RUE DE LA CLEF
La rue de la Clef tire son nom d'une enseigne , selon MM. Lazare frères ; en tout cas cette enseigne n'était pas celle de la maison n* 5, les titres de propriété de cet immeuble démentent à cet égard nos honorables devanciers, qui ont dû se tromper de porte, voilà tout. Probablement un serrurier s'est mis sous cette invocation, et les captifs de Sainte Pélagie ont dû souvent la prendre pour un sarcasme. La Clef, quelle amère dérision ! Sainte-Pélagie en a plus d'une, mais accrochée aux ceintures des geôliers. Prison pour dettes, elle a fait rire; politique, elle a donné lieu aux récriminations et aux chansons. Mais on y enferme de nos jours, faute de Bérangers et de Courriers, les hommes de paille de l'annonce, pour contravention matérielle à des lois qui régissent la presse des réclames, et des biographes trop faméliques pour que l'annonce les rassasiât, et puis des marchands à faux-poids, des laitiers trop savants, des gérants de société sans commandite, des complices d'adultère, des médecins manquant de diplôme, des usuriers ne prêtant qu'à la semaine, des cochers dont la montre allait mal, des voleurs à leurs premières armes, des mouchards
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en apprentissage, et<% Mais noublions pas notre titre, qui interdit à nos recherches historiques Taccès des édifices publics : en voilà un. Contentons-nous de mentionner que Sainte-Pélagie fut, sous l'ancien régime, une maison de pécheresses repenties. La rue s'appelait d'abord de Saint- Médard, parce qu'elle conduisait à l'église. Puis elle porta la dénomination de rue Courtoise, dont la clef nous échappe encore ; une partie des pensionnaires du couvent de Sainte- Pélagie y était écrouée déjà, de par le roi, pour sauver l'honneur des familles, ce qui pouvait être fort utile, mais non pas fleur de courtoisie.
Une de ces filles forcément repenties n'en voulait guère aux ci-devant rois de France du séjour d'une année et demie qu'elle y avait fait, dans un âge déjà tendre ; la preuve, c'est qu'en 1 805, après avoir usé et abusé de toutes les autres années de sa vie, elle vint se retirer au n^ 25, en regard de sa maison de correction, dans une de ces pensions bourgeoises comme il en reste plusieurs rue de la Clef. Elle avait nom M"' du Petitpas, et environ quatre-vingt-cinq ans d'âge, bien qu'elle ne regrettât la perte que d'une seule de ses facultés. Est-il besoin de dire laquelle? Comment s'appelait-elle Petitpas? point délicat à éclaircir, car déjà, sous Pancien régime, sa famille avait feit casser un mariage clandestin qu'elle avait contracté en état de minorité avec un Italien de passage en' France^ et elle avait ensuite convolé en second, puis en troisième divorce, sous les gouverne-
ments républicains. Tous les jours, lorsqu'elle fut revenue rue de la Clef, elle montrait à M"® Simon, qui tenait la pension bourgeoise à cette époque, le donjon sombre et sans croisées d'en face, en regrettant fort, si ce n'est le châtiment, de ne pouvoir plus l'encourir, M. Rousseau , notre honorable avant-coureur, tient ces détails d'une voisine, qui en 1807, a vu mourir M""* Simon. La pensionnaire était fort saine d'esprit et de corps, en dépit d'une longue jeunesse ; mais il y avait alors sous le même toit un certain nombre de gens infirmes, et, qui plus est, dans un corps de logis à part, cinq ou six fous et fol les j" gardés à vue. Le docteur Ghansaud est mort centenaire dans cette nmison de santé et de convalescence, dont il était le médecin, et qui de notre temps compte encore des pensionnaire d'âge et de sexe tiififérents, sous la direction d'une bonne dame , M'"'^ Vallon.
Henriot,chef de factieux, héros des journées de septembre, agent de Robespierre, dont il a partagé la fin, logea quelque temps rue de la Clef, dans une maison qui semble en disconvenir, tant son aspect est plein de sérénité ! Lje nombre qu'elle affiche est 29. Cet Henriot, natif de Nanterre, domestique chez un procureur au parlement, qui l'avait renvoyé, s'était trouvé employé aux barrières en qualité de commis, lorsque l'insurrection y avait apporté la flamme, dans la nuit du 12 au 13 septembre, et cet agent de l'octroi, craignant quelques mauvais traitements, avait cru
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plus prudent de se ranger parmi les incendiaires : tels avaient été les débuts du promoteur de tant d'insurrections.
Un jour on heurtait violemment à la porte du n*" 9, chez M. Savouré, chef d'une institution de jeunes gens, qui vint lui-même savoir ce qu'on voulait. C'était l'affreux voisin Henriot et plusieurs autres terroristes, ayant à lui intimer l'ordre de faire dîner ses élèves dans la rue. Les tables furent bientôt disposées, pour obéir à ces traîneurs de sabres parlant au nom de la Nation { mais M""® Savouré refusa prudemment l'argenterie et eut l'idée de servir aux élèves des mets qu'ils pussent porter aux lèvres sans faire usage de cuillers ni de fourchettes ; le fromage et les artichauds firent donc les frais de ces agapes par ordre. Déjà une fois le citoyen Henriot avait fait irruption pareille pour enjoindre au maître de pension d'abattre un certain nombre de bustes qui décoraient la façade sur la rue, et qu'il prenait pour des figures de saints ; or ces malheureux plâtres représentaient des dieux de la fable, et même, du côté de la cour, en a conservé huit ou dix, qui ne différaient aucunement des premiers.
La pension Savouré, au reste, fut fondée rue Copeau, aujourd'hui Lacépède, vers l'an 1730, dans le temps où les jansénistes, sous la conduite du supérieur Besoigne, suc* cesseur de Durieux et de Gillot, étaient expulsés de Sainte- Barbe, à l'instigation des jésuites de Louis-le-Grand, leurs
adversaires. Pendant 128 ans, de* père en fils, la famille Savouré dirigea toujours la maison, et' cette dynastie pa-^ raît devoir se perpétuer. Jean-Louis Savouré, premier du nom, eut dix-sept enfants d'un seul lit; Jean*-Baptiste en compte onze. En sa qualité de janséniste, Rollin accorda, dès le principe, son patronage aux Savouré; il leur prodigua ses conseils et ses encouragements. L'auteur du Traité des études leur fit mettre en honneur les doctrines de ce bel ouvrage. c< L'honneur est l'âme de tous les arts, di- « sait l'illustre recteur de l'Université de Paris, mais du « nôtre principalement. Quels que soient les préjugés d'tm « siècle corrompu par la frivolité, il n'est rien de plus « grand que notre profession ; rien qui exige des sentice ments plus purs et jplus élevés. C^est l'esprit et non le « corps qui est confié à nos soins. Un père remet son fils a entre nos mains ; il demande que nous cultivions son es- « prit, que nous formions son cœur à la vertu, que nous y « gravions les principes de la religion et de la piété. Quel « emploi ! Est-il des fonctions plus nobles et plus excel- « lentes? » {Opuscules de Rollin^ tome l*', p. 430.)
Presque seul, cet établissement d'éducation résista sans interruption aux crises de la Révolution, en substituant des cours particuliers à ceux des collèges de Lisieux et deMontaigu, dont Texercice se trouvait supprimé. Son droit de chapelle datait de la création ; Napoléon I" le saiictionna, et récemment Pie IX le confirmait. Parmi le» élèves re-
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maxmaaMeB de cette inetitutioti, citons te prince Jérôme, Pamiral Baudin^ Gay-Lussac, les généraux de Grouchy, MM* Naudety d'Houdetot^ Delécluze, Silvestre de Sacy, les docteurs Chomd, Donné, Vernois, l'architecte Rougevin. JML. Lacroix, professeur de mérite, est une étoile déplus pour cette pléiade. Il a mis au jour une notice historiqiie sur la maison, berceau de ses études, vers le marne temps où l'auteur du présent ouvrage publiait, de son côté, un li- "fre sur l'ancienne Sainte-Barbe. Grâce à M. Lacroix, nous «avons notamment que la pension Savouré fut transférée dès 1 779 dans le local qu'elle occupe maintenant C'était d'abord l'hôtel Danès ; il a paasé dans la maison de Rohan, avant que les Savouré l'acquissent ; jusque-là rien qui nous taquine. Mais la notice ajoute que ÎPierre Danès, précepteur de François II, puis évêque de Lavaur, fut propriétaire rue de la Clef, et rien dans son architecture, dans ses décorations à l'intérieur, n'autorise à croire l'édifice une construction du xvi"* siècle. Trois plans de Paris vont passer sous nos yeux ; cherchons-y cet hôtel Danès. Le plan de 1 652, n'en souffle pas le plus petit mot. Aucun trait ne l'indique davantage sur celui de 171 4, dans lequel figure jin corps de garde de gardes-françaises au coin de la rue d'Orléans, et qui compte en tout , rue de la Clef, 23 maisons. Interrogeons enfin Paris en l'année 1739; même absence de désignation. Décidément il y a erreur de date ; toutefois la noble et ancienne famille des Danès n'en a pas moins joui de cette rési-
32 LES ANCIENNES MAISONS DE PARIS SOUS NAPOLEON m. dence> dans la personne d'Antoïne-Pierre-Hilâire Danèâ, comte de Serris, baron de la Mothe, conseiller au parlement^ puis conseiller royal, président de la cour des Aides, gouverneur de Saint-Denis, et puis lieutenant-général de la ville, prévôté et vicomte de Paris, en 1770. L'ancien hôtel de ce grand personnage est menacé de perdre une partie de son joli jardin, et les pensions bourgeoises placées sur la même ligne doivent être également écornées : le percement probable d'une rue nouvelle met en émoi tout le quartier. Il est de fait qu'on y trouve encore de la verdure et que les squares y sont tout faits. — Grâce pour mes arbres! épargnez mon gazon ! s'écrie plus d'un propriétaire.
Paris. — ' Imprimerie de Pommbiiit et Hokbav, A2, me Yavin.
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Des. mes de Gïéry, de Glichy, Cloche-perche, du Cloître - Saint -Merry, ClopiD, du Clôs^Bruneau, Clos-Georgean, Clovls, de Qlnuy^ Cocatrii.