RUE DE LA CERISAIE
Mme de Tawleoil* — lie souverneur «e la Baivtflle. — Tlton du Tillet* — Philibert Jletemie. — lies flouterralns. — CardlUae. — liOs Tint-
Nous avons indiqué, en parlant de la rue Beautreillis^ où se trouvait l'hôtel de Zamet, dont la porte uniquement donne rue de la Cerisaie. Trop peu de temps après la fin tragique de Gabrielle d'Estrées, Marie de Médicis passe quinze jours dans la maison où Henri lY assemble plus d'une fois son conseil; puis la Régente vient encore dîner chez Zamet^ y donne des audiences ; enfin, avant de mourir, le persévérant courtisan y mène à bien une négociation, au nom de la cour, avec MM. d'Épernon et de Guise, qui la menacent. Son fifs, brave officier, hérite d'une partie de ses charges, vend son hôtel à Créqui, plus tard connétable, mérite la confiance de Louis XIII, passe maréchal-decamp, cesse de vivre sans laisœr d'enfants. Or la duchépairie de Lesdiguières a été^ôrigée, en même temps que pour 1^ maréchal, propriétaire de la terre du même nom, pour son gendre, le sire de Créqui ; en conséquence l'hôtel de la rue de la Cerisaie devient l'hôtel de Lesdiguières, et la duché-pairie ne s'éteint plus que le 5 août 4 71 SI, par la mort x
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d'Alphonse de Blanchefort de Créqui^ duc de Lesdiguières^ et c'est alors que notre propriété passe à titre d'héritage dans la maison de Yilieroi. Mais jusqu'à la restauration de ce séjour quasi-royal ^ qui n'aura lieu que trente ans après, il y subsiste un singulier souvenir des affections de Paule- Françoise-Marguerite de Gondi, duchesse de Retz, marquise de Gamache, comtesse de Joigny, baronne de Mortagne, etc. ,qu'aépousée en 1 675 François-Emmanuel de Bonne de Gréquiduc de Lesdiguières. Cette dame a fait imprimer, dix ans avantde mourir, une Histoire de Gondiy écrite sous ises auspices ; seulement elle a distrait de cette noble préoccupation une extrême sollicitude pour sa chatte, qu'elle a fait enterrer avec les mêmes égards dans un endroit apparent de son jardin, et son marin'a pas eu à s'en plaindre, car elle était quitte avec lui des honneurs tumulaires depuis 1 681 :
Cy gist une chatte jolie.
Sa maîtresse, qui n*âima rien.
L'aima jusques à la folie. * Pourquoi le dire ? on le voit bien.
Pour continuer des traditions de royale hospitalité, le duc de Yilieroi, gendre deLouvois, meuble magnifiquement cette résidence, pour y recevoir Pierre-le-Grand en Tannée 1717. Louis XIV s'est refusé à attirer le czaren France; mais le Régent lui fait les honneurs de Versailles, et Louis XV enfant rend visite au fondateur de l'empire de Russie dans l'ancien hôiel Lesdiguières : pour éviter les embarras du pas, qu'il
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ne voulait ni prendre ni céder, Pierre-le-Grand a trouvé un biais dans ces entrevues mémorables, c'est de porter dans ses bras le roi de France, La rue de la Cerisaie, au surplus, percée au commencement du règne de François I" sur une partie des jardins du royal séjour de Saint-Pol, a dû sa dénomination à une allée de cerisiers. Les jardins de l'hôtel Lesdiguières ayant été réduits de 1737 à 1742, à leurs dépens ont été prolongées la rue de la Cerisaie et autres; les rues Castex et Lesdiguières en ont fait partie autrefois. Comme on n'a que refait l'hôtel où tant de princes avaient passé, son ancien nom lui est resté. Ainsi le conseiller d'Etat Drouyn de Vaudeuil fait en 1776 l'acquisition du grand et du petit hôtel de Lesdiguières, aujourd'hui n*' 12 et 14, rue de la Cerisaie. M"* de Vaudeuil n'occupe que le fond du 12, où elle finit de vivre à 84 ans; la Terreur s'était contentée de l'enfermer comme suspecte. M. Landry, maître de pension, a fondé sur le devant un établissement que, depuis, ses fils ont transféré dans le rayon du lycée Bonaparte, et qu'une pension de demoiselles a remplacé dans le principe.
De l'incendie suprême de la Bastille, il est resté au milieu des débris, jusqu'à des flammes sculptées en pierre, qu'a épargnées fraternellement le feu, qui venait en aide à la pioche ; on peut les revoir n° 8, sur une terrasse touchant à l'ancien mur de Delaunay. Ce gouverneur de la \ Bastille occupait le n"" 6, maison reconstruite vers 1830;
^ LES ANGlËNiSËS MAISONS Dfi PARIS
le fond da 8 est resté ce qu'il était, lorsqu'il attenait au jardin particulier du gouverneur.
En face de l*hôtel Lesdiguièi^es^ au rapport de plusieurs auteurs, se trouvait également au milieu du siècle dernier celui d'Evrard Titon du Tillet, ancien maître-d'hôtel de la dauphine, mère du roi. D'Ârgenville a bien dit, dans sou Voyage pittoresque à Parhy paru en 1752, que ce riche particulier demeurait rue de Montreuil, et nous avons parlé d'une folie-Titon rue des Boulets, près la rue deMontreuil, qui ne pouvait être que sa petite maison du feubourg, ou celle d'un de ses parents. L'abbé Antonini, dans son Mémorial de PariSy année 1731, dit : « M. Titon demeure a dans une des cours de l'Arsenal. » Or vis-à-vis de l'hôtel Lesdiguières, et près des anciennes cours de l'Arsenal, aujourd'hui place de l'Arsenal, nous trouvons le nM3, le 15 et même le 17 de la rue delà Cerisaie, dont l'apparence correspond justement à la date de ce Mémorial. Là donc s'est tout d'abord fait admirer le cabinet de Titon du Tillet, composé au 1*' étage de quatre pièces de plain-pied, . magistralement ornées de tableaux et de sculptures ; on y voyait^ outre le buste de Despréaux, par Girardon, ce même groupe du Parnasse français^ inventé par Titon, exécuté par Nicolas Poilly, où Louis XIV préside en Apollon, et qui se montre de nos jours à la Bibliothèque im- / périale.
Un fragment de jardin, un arrière-corps de bâtiment au-
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pcrbe, un escalier à vis en pierre massive^ des greniers établis pour servir d'atelier, une glace qui remonte à l'époque où la fabrication des glaces commençait seulement en France, une serrure de 1 5 pouces carrés, dont la clef pèse 1 livre 3/4, voilà tout ce qui reste de la maison que Philibert Delorme s'est bâtie, n"" 22, au moment même où il tournait une page au grand livre de l'architecture, en substituant la renaissance au gothique pour le château des Tuileries, dont il était le gouverneur. En cette dernière qualité, il fit refiiser un jour Taccès du jardin à Ronsard, qui voulait suivre Catherine de Médicis, et le poëte s'en vengea par une satire rappelant que l'architecte était pourvu de plusieurs abbayes, et que c'était trop de crosser la truelle. Sous la chapelle de son hôtel, Delôrme communiquait par une voûte souterraine avec plusieurs de ses voisins, et le fait est qu'en ce temps-là tous les propriétaires, même les artistes, prolongeaient leurs caves sous les rues, pour en faire . comme une autre ville dans les ténèbres. Le ciel appartenait à Dieu, le pavé de Paris au roi ; ces deux autorités n'étaient que rarement consultées sur la destination des souterrains.
Des caves encore plus compliquées régnaient au-dessous du 31 , qui servit» de siège à l'administration temporelle des Célestins, et qui ensuite passa aux Mortemart ; à un signal donné, une trappe faisait surgir un dlner^tout servi, et ce n'était sans doute pas toujours la gourmandise qui enchan-
32 LES ANCIENNES MAISONS DE PARIS SOUS NAPOLÉON 111. tait cette issue mystérieuse. Au 321, c'est bien pis, dit-on ; Torfèvre Cardillac, sous Louis XIII, y vendait des bijoux de prix aux seigneurs de la place Royale, qu'il allait détrousser, dès qu'il était payé, pour ressaisir sa marchandise. L'Ambigu-Comique a donné un drame, dont ce Cardillac lui a fourni le titre et le sujet. A côté de cette tradition, qui se rapporte à une cause assez célèbre, constatons que le 32 a surtout fait partie du couvent des Visitandines, qui y avaient elles-mêmes des locataires. Ces religieuses, qui portaient principalement le nom de Filles de Sainte- Marie, se trouvant à l'étroit dans l'ancien hôtel de Cossé, avaient acquis des Célestins quelque terrain pour s'agrandir. Leur ancienne chapelle n'est rien moins que lé temple protestant de la rue Saint-Antoine.
Paris. ~- Imprimerie de Pomukrbt et Morbav, /t2, rae VaTïn,
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Des rues dû Cendrier, Censier, Ghabanais, deCfaailIoi, de la Ghaise et du quai des Géiestios.
NOTICES FAISANT PARTIE DE t*OUVRAGE INTITULÉ :
TATL K. X.ZrZWS,
Monographies publiées par livraisons séparées en snivanl l'ordre alphabétique des mes.