RUE DU CLOITRE-NOTRE-DAMB
La loi du 2i août 1790 détermina la position nouvelle de ces propriétés du cJoître Notre-Dame, dont les: titres principaux étaient un bref de Benoit VII , des lettres patentes deLothaire, et la Nation les affranchit, moyennant le payement d'un sixième de leur valeur estimative, des conditions particulières qui avaient voulu perpétuer leur transmission de chanoine à chanoine. L'Assemblée nationale, avant d'émanciper l'avenir de cette main-morte ecclésiastique, s'était enquise du passé, et nous allons sonder, comme elle, les arcanes d'une situation amphibie, qui était plus que de l'usufruit, moins que de la toute propriété, pour les chanoines dont le nom était porté par les trente-trois maisons canoniales du cloître. On disait à coup sûr : Maison Cochu et maison Farjonel.
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Et, en effet, elleer étaient dans le commerce ; impossible de leer prendre pour une partie de bénéfice ecclésiastique; on ne les achetait pas du chapitre, mais d'un chanoine, en présence du chapitre , sans énoncer ce qu'étaient les con- Tentions. Uun disait à la compagnie : — Je vends ma maison ; Fautre : — Je l'accepte , et le chapitre prenait acte, approuvait; se» droits, comme seigneur foncier, n'allaient qu'à cent sols , qui se partageaient entre les capitulants. Chaque chanoine, il est vrai, ne devait posséder qu'une maison ; mais ils étaient 51 , et toutes les maisons sitaées dans le périmètre du clottrei, dont les rues étaient entretenues par le chapitre , ne se trouvaient pas canoniales. Quand le chanoine était mort ab intestat , le bureau du chapitre ouvrait une enchère, et les droits de mutation s'âevaient au cinquième du prix; si, avant de mourir, le chanoine avait disposé in extremis de sa propriété , par^ievant les commissaires du chapitre pour là validité, c'est le dixième qui revenait aux capitulants ; dans ces deux cas, au reste, les créanciers primaient les héritiers, quant à la portion disponible. Tout cela étaittellement connu, qa'uQ chanoine empruntait avec la plus grande facilité, soit pcmr ax^quérir une propriété dans le clottre, soit po«tr la réparer ensuite. Ils avaient presque tous des dettes mais parfaitement hypothéquées , puisque plusieurs de ces maisons valaient de 60 à 400,000 livres. La veille de la Révolution , celle de M. Bochfu^d , décédé peu de temps
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avant la loi nouvelle , lui avait coûté 79'^&06i ft.^ ^ i) y avait fait 60^000 fr. de réparations dans Fannée de PaoquisitioD ; celle de M. Montagne , doyen y revenait de la même façon à 74,000 livres, plus aô,0OO, et il n'en était pas différemment pour les logis des chanoines^ Dumarsms^ Desplasses, Leblanc, Yiet, Delon, de Bonneval* Différentes conclusions capittdaires avaient été priées- en 4 775, en 4 766 et en 1745 réglant les différents usages ayant pour eux la consécration du temps , la sanction dee puissances spirituelle et temporelle ; toutefois , les statuts et règlements' conservaient au chapitre pris en eorp^ le titre de proprié-^ taire-foncier , tout en reconnaissant à ses membres la fa-^ culte de disposer de la jouissance des maisons par la seule voie des résignations au chapitre.
Les laïques habitant le clottre étaient eortout des magistrats ; au milieu du xvni® siècle, on YetMt y solliciter un bon nombre de parlementaire^^. Les^^ maisons canonidies étaient en possession de donner asile à des femmes, pourvu qu'elles fussent parentes ou domestiques ^u détenteur, et' pourtant, en remontant à 1 334^ nous trouverions un arrêté par lequel le chapitre défaidait à toutes femmes de fran* cèir les portes du eloltre. La preurve cpi^avant cette date pareille prohibition n'existait pasy c'est qu'flélolse et Abélard, ces évtngélistes d'mi amour que ne comvaisflEit pas l'antiquité païenne, se donnaient rende2^vous dans une des parties du cloître, sous ie prétexta ilest vrai d'étudier. On
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gait qu'à l'arigioe la paix de celte enceinte était incessatn^ ment troid)lée par le concours qu'y attiraient les écoles épiscopales, si bien que le chapitre avait résolu avant peu de n'y conserver que celle de théologie.
Sur la place du ParvisHle-Notre-Dame actuelle et dans la rue du GLoltre-Notre-Dame / qui d'un côté se confond avec elle, il y avait autrefois et l'entrée dudit cloître et le bureau des Pauvres qui donnait rue Saint-Pierre, tout près de Saint-Pierre-aux--Bœu£s, vis-à-vis presque de Saint- Christophe, et Saint- Jean-le-Rond, touchant la cathédrale d'une part, de l'autre la porte du cloître, et un puits, mais à l'autre extrémité de la rue, voisin de l'archevêché, non loin de la. rue Chanoinessè. * Quant aux maisons sur lesquelles depuis tant de siècles se projette l'ombre de Notre* Dame, voici des documents, inédits comme les précédents, qui les concernent :
En 1 660, Jacques Séguier, chanoine théologal de l'église de Paris, était propriétaire du SIS ; il était membre de c^tte famille Séguier portant avec éclat la robe depuis le milieu du xvi^ siècle et qui fut aussi celle , comme on l'a dit, du barbier de Charles IX. L'immeuble a jeté le froc aux or« tijds, le 8 brumaire an iv, comme adjugé à un bourgeois laïque ; mais le cardinal Mathieu et sa famille furent depuis parjQài ses locataires, aima que la duchesse d'Au-* imont.
ie chanoine Louiihloachim-^EUsabeth Cochu était pro-
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bablement le plus endetté de toute la œmpagnie au com* meneement de la Révolution>, et nous l'eussions trouvé sous le toit qui fait angle rentrant, n*" SO, sur une petite place de forme inusitée , d'aspect naïf et vénérable. Cette maison, résignée in extremis entre ses mains par le chanoine Jondon, s'était chargée, depuis la transmission, d'un très-^rand nombre d'hypothèques, preuve que tous les chanoines n'étaient pas riches; panni ses créanciers, dont la longue liste se produisit à temps, on remarquait un limo-^ nadier, un bonnetier et un épicier. Celui-ci devint l'acquéreur du chanoine, qui se retira bien dégrevé rue Chabannais , n"" 3.
Sur la petite place faisant retraite, se rencogne le 18, dont les glaces et les trumeaux ont été enlevés de notre temps, comme une garniture superflue au bureau de secours du IX' arrondissement, qui n'a gardé une rampe en vieux fer qu'en ne la croyant pas un objet de luxe.
Le 46 , où se tient l'école des Frères, est un peu moins reculé, comme alignement ; en foit d'âge, il n'a rien à envier aux voisins : j'en atteste les balustres de. bois d'un escalier . Maisons nées pour le célibat, elles en ont gardé la discré* tion ; loin de se commander , elles s'arrangent d'un commun accord pour isoler la vue dont elles jouissent, en bri«sant cinq fois l'alignement. De là vient cet angle rentrant, sur lequel prennent encore façade, en divers sens, le 1 4 et le 4SI, qui n'ont pas toujours observé le vœu du célibat,
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convenons-en ^ puisque dans Torigine les deui: projpnéiéB n'en faisaient qu'une. L'abbq CkBur, à préaent évêque, ha^ bitait le 1 4, comme le fait encore un chanoine^ M. Trétaox^ en y payant loyer. ÂM. Chillaud-Desfîeusi) dernier propriétaire canonial, avait été résigo^ ladite maison y le S7 septembre 1780, p^r M. de Ghazal, chanoine à l'article de la mort, et 3,840 livres avaient été perçues en eo&aéquence par le chapitre^ coamie dlmQ de Vin exiremù. Avant Char zal, c'était le chanoine ]^rnard Gaujet, qui dieqposait de la propriété et qui la dégrevait d'une dette contractée par un de ses prédécesseurs, Pierre de la Chasse, envers Gharlea Perrochel, chantre et chanoine de l'église de Parts, puis passée à Jean-Jacques Farjonel d'Hauterite^ chanoine de la même église et ccMOâieillei: m. la grand'dbambre du parle* ment.
De la Chasse ^ décédé archidiacre de Josas , avait été propriétaire en môme temps que Jacquefr-Ëtîenne de Mé^ romont, pénit^K^ier^ par conséquent, à leur époque, la maison était divisée ji Fun et l'autre avaient succédé à un homme éminent, Edme Picot, chancelier de ladite église et de l'Université d^ Paris, confesseur de la feuneuse M""*" de^ Brinvilliers ^ ce double chancelier tenait liai propriété pM conclusion capîtulaire du 4 janvier 1706, des vénérables doyen, cbanoines et chapitre de l'église de Paris^ ^tre le^ mains desquels elle avait été résignée par l'Université de Paris. Vqw en finir , rappelons que Louis. (Je Bemage^
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étant le titulaire de ce h)gi8 au milieu du siècle xtn^ céda à son coHègiie et voMnn dan'' 46, Jean de Hiltcrm, ud aisément d'eiiTÎroii trois mètees carrés^ cesaion ipii endbevétre encore l'un dana Vautre ces deux inunenbles mitoyens. Le chanohie Fejdeau ai/»t été Je prédécesseor de HiUerin, et ne sait-on pas qae la fiimiUe Feydeau a produit des #ujets brillants dans Tégiise et daos la magistrature?
Etienne Biémont j né à Ghâteandun œ 1744, avait la Tocation des scicoces abstraites. Curé et grand-pénitencier à Chartres, il prit ensuite le bonn^ en Sorbonne et devint chanoine à Paris; mais à l'époque de son diangement d'église, la Gazette ecclésiastiqiAe TattaqUa à propos des prétendus miracles opérés sur la tombe du diacre Paris. L'abbé Brémont fiit surveillé par le parlement, puis décrété de prise de corps ; ii se sauva plus tard en Italie ; seulement ses biens furent annotés pendant onze ans, et notamment sa maison dans le cloître , dont se remarquent la belle porte eintrée surmontée d'un balcon , et la rampe d'escalier eu fer, 40, rue du Cloltre-Notre*Dame. L'amour de la patrie l'emportant sur les avantages qu'on hû offrait en Italie, Brémont se plut à rentrer en France, où ses oor ^rrages obtinrent àxi renom , entre autres un livre en six volumes. De la Raison dans rhommey honoré d'un bref de Pie YI. Cet ecclésiastique assistait, non sans émotkm, au spectacle révolutionnaire, où ses amis jouèrent le rôle de victimes, lorsqu'un érysipèle goutteux l'enleva aux consO"
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lationsdu travail^ le S3 janvier 1793^ c'est-à-dire quelques jours après la mortdu roi. Les héritiers d'Etieone Brémont^ par un arrêté dés commissaires de Tadministration des Domaines nationaux, le ISI juin de la même année, furent déclarés propriétaires, payement étant fait du sixième s^ partenant à la Nation, de la maison sise au ci-devant cioître. Celle-ci tenait, le ^^ floréal an ra, par-derrière aux citoyens Despinas et Desfieux , cindevant chanoines , d^un côté au citoyen Rivière, ci*devant chanoine, et à la ci-de* vant maîtrise des enfants de chœur, d'un autre côté au citoyen de Lostanges, ci-devant chjanoine , et au citoyen DesBeux , déjà nommé.
M. Bouchardat, ex-pharmacien en chef de l'Hôtel-Dieu, possède en ce temps-ci la maison du précité chanoine Rivière, au nM de la rue. Une rampe de fer, bien que d^uis longtemps le style en soit passé de mode, rajeunit encore cet hôtel qui a été la résidence du médecin de Charles VI. L'habileté de ce médecin royal est rappelée par Sismondi ; son domicile dans le cloître, vis-à-vis de Ié^ porte Rouge^ est constaté de même par Barante, dans VHistaire des ducs de Bourgogne. Probablement ce médecin était prêtre, il s'appelait Renaud Fréron ; c'était le plus estimé des médecins attachés au roi, dont la démence fut traitée plusieurs fois par des astrologues, des sorciers. /
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