‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 25 sur 85 · RUE CAUMARTIN · texte numérisé non relu

RUE CAUMARTIN

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Noble souche du temps de Charles VI, que ces Lefèvre de Caumartin, alliée à celle de Créqui, et qui a donné un évêque, dont le fauteuil académique a passé à Moncrif en 1733! Antoine-Louis^François de Caumartin, marquis de Saint-Ange, comte de Moret et prévôt des marchands de 4778 à 1784, demeurait rue Sainte-Avoye ; il fit autoriser

n LES ANCÏEiNNES MAISONS DE PARIS

le 3 juillet 1779 l'ouverture de la rue portant eoh nom, sur des terrains acquis des Maithurins par Charles Marin de la Haye, un fermier général qui habitait la rue Vendôme, H y avait déjà sept années que le président Thiroux d^Arcontille, résidant rue du Grand-Chantier à Thôtel GervilUer, avait servi de parrain à une petite rue percée plus bas que la rue Caumartin, aux frais de Sandrier des Fossés, entrepreneur des bâtiments du roi. Puis, en 1780, M. de Sainte- Croix fit adopter le tracé d'une petite rue, plus bas encore, que les édiles placèrent sous son invocation. Ces trois tronçons de la même voie, frayée par des habitants du Marais , qui érigeaient ainsi la Chaussée - d'Antin en quartier, portent la même dénomination depuis le 5 mai

L'architecte Aubert, à lui seul, léleva 28 hôtels dans ce quartier, que la mode tout d'abord prit sous sa protection, et notamment il fut l'auteur de ces deux pavillons décorés de figures en demi-relief, de petits amours, de médaillons, de cornets, de castagnettes, etc., qui se font pendant l'un à l'autre aux angles du boulevard et de la rue Caumartin. L'une de ces deux maisons, n** 1 , garda assez longtemps une toiture qui rappelait les jardins suspendus de Babylone ; c'était une terrasse de 120 toises plantée d'arbustes, parseméô de parterres de fleurs, avec une pièce d'eau, des rochers, une cascade et des statues, le tout hérissé de pyramides et de tronçons de colonnes pour dérober la vue des

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tuyaux de cheminée ; la surélévation de l'édifice l'a décapité de cette plate-forme ; tout^ois une on deux pyramides tieonent eikcore embrassée, sur le faîte, la t61e où passe la fumée, et ces tuyaux commumqpaient jadis avec l'appartement de Mirabeau y qui a demeuré aurdessous. Le % fut édifié, ainsi que deux autres maisons^ pour le compte d'un riche Marseillais qui avait traité du terrain ; Dominique Le Noir revendait, en 1 80& , le même hôtel au père de M. Duboia de l'ËstaDg.

Pour le marquis de Galvimont fut bâti un plus petit h6tel, habitation pleine d'élégance, n° 7, où est mort Tar mirai Mackau. De même, un maréchal de France, Dode de la Brunerie , a cessé de vivre au n"" SS4 , qu'habite sa belle-mère depuis 1820. Le premier occupant du n° 38 a été, sous l'Empire, un ancien président des états géné-^ raux, préfet, puis conseiller d'Etat, dont le fils est devenu ensuite pair de France, le baron Mouaier* Le 34 et le 36 faisaient partie de l'hôtel du duc d'Aumonl^ premier geurtilhomme de la chambre, élevé sur les dessins d'Aubert, au coin de la rue Neuve-des-Mathurins. On dit que left équipages dont le cocher est remplacé par un jockey à cheval, débouchèrent poiw* la première fois, sur le boulevard, par la rue Caumartin, et que le duc d'Aumont en fut Tim*portateur en France ou l'inventeur, Touôpurs est-il que, d^ sous Louis XYI, on connaissait l'attelag^^ à la d'Aumont* Nous n'en voulons pas d'autre preuve qu'une allu-

sion faite à cette élégante innovation par Mirabeau, qui descendait parfois jusqu'aux détails ; un de nos graûdsoncles, qui approchait alors l'auteur des Lettres à Sophie ^ lui a entendu dire, en parlant d'une maison où le mari ne venait qu'après Tamiant : — C'est un ménage attelé à la d'Aumont.

Une tache d'huile sur un bel habit avertit d'en éviter d'autres; l'utilité de la ma&ure qui porte rue Caumartin le chiffre 49 consiste à tenir tout prêts plusieurs coupés de remise pour s'en éloigner au plus vite. Elle appartint d'abord aux Capucins, dont le couvent, édifié par Chalgrin, fut transformé par la Révolution en hospice pour les vénériens et les galeux, au grand déplaisir des voisins, qui n'en pensaient que mieux à émigrer; un peu plus tard^ l'église Saint-Louis -d'Antin partageait le ci-devant couvent avec le lycée Bonaparte , et il ne restait aux Hospices que la bicoque du milieu de la rue. Les Pères capucins, il est vrai, avaient eu un voisin fort inquiétant dans le propriétaire du n* 52 ; c'était Legendre , ce même conventionnel qui , le premier, avait coiffé le roi d'un bonnet phrygien le SK) juin <792!. Mais des souvenirs plus reculés se rattachent au 55, où une manufacture de porcelaine fut établie avant la fin du règne de Louis XV, et de pareilles fabriques n'étaient alors qu'en très-petit nombre en France.

Du côté où la rue Sainte-Croix se faisait jour sur un maràis bien cultivé et sur le chemin de ronde des murs de

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Paris sous Louis XV, le crayon de Chalgrin présida à la construction d'un groupe d'hôtels, en même temps que du couvent ; c'est pour un ancien marchand de bois qu'il créa celui qui répond à 67, oii fit un bail Eilsèbe Salverte, et qui comporte un fort joh salon, style Louis XVL De l'autre côté, la porte avant la rue Joubert s'ouvrait pour M, de. Varanchon , fermier général ; puis la faille de Saint-Geniès en était mise en possession par héritage. M^' de Ferment y avait occupé longtemps un logement avec sa fiUe sans qu'on eût juge opportun d'en présenter les quittances^ de loyer ; mais quand celle-ci fut duchesse d'Abrantès , femme du gouveirneur de Paris, une réclamation fut osée. Junot , à la rigueur, n'avait rien à payer des anciennes dettes de sa belle-mère, dont sa femme, M"*' d'Abrantès, s'était refusée à accepter la succession; toutefois il renvoya les Saint-Geniès à son beau-frère Maldan; homme de manières communes, mais honnête homme, celui-ci fit donner satisfaction à la famille qui, la première, avait usé des mêmes bons procédés. Le 66, qu'habita le comte Alexandre de Girardin, ne fit d'abord qu'une propriété avec le 68, qui attenait au vieux Château du Coq ; le banquier Aguado y précéda la maréchale Ney, dont les quatre fils suivaient les cours du collège tout voisin, et leur mère, qui recevait beaucoup, voyait communément chez elle la reine de Naples, veuve de Murât, le duc d'Orléans, fils du roi , le général Bertrand, le maréchal Molitor, Jacques Laffitte, Orfila, le

duc de Montébello et Tabbé Cœur. Où sont-ils presque' tous ces hôtes qu'avait réunis, non sans peine, la révolution de Juillet? Oii sont allés eux-mêmes trois des fils de la maréchale ? Livre aux souvenirs, vous n'en JÊaites jamais d'autres : vous avez beau planer sur une vîlle à quartiers différents, à l'exemple du Diable boiteux; ne soulever comme un couvercle que les toits des siècles précédents ; y revoir, en empruntant leurs dates, jeunes, valeureux, bien vivants, parés comme autrefois, les hommes qui ont appartenu à diverses générations ; admirer en passant les uns et rire des autres, il suffit qu'un nom historique ne se soit pas éteint avec son temps, pour nous ramener malgré nous au présent, qui a ses deuils et ses incertitudes comme aussi ses joies et ses gloires ! Si, un peu avant nous, la mort a soulevé le marteau d'une porte,^ si elle est revenue coup sur coup, drapant de noir le même vestibule,îsi cette maison enfin ne nous était pas étrangère, il feut bien dire adieu, pour un moment, au parti pris de variété, de style rapide, qui effleure et craint d'appuyer !

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