SOU§ NAPOLÉON III
aux couples qui s'y glissent l'étrenne de leur propre barbe. L'accessoire vient partout en aide au principal, dans cette quête aux aventures, prétextée périodiquement par les après-dînées et les soirées qu'on vient passer au Colisée, L'œillade, hameçon de la rencontre, fait des pêches miraculeuses autour du grand bassin d'eau douce où, par des exercices nautiques, préludent les divertissements. Enfin ^ grâoe aux jardins publics , ces encyclopédies vivantes , la société française fait bon marché d'une étiquette qui se relâche y et gagnant des mœurs plus façilos à ce que les rangs se rapprochent, elle fête, comme un plaisir de plus^ une égalité qui s'y prête^ La môme buvette y désaltère la noblesse et le tiers-état, qui s'y succèdent sans amertume ; on commence môme à prendre pour une saveur l'aigreur fermentée de la bière^ qui fait concurrence aux sorbets. Puis, chez le traiteur duCoKsée, dont le programme est publié, « Vous êtes traité à tant par tête, depuis la moitié (k d'un éoi jusqu'à un loiûs, et toujours servi , proprece ment. »
Des princesses , des ambassadrices , se donnent rendezvous, il est vrai , sur les gradins de l'enceinte circulaire y sans préjudice pour les familles bourgeoises, bien que la ComédierFraAçaise et la Comédien-Italienne ne soient nullement consiguées au contràlei* Les divinités du théâtre font du monde entiier leurs coulisses, et surtout des lieux où l'on soupe* Bien qu'elles soient on minorité^ leur entrée produit
quelque effet, au Colîsée Comme sur la scène , et celle de M*^* Guimard, qui n'apparaît que rarement et sur le tard , fait ouvrir grands les éventails, par prudeur ou par jalousie, et avancer plus d'un carrosse» Signalons deux autres danseuses , inférieures en réputation , mais qui ne manquent pas un jeudi. Voyez-vous cette figure à peindre, mais qui se détache déjà peinte d'un groupe animé, près de l'orchestre? Quels yeux vifs , sans cesse attachés sur ceux d'un maître de ballet, et près duquel elle se tient! Telle est M"* Lafond, de la Comédie-Italienne, qui aime éperdûment Vestriss , et pour laquelle celui-ci a quitté M"* A lard, des Français. Jusque-là vous ne comprenez guère, n'est-il pas vrai? le luxe dont toute sa personne a parfaitement pris l'habitude ; vous seriez plus surpris encore, si vous voyiez l'appartement que cette danseuse, fille d'un pauvre petit tailleur, occupe rue Comtesse-d'Artois, dans une maison à sculptures, vis-à-vis la rue MauconseiL Mais remarquez , uii peu plus loin, l'intendant de ses menus-plaisirs, qui a le même titre près du roi ; c'est Papillon de la Ferté. Derrière M"® Lafond, voici une de ses amies attachée ^.ux ballets de la Comédie-Française , M"* Vallée, dite Dupin ; ses galants, les compte qui pourra. J'en remarque pourtant un qui passe , et le seul dont la curiosité ait grandi en assiduités ; vous ne devineriez jamais qui ? Si je vous dis que jamais pareil monstre n'a franchi le seuil du Colisée , Y^us reconnaîtrez bien vite le duc d'Uzès , vieux et petit, bossu
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en tous sens , défiguré au point qu'une joue lui manque , agrandissant la bouche qu'elle fait dévier. Presque tous les soirs que Dieu fait , la Dupin soupe rue de l'Ârbre-Sec , en face de cet affreux visage qui fait encore plus de grimaces eu quittant son état de repos , et que reçoit-elle? Ah! ce n'est pas trop payé : trente louis par mois , sans les cadeaux« .
Ainsi va le Golisée jusqu'en 1 780 ; puis il reparaît sous ce nom une guinguette soldatesque, donnant aussi sur le rond*point. On veut qu'à l'ancien GoUsée ait survécu, n"" 44, une manière de pavillon, décoré de sculptures du temps ; un pensionnat de demoiselles a occupé ce petit bâtiment, augmenté par le sieur Catelouse, affermé aujourd'hui par bail à la maison de l'Empereur ,. dont les écuries, rue Montaigne, remplissent une portion de l'espace où était le jardin public. Ce côté de la rue , au surplus , a pour fondement une tourbière ; on y a bâti sur pilotis ; des débris de végétaux , accumulés depuis vingt siècles , forment un lit combustible par-dessous.
Au commencement du règne de Louis-Philippe , la rue comptait plus de chantiers j plus d'ateliers sous des hangars, plus de jardins qu'en ce temps-ci. En fait de maisons, on y voyait le 1 3 , populeuse cité ouvrière , précédée par U99 avenue et ouvrant aussi rue de Ponthieu , rue d'Angoulême-Saint-Honoré; le 14, le SO, le ^6, le 30, et cette d^nière maison, assez petite et racornie, figure parmi celles
qui gue€édèrent directemeut au Coliaée ; le 32 ^ le 34 , le 36, eu face desquels a demeuré Gautier/peiotre des équi-^ pages du roi, dans uoe maison qui a &it piaoe à d'autres ; le 35, aussi vieux que la rue, quant à son bâtiment du fond; le 38 et le 40 , construits pour Bonnet , carrossier, avec Targeot que venaient de lui rapporter ses fournitures au maréchal Davoust \ le 46, déjà incorporé aux écuries de la duchesse de Berri, maintenant écuries impériales; le 53, maison rajeunie d'un demi-siècle par son enseigne, hôtel de VAlma.