RUE DU CHERCHE- MIDI
(Fin de la Notice.)
NM4 : — Paraît avoir appartenu à Tabbaye de la Croix-Roùge, voilà pour sa destination ; de jolies rampes du style Louis XIV lui font remplir à cet égard toutes les conditions d'âge requises.
NM5. — Edifice en forme de galerie qui paraît détaché d'une construction encore plus importante ; on y remarque des degrés pourvus d'une belle balustrade. C'est le reste d'un hôtel princier^ et nous trouvons précisément, sur un plan manuscrit attaché, en 1713, au terrier de Saint-Germain-des-Prés , un hôtel de Montmorency .signalé comme vis-à-vis des Prémontrés. On en fit passagèrement une maison d'éducation sous la République.
N**" 17 et 18. —: Qui songe à s'étonner que les peiotres
aient àeuK^âes àâtéls, quand leurs toiles logent dans des palais? C'est l'exception, et que n'est-ce la règle? Si M. Duval-le-Camiis a surélevé d'ua atelier avecla meilleure grâce du monde, une habitation de gentilhomme , et dans laquelle est mort le baron Le Mercier , gendre du maréchal Jourdan , sur la rive gauche de la rue, était-ce une raison pour qu'à main droite M. Maikud, s(m confrère, qui, de même, est en réputation, ne s'accommodât pas d'une résidence seigneuriale , pour un temps, échue aux hospices j créée néanmoins sous Louis XVI ; puis hôtel de Lambrechts, itiinistre de la justice sous le Directoire et député sous la Restauration ?
N°' 19, 21 et 23. — Qu'un rendez- vous nous soit à charge, et que l'heure prise en soit midi, nous cherchons tous midi à quatorze heures. Une enseigne, qu'avait inspirée cette vérité, a valu son nom à la rue, qui s'est longtemps appelée par corruption Chasse-Midi, et justement nous retrouvons cette enseigne, médaillon en pierre d'un module voyant, sur la façade du 1 9 , qui fit corps avec un';couvent dont la chapelle, dédiée à saint Joseph, était au 21 , la porte principale au 33. En 1634, des religieuses augustines de la congrégation di& Notre-^Dame s'y installèrent , sur un terrain acquis du sieur Barbier; puis, de 1669 à 1790, ce fut le prieuré des bénédictines de Notre-Dame-de-Gonsolation, et, sur son emplacement^ vendu par lots de Tan ïv à l'an vra, s'ouvrit bientôt la rued*A«sas.
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N^ 31. — Pension de jeunes gens tenue sur le pied militaire, pendant la première République.
N*" 37. — Au commencement du règne de Louis XV, il était bruit d^un hôtel de Vénie, construit dès le siècle précédent ; on allait admirer des tableaux de maîtres flamands, un mobilier splendide, un écrin du prix le plus élevé et une volière toute peuplée d'oiseaux rares, chez la comtesse de Vérue. C'est aujourd'hui le siège des conseils de guerre, et la prison militaire se dresse en face, au lieu du Bon-Pasteur, communauté fondée par une protestante convertie, en faveur de filles repenties.
N^» 30, 34, 36, 40, 42, — Voici encore des hôtels, mais qui datent delà seconde moitié duxvm* siècle. Le 40 fut la résidence du comte de Rochambeau et de son fils, dont la bellecarrièremilitairecommença aux Etats-Unis. La maison qui s.uit fut le chef-lieu du district pendant la République.
N*" 41 , — Immédiatement après ce 41 , dont le rez-dechaussée est séculaire, et où se trouve un café d'artistes^ décoré de jolfes peintures dues au pinceau de ses consommateurs, MM. Foulogne, Hârpignies, Guérard, Defaux, Cléry, Hamon, Gluck, Nazon, Francis BUn et Eugène Tourneux, il est , en ce moment, procédé à un abatis de maisons, qui s'étend jusqu'au »* 7t ; ce côté de la rue, qui appartenait aux hospices j va donc entièrement changer de face, et les rues Sarnt-Maur, Sainie-Placlde' vont, avant peu, se prolonger jusqu'à celle de Taugtrardl
N* 44.— Le 28 avril 1831 , dans cet hôtel, est mort l'abbé Grégoire, ancien évêque constitutionnel, dont la carrière politiqueaeu laplusgrandeimportance.Quandlecardinal Fesch, afin de l'engager à rendre une visite à Pie VII, lui avait dépêché des prêtres, chargés de la négociation, Grégoire s'était fâché de ce que ceux-ci l'appelassent monsieur le sénateur, et il leur avait dit : — Comme sénateur, messieurs, je n'y suis pas ; mais l'évêque veut bien vous recevoir. . . Cette maison, au surplus, qui venait la première dans la rue des Vieilles-Tuileries, réunie en 1 832 àcelle du Cherche-lMidi, est des plus riches en souvenirs. Edifiée en 1770 pour la bisaïeule de la dame qui la possède maintenant, elle a eu également pour locataire la comtesse Lacoste , femme d'un membre de l'ancien Corps législatif; cette dame avait pour gendres Moreton de Chabrillan et Courtemer, tous deux aides de camp du général Lafayette, lorsque celui-ci commandait la garde nationale, en 89. De plus. Garât, successeur de Danton au ministère de la justice,, et qui a eu comme tel à notifier à Louis XVI son arrêt de mort, a habité l'arrière-corps de logis. Rappelons incidemment que Garât a figuré parmi les premiers sénateurs qui, à la rentrée des Bourbons, votaient la déchéance de Napoléon.
N°* 71 et 73. — La rampe de son escalier fait remonter le 73 jusqu'à l'époque de Louis XV , et il est évident que l'autre maison n'en était, pas séparée dans le principe. La veuve d'un colonel, M"** Fournier, dispose de l'hôtel prin-
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cipaly où a cessé de vivre en 1840 un de ses parents^ le général Hullin^ l'un des vainqueurs de la Bastille, commandant de la place de Paris sous l'Empire, retiré à Hambourg sous la Restauration, et aveugle sur la fin de sa vie.
N^' ,87, 89 et 91 . — Le savant Cabanis, qui épousa la sœur du général Grouchy et de la veuve de Gondorcet, demeurait au coin que voici de la rue defiagneux; c'est le seul médecin dont Mirabeau consentit à recevoir les soins pendant sa dernière maladie. Lors de son édification, sous l'ancien régime, ce triple bâtiment était un. La plus grande part en est, quant à présent, à disposition de M. Lucas de Montigny, le petit-fils du prince des orateurs, dont nous venons de prononcer le nom. Le maréchal Lefebvre, duc de Oantzig, dont la vie militaire était une suite d'actions d'éclat, parmi lesquelles figurait un service personnel rendu à la reine le 10 juillet 1789, résidait là également.
N* 97. — Retraite qu'a appropriée à son usage, par une restauration de bon goût et en y ajoutant un fort joli jardin d'hiver, M. LeNormant, depuis longtemps libraire et imprimeur du Journal des Débats. En face de sa propriété, qui peut compter pour centenaire, se trouvait l'hôtel de Bissy^ jeté bas sous le règne de Louis-Philippe : La famille des comtes Thiard de Bissy avait fourni un cardinal et un des poètes de la pléiade de Ronsard. Aussi bien , dans la partie haute de la rue du Cherche-Midi, les écriteaux portaient le nom de rue du Petit-Vaugirard, antérieurement à 183S.
6 LES ANCIBiHIiffl» MAISONS M: PARIS
RUE DU CHElVHN-VERT.
]fl'i' Besjardins. — I^eTè, éehcvin.
En 1714, pas de maisons; en 1739, une seule habitation de maraîcher, au milieu de la rue, à gauche, et une construction à chaque angle au bout de la rue. Ainsi, trois toits, à cette époque, dans toute la rue du Chemin-Vert, et nous en retrouvons au moins deux parmi les maisons d'à présent.
• Le premier se reconnaît à droite, en face la rue des Amandiers-Popincouri. De nos jours^ un garni y abrite ses cabinets et ses chambrées ; sa petite porte n'a rien de pré* tentieux ; les vérités qui l'intéressent ne se sont pas toutes noyées dans son vieux puits. Une bière, portée à bras, sortait par cette petite porte, la première journée du mois d'août, en 1 778 ; pas une âme ne suivait la bière, dans laquelle était cahoté le corps d'une femme, morte la vaille, nommée la fille Desjardins. Le mobilier de la chacnbre qu'elle occupait avait été enlevé dans une voiture, avant le corps de là défunte, par un marchand de meubles du faubourg Saint-Antoine, qui l'avait gardé à son nom, commei n'en étaist pas. payé^ M*^ Desjardins, qui cessait de vivre à l'âge dJBrâe ans, avait pourtant joué son bout de rôte sur la scènes des hautes galanteries^^ et son nom avait figuré au^ moiBffnne foîa aa répertoire (fes anecdotes racontées à^
Louis XV |iar Im simus âe M. de Sairtisves. Donc^ en guise d'oraidoû funèbre, cofisftGrons tm léger ^t^oaveiiir à ta jolie $emtm trépanée.
Elle était fille d'une mercière du Palais-Royal, retirée à 8elleTille $tvec 4 ou 3,009 livre» de rente, et déjà tes yeux noirs de cette demoiselle, âgée de dîx-huit ans, parlaient d'amour sans le vouloir, quand sa mère arrêta les siens sur un mariage dont elle fut seule à voir les agréments. Poussée à bout, 4a jeune personne se sauva chez son frère, qui était marié et directeur de théâtre à Rochefort. C'était uq ménage fort honnête, bien que les deux époux jouassent la -comédie; la nouvelle-veaue fit comnieeux. Quelqu'un, qui avait tout pour plaire, s'éprit de M"* Desjardins, qui toutefois lui résista, parce qu'il était grand seigneur; à peine enlevée, elle rentra chez son frère, bien qu'elle aimât en secret son ravisseur, qui n'était autre qoe le duc de Mont*- Morency. Mais enfin ce qu'elJe avait refusé à la surprise, l'ingénue revint l'oflErir à l'amoureux, qui en désespérait, et qu'elle suivit à Paris. Le duc la mit rue des Martyrs, dans une maison où Labatte, tapissier, qui avait la spécialité de ces garnitures impromptuesi, apporta tout ce qu'il fallait. ]Pour que rien ne fût ébruité, l'amant imposa à Labatte de ne pas mettre en circulation, et même de conserver sous pli, jusqu'à écliiéanoe, taiettre de change de 3,000 livres sur la conservation de Lyon, dont il payait ses fournitures. Mais les indiscrétions de Labatte, qui avait rbabi),udè de
prendre à contre-pied ces sortes de recommandations, édifièrent un agent de police qui en fit son rapport, plus tard, c'est-à-dire le 4 juillet 1760, en y ajoutant les notes que voici : .
« Ce seigneur est marié; son épouse est extrêmement aimable et « Tadore. Il est pour elle d'une indifférence qui approche môme de la « dureté I Toutes les fois qu'eHe le voyait sortir de chez lui, elle pas- « sait les journées aie pleurer, et enfin elle Ta guetté pendant quinze 4ï jours, avant son départ, passant les nuits sur son balcon, pour Tem- « brasser avant qu'il partît. Elle lui sauta au col, ce jour-là, et lorsqu'il a fut monté en chaise, elle rentra dans son appartement à lui, qu'elle « n'a pas quitté depuis, pleurant jour et nuit. J'ai su ces particularités a par des gens attachés à son service. Il est naturel d'imaginer, d'à. « près tous ces torts, que ce seigneur serait très-fôché qu'on sût ses a engagements secrets avec la demoiselle Desjardins.
« Cette demoiselle est la même que j'arrêtai à la foire Saint-Ger- « main, travestie en homme, le 26 mars dernier, et qui fqt relaxée le « même jour, suivant les ordres du magistrat. Elle est connue sous le « nom de la baronne de Fraqueville. »
L'autre maison, celle que le plan de Turgot nous montre au milieu de la rue, était le 27 ou le 31 , si ce n'est même l'un et l'autre. Le premier de ces numéros peut-il compter? Dans tous les cas, il est à peindre , comme seigneurie de la misère, ce groupe de deux ou trois bicoques délabrées, bariolées, pour ainsi dire borgnes et boiteuses, avec des loques çà et là pour girouette. L'autre, au contraire, est pourvu d'une grande cour, flanquée de deux petits pavillons ; ses dépendances s'étendaient loin ; son chantier était un jardin. Voilà bien un logis d'échevin! Lorsque la fille
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Desjardins^ déchue de toutes les manières, finiss^/it misérablement à une portée de mousquet de cette maison, Jean- Denis Levé, échevin, y demeurait; la rue s'appelait alors rue Verte et Chemin-Vert, tout à la fois, après avoir porté un siècle avant le nom de Ruelle qui va à Popincourt , et tout à fait dans le principe celui de Ruelle des Neuf-Arpents, lui venant de ce qu'elle s'était ouverte sur un terrain de cette contenance, dit la Culture de Saint-Eloi. Messire Levé, par son crédit, fit prolonger la rue jusqu'au rempart, en regard de celle du Pas-de-la-Mule, et servit de parrain à ce nouveau bout de rue, de son vivant. De son hôtel était propriétaire, sous Charles X, un autre magistrat municipal, M. Mouffle, maire du VHP arrondissement.