‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 20 sur 85 · LIY. 19 LES ANCIENNES MAISONS · texte numérisé non relu

LIY. 19 LES ANCIENNES MAISONS

Des rues des Carmes, Caron, Garpentler, Cassette, Cassini , Caumariin et de la Cerisaie.

I^OTICES FAISANT PARTIE DE l' OUVRAGE INTITULÉ :

LES ANCIENNES MAISONS DE PARIS SOUS NAPOLÉON III, PAa M. iixrxuvx,

Monographies publiéet par livraisons sSparées en suivant Perdre alphabéti<)n« des rues.

RUK DES CARMES.

(Fin de la notice.)

Ses vastes bâtiments n'étaient plus occupés exclusivement par le collège de Laon, au moment de cette réunion ; on en louait une partie à des particuliers. Il existait déjà^ rue de la Montagne-Saiute-Geneviève, une seconde issue, faisant presque une rue de ses cours. Le principal tirait 1,500 livres du corps de logis du milieu, qu'occupait encore, il y a quelques jours, un barbier qui, tous les dimanches, rasait à peu près mille mentons, et dont le lavabo gigantesque comportait seize cuvettes. Le chef de cette usine jouissait d'un jardin qui avait. servi à un pensionnat de jeunes filles. L'occupant des mêmes lieux, sous l'Empire, était un vacher, et la Ville s'en trouvait d'avance propriétaire.

Les trois caduques propriétés qui suivent, et dont la dernière heure sonne également, ont elles-mômes leur histoire , et elles figurent au nombre des dix-sept maisons possédées dans Paris par le collège de Laon à l'époque de sa fermeture. La première, placée sous la censive des chanoines de Saint-Benoît, avait pour enseigne la Corne de cerf; la confrérie de Saint- Yves en disposait sous Charles VII; elle produisait 715 livres en 1763. La seconde, grevée d*un cens au profit de Sainte-Geneviève, répondit à Timage de Saint-Marc et au nom de Jésus; construite, comme la précédente, sur les dépendances du Lion d'or, elle était divisée en deux avant 1731, époque oii ses loyers montaient à 688 livres ; en dépit de la décrépitude de ses murs, qui était avérée déjà en 1763, elle rapportait encore 653 livres, exploitée en hôtellerie de bas étage; Tabbé Fourneau, comme administrateur des bourses des collèges supprimés, la louait à un relieur six ans plus tard. A la porte de la troisième de ces maisons, laquelle fait le coin de la sinistre rue du Clos-Bruneau, dite précédemment de Judas, pendait jadis une Epée de bois, que remplaça une Sainte-Catherine ; ce n'était qu'une étable, avec petit terrain sur le derrière, en la censive de Saint- Marcel du côté delà rue des Carmes, et de Sainte-Geneviève sur la rue de Judas, quand le collège de Laon en donnait, le 17 décembre 1519, lOOpistoles.

Quant au collège de Presles, jumeau de celui de Laon^

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nous retrouvons n°' 6, 8, 18, 12 et 1 4, ses bâtiments dont la plus grande partie est à présent une caserne, en face du marché établi en 1813. Raoul de Presles fut arrêté par Tordre de Louis-le-Hutin, comme complice de Latilly, chancelier de France j on ne le reconnut que plus tard innocent de l'empoisonnement de Philippe-le-Bel, et Philippe-le- Long l'ennoblit, le chargea d'affaires, en confiant plus encore à Jeanne de Presles, sa parente, dont les royales anîours prouvaient que ce prince, nuit et jour, songeait à réhabiliter une famille taxée injustement de régicide. Laon avait vu naître Raoul ; Jeanne de Chastel, sa femme, contribua avec lui à la fondation du collège qui/ut aussi dit de Soissons, et les boursiers lui durent une maison, sous la cencive de t'évêque, qui n'est plus de nos jours enclavée dans la même propriété et que Chaulet, marchand de vin de la rue Sain t-Jean-de-Beau vais, père de M^^Tardu, propriétaire actuelle, acheta de la Nation en l'an iv; c'est maintenant le n^ 6. Raoul de Presles donne aussi, entre autres choses, à sa communauté de treize boursiers, plus deux chapelains : 1° un bois de Lisi, près Château-Thierry, dont les héritiers d'Enguerrand de Couci lui ont fait hommage ; 2"" trois maisons, rue des Carmes. Ce roi lui-même, dont Raoul est le secrétaire, gratifie le collège de 214 arpents de bois.

Bernard Hémard, principal du collège au commence^ ment du xv' siècle, acquiert de Raoul Maquerel la terre

d'Amigny, tenue en foi et hommage du sire de Couci, surintendant des finances de Charles YI, et puis, le fief du Mets, relevant du duc d'Orléahs dont Couci est aussi le chambellan. Jean Pincbard succède à Hémard, lorsque Toçcupation anglaise a diminué les rev^ius de la maison et par suite le nombre des boursiers, désastres qu'il prend à cœur de réparer ; il meurt le 28 octobre 1 473, léguant à la communauté ses meubles, sa bibliothèque et des biensfonds dont sept maisons dans la rue du collège. Au nombre de celles-ci, figurent les n"'' 16, 18, 22 et 24, dont la démolition s'opère au moment où j'écris. Deux de ces corps de bâtiment ont porté l'enseigne du Sauvage; à la mort de Pinchard, on en a laissé la jouissance viagère à son neveu, Pierre Pinchard, chanoine de Saint-Cloud; puis le médecin Jean Le Reuil les a loués. Les deux autres numéros cités ont répondu à l'image de la Bouteille, puis à celle de l'Etoile ; pris de même à bail par Le Reuil, ils n'ont plus fait qu'une propriété avec les précédents, et ils ont arboré de concert le Croissant d'argent. Le tout a été loUé plus tard à un tailleur qu'y a trouvé Fourneau, grand-maître temporel de la réunion des boursiers en 1 763. Du 26 au 38, toutes les propriétés ont fait partie du même legs et relevé de Saint-Marcel ; on y a remarqué, presque en face du 23, la Petite-Caille, maison baillée à rente en 1608, à Desjardins, à la condition de la rebâtir ; ce tenancier y a fait parderrière un jeu de paume, que le collège a repris afin de bail.

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Hémard, cebienfaiteurde Presles n-a pas voulu créer de bourses nouvelles ; Us'estbornéàordonDerqu'onprîtquatre boursiers dans sa famille ou daus celle de Godefroi Bouille, ancien principal du collège, ou parmi les natifs de Saint-Pierre de Vitry, et il a imposé auxdits boursiers le culte particulier de la Sainte- Vierge, à laquelle était si dévot Louis XI, le roi d'alors.

- Un autre principal, Nicole Le Sage, assure qu'il lui est dû par la maison, en 1553, 2,099 livres; mais il lui en fait don par testament, à la charge que son âme y participera aux prières. En ce temps-là, une étroite amitié lie le collège de Presles à celui de Beauvais, qui n'en est séparé que par un mur; Pierre Laramée, principal de Presles, célèbre sous le nom de Ramus, s'entend si bien avec Omer Talon, principal de Beauvais, qu'il fait ouvrir une porte entre les deux cours respectives. Ramus^ ancien élève de Navarre, puis mattre de logique à l'Ave-Maria, a commencé par démontrer qu'Aristote n'est pas infaillible, tout en prouvant sa sympathie à la réforme au point de vue religieux ; Antoine de Gouvéa, barbiste de cette époque, «a accusé d'impiété ses écrits, de sédition les tendances de son cours , et Henri II lui a interdit l'enseignement de la philosophie. Ramus donne des leçons de dialectique aux étudiants de Presles, et ceux de Beauvais en profitent. La Sorbonne, qui s'émeut du succès de son cours, travaille à l'expulsion du principal de Presles; mais le cardinal de Lorraine fait rapporter l'arrêt

prohilitif y et Bamus est nommé professeur de philosophie et d'éloquence au collège de France, en dépit de l'Université dont il médite la rénovation. Charles IX, qui a reçu de lui la communication d'un plan à cet égard, donne un asile à Fontainebleau au principal incriminé d'avoir enlevé de la chapelle de Presles toutes les images des saints, et durant cette absence,^ les meubles et les livres du réformiste sont pillés par les gouvéistes. Parmi ces volumes est la bibliothèque qu'a léguée au collège en i550, avec une sommé de 600 livres pour la fondation d'une bourse, Jean Péna^ élève de Ramus. Celui-ci tantôt reparaît et reprend ses cours, tantôt se réfugie au camp de Condé où bien à Heidelberg , selon que la politique de Catherine de Médicis élargit ou restreint la tolérance religieuse. Par malheur, il est rue des Carmes, la nuit de la Saint-Barthélémy, et il se cache dans les caves du collège ; on l'y poursuit, il veut racheter sa vie; rançon est acceptée, payée, et néanmoins le poignard fait son œuvre; le corps de l'illustre pédagogue est ensuite traîné dans la boue, et par qui? par des écoliers.

La principauté de Presles passe de Médard Bourgeotte à Quentin Hoyau^ qui cède en 1 61 6 à Jean Granger, principal de Beauvai»^ la direction de l'exercice des classes pendant m vie, et le mur* de séparation est jeté bas entre les deux coUégea ; le temporel n'en reste pas moins distinct. L'aa 1640, Granger se démet de cette charge en faveur d'Aotoine Moreau, principal de Presles, successeur de Charles

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Morel ; à la mort de Moreaii, en 1 679, il s'élève des contestationSy à l'issue desquelles nos boursiers cèdent à l'autre oommunauté i^ne partie de Jeur cour et deux corps de logis où se trouve leur chapelle, moyennant 2,000 livres, somme* qui s'ajoute à celle de 4,000, léguée par le chanoine Hannecaut, ainsi que ses livres, pour relever ladite chapelle, avec bibliothèque à l'étage supérieur ; aux termes du même acte, Beauvais se charge seul, pour l'avenir, de l'exercice des classes. C'est ainsi que notre communauté tombe à l'état de petit collège dépourvu de plein exercice; mais le mur de séparation est rélevé par la sollicitude du célèbre Rollin. Les derniers principaux de Presles dont nous ayons pu retrouver le nom, sont Louis Levasseur (1693); Pierre Rabœuf (1705); Millet (1713); Simon Derveau, docteur en Sorbonne (17^0). Un peu avant la réunion de tous ces petits collèges , la maison de Presles , sans compter ce que Beauvais en avait acquis, rapportait 1 ,300 livres, outre que s'y trouvaient encore le logement des boursiers, du chapelain, leréfectoire, la cuisine, etc ; elle payait cens à l'archevêque. En 1781, on défrayait à Louis-le-Orand dix-huit boursiers de Presles, grâce au revenu des fondations, qui montait à 11,169.

Autre collège, celui des Lombards, vers le haut de la rue, à gauche ; 1 334, date de sa fondation par le cardiaal André de Chini. Son édifice tombait en ru^e lorsque deux prêtres irlandaîB, sous Louis XIV, le firent nsconstraire.

Toutefois, ses bâtiments et sa chapelle, que nous laisse voir la porte cintrée du 23, furent de nouveau rétablis sur les dessins de Boscry, vers 1760. On y revoit ordre corin-

• thien, portail, porche elliptique, colonnes et pilastres ioniques, entablement, fronton brisé, tout l'extérieur enfin de la chapelle, excepté les armes de Pabbé de Vaubrun, qui figuraient dans le tympan. Quand cet écusson fut gratté, les bâtiments furent confisqués sur le collège des Irlandais, qui en avait fait son annexe; la restitution de Louis XVIII fait que dé nos jours encore ils appartiennent à la maison des Irlandais, Anglais et Ecossais réunis : corps de logis, chapelle, tout est loué comme magasins à des librairies-éditeurs. Livres en feuilles tenus au frais, à l'ombre de souvenirs

' scolastiques, vous gardez un parfum modeste, mystérieux, qu'une fois assemblés et reliés vous fera perdre la poussière dissolvante des rayons de bibliothèque! Pourquoi faut-il qu'il se mêle, rue des Carmes, à cette senteur de passé et d'avenir, Tarôme trop présent du vieux linge, des habits en loques, pendus à maintes portes de marchands de chiffons? Le vestiaire, lui aussi, se tire à plus d'une édition, tantque l'étoffe ne fait pas défaut :tel pan de redingotte usée deviendra casquette des dimanches; telle chemise hors d'u-

i sage, insuffisante pour un suaire, sauvera plusieurs blessés, une fois effilée en charpie ; tel morceau de peau fait pitié, qui a déjà servi de selle, de tablier ou de plastron, et qui

. passera gainé ou gant de gendarme, véritablecliché du genre.

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