‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 13 sur 65 · NAGUERE DES DOUZE-PORTES · texte numérisé non relu

NAGUERE DES DOUZE-PORTES

sa porte des premiers jours ! Un charbonnier s'en sert, à lui tout seul, car le passage des autres locataires est une allée qui donne rue Saint-Louis. Un petit hôtel garni se montre plus coquet, n" 7 : il est vrai qu'une marquise y payait loyer, sous Louis XV, à Massin, comte de Meslay, président en cour des comptes. Mérault, seigneur de Gif, grand-père de M™" de Meslay, avait la maison au commencement du même siècle, dont la 75™*' année y vit arriver le président de Gourgues, voisin dont le mur mitoyen était parallèle h la rue. Or ne savait-on déjà plus à cette époque, qui fut celle où monta Louis XVI sur le trône, h qui payer, pour cette propriété, la redevance censitaire? On eût pu attribuer à M. de Lapalisse la teneur du contrat de vente à cet égard : « Étant ladite maison en la censive des seigneurs et dames de qui elle peut relever. »

Ne se fait-il pas temps d'en venir aux anciennes maisons de Nicolas Le Jay? Elles sont trois, qui se suivent, au commencement de la rue, sur la gauche. L'un des premiers successeurs de ce propriétaire-doyen est Claude-Joseph Le Jay, marquis de Maison-Rouge, gouverneur d'Aire en Artois, qui épouse vers la fln du xvn*' siècle la fille du contrôleur-général des Postes Pajot d'Onzembrai et de Marie-Anne Rouillé; il meurt en 1736, laissant sa trinité de maisons à sa tille, qu'a épousée en secondes noces Paul-Esprit Feydeau de Rrou, intendant de Paris, puis garde-des-sceaux en 1762, démissionnaire l'année suivante et décédé quatre ans après. Or un Feydeau de Rrou, président au grand-conseil, a déjà marié sa fille au président de Mesmes, en 1695, et les deux mêmes familles se trouvent assez bien de leur double alliance pour revenir encore à la charge, l'année 1749. Cette fois le marquis de Mesmes, seigneur de Rougival, prend pour épouse une petit e-tille du gouverneur d'Aire et du chancelier Feydeau : le roi et toute la famille

royale signent au contrat. Lesdits époux de Mesmes, à trente-un ans de lii, vendent à Fain, couvreur, les trois propriétés, savoir: le 1, habité alors par M. de la Mauselière; le 3, par M"'*^ de Waubert, et le o, par M. de Sandrecour.

Malgré cela, les bas-reliefs du 3 et sa petite porte ne sont pas d'un temps éloigné du nôtre. L'abbé Fournier, chanoine de Notre-Dame, vient de mourir au 5, où il logeait depuis le Concordat. M. Lequesne, sculpteur distingué et joueur d'échecs dont les parties se notent, est le tils du propriétaire de l'immeuble angulaire de même provenance et le petit-fils de M. Garand, directeur-général des subsistances militaires, dont le citoyen Snoble fut le prédécesseur: ce dernier possédait également les deux propriétés précitées.

Mais quel souvenir encore se rattache iH la maison Lequesne ! Le nom de Crébillon père pourrait s'y lire, il aurait plus de signification que l'étiquette numérale de Douze-Portes; mais une plaque municipale l'a donné à une autre rue, et c'était bien le moins que dût la Grèce moderne h son Eschyle. Crébillon le tragique disait: — Corneille a le ciel ; Racine, la terre ; il ne me reste que les enfers... Le genre terrible adopta donc l'auteur à'Atrde, qui le lui rendit bien. Au beau milieu de sa réputation, il en était réduit à ses traitements d'académicien et de censeur de la police; la totalité en suffisait mal à l'appétit de sa nature robuste, à remplir de tabac sa pipe, car il fumait comme Jean-Bart, et surtout à nourrir la ménagerie d'animaux de toute espèce qui faisaient partie de sa maison. Que si vous lui demandiez d'où venait cet amour pour les bêtes, il ne vous mâchait pas le mot : — Depuis que je connais trop bien les hommes... Aussi fut-il traité en misanthrope par tous les Philintes, ses confrères, auxquels touteïo'isl il crut rendre service en provoquant un arrêt

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