RUE DE LA CHAISE
(Fin de la notice.)
N^ 9r — Encore un çrand hôtel, qui date de Tancien régime, mais qui n'esjt pa^ visible sur le plan annexé en Tannée 1713 au terrier de SaintrGermain^des-Prés, et que nous avons présentement sous les yeux* Nous n'y trouvons queThôtel de Chemilly, de ce côté de notre voie publique, et celle-ci, avant d'aboutir à la rue de Sèvres, sert de limite aux beaipc jardins de TAbbaye-aux-Bois.
N** 26. — A l'autre angle de la rue de Sèvres, en face du mur de l'Abbaye-aux-Bois, édifice qui va, à son tour, dispa* raltre du plan de Paris, se trouve Fhospice des Petits-Ménages, dont les constructions nwves cbto»t de 1843 et fondé
en 1801 dwB le^ ticiéns bâAimenlâ des Petites-Maisons. Boileau, lorsqu'il a dit avec assez d'irrévérence pour Louisle-Grand, en parlant d'AIexandre-le-Grand :
Heureux si, de son temps, pour de bonnes raisons, La Macédoine eut eu des Petites-Maisons l
faisait une allusion directe à l'établissement de la rue de la Chaise. Créée eh 1557, cette maison où les fous et les folles étaient renfermés, devait en partie son existence aux générosités de JeanXuillier de Boullencourt, président des comptes. Un siècle après sa fondation, la Ville achetait les deux arpents et demi de territoire, dont l'institution disposait, et elle en faisait le siège principal du grand bureau des Pauvres, en y fondant un hospice des teigneux, séparé de la maison des fous et ayant une chapelle à part ; puis Oïl y réserva, non loin delà teignerie, un corps de bâtiment aux malades infectés „ de la maladie vénérienne. On y ét^lît enfin uae maison de refuge pour 400 pauvres, âgés de 70 ans au moins ; de vieilles gens pouvaient s'y retirer, moyennant 1,500 livrés une fois payées, et on donnait 3 livres chaque sem<aiae tant à ces pensionnaires qu'aux indigents, les hôtes de la charité. Vénériens, teigneux, fou» pt pauvres s'y trouvaient en mêu>e temps, mais non -pas réunis, à la fin du règne de Louis XV. C'est le procureurl^néral qui avait la haute, difectioa des affaires de ce gp?ai)d bureau, et surtout la haute-maio sur les Petites-Maisons,
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OÙ tes questions d'entrée et de sortie étaient d^utilité publique piar excellence. La chapelle de cet hôpital particulier avait un maître-autel orné d^une Résurte^Kony peinture estimée de Balthazar ; on y coiiservait également un crucifix d'ivoire, œuvre excellente de JaiUot, que Lebrun avait envoyée aux Petites-Maisons en faisant rayer ce sculpteur des cadres de rAcadémie. L'insanité de l'esprit était bien moins considérée alors comflïe une matedie à J:raiter, que comme un cas de légitime défense, permettante la société de prendre toutes les précautions pour ^lie-même ; tous les fous étaient garrottés, ce. qui expliquait leur fureur, et aux liens succédait souvent la chaîne aux anneaux dé fer, La rue de la Chaise doit-elle son nom à la chaise à porteur du président d« Boullencourt? ou bien à quelque siège, compliqué d'instrunaents de gêne et de coercition, où l'on faisait asseoir les forcenés? La dénomination de rue des Teigneux, portée d'abord par. cette voie pnblique, était d'une étymologie BGioins ambiguë : en 1787, il y existait encore un hospice des enfants atteints de la teigne. Que si nous remontons enfin à l'origine même de la rue, on la traitait de chemin de la Maladrerie, à cause d'une léproserie de Saint-Germain, située au même endroit que la teignerie et que les Petites- Maisons, mais supprimée par ordre du parlement, avant ces dernières créations.
N** 24. — Terrain vaste, arbres éparpillés entre plusieurs corps de bâtiment; celui du fond ne mnonte qu*au com-*
mencement du siècle ; celui de devant date, au contraire^ de Tépoque où Gomboust (année 1 652) nouô indique à cette place une manufacture de tapisserie. En 4737, Tédifice principal de cette fabrique était transformé en hôtel, où résidait Taupinart deTillière, écuyer, conseiller du roi, substitut du procureur-général et administrateur de THôtel- Dieu, et il y avait succédé à son père, d'abord bâtonnier des avocats, puis bailli de la duché-pairie de Tarcheyéché. Joly de Fleury , contrôleur-général des finances, occupait après cela Thôtel. Michelot, chef. d'une institution de jeunes gens, qui prospérait sous la Restauration, s'y trouva quelque temps le locataire de l'administration générale des Hospices, avec laquelle il finit par traiter de l'immeuble ; une fois propriétaire, il ne tarda pas à en faire, au lieu d'une pension, une maison ordinaire de revenu. Au reste, cet ancien maître* de pension était l'auteur d'une Géographie très-répandue, et de plus il avait pour beau-frère Joseph Drozy de l'Académie française, mort tout doucement, comme il avait écrit, dans la maison même de son gendre. Un ancien magistrat, M. Auguste-Nicolas, auteur de livres fort appréciés, habite maintenant le pavillon du fond.
N^* 22, 20, 48 et 16. — Taupinart de Tillière y avait pour voisin le comte de Maulevrier, qui tenait un hôtel à bail de Charon , écuyer , gentilhomme ordinaire du roi. Toutes les maisons, d'ailleurs, placées entre l'hospice et la jue de la Planche, maintenant ajoutée à la rue de Yarennes,
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tenaient par derrière au bureau des Pauvres et aux dépendances de Fhôtel du duc de Saint-Agnan; lesquelles sous Louis XV faisaient retour sur la rue de la Chaise.
N*' 10. — Son escalier, qui porte assurément le cadiet dutemps.de Louis XYI, était franchi le S19 juillet 1830, par M. Bonnelier et plusieurs élèves de l'Ecole polytechnique, investissant en toute hâte l'appartement de M. Charlet, secrétaire des commandements de la duchesse d'Angoulême : on y avait dénoncé' la présence de valeurs importantes appartenant à la princesse. Le délateur ne s'était pas trompé : dans une armoire de fer, enfoncée par les délégués, on trouva tous les titres de 100,000 livres de rente sur le grand-livre, beaucoup de numéraire, des parures de diamants et de perles, des ostensoirs précieux et autres objets de piété.