RUE LAREYNIE
Le dictionnaire Lazare constate que le nom de M. de la Reynie, ce premier des lieutenants de police, a été évoqué en 1822 par M. de Corbière, ministre de l'intérieur, au profit de la rue Troussevache. En établissant les lanternes, le magistrat du xvii* siècle avait rendu service aux rues étroites encore plus qu'aux rues larges. Mais un nouvel alignement, assurément bien imprévu, a déjà fait gagner plus de terrain à l'ancienne rue Troussevache que l'annexion de l'ancienne rue Ogniard, qui officiellement la continue entre les rues Quincampoix et Saint-Martin, mais qui n'en sera de fait le prolongement absolument direct qu'au moment où la rue de la Reynie aura également pris, dans le sens opposé à la longueur, toute son étendue officielle.
La rue Ogniard, dite Amoury de Boissy aux siècles xni e et
xiv 6 , avait dû ces deux qualifications à des particuliers. Le parrain de la rue Troussevache pouvait être un sieur Eudes Troussevache, désigné le 12 mai 1257 dans un cartulaire de Saint-Magloire : dès lors ce monastère se trouvait établi un peu plus haut, rue Saint-Denis. Mais les noms de famille bourgeoise, ne se formaient pas tous, au moyen-âge, en s'empruntant modestement au catalogue des arts et métiers, avec la particule le. D'autres noms se tiraient des lieux qu'on habitait, avec ou sans la particule de, qui n'avait rien d'essentiellement nobiliaire. Or, on appelait encore leTrou-Vassou, sous le règne de Louis XVI, un gouffre en forme de cône renversé, où les eaux se perdaient, à Romainville, et il se pourrait même que cet entonnoir naturel n'eût pas disparu . Quel obstacle y aurait-il à ce qu'un trou-vassou pareil eût engouffré les ruisseaux qui baignaient les anciens champeaux de Saint- Magloire? Quant à de l'eau, il en coulait pour sûr en deux rues de la Corroierie, que des tanneurs peuplaient d'abord, et qui à présent font partie de la rue Quincampoix et de la rue de Venise. Un petit ru bordait, en outre, la rue des Etuves- Saint-Martin ; Troussevache est donc très-vraisemblablement une corruption de Trou-Vassou. Ces Parisiens, ils n'en font jamais d'autres 1 II est vrai qu'une enseigne, àlaVache-Troussée, passa aussi pour la matrice de l'inscription ; mais elle datait d'une époque moins reculée, tout comme une autre allusion qui ne pouvait manquer d'être faite quand la ruelle était mal habitée.
Le livre de la taille, sous Philippe-Auguste, imposait dans la rue Troussevache : « Marques de Lucques, sa chambrière
Iti LES ANCIENNES MAISONS DE PARIS
et Jehanriette, sa pucelle. » Marques de Lucques devait être un de ces financiers qu'on appelait alors des lombards, Italiens le plus souvent, et qui achetaient, revendaient, faisaient le change, prêtaient sur gage.
La môme rue servit un jour de refuge à l'un des trois chefs de la JLigue. Le cardinal de Lorraine, en revenant du concile de Trente, voulait rentrer en ville avec honneur ; mais le gouverneur de Paris, résolu à l'en empêcher, fit main-basse sur son escorte près les charniers des Innocents, et le cardinal de Lorraine, qui avait sa confusion à cacher et tout à craindre, en fut réduit à attendre la nuit chez un marchand de la rue Troussevache.
En 1738, les propriétaires se suivaient dans Tordre que voici :
RUE TROUSSEVACHE En venant de la rue Saint-Denis.
Maurice.
Cadeau, auditeur des comptes, à l'image de
la Barbe-Blanche* La présidente Le Féroo, id.
De la Porte.
L'Hôpital de Troyes.
De Chesuean et Pégéres.
Marie de la Barre, i Saint-Maurice.
Pare, à la Vacbe-Troussée.
Vaillant, i la Palme.
Le Guay, Gamache et antres, an Croissant.
Parc, à la Pomme-de-Pin.
De la Jone, architecte.
Jamart.
Gesle.
Les hospitalières de Sainte-Catherine.
Batoonean et veuve Bourlet, à l'enseigne do
Pavillon-Royal.
Les hospitalières dn faubourg Saint-Mareel,
an Soleil-d'Or.
Bachelier, doyen de Reims, an Petît-Pa-
nier.
Du Ronde, contrôleur, id.
Veuve Popinot, à Saint-Jean.
Veuve Marcaut, à Sainte-Thérèse.
Veuve Baugé, au Cbef-de-Saint-Jean.
L'abbé de Courcouson.
Bellanger, à Saint-Louis Mme Briard,
Rimbaut, à la Ville-de-Reims.
M°>« Baasau.
Hnrault, anditeur de« eoaptes.
Mme de Montflambert.
La fabrique de Saint-Jaeques-Ia-Boucherie.
Cotte, marchand. «
Du Belloy.
Veuve Bénard Veuve Baco.
Le Moyne, intendant.
Jo de Chambergeau, à la Ville-de-La>Ro-
chelle.
De Paris.
La maison qu'on retrouve à l'encoignure de la rue de la Reynie et de la rue Saint-Denis, ouvre sur celle-ci à l'enseigne du Chat-Noir, depuis un temps immémorial. Là naquit Eugène Scribe, le 25 déembre 1791 ; là son père était marchand d'étoffes de soie. Les premiers hommes d'esprit dont la plume ait réalisé une fortune de fermier général ou d'agent de change heureux, sont Eugène Scribe et deux ou trois de ses collaborateurs ordinaires.