RUE DE LA CITÉ
Eie» promièrefl armes de 1» GuimArd. — li» Pomme-de-Pin. — La Boa» teille-d^Or. — I^o Y«adeTilUs«eroiieAii. — I<e niArehé-Pala*
La portion de la rue de la Cité, située entre le pont Notre-Dame et la rue des Marmousets, s'appelait rue de la- Lanterne, nom tiré d'une enseigne qu'elle portait dès 1 326 ; on la désigna également comme rue et place Saint-Denisde-la-Chartre, à cause de l'église de ce nom, vendue seulement le 29 frimaire an vu, qui était sise près du pont, et dont le pourtour, dépendance dudit prieuré, était un lieu de franchise pour les artisans sans maîtrise. ,
Dans une maison qui répond de nos jours au néfaste chiffre 1 3, ancienne rue de la Lanterne, et vis-à-vis de l'église de Sainte-Croix, naquit, le 10 octobre 1743, Marie- Madeleine Morelle , fille d'honnêtes gens , débauchée par le juif Bernard. Morelle était le nom de la mère, qui pendant fort longtemps alla voir Bernard au Châtelet, où il était détenu pour dettes ; mais ce dernier mourut dans sa prison, et pour faire bientôt une danseuse de son enfant qui grandissait, la survivante ne craignit pas d'emprunter sur des espérances, dont se payèrent deux amateurs, qui consentirent à quelque avance, et c'étaient M. d'Harnoncourt, M. le président de Saint-Lubin. La jeune élève de Terpsichore, dont le talent s'était développé, débuta avec
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agrément, en 1759, dans les ballets de la Comédie-Française, sous le nom de M"*" Guimard; son corsage avait déjà fait comme son talent, bien qu'elle ne fut pas grasse, et sans qu'on la pût dire jolie, elle avait l'œil fripon en diable. On dit que plus tard ce fut la main, et le fait est que ses amours, dans la suite, brillèrent d'un faste sans égal. Mais elle passait encore pour sage, après une année de théâtre, en dépit qu'elle aimât un jeune danseur, Prévost-Hyacinte, qu'elle avait eu pour maître de ballet; sa mère, dont la vigilance était hostile à cette inclination de coulisses, Ja produisait de préférence dans les foyers de la Comédie, théâtre d'opulentes séductions, en affirmant qu'elle avait quatorze ans, bien qu'elle bu comptât trois de plus. M"^ Guimard y fut en butte aux hommages de Bertin, trésorier des parties casuelles, protecteur à grands frais depuis plusieurs an- ' nées d'une de ses camarades, M^^ Hus. GelJe ci n'avait jamais reculé devant une. rivale; chef d'emploi, en amour, elle craignait les doublures. Non-seulement la maîtresse en titre du trésorier avait rang, comme danseuse, dans les divertissements chorégraphiques ; mais, de plus, elle jouait la comédie, elle était aussi tragédienne, et il y avait à redouter, pour qui marcherait sur les brisées de ses amours, qu'elle remplît tout de bon le rôle de Médée. II est vrai que si M"' Hus était femme à se venger de M>^* Guimard, sa mère pouvait bien la défendre. Bref, la partie était casuelle; néanmoins on en vint à bout. M"^ Guimard quitta la
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maison de la Cité pour s'in^tallerprès de la Comédie, daoB un appartement que Bertin avaM; fait meubler, et ce dernier ne gênait pas ses maîtresses, Prévost-Hyacmte s'en aperçut.
A la rue de la Lanterne faisait suite la rue de la Juiverie, habitée par des juifs, siirtout au xii* siècle; on y trouvait pourtant une autre église, la Madeleine, et la halle de Beauce, affectée au commerce du blé, dont le privilège fut donné par Philippe-Auguste à son échanson, puis par cet échanson à Philippe de Convers, chanoine de Notre-ïiame ; ce marché se tenait dans la rue, et il en motiva en 1507 un premier élargissement, qui de nos jours n- était plus suffisant, mais dont la date nous indique l'âge des plus anciennes maisons sujettes encore à reculement, ainsi que de la plupart de celles qui, pour la seconde fois ayant à opérer un retrait, ont décidément disparu. Parmi celles qu'a * feit supprimer le percement de la rue Constantine figurait le cabaret de la Pomme-de-Pin, faisant face à une rue de la Madeleine, et que Rabelais a célébré, dont Régnier a chanté .ensuite la décadence momentanée, mais qui a de nouveau flori, sous les auspices du grand Crenet, des frères Brossin, du conseiller Brilhac. Chapelle y a grisé Boileau, et à ces deux convives se joignaient une fois par semaine Molière, Lafontaine et Racine, qui y a écrit les Plaideurs. Lulli, Mignard, Furetièress et Dufresnoi ont fréqu^enté len mêmes tables. Le peu de I^xe du service n'en tenait pag
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éloignés les simples motisquetaires ; mais les gens de qualité qui s'y pressaient, dans le grand siècle, empêchaient qu'on rinçât les terres où les gens d'esprit avaient bu* Nous n'avons plus de Pvmme-de-Pin! En revanche, voici une brasserie, dont la création remonte à 1795 : la cervoise, plus que jamais, «'épanche, sur la lisière du marché concédé autrefois à Téchanson royal. Ce n'est pas que le vin y ait tari ; voilà, tout près de la brasserie, un cabaret ouvert dès 1 630, la BouieiUi^d'Or^ dans une maison qu'on ' a refafte depuis peu pour la mettre à ralignement, et qu'occupait au XVI* siècle un cordonnier, à l'image du Sabot-d^Or. La famille Boudaille a tenu, pendant un siècle, la Bouteilled!Or; Jes Béjot ne lui ont succédé qu'en l'année 1 829.
Le 43, vieille maison qui avance, fut le domicile du vaudevilliste Fontan, fort peu soigneux de sa personne, et qui buvait comme Chapelle. Un jour qu^l passait rue Vivienne, dans un état d'ébriétéqui le forçait à prendre le mur pour canne, un monsieur de sa connaissance le salua; Fontan de s'écrier aussitôt, en oubliant de lui oter son chapeau : — Faut-il que ce monsieur soit poli, de me reconnaître dans un pareil état!... Mais ce n** 43 vient après la rue Saint-Christophe, vis-à-vis celte de la Calandre, et ces deux voies de communication séparaient la rue de la Juiverie de celle du Marcbé-Paiu, abouttstsant au Pe*it-Pont. Dès le siècle xni, étaient connus la rue et le Marché^Palu. Ce nom venait de po/ta, marais, s'il faut en croire tous nos histo^
riographes. Toutefois Tlle de la Cité, iacontestablé berceau de notre ville, n'avait rien de marécageux ; une enceinte de murs la gardait des inondations, et assurément riTes et monuments, habitations et habitants , s'y pressaient fort l'un contre l'autre. Nous oserons donc chercher, à notre tour, une étymologie plus rationnelle , et rappeler que le même mot latin veut dire aussi échalas, poteau, pieu. Il existe encore un marché à l'angle du susdit Petit-Pont; n'y revoit-on pas, tout comme il y a six siècles, des pieux chargés, chaque matin, du pavillon portatif des marchandes? Tibulle a dit :
Hic docuU teneràm palis adjungere vUem, En 1714, il y avait :
Rue de la Lanterne 25 maisons, 4 lanternes. , Rue de la Juiverie 41 — 4 — Rue du Marché-Palu 10 — 3 —
La réunion de ces trois rues date de 1834.