où 800 personnes pouvaient s'asseoir. C'était le rendez-vous des plus vives mascarades, au temps du carnaval poissard, et les grands airs n'y avaient pas beau jeu.

Comme vous entrez maintenant dans le passage des Deux- Sœurs, on entrait, sans plus de façons au Grand-Salon, et, pour si peu qu'on hésitât, qu'on s'observât, qu'on observât la foule, elle croyait avoir à faire à un prince ou à une grande dame s'encanaillant incognito. Pas moyen de se repaître de popularité, si l'on ne dansait pas bel et bien avec le vis-à-vis d'un commis aux gabelles et d'une fille de chambre, ou si l'on ne buvait"pas autant qu'un templier, au risque de marcher de guingois ou de sortir deux étant arrivé seul ! De cet établissement célèbre, qui vers 1815 était une caserne, ont fait partie le 1 et le 3 de la rue Lamartine.

Si Notre-Dame-de-Lorette n'était plus que l'annexé de la paroisse Saint-Pierre de Montmartre, c'est que la paroisse Saint-Eustache venait d'ouvrir, sur son terrain situé presque en regard, Saint- Jean-Porte-Latine, chapelle des imprimeurs, ou l'on entrait par le faubourg Montmartre. Toutefois, l'enceinte urbaine, en se reportant plus haut, enfermait bientôt dans Paris la chapelle et la rive droite de notre rue. Le dernier bénéficier de Notre-Dame-de-Lorette, nommé en 1792, fut M. Castellan, curé de Montmartre, qui y redevint ensuite curé oratorien. Il mourut pendant le Consulat, après avoir rétracté le serment constitutionnel. Les bâtiments de la chapelle avaient été vendus en Tan iv, le 3 messidor. Au reste, son nom et ses fidèles passaient, après le Concordat, à la chapelle Saint-Jean-Porte-Latine. Puis, en 1823, les fondements étaient jetés d'une plus grande église Notre- Dame-de-Lorette, près de là, à l'extrémité du prolongement de la rue d'Artois.

On avait érigé en rue Neuve -Coquenard, depuis trois ou

quatre ans déjà, le cul-de-sac, appelé Brutus sous la Terreur. Gomme repaire de chiffonniers, l'impasse n'avait-elle pas eu des droits superbes aux égards et aux galanteries de la Commune de Paris? Coquenard, qui passait dès lors aux jeux de beaucoup de gens pour avoir existé en chair et en os, était trop inconnu pour figurer sur la liste des suspects, dont les morts étaient justiciables comme les vivants : on lui avait, par conséquent, maintenu les honneurs de l'inscription gravée aux angles de la rue.

Le nom de Lamartine, qui s'y étale depuis le 16 mars 1848, ce nom a beaucoup plus de valeur et de retentissement : qui en douterait? Là, par exemple, Coquenard et Pocherons nous sembleraient encore mieux à leur place.

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