SAINT-SÉVERIN
L'église. — 1/ ancien Cimetière. — La Justice d'Église. — Le Saint.
— 1/ Abbé des Bschalllts. — Le Descendant des rois de la première race* — Le Banquier en cour de Rouie. — Le Cu&niste Fromage su.
— Le Feure de la Failnère et sa famille.
Nous déchiffrons encore à la porte de Saint-Séverin, sur une pierre qui provient de son ancien cimetière :
Bonnes gens qui par ici passez, Priez Dieu pour les trépassés. %
Et le moyen de prier sous des voûtes, sous des chapiteaux de colonnes, sous des culs-de-lampe sculptés avec plus de hardiesse, avec plus d'abondance de formes, que dans cette église gothique, dont l'abside s'éclaire d'un double rang de fenêtres aux merveilleux vitraux 1 On y remarque l'ancien portail de Sainl-Pierre-aux-Bœufs, habilement greffé sous Louis-Philippe; on y voit une chapelle Sainte-Geneviève, peinte de nos jours par Alexandre Hesse, près de la chapelle de la Cène, chefd'œuvre non moins moderne de Paul Fiandrin. MaisM. Meindre, dans sa nouvelle Histoire de Paris, a tort de dire « qu'on trouve un saint Joseph et une sainte Geneviève de Champagne dans une chapelle, près de la petite porte qui conduit à la rue Saint-Séverin. » La sainte Geneviève de Philippe de Champagne peut avoir voyagé jusqu'au musée d'Anvers, après avoir décoré Saint-Séverin, où vous la chercheriez en pure perte. Aussi bien l'église est restée une poudrière de 1794 à 1802.
L'insurrection de juin en fit un de ses principaux points de ralliement, en 1848.
Parmi les morts recommandés par des inscriptions particulières aux prières des paroissiens, figuraient les historiens Étienne Pasquier, André Duchesne, Scévole de Sainte-Marthe, Moréri. Le cimetière longeait l'église, du côté de la rue de la Parcheminerie. On y fit publiquement, en Tannée 1495, la première opération de la pierre sur un franc-archer condamné à être pendu. Après le travail, on remit à leur place les entrailles du patient; quinze jours après il allait bien, et Louis XI, pour ne pas se montrer plus dur que la pierre, l'avait gracié. Prévôt, curé de Saint-Séverin, . qui fut un enragé ligueur, fit placer, dans la même enceinte résenée aux morts, un tableau qui représentait des exécutions de catholiques cruellement ordonnées par Élisabeth, reine d'Angleterre; ce tableau historique fut enlevé le 9 juillet 1587. M. Cantuel de Blémur, l'un des successeurs de Prévôt, distribuait encore, trois siècles plus tard, aux filles les plus sages de la paroisse cinq prix de vertu, dont l'institution était ancienne. Les prêtres de Saint-Séverin n'avaient pas cessé davantage de se loger rue des Prêtres- Saint-Séverin. Depuis près de 50 ans alors, avaient disparu deux petits lions, sculptés sur les marches de 1 église. Le siège du juge ecclésiastique, soit officiai, soit archiprêtre, reposait autrefois sur cet emblème de juridiction, et toutes les sentences y étaient prononcées publiquement. Les deux lions maintenant sont incrustés dans le portail provenant de Saint-Pierreaux-Bœufs, ainsi que la pierre au distique. « D'après quelques hroniques, rapporte M. Moindre, il existait au même endroit,
20 LES ANCIENNES MAISONS DE PAHIS
depuis le commencement de la monarchie, une abbaye et une église dédiée à saint Clément ; saint Séverin en était abbé. Ce fut là qu'il donna l'habit monastique à saint Cloud, fils de Clodomir, qui n'échappa à la mort qu'en entrant dans la vie religieuse. » Ajoutons que le tombeau du saint fut le théâtre de tant de miracles qu'on l'honora particulièrement, et que l'église elle-même se plaça sous son patronage. Elle se trouva ainsi la seule paroisse de tout le canton méridional de la ville de Paris, et, comme on représentait à cheval saint Séverin, il s'ensuivit que les voyageurs, pour se mettre sous sa protection , fichaient des fers à cheval sur la porte principale, qui ne fut pas toujours à la même place, mais qui donnait alors rue Saint-Séverin.
Un hôtel, attenant à l'église et au cimetière, appartenait à la cathédrale de Norwich, en Angleterre, dans le courant du xiir 9 siècle, puis aux abbés des Eschallits, puis à Gérard et Simon de Nesle. L'abbaye des Eschallits, au diocèse de Sens, était de l'ordre de Citeaux; elle acheta de i'évêque de Paris cet hôtel, que lui avait vendu l'écuyer Jean de Chetainville, sous le règne de Louis IX. Ce n'était qu'une masure sous Charles VII, et pourtant Louis de Sainte-Maure, comte de Nesle et de Joigny, vicomte de Plumartin, baron de Cuverville, en disposait sous François I er . Dans les veines dudit capitaine de 50 lances des ordonnances du roi coulait le sang royal des mérovingiens, puisqu'il était issu de la maison de Loudun, branche cadette des comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine. En sa faveur furent jointes au comté de Nesle, et érigées en marquisat, des baron nies, notamment celle de Beaulieu, auparavant mouvantes du roi.
M. de la Reynie, premier lieutenant de police, fit mettre 8 lanternes dans la rue Saint-Séverin, qui comptait dès lors 32 maisons. Lesquelles de celles-ci allons-nous signaler?
Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de Rome, vendait lui-même , dans ses bureaux, deux brochures ou deux livres de sa façon, sur l'obtention et le dénombrement des bénéfices, et nous pensons très-fort qu'il occupait les numéros actuels 6 5 8 et 10. Étienne Michalet, libraire" établi vis-à-vis, entre la fontaine et l'église, faisait concurrence au financier avec deux livres sur le même sujet. Roland du Bourg se trouvait, en 1710, le successeur de Pelletier.
Le n° 2 appartenait à Germain Fromageau, prêtre dont les parents étaient riches, avec des magistrats pour alliés. Ce docteur en théologie excellait à répondre, ainsi que Lamet, son cher collègue, aux consultations sur les cas de conscience. La société de Sorbonne avait pris l'engagement de fournir des confesseurs aux condamnés à mort; Fromageau remplit cette fonction avec un zèle à toute épreuve. Ce casuiste mourut en Sorbonne, dans la 5 e année du xvni e siècle. Sablier, avocat au parlement, lui succéda comme propriétaire, et il vendit à son confrère Varenne, échevin, puis quartinier. Varenne laissa la maison à sa fille, épouse de Mathieu de Longcharap, marchand de soie, et son nom à une petite rue près de la Halle au Blé.
Le 3, qui porta renseigne de la Galoche, puis de Nle-d'Amour, était à la disposition de M me Bouffe, née Le Ferrand, et passa à messire René le Feuve de la Falluère, 1" président au parlement de Bretagne, époux de Françoise le Fer-
rand, puis au comte de Mauron, à cause de sa femme Catherine le Feuve de la Falluère, avant d'appartenir à Pierre du Sable, en 1721. La terre de Mauron, en Bretagne, fut érigée enbaronnie, Tannée 1655, au profit de Jean de Bréhan, seigneur du Plessis-Mauron, conseiller au parlement de Bretagne. Le Feuve de la Falluère, [fils d'un trésorier de France à Tours, avait été aussi président en la 4 e chambre des enquêtes au parlement de Paris. Claude le Feuve de la Falluère, neveu du président et fils d'un conseiller de Bretagne, épousa Périne de Janvier, devint membre du grand conseil, et il en mourut le doyen à l'âge de 87 ans, en 1741. Nicolas, un des fils de Claude, se maria le 27 septembre 1737 avec la fille de Chancel, seigneur de la Grange. La famille du poète Lagrange-Chancel s'alliait de cette façon à la famille de l'auteur du présent livre, et de celle-ci faisaient partie Le Feuve de la Malmaison, conseiller à la cour des aides, et Lefeuve, notaire à Paris. Nescire proavum turpe est, a dit Cicéron 1