‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 19 sur 85 · RUE DES CARMES · texte numérisé non relu

RUE DES CARMES

Cmnétsem do I«ttOB, de Presles et de» lombards.

Pour faire place à la rue des Écoles, les n'' 7, 9, 44, 43, 45 et 47^ 46, 18, 20, 9» et %i de la rue des Carmes

vont disparaître. Les locataires de ces vieux bâtiments ont tous ^ectué, le 15 dujpriSsent mois d'avril 185S, leurxLéménagement définitif, et la démolition est commencée.

La petite et montueuserijedes Carmes, percée vers 1250, porta d'abord le nom du GIos-Bruneau, sur lequel elle s'était ouverte; mais lors de Tavénementdes Valois, on rappelait rue Saint-Hilaire, parce qu'elle aboutissait à l'église placée sous cette invocation. Les Grands-Carmes, dits aussi les Carmes de la place Maubert, s'y établirent en 1 31 8, au point où se trouvent aujourd'hui et la rue Basse-des-Carmes et le marché. Ces religieux à manteaux barriolés avaient acheté les bâtiments du collège de Dace, fondé par un Danois sous Philippe-le-Hardi, et ils en revendirent une partie au collège de Laon; dans la même rue, au surplus, se tenaient d'autres écoles mémorables*

Les numéros impairs, parmi ceux dont le deuil commence pour l'édilité parisienne , répondent à l'ancien édifice du collège de Laon et à ses dépendances. L'histoire de cet établissement n'est complète dans aucun des livres vieux ou nouveaux ; nous devons donc recourir, pour en exposer le sommaire, à ces documents inédits, bonnes fortunes de l'explorateur, qui sont épars dans les archives.

Gui, chanoine de Laon et de Saint-Quentin, trésorier de la Saint-Chapelle de Paris, appliqua dès Tan 1305 à des écoliers pauvres nés à Laon, étudiant à Paris, 22 livrer pa-' risis de rente sur la prévôté de Laon ; par cette assignation.

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il remplissait, ffdèle exéfeutéartestandentaîre, le vœu de Buard: de Courtegis : cette reste devait servir dfe prenaière pierre à l'édifice d'un collège de Laon que Gui avait l'inteQtiôn de fonder. Uti peu avant la fin du règne de Philippele-Bel, il s'unit à Raoul de Presles, avocat-secrétaire du rûî/ pour Ouvrir à la fois, sur le mont Sainte-Geneviève, deux maisons, fbndations distinctes, en dépit de la vie commune des vingt-hiiîfr écoliers de Laon et de Soissons qui y sont défrayés : la provision, pour ceux de Laon, consiste en 100 livres de rente, en des maisons rue Saint-Hîlaire. Mais les deux créateurs, qui ont trop présumé dé l'aniitié qui les unit en vouliant qu'elle fût transmissiblè, séparent les deux collèges en 13S!3^, en chargeant leur ami, Thomas de Màrfontaine, conseiller de Charles IV, de procéder à un partage*, et cet arbitre prend conseil du légiste Pierre de Cugnières. Les boursiers de Laon en sont réduits d'abord à l'en^lacementque plus tard a occupé le collège de Lisieux; ceux de Presles gardent la chapelle et la plupart des constructions, à condition de servir 2 4 livres de rente à l'autre communauté naissante. Aux termes des statuts, mis en vigueur dans celle-ci en 1 327, et qu'Albert de Laon déclare d'inspiration divine lorsque deux ans après il les confirme, les écoliers doivent avoir atteint l'âge de puberté, être aptes à prendre les degrés de la Faculté des Arts et assez pauvres pour que leur revenu, soit* comme patri* moine, soit comme bénéfifces, n'excedè pas 8 livrer parisis;

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Seize boursiers, nommés pour sepi ans et par Tévêque de Laon, doivent élire leur principal , ainsi que leurs procureurs^ qui rendront chaque année des comptes* La nourriture, pour chaque année, est évaluée 3 sols parisis par semaine, avec variante facultative, selon la hausse ou la baisse du prix des denrées ; la dépense en est suspendue pendant les vacances, c'est-à-dire de la Saint-Jean à la Saint-Rémy, excepté pour le principal, le chapelain et deux boursier^, commis à surveiller les biens communs. En mai 1328, meurt Gui de Laon, et des contesta,tions s'élèvent entre le collège et la suceession du cardinal de Bruges, dont il avait été l'administrateur. Gérard de Montaigu, autre avocat du roi, chanoine de Paris et de Reims, exécuteur des dernières volontés du trésorier de la Sainte-Chapelle, détermine une transaction ; puis il parfait l'œuvre du*fondateur, en dotant la communauté de l'hôtel du Lion-d'Or qu'il habite, rue Saint-Hilaire, et voisin du collège de Qace, dont partie est cédée par les Carmes aux boursiers de Laon. Montaigu donne, en outre, 300 livres à la congrégation de Sainte-Geneviève, comme seigneurie censitaire, pour permettre le transfert des écoliers à l'hôtel du Lion-d'Or, qui a lieu en cérémonie, le 8 octobre 1340, avec l'approbation de Roger d'Armagnac, évêque de Laon. Foulques, évêque de Paris, accorde, le 15 juillet 1342, la permission d'y ouvrir une chapelle. Les bâtiments abandonnés sont dans un si mauvais état, que le cardinal de Dormans, fondateur

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d'un autre ccrflége, en traite pour 1 4 livres de rente. Âjontons que le Lion-d'Or est ce même édifice que, de nos jours, rase la grande rue des Ecoles (rue des Carmes, n""' 7, 9 et 11).

L'exemple de Montaigu est suivi par des bienfaiteurs, pieux ou savants, qui successivement gratifient le collège de Laon, en y fondant des messes ou des bourses. Parmi ces donateurs nous remarquons :

Le principal Jean Blondel, docteur en théologie : 60 sols parisis de rente (1344).

Le Caron, chanoine de Saint-Denis-du-Haut-Pas, qui crée une bourse en léguant deux niaisons (1353).

Âdée de Cerny, femme d'un apothicaire: %0 livres 12 sols de rente (4354).

Jean de.€ouci, docteur en médecine, chanoine de Reims et de Laon, ancien boursier, léguant 40 réaies et sa bibliothèque au collège, puis 36 livres de rente pour deux bourses (1364).

L'ancien principal Thomas Froissart de Voyennes, docteur en médecine : une maison (1375).

Buissy , pénitencier de l'église de Paris : 56 livres de rente (1381).

François de Montaigu , qui a pour mandataires posthumes Gérard de Versigny et Pierre Cramette, lègue 500 livres pour fonder une bourse avec chapellenie, dont le premier titulaire est le susdit Gérard, qui passe ensuite principal (1382).

Le même Gérard de Versigny, en qualité d'exécuteur testanaentaire et au nom de Raoul de Rousselot, évéque de Laon, décédé en 1323, approvisionne deuxnouyeaux boursiers, tant artiens que théologiens, et cette fondation est

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assifi^e sur la moitié d'une vaste propriété du testirtâor^ sise rue de la Verrerie (1388).

Escaillart, doyen de Téglise de Laon : 100 francs d'or (1391).

Raoul de Harbes^ docteur en médecine et chanoine de Chartres, crée quatre bourses, avec deux maisons pour assiette , lesquelles sont l'objet d'un procès qui dure plus d'un siècle et demi (1 407).

Motel, chanoine de Noyon, ami de Raoul de Harbes^ consacre 1,000 écus à une bourse châtelaine (1408).

Landreau , notaire au 6bâte1et, dote la communauté d'une propriété à l'enseigne de la Tôte-Noire, rue Saint- Antoine, et de 20 sols de rente sur une maison rue des Barres, à l'enseigne d^s Chapelets (1456).

Jeanne, veuve de Noument, avocat' aux comptes^: 40 sols de rente (1461). Henri Dufour, bedeau de la nation de Picardie : même somme (i485). Desfontaines : 75 livres 11 sols 4 deniers (1498).

Le principal Gobert de Tournemeulle : 4 deniers (1512)*.

Roussel, ancien prieur de Saint-Denis-de-Poix, crée par testament une grande et une petite bourse, à la- présentation du prieur de Pois : 2,900 livres tournois (1536).

Le principal Jean Berthoul, pour une bourse à la nomination des maire et échevins de Chaourse , diocèse de Laon : une maison et des vignes à Arcueil, plus 610 livres tournois (1542).

Jean Villain, grand chapelain et procureur des écoliers de Laon : 3 pièces de tapisserie, 7 volumes de grande glose et 80 livres (1555).

Le grand chapelain Pierre Gourdoux : 55 sols tournois de pente (1557).

Le principal Claude Cardon : 100 livres (1586).

Le Pot, prieur de Saint-Mesme, pour une petite bourse

à. la collation des prieur et religieux de l'abbaye de Saint- < Quentin : 640 écus d'or, valant 1920 livres.

Chrétien, curé de Nantouillèt, pour une petite bourse et un obit : une maison rue des Besrnardins^ plus 30 livres de rente (4603).

L'ancien principal iean Boquillart, chanoine de Laon, nomme le collège et la fabrique de Notre-Dame de Laou ses légataires universels, pour qu'enfin les boursiers pussent subvenir à la dépense d'obtention des degrés rendue obligatoire par les âtatiits, mata jusque-là trop lourde pour la plupart : %,%0t livres 5 sois 7 deniers (1638).

Stupra, prêtre de Notre-Dame-des-Vertus, lègue 1 00 livres au principal, à la charge perpétuelle de faire apprendre des métiers à des orphelins de son village (1643).

Le principal Jean Hubert, abbé de Saint-Rémy-lès^Sens : 1 800 livres, pour le revenu en être distribué, moitié aux enfants pauvres de sa lignée, moitié aux boursiers malades deLaon(1650).

Charles de VeBdeuil, chanoine de Laou, crée, moyennant S, 000 livres, une petite bourse pour un enfant de chœur de la cathédrale de Laon, à la charge, pour le titulaire, d'enseigner le plaint-chant aux autres petits- boursiers.

Tilorier, chanoine de Laon, fonde une petite bourse en 1678, puis une grande cinq ans après^ pour des étudiants de Marie, diocèse de Laon.

Laffilet, capitaine au régiment de Picardie, 300 livres (1678).

Garbe, docteur-régent de la faculté de Médecine : 4,000 livres (1687).

Le grand chapelain Paucet : 300 livrçs (1670).

L'abbé Menguy, exécuteur testamentaire et au nom de Louis Cousin, président de la Gourdes Monnaies : 3,800 livres pour 6 bourses (1707).

Marteau, docteur-régent de la faculté de Médecine : 600 livres (1710).

Ce rappel ne suffit-il pas pour nous initier à la vie et à la raison d'être des petits collèges d'autrefois? N^y voiton pas avec plaisir que souvent les boursiers^ les officiers d'qne pédagogie lui montraient de la gratitude, se gardaient d'oublier, s'ils arrivaient à la fortune, les bancs où ils avaient appris à s'en passer ou à s'en servir noblement? Outre les principaux du collège de Laon, dont les noms figurent ci-dessus, il en est quelques-uns dont l'administration avait laissé de bons souvenirs à l'Université de Paris. Par exemple : Louis Dubois, aumônier de Louis XIV; son successeur, Philippe Dormay, oncle du capitaine Laffilet susnommé; le Comte, qui a gouverné la maison durant la Régence ; David, dont le commencement du règne de Louis XV a vu la principauté. La suppression des petits collèges, ordonnée par le parlement en 1763 , n'a renvoyé à Louis-le-Grand, érigé en chef- lieu des bourses de ces collèges, que trente boursiers, dont douze théologiens, pour celui de Laon , principal et chapelains compris, au lieu de quarante-quatre, chiffre oii s'élevaient les diverses fondations. Les rentes avaient subi, depuis quatre siècles, plus d'une réduction ; quelque économie, sur les charges, avait été indispensable.

{La findela ruaiee dé laru9d€i Carmes par aUra dans la lioraiion suivante.)

Pari». — Imprimerie de Pomhe&kt el Morbàv, 42, rue V«Tiii.

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