NOTICES FAISANT PARTIE DE L^OUVRAGE INTITULÉ
PAB. M. I.B«>BVTS,
Monographies publiées par livraisons siip«rées en suivanl l'ordre alphabéliqac d«s rue».
RUE DK CLÉRY.
— lie CArrefonr. — André Chénier*
Sur un titre du temps de Louis XIII, la rue de Cléry est encore désignée rue des Gravois et Chemin le long de$ fossez allant à laporte Saint-Denis. Un hôtel de Cléry projetait ses dépendances jusqu'aux fossés de la ville, et la rue fut ouverte en 1634, ainsi parlent plusieurs livres, d'ailleurs fort estimables ; pour cette foi* ils font tort de plus d'une année à la rue, qui était pourvue de constructions antérieurement, et dans laquelle pourtant aucune maison ne répondait plus au nom de Cléry, l'année d'avant celle indiquée; ledit séjour, par exemple, existait sous le règne de François P', et la rue servit de chemin de ronde, entre l'hôtel et les fossés, tant que la porte Montmartre resta près de l'endroit où no tre rue prend encore sa source.
NM . ^*^ D^ie&dait du firf de rArche-Sawt^Mandé, adjugé au sieur de T Arche, le 26 novembre 4656, et qui s'éieadait sorlesruesdeCiéry, Montmartre et Saint-Joseph, sous la censive du roi. Jean Cochery était possesseur de la maison, vingt ans avant, et Charles Gouin, maître chirurgien, vingt ans après.
N° 2. — En 1633, appartenait k Pierre Cochery, lequel y avait des chantiers attenants à ces bâtiments. A ce coin de la rue Montmartre était un marchand de vin en 1787 ; un autre s'y trouve de nos jours.
Il ne tiendrait qu'à nous de poursuivre assez loin cette nomenclature, de porte en porte. Mais des noms propres qui se présentent, sans évoquer de souvenirs, nous aimons à faire bon marché. Le 9 appartenait, du vivant des Cochery, à la coaseiilère Gagny; la profondeur de cette sorte de cité, administrée par un |K)rUer, dont la loge «&t ^urvue d'une grille et d'un guichet^ commue un bureau de papier timbré, lui vi^t de soo aacieû jardin. Le 4 1 , autre hôtel du grand siède, qui a gardé une rmnpe de fer, (ut ëevé par Deroux, puis arrangé pour Damand, trésorier du marc d'or, vers ta fin du règne de Louis XV. Ajoutez tcÀ sans ^rucune crainte au mascaron qui décore la grande porte du 43, et qui en reporte l'origine au même t^nps; nmis «»éfiez-vous des deux toureUes plaquée» depuis peu sur la cour, et qui vous feraient penser au moyen âge^ La porte cintrée du 1 4 fut également frirachie par Pieire Cochery,
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qui en était propriétaire^ un siècle et âemr atant le chevalier TEmbert.
W 17--^ Encore le même Cochery , présidant à la création de cette profnriété sur l'ancien emplacement de la voirie de Saint-Magk)ire^ dit le fief du Glos-anx-Halliers. De l'abbaye de Saint-Magloire, représentée par Tarchevêché de Paris ^ et de l'abbaye de Montmartre, pour une dîra^, relève ce fief allant jusqu'à l'égout, futur boulevard Poissonnière. L'hospice de Sainte-Catherine est toutefois seigneur censitaire du quart du terrain passant des mains de Pierre Cochery, qui vend le reste du même lot à d'autres , dans celles de Louis-Henri de Berthelot, qui y laisse à ses filles, M"* de Lansac et la marquise de Vernouillet,. l'hôtel dont il s'agit céans. Louis-Robert Halle de Chevill jr l'acquiert en 1767 ; après lui vient sa veuve. A cet im-:. meuble fait vis-à-vis, dans le principe, un taste espace ou se tient le jeu du Pah-h-Mail^ et avant peu il s'y érige une série de maisons bourgeoises, qu'on y retrouve.
N°" 19 et 21. — Robert Poquelin, prêtre et docteur en Sorbonne, est regardé comme' un des nombreux frères de Molière ; il a pris la qualité d'oncle en signant au contrat de mariage d'un neveu et d'une nièce du plus grand de^ poètes dramatiques ; un autre menibre de cette famille, dont le prénom est identique, n'a pas eu moins de vingt enfants^ On fait naître le théologien en 1630 ou bien 1632; on assure qu'il est mort en décembre 171 4 ou en janvier 1715. Nous
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découvrons^ eu ce qui nous concerne, «qu'aux termes d^n acte passé devant Lefèyre, notaire à Paris, le 8 juin 170O, il a fait donation à Louis de Lubert d'un grand hôtel avec jardin, contenant 759 toises de la ci-devant voirie de Saint- Magloire, quoique tributaire du cens à Sainte-Catherine, et^ qui s'est divisé depuis en deux, maisons susindiquées. Lubert ensuite lègue la propriété à une de ses filles, qui a pour héritiers sa sœur, Marie-Madeleine, fille majeure, et Bon frère, Louis-Pierre, lesquels vendent l'hôtel Poquelin, en 1 778, à Jean-Baptiste Pierre Lebrun, marchand de tableaux, époux de M"*"" Vigée-Lebruû, peintre célèbre. Le mari forme de son côté, une riche galerie dans la maison. M"*** Lebrun, dans son appartement, reçoit une fois par semaine tous les princes de l'esprit, des arts et de la mode; les derniers venus, fussent-ils maréchaux de France ou princes de Prusse, s'asseoient par terre, faute de place. Grétry, Garât, Martin, Viotti, Sacchini et Cramer font de la musique avec elle; sa voix a des sons argentés. Une fête à la grecque s'improvise une après-dînée, chez M"**' Lebrun, qui joue aussi fort bien la comédie; M. de Pezai, neveu de Cassini, et qui demeure dans le même hôtel, contribue à la mise en scène de ce souper chez Aspasie : en Athéniennes paraissent des invitées, telles^çie M"*" Chalgrin, fille de Vernet, M"^ de Bonifeuil, future comtesse Regnauit-de-Saint-Jeand'Angèly; des convives sont à demi couchés autour d'une table, et le Chypre circule dans des coupes , les cordes vi-
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brant d*vaï^ lyre d'or, et une ode exhalant ses strophes harmonieuses des lèvres d'un poète couronné. Portée en 4793 sur la liste des émigrés, quand M** Lebrun rentre en France, après un laps de neuf années, elle est reçue par son mari, dans une maison bâtie rue du Gros-Chenet, aux dépens du jardin de Tancièn hôtel Poquelin ; mais elle donne encore des concerts, rue de Cléry, dans une salle qui, sous la Terreur, a discrètement servi à dire la messe, bien que la maîtresse de maison exilée en eût fait plusieurs fois une salle de spectacle, peut-être même Molière à ses débuts. Dans la même salle, sous la Restauration, ont eu lieu une exposition de peinture, au profit de quelque bonne œuvre, et les concerts du chevalier Berton, compositeur, fils et petit-fils de musicien, habitant alors la maison.
N"* 2i3. — A Picard, trésorier des parties casuelles, au milieu du siècle xvu, puis à sa veuve, puis à M. de Bragelongne, puis à M. de Chastulé : voilà pour les propriétaires. Mais Ducis, en 1808, y avait un appartement; il y fut honoré pour la seconde fois d'avances dues à son mérite, mais que ses opinions lui imposaient de refuser. Bien que déjà, nouveau Joseph, il eût laissé le manteau de sénateur entre les mains du tentateur, on lui offrait encore la croix d'honneur. — J*ai refusé pis, osait répondre Ducis.
N'^SiS. — Les Picard eu ont également disposé, et la famille de Cuisy au siècle suivant. Un des grands noms de €e temps-ci, qui a commencé au barreau, se rattache à la
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même maison , où un^ logement de garçon sai]pMif|^ y&tB 1 830, à M. Baroche, président actuel du conseil d'État. L^0 savants du quartier la prennent, mais bien a tort, j^wt le ci-devant hôtel Leblanc, habité par Necker, loué par M"* d'Esfourniels en 1774 à la régie des droit» réunis;, et puis 3* mairie, section de Brutus; cette propriété voisine a disparu, en 1 842, laissant passer la rue de Mulhouse.
Une statue de sainte Catherine, à Tangle de la rue Poissonnière, rappelle que Tbospice de ce nom, ayant pigiK)» sur le carrefour, exerçait son droit de censive sur les bô-^ tels que nous venons de citer. En face, une maison avance en angle aigu sur la rue du Petit-Carreau; Gabriel Her-^ bault, secrétaire du roi, en fut adjudicataire au Châtelet, en 1738,'et la transmit aux siens. Là, finissait en 471 4 la rue de Cléry proprement dite, forte de 39 maisons, de 15 lanternes.
Elle portait le nom de Mouffetard, depuis ce carrefour jusqu'à la porte Saint-Denis, et 9 lacyternes pour 42 maisons, suivant l'ancienne contrescarpe, restée sous la censive du roi. On y remarquait déjà une construction à façade sculptée, au second coin de la rue Poissonnière; elle avait alors une grande porte. Desgouttières, marchand de vim^ se faisait ad juger, en 1784, l'encoignure qui fait yis-àrvi:»* La 4"" maison, du même côté, avait enseigne Au roi Louis XIII y un rôtisseur^ nommé Ruelle^ l'avait acquise efi i68S!^ dçs héritiers de Forestier, menuisier^ qui l'avait fai^
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bHir tretite-^ci^q années avant sur un terrain au sieur Anne de Louis. Beaucoup de iMnuisiers^èkénistes occupaient déjà ladite rue. Néanmoins Bertbelot de Pletieuf, baron de filaycy munitionnaire des vivres^ y possédait une grande propriété, 5"" avant la rue Sainte-Claude^ qui pai^a dans les mains du roi, puis à Leblanc, ministre de la guerre. Enfin un autre immeuble, à gauche, faisant retour sur la rue Beauregard, à l'extrémité de celle Cléry, garde mémoire de rarrestation d'André Ghé^ier, condamné à mort le 7 thermidor an xi ; le poëte s'y livrait à l'étude, beaucoup plus qu'aux conspirations ; mais il avait fait insérer dans Je Journal de Paris des lettres qui le rendaient un des chefs du parti, prosi^it le 7, mais triomphant le 9 du même mois.