Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III
Des rues Bourg-l'Abbé, de Boargogoe , des Bourguignons, Bourtibourg» Boutebrie et de Braque.
NOTICES FAISANT PARTIB DE l'OUYRAGE INTITULÉ :
Monographies publiées par livraisons séparées en suivant Tordre alphabétise des nies.
RUE BOURG-L'ÀBBÉ.
Tout cet argent volé qui s'en:irachez les femmes de mauvaise vie n'y reste guère ; on ditmême que toujours elles partagent avec un petit comédien, un gargon-perruquier ou un soldat, ce qu'elles ont extorqué, mais la plupart du temps de seconde main, aux honnêtes gens. La galanterie coûte cher, en somme, même à ceux qui n'y laissent pas leur probité, et les filles dites de joie prélèvent, à Paris, pour subvenir à peine aux frais d'atours, presque tout ce dont il est fait tort aulc créanciers, aux actionnaires, aux caisses publiques ou particulières, aux conventions, aux successions^^ au jeu, aux absents, enfin aux pupilles. Notre sexe, par exemple, fait parfois rembourser aux femmes du monde ce que,^es autres ont pu tirer de lui. En effet, qu'uM femlDie mariée
prenne un ainant, c'est plus d'un tort qu'elle fait à son mari ; elle aime inévitablement quelqu'un dont la fortune est à faire ou à refaire ^ car les femmes n'ont que de l'estime pour ceux qui n'ont rien à souhaiter, et le moins qu'il en puisse coûter au gérant responsable de la communaut'éj du moment que le registre à souche a circulé, c'est que toutes les actions qui devaient rester au talon conjugal aient été converties en valeurs au porteur, pour obtenir au favori une place,: une mission, un titre ou une croix, également de ia'inarn à la main. Aussi bien le mariage, voire même dans ^ancien régime, a été fréquemment une spéculation avantageuse pour le prétendu ; tout fils de bourgeois à 30 ans, pour peu qu'il pût acheter à la taxe un office de conseiller aux enquêtes ou en cour des aides, ou encore au grenier à sel, épousait la fille ou la veuve d'un gros marchand^ quartier des Bourdonnais, qui avait six fois plus en espérances ou en deniers comptants. Mieux encore croyait avoir fait, sous le règne de Louis XV, M* Vinet, juge-enquêteur; sa femme, pour premier mari, avait eu le coureur des vins de la reine, office unique et d'un prix plus élevé, dont elle: ayait fait deuil en le vendant, pour conToler dans lesienquétes. Le ménage s'était installé rue Bourg-l'Abbé, dans unp vaste maison qui porte de nos jours le n"" 41 ; mais Yinet avait pris des renseignements fort minutieux sur l'apport exact de la veave, au préjudice d'autres informations» La. dame eut cru manquer à la mémofa^e de son pre«
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mier époux, en ne conservant pas l'ainant qu^ii lui avait fioufiFert de son vivant : c'était pour elle un legs, naeœ-votq. Or ce galant, ancien cornette ne servant plus que le jeu et les belles, ressemblait au héros d'un conte de Bocace, Roger de Jéroli, le plus mauvais sujet de Salerne, lequel était de bonne famille, mais dont les fredaines, les sottises, les escroqueries avaient pour conséquence de lui fermer la porte de ses parents. Daxï&lè Dëcaméron (iv* journée, nouvelle 10), nous voyons comment en usa avec Roger de Jéroli la femme de Mazzéo, dès là première de leurs entrevues : ce Après s'être amusée comme on le fait dans « un téte-à-tête amoureux, la dame profita de cet agréable « moment pour sermonner le jeune homme ; elle le pria de <c renoncer, pour l'amour d'elle, à ses filouteries et autres «t méchantes actions qui l'avaient perdu de réputation, en .«c s' obligeant, pour mieux l'y engager, à lui donner de l'ar- « gent de temps en temps. > JMéme morale administrée depuis trois ans aAi drdevant cornette^ par cet autre amour médecin, qui lui en dorait la pilule, en la multipliant par des .présents. M* Vinet voulut s'opposer, comme de juste, aux visites de ce parasite à double titre; mais le mauvais sujet se prétendit le cousin du défunt, chez lequel il avait laissé un rond de serviette à son chiffre. Les régals continuèrent ainsi rue Bôurg-P Abbé ; seulement le sigisbé faisait mine d'en rendre quelque chose au second mari, sous fiorrae de collations à là campagne^ et pui^ il s'arrangeait pour, per-
dre aux cartes, chaque fois qu'il faisait sa partie, sauf à prendre des mesures contraires lorsque c'était avec la dame. Bref, c'était un ménage à trois, non moins curieux que celui de Mazzéo ; le soi-disant cousin n'avait plus de sergents à ses trousses que comme moyen de comédie, quand il voulait tirer une lettre de change plus forte qu'à l'ordinaire sur sa tendre et persévérante conseillère. Au bout de quelqueis années, M"^ Yinèt, qui comptait moins souvent avec son coffre-fort qu'avec son cœur, constant à sa manière, fut forcée de donner congé dé l'appartement du premier et flt monter tables etlits au second étage, sur lé derrière de la maison, pour diminuer les charges du ménage. Les visites quotidiennes de son amant y devinrent, hebdomadaires, puis mensuelles, mais plus rançonneuses que jamais, en dépit de la gène croissante. Elle en mourut, laissant un testament en faveur de l'ingrat qui l'avait ruinée aux trois quarts. M* Vinet fut par suite obligé, à l'âge de 40 ans, de vendre .son office, pour acquitter une partie du legs fait sur les propres de sa femme, et quant au légataire universel , il ne se gêna pas pour le traiter de dissipateur banqueroutier. La maison d'à côté fut l'hôtel de Mauroy, famille n(Ale de la Champagne. Anne- Joseph , né le 1 4 juin 1 750, un des fils du lieutenant-général marquis de Mauroy, émigra. Le priimidy de la seconde décade, pluviôse an n, furent vendues deux maisons ci-devant à l'émigré Mauroy, portant alors rue Bourg-l'Abbé les n"* 30 et 3i, section des Amis de la
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Patrie, tenant à droite au citoyen Orselle, à gauche au citoye:n Dupont et dans le fond à la veuve Abraham. L'adjudicataire fut le citoyen Brunot; toutefois un bail consenti en 1789 par M. de Mauroy, pour neuf années^ à Biaise Laugier, parfumeur, non seulement suivit son cours, mais encore fut renouvelé tant au nom de Laugier, qui resta là 30 ans, qu'au nom de Sichel, qui acheta son fonds de commerce , et le même contrat de louage sort encore son exécution à notre époque. Le fils de Biaise Laugier et M. de Beaufort, amis intimes qui ne se quittaient pas, qui s'étaient fait une donation mutuelle de leurs biens au dernier vivant, étaient propriétaires de l'immeuble, sous Louis- Philippe, et c'était moins une couple qu'un couple d'amis fraternels, car on ne se rappelle plus lequel des deux avait mis la maison dont il s'agit dans leur communapté.
Suivent de petites maisons d'un autre siècle, dont Les portes bâtardes ne laissent rien sortir qui nous paraisse mémorable. Deux vastes cours, trois corps de bâtiment composent le n"" %9 ; celui du milieu date de l'année où fut rétabli le calendrier grégorien fermant l'ère républicaine ; les deux autres passent pour un des pied-à-terre des royales amours de Gabrielle d'Ëstrées. Le faitestquedes escaliers tournent encore dans les caves, mais s'y arrêtent court, qui avaient pour issue de longs passages souterrains. Uûe marine, peinture ancienne, décore la chambre de M. Rol^ land , dont l'établissement , comme commerce de jouets
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d'enfants, remonte à aviron 80 an9. Au SI1 est le passage du même nom que la rue, percé en 1828. La grande porte du 19, ôes allures et son âga dénonceai un vidil hâ^el de magistrat
En vertu d'un arrêt de 1854, la rue ne bat plus à peine que d'une aile ; l'autre n'a.pas tardé à se fondre au soleil d'un nouveau boulevard. En revanche, il nous reste d^x versions sur son origine. Le bourg de l'Abbé, disent les uns, dépendait de l'abbaye Saint-Martin, il e::;istait sous les rois de la seconde race ; d'autres soutienncint que ces premiers confondent le bourg de l'Abbé avec le beau Bourg, et que si celui-ci était à l'abbé de Saint-Martin, celui-là relevait ^u contraire de Saint-Magloire, Un livre très-curieux écrit par M. Bonnardot, les Anci^nneç^ Enceintes 4^ Paris^ nous apprend que la poterne Bourg-I'Abbé était située rue de ce nom, un peu au-dessus de la rue aux Ours; par ainsi, quaod Philippe- Auguste a. fait entrer dans notre ville une partie du bourg dont s'agit, le mur d'enceintç s'est trouvé où est maintenant le boulevard, lequel a englouti jusqu'à une partie du côté gauche de la vieille rue Bourg-I'Abbé, Ladite tpassa d'abord, grâce aux mours de ses hpbit^nts, pour débaupfeée et cr&puleujae ; or la bêtise est souyentfH? fois la conséqpjience: dp tels débor^eipents. Aussi ne Qçait gnait-on pas de dire en ce temps-là des g^s de la rueBaurgt l'Abbé : — Ils ne dwuandçnt qu'amour et simplesse j i