‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 38 sur 65 · DES JUIFS ET DES ECOUFFES · texte numérisé non relu

DES JUIFS ET DES ECOUFFES

bre du roi, légua la maison h la belle-mère d'Hamelin, conseiller au Châtelet, lequel vendit à Lallemand, intéressé dans les afiPaires du roi. Or ce môme capitaliste avait, dans la ci-devant Pomme-d'Or, la propriété contiguë. Le fameux géograpiie Buache, gendre du géographe Delisle, étalDlissait la division du globe par bassins de rivières et de mers, subordonnés les uns aux autres, dans un cabinet dépendant de son appartement, rue des Écouffes. On doit croire que ce fut au 23 ou au 25.

Une petite maison de la même rue appartenait dès 1789 il un enfant mineur, qui s'appelait Baragueyd'Hilliers et qui est devenu le maréchal de France de ce nom. Sa mère, qui était sa tutrice, relevait là; elle avait eu en première noces pourépouxM. Nicolas Husson, conseiller du roi.

Ici Unit une triple notice, que nous venons d'écrire à Bade, sur des notes prises à Paris. Et ce n'est aucunement un chef-d'œuvre du genre. Si pourtant un préfet de la Seine ou un ministre de l'intérieur avait eu i^i faire recueillir les renseignemens que nous y rassemblons, quelle somme en eût-il coûté soit à la Ville, soit ti l'État ? Un louis peut-être, mais h la condition expresse que, le préfet ou le ministre ayant placé son louis sur le 36, ce numéro-là fût sorti !

Boulevard Poissoiiiiici'e. (i)

Le BonneMer. — Cheuvreux-Aubertot. — M^'^ de Vandré. — M. Silhouette. — M. de Cramayel. — Honoré. — M. de'' BoulainvilUers . — M '""^ Cavaignac. — M. Balleroy. — L'Abbé de Saint- Phar. — M. Montholon. — D'Ailly. — M. Augeard. — MM. Besson et Odier. — Le Cul-desac perdu et retrouvé. — Le 2 Décembre 1851.

Sur le boulevard Poissoiiuière, au coin de la rue du même nom, la boutique d'un bonnetier porte cette inscription: Anciennes limites de la Ville de Paris, an 1726. M. Girault de Saint- Fargeau, en son Dictionnaire des Communes, enchérit sur ce document: « Là, dit-il, dans les murs de la maison, {\ la hauteur du premier étage, était encastrée une pierre monumentale. Cette pierre était gravée et des armes de France et d'un édit de Louis XV, qui défendait de bâtir plus loin et d'étendre la ville au-delà. La ville s'est gardée d'exécuter l'édit et a bien fait; mais il n'aurait pas fallu enlever la pierre, qui a été détruite vers 1739. « Les Dezègre, marbriers, qui spéculaient en grand sur les terrains de Paris, ont créé l'immeuble dont s'agit.

Une autre enseigne figure sur la porte d'un grand magasin de nouveautés que présente le n" 7, mais qui s'étend aussi jusqu'à la rue : Cheuvreux- Aicbertot, maison fondée en 1786. La noblesse commerciale vient à son tour, et pourquoi pas?

(1) Notice écrite en 1860.

ce n'est pas un tour de faveur: elle a encore plus de crédit qu'une autre ; elle se rattache au nom d'un fondateur, qui la transmet avec le fonds. La maison de commerce du boulevard Poissonnière s'essaya d'abord à Pantin ; sa première étape dans la ville ne l'amena qu'au faubourg Saint-Martin; mais il y avait des liens étroits de parenté entre les chefs de ce comptoir et ceux d'un établissement du même genre dans la rue des Moineaux. Les dames qui vont acheter des robes auraient encore le temps à perdre de les marchander, une par une, si les maisons Cheuvreux-Aubertot et Bourruet- Aubertot n'avaient pas inventé le prix fixe {\ cette époque: jusque-là on débattait le prix, de part et d'autre, pour un fichu comme pour un cachemire, et, du moment qu'il y avait emplette à faire, il fallait un peu moins d'argent à qui avait la langue mieux pendue que le marchand de nouveautés. A l'année 1822 se rapporte, en réalité, le déballage au grand boulevard du magasin du faubourg Saint-Martin.

A cette hauteur, sur le Cours, un pavillon se rengorgeait dans la verdure d'un jardin en terrasse lorsque Terrât, chancelier du régent, y était reçu par sa maîtresse, M'^'^ de Vandré. Silhouette, trésorier des tailles de Limoges, avait eu le même cottage pour petite-maison. N'est-ce pas comme homme d'affaires de la maison de Noailles que ce comptable des deniers de l'impôt avait contracté les habitudes de gestion qui le firent condamner à une restitution de 110,000 livres le 7 novembre 1716? Son fils n'en est pas moins devenu chancelier du duc d'Orléans à son tour, puis contrôleur-général des finances, du 4 mars 1759 au 24 novembre de la même année : il avait épousé la fille d'Astruc, riche médecin de Paris.

Le terrain embrassé par les rues du Sentier et Saint-Fiacre, en bordure du Cours, avait été adjugé le 6 avril 1686 à Nicolas de l'Épine, architecte

des bâtiments du roi. La ducliesse douairière de Riclielieu et de Fronsac, née Tliérèse de Rouillé, eu était propriétaire quarante-deux ans plus tard, et le fermier-général Fontaine de Crama yel eil

Sous Louis XVI, l'envoyé de Prusse avait sa résidence sur l'autre allée du boulevard, et le n° 6 en dépendait. Une fabrique de porcelaine bien connue y perpétue depuis ses magasins, et M. Honoré, lauréat de la Société des gens de lettres, y succède h son père commemanufacturier: M. Honoré tils remplit aussi les fonctions de secrétaire de la Société amicale des anciens élèves du lycée Bonaparte, collège Bourbon.

L'hôtel de l'envoyé de Prusse était suivi, sur notre boulevard, d'un magnifique jardin, laissant voir la maison de la rue Bergère dont il était le luxe principal, Boulainvilliers, nommé prévôt de Paris en 1766, avait là un hôtel de campagne à la ville, remplacé aujourd'hui par la rue Rougemont et des immeubles également modernes. Puis venaient des maisons qui se retrouvent en notre temps, et d'abord une à M'"'' Cavaignac. Henri IV avait anobli un Bertrand Cavaignac pour ses loyaux services ; nous croyons que le nom de la même famille, rendu odieux plus tard par le conventionnel, mais restitué au jour honorable de l'histoire par le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif dans des circonstances difficiles, et par un autre général, qui survit, était porté au boulevard Poissonnière par la mère du conventionnel. Néanmoins ce dernier, qui était né en 1762, avait très -bien pu épouser, antérieurem.ent h la Révolution, la fille de M. Garancez, un ami de Jean-Jacques Rousseau : cette dame Cavaignac, tricoteuse d'une main en 1793, égrenait pourtant en dévote son chapelet de l'autre main, et sa double conviction n'a pas

été sans influence posthume, en 1848, sur la politique à deux fins de son fils, le dictateur.

Balleroy disposait d'une maison voisine, peutêtre le n° 24, qui a appartenu postérieurement à Honoré père, peut-être le n" 26, où fort longtemps le café Arrondelle, que fréquentaient les courtiers de l'usure et des effets de commerce au grand rabais, a précédé le restaurant Désiré. Une propriété contiguë, qui commençait par un étroit jardin formant terrasse, allait jusqu'à la rue du Faubourg-Montmartre : elle était à l'abbé de Saint- Phar, ainsi que le rappelle un l>ôtel garni, dit Saint-Phar, exploité dans le même immeuble. Moins constant, le boulevard Montmartre, nommé aussi Saint-Fiacre en ce temps-là, est celui qu'on appelle maintenant Poissonnière.

En traversant de nouveau la chaussée, nous saluons d'abord deux constructions modestes, comme les ayant déjà vues sur le plan de la ville en 1739, où elles faisaient pendant aux maisons du coin de la rue Poissonnière, à une distance presque entièrement remplie par des murs.

L'hôtel Montholon, moins ancien, est du dessin de Soufflot ïe Romain, élève et neveu de l'architecte du Panthéon; mais on y voyait sous l'Empire, à la place du magistrat Montholon, propriétaire du clos Cadet, le marquis Lelièvre de Lagrange, et le dépôt y existait déjà de la manufacture de tapis d'Aubusson. Comment oublier, au surplus, les beaux bals que nous a donnés plus récemment, à l'étage supérieur. M, le bâtonnier de l'ordre des avocats, présentement procureur-général (i)?

M. de Lagrange n'avait pas attendu l'Empire pour acheter cet immeuble à réméré ; un peu avant la

(1) M. Chaix-d'Est-Ange.

République, il en était déjh le détenteur, et six autres propriétaires, qui se suivaient entre la rue Saint- Fiacre et ledit hôtel, avaient noms: M.. Chaussard, M. ïalaru, M. Davillier-Odier, M'"'' Baguenault, M™" Cousin, M'"° Adanson. Plus près de la rue Montmartre résidait l'ambassadeur de Naples au même temps; mais nous ne savons pas si c'était chez Guichard, qui avait la pénultième maison sur le boulevard et une autre à deux pas, mais rue Montmartre.

M. Besson, ancien président du conseil municipal et ancien pair-de-France, occupe le n" 19, édifié en 1787 pour son beau-père, M. Cousin de Méricourt, caissier-général des États de Bourgogne, sur une place qui s'était détachée du territoire de l'hôtel d'Uzès de la rue Montmartre. L'architecte Célerié y avait pris un appartement, après avoir fourni le plan de la maison à Henri Trou, maitremaçon ; celui-ci, faisant mieux, avait profité de l'occasion, et des rognures de matériaux sans doute, pour élever ;\ son propre compte le 21.

L'autre tenant de Cousin de Méricourt s'appelait d'Ailly ; sa propriété garde par-devant une belle terrasse et par-derrière l'ancien cul-de-sac Saint-Fiacre, qui fait le mort sur la carte de Paris, mais qui s'est tout bonnement cloîtré. Cette impasse donnant rue Saint-Fiacre, après avoir touché aussi le jardin de l'hôtel d'Uzès, existe encore, moins passante que jamais ; les locataires de trois maisons du boulevard l'ont pour seconde issue, propriété particulière : l'usage a cessé d'en être public.

La fdle de Derbais, marbrier du roi et allié aux Dezègre, vendit à Chaussard, architecte, un terrain adjacent et partant de la rue Saint-Fiacre, sur lequel Augeard, fermier-général, conseiller au conseil du duc d'Orléans, avait déjji sa résidence au moment de la mort de Louis XV. Plus

tard, ce financier ayant émigré, son hôtel passa en diverses mains, et M. Odier père, négociant et banquier, s'en rendit acquéreur vers la fin de l'Empire : la veuve du général Cavaignac est la petite-fille de M. Odier.

Les pierres de ces. belles façades, que le temps ne rend pas plus tendres, tant s'en faut, ont résisté à une rude épreuve le 2 décembre 1851 : de tels jours ne sonl-ils pas pleins d'événements confus à expliquer? Des clameurs menaçantes, que profèrent seulement des passants, qu'écoutent des curieux en foule, mais qu'on croit parties également des fenêtres et des balcons, provoquent par-là les premiers coups de fusil, auxquels paraissent répondre d'autres balles, mais qui sont presque toutes celles des soldats, renvoyées par les murs avec des éclats de pierre. De là une horrible mêlée, et jusqu'à des canons braqués à portée de pistolet sur les maisons qu'habitent M. Besson et M. Decaen, maire de l'arrondissement. Les boulets et les balles vont vite en besogne : le boulevard Poissonnière est bientôt évacué. Par malheur le sang a coulé. Qui sont les blessés et les morts ? des soldats en très-petit nombre, et, pour la plupart, des curieux. Le libraire Adde a été tué en un clin-d'œil sous les yeux de sa femme et de sa fille, devant sa boutique ; des cadavres d'hommes et de femmes sont couchés devant le magasin du Prophète, en attendant que quelqu'un les reconnaisse. Scène assurément déplorable ! Où trouver cependant une révolution qui ait fait répandre moins de sang et moins de larmes que la journée du 2 décembre ?

La rue de Paradis-Poissonnière et la rue de Paradis-au-Marais,

MAINTENANT AJCiUTÉE A CELLE

des Francs-Bourgeois, (i)

Le Paradis potager. — Les Filles-Dieu. — Le Duc d'Orléans et la Danseuse. — La Capitulation de Paris en 1814. — Les Archives de VHôtel des Archives. — Reconnaissance du Mont-de-Piété quant à V Origine de ses pyHncipaux Bâtiments. — Les Blancs- Manteaux. — Autres Élus du Paradis du Marais.

C'est la rue Saint-Lazare qu'il faut chercher sur le plan que Boisseau a donné de Paris en 1643, pour y trouver la rue qui n'était pas encore celle de Paradis-Poissonnière et qui avait même formé un tronçon du grand chemin du Roule-à-Saint^ Lazare.

Le paradis n'y tomba pas du ciel ; il y poussa, au contraire, comme de l'herbe, en des près qui appartenaient, faute d'anges, à des religieuses. Assez longtemps ce paradis des plus terrestres demeura potager, en ne prenant ses élus que dans les maraîchers. L'enfer du même quartier, qui était la rue Bleue, n'avait rien encore de commun avec l'azur quand le bourreau y demeurait, entre la caserne de la Nouvelle-France et les guinguettes des Porcher ons. D'après un acte de soumission

(1) Notice écrite en 1860. L'autonomie de la rue de Paradis-au-Marais n'était pas encore supprinaée.

censuelle passé en l'année 1710 par révérendes dames sœur Geneviève Beauvillain, prieure et religieuse du couvent royal de Filles-Dieu, de cette ville, du Saint ordre, de Fontevrauld ; sœur Elisabeth Lovy, dépositaire, et sœur Marguerite Gutllet, boursière, leur monastère était propriétaire de 13 arpens de marais cultivés hors la porte Saint-Denis, au lieu dit Les Paradis et anciennement Les Présdes- Filles-Dieu, tenant d\me part au grand chemin des Poissonniers, d'autre part à Michel Naquet, d'un bout à la ruelle de Saint-Lazare, d'autre bout aux égouts de la Ville.

Beaucoup ' de légumes s' y récoltaient encore en 1738. On avait alors à main gauche, en entrant dans cette rue, le jardin de Ledru, h qui succéda Jean Fromentin, jardinier de la rue Bergère; puis venaient des pièces de marais à M"^ Pécheur, à M""* de Champeron, audit Ledru, à Michel Naquet et aux filles-Dieu. A main droite, l'enclos Saint- Lazare.

Pourtant le n" 44 de la rue, bâti en 1785 sur un terrain venant des lazaristes, est un ancien pied-à-terre de Philippe d'Orléans, plus lard Égalité, qui y logeait une danseuse. Le prêtenom du prince, comme propriétaire, était le chevalier de Saint-Sault. Néanmoins il y avait encore dans la rue presque autant de vachers-nourrisseurs qu'on y compte aujourd'hui de marchands de porcelaine en gros.

Son n° 51 est l'ancien hôtel de Raguse, où se conclut, dans la nuit du 30 au 31 mars 1814, la capitulation de Paris, signée par les colonels Denys et Fabvier, aides-de-camp des maréchaux Mortier et Marmont. La duchesse de Raguse y eut pour successeurs les héritiers Aguado, en 1842, puis le député Jacques Lefebvre, puis M. Legentil, pairde-France.

De cette rue est l'antipode, au quartier du Marais, une autre rue de Paradis, déjà tracée au xni*^ siècle, mais bordée alors de façon h en être appelée rue des Jardins.

Le ci-devant iiôtel Soubise y est devenu un édifice public à la fin de 1808: un décret impérial le transformait en palais des Archives. et plaçait en même temps l'imprimerie du gouvernement dans un grand hôtel de la rue Vieille-du-Temple qui était sorti des flancs de l'autre. La première de ces résidences avait servi d'entrepôt, lors de la prise de la Bastille, à quarante-cinq milliers de poudre trouvés dans cette forteresse, puis d'ateliers à diverses fabrications et de bureau pour les déclarations, lors de l'emprunt forcé, en 1793, comme aussi de caserne pour les hussards de Chamborand : un détachement de cavalerie prussienne vint encore camper dans ses dépendances après les Cent-Jours. L'historique de ce palais a été présenté par M. Henri Bordier, dans le chapitre II d'un livre trèsbien fait, les Archives de la France. Mais OÙ trouver un livre sur Paris qui n'ait pas abordé le même sujet d'étude?

Nous croyons que l'habitation féodale dont il subsiste la porte rue du Chaume, et qui sert d'entrée à l'école des Chartes, dans une aile de l'immense hôtel des Archives, remonte absolument aux templiers, lesquels eurent, en cet endroit, une grande maison, dite du Grand-Chantier. Le connétable Olivier de Clisson s'y établit, à titre de donataire des bourgeois de Paris et du roi, qui avait voulu subvenir pour 4,000 livres aux frais de ra])propriation. Toutefois Charles VI, en l'année 1392, y rassembla les francs-bourgeois d'alors, pour leur faire remise de peines qu'ils avaient encourues en prenant part à une émeute populaire, et la maison du Grand-Chantier fut appelée pour ce hôtel des Grâces. Puis le duc de Bedford,

régent du royaume pendant l'occupation anglaise, résida non-seulement a l'hôtel de Clisson, qu'on disait « scis en la rue des Bouchiers près de l'hostel de la Rivière », mais encore et en même temps à l'hôtel de la petite Rivière, mitoyen avec celui de Clisson dans la même rue.

Jamais château donna-t-il plus envie de voir la galerie de ses châtelains? Presque tous les portraits de celle-ci se retrouveraient dans les musées ; continuons-en du moins le catalogue. Le comte de Penthièvre, en 1407; le roi d'Angleterre, propriétaire par voie de confiscation, en 1423; lesBahou de la Bourdaisière, qui passèrent contrat de vente à Anne d'Est, femme de François de Lorraine, duc de Guise, le 44 janvier 1533 ; le cardinal de Lorraine, frère de François ,• Henri-le-Calafré, fils de François, qui fit précipiter du haut d'une fenêtre, au coin de la rue du Chaume, Saint- Mégrin, surpris chez sa femme. Les Guise achetèrent, il est vrai, un hôtel de la Rocheguyon et un de Laval, pour s'agrandir ; mais ce dernier ne pouvait être situé, comme on l'a dit, au coin de la rue de Paradis, car le plan de Gomboust y marquait très-distinctemer.t un jardin avant que l'ancien manoir d'Olivier de Clisson eût cessé d'être Guise. Le dernier duc de cette race le laissa à sa veuve, Elisabeth d'Orléans, morte en 1696 ; François de Rohan, prince de Soubise, le prit des héritiers de cette princesse, et il ajouta aux constructions des Guise, du connétable, etc., le magnifique hôtel dont la cour d'honneur ouvre sur la rue de Paradis, pendant que le cardinal de Rohan édifiait, du côté de la rue Vieille-du- Temple, son palais contigu : l'un et l'autre établis sur les dessins de La Maire, dit Lemaire.

C'est seulement en l'année 1842 qu'une maison voisine, l'hôtel d'Assy, s'est encore agrégée au domaine des Archives : on y installait des bureaux

et la demeure du chef de l'établissement. Or M. de Miromesnil avait précédé, comme propriétaire, le président Ghavaudon à l'hôtel d'Assy, et leurs titres de propriété remontaient même aux noms et millésimes qui suivent : Amelot, conseiller, 1606 ; dame Séguier, veuve de Bérulle, conseiller, 1395 ; Christophe de Refuge, loo5 ; Regnault-Boileau, écuyer, 1445.

Une autre institution publique a été fondée par Louis XVI dans un hôtel particulier, dont l'origine est l'une de nos découvertes. Les premiers directeurs du Mont-de-Piété n'ont fait qu'ajouter une façade à deux maisons acquises de Joseph Lelièvre, marquis de Lagrange, et de son beau-frère Louis Joli de Fleury, procureur-général. Lesdites maisons n'en avaient peut-être tormé qu'une à l'époque où Claude Blondeau, abbé d'Oigny, les tenait de M. de Villezain et de sa femme, née Blondeau, En tout cas le Mont-de-Piété ne doit quoi que ce soit au couvent dont il nous reste l'église des Blancs-Manteaux. Au jardin de ce monastère avaient tenu et la maison et le jardin de l'abbé de Rancé, poussé par un amour malheureux à la Trappe, dont il a été le réformateur. Faire se peut que cette maison se retrouve rue des Blancs-Manteaux, entre l'église et le Mont-de-Piété. Le cessionnaire du pénitent célèbre, en 1653, était Longuet de Vernaullet, grand-audiencier, qui a vendu à Deschamps de Courgy, payeur de rentes. Nous savons aussi de bonne part que Luillier, maîtredes-comptes, était propriétaire, en 1632, d'une maison après laquelle il n'en venait plus que deux dans la rue de Paradis avant celle du Chaume, et qu'il y avait eu pour devancier, en 1554, Simon Hennequin, gretlier aux présentations du parlement.

Des religieux de la congrégation des guillemites, instituée en Italie au siècle xii, avaient

fusionné sous Philippe-le-Bel avec les frères mendiants que, les premiers, on appelait blancsmanteaux ; ils ont laissé le nom de leur ordre à une rue que borde leur ancien couvent : un corps du logis monastique longe la cour étroite et profonde du 3 de la rue de Paradis. Les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur ont, à leur tour, dominé les guillemites dans ce couvent, où leur introduction était due au crédit du cardinal de Retz.

Du côté des Archives, que va nous rapporter le 6 ? — J'ai bien eu, pourra-t-il nous dire, pour maître et seigneur Jean Régnier, maitre-descomptes, sous Charles VITI, et un siècle après Jean Huguet, président au grand-conseil ; mais le marquis de Canillac m'a fait réparer en l'année 1707 par Boffrand, lequel a relié mes deux ailes au moyen d'une galerie, avec salon circulaire au milieu, portant sur une trompe ou tour ronde. Et du tout a pris soin Jean de Flesselles, président à la cour des comptes, puis François Dodun, correcteur, puis un autre Dodun, conseiller-maître en la môme cour : les passants peuvent juger de ce qui en reste. L'immeuble qui vient après moi n'est moderne que par-devant : je l'ai eu pour second, pour petit hôtel Canillac; néanmoins Pierre Le Tourneur, mestre-de-camp de cavalerie, y commandait seul sous Louis XVL

La moitié du n" 10 pourrait se flatter également d'avoir logé M. Paris de la Brosse, que le second Dodun avait pour président. La comtesse de Jaucourt tenait des Nicolaï, ses ancêtres, une propriété dont vous voyez ensuite la cour carrée prendre ses aises. Un des MM. Le Tonnellier de Breteuil, du haut du balcon du 14, ainsi que des fenêtres du l6, à vu passer les bardes empaquetées qui ont porté les premiers

numéros nu Mont-de-Piété, et il avait pour locataire l'un des premiers chefs de cet établissement.

Peu distant du prince de Rohan-Soubise du temps de Louis XIV, M. le lieutenant-civil avait résidé sur la même ligne.

Rue ILIzévir,

NAGUÈRE

Des Trois-Pavilloiis. (i)

Aucune hésitation pour les cochers qui ont quelqu'un à conduire dans cette rue : tout Parisien la voit d'ici. Mais où sont les trois pavillons ? On lit dans Sauvai qu'Anne Châtelain avait été propriétaire d'une maison à trois pavillons, au coin de la rue des Francs-Bourgeois ; mais nous sommes porté à croire que trois hôtels, au xvn" siècle, étaient encore seuls dans la rue, bordée surtout par des jardins. Or cette voie triloculaire avait déjà porté deux autres noms, celui de la Culture- Sainte-Catherine, à cause de son ouverture sur l'ancien Val-des-Écoliers, englobé par le monastère des chanoines de Sainte-Catherine, et ensuite le nom de Diane, à cause de la maîtresse de Henri II. Diane de Poitiers, duchesse Me Valentinois, n'a-t-elle pas été, au surplus, propriétaire et habitante de la totalité de l'hôtel Barbette ? La mort du roi, son doux seigneur, l'ayant fait exiler à Anet, l'effet de sa disgrâce a été le même dans l'inscription de la rue.

Si nous remontons même aux origines de l'immeuble qui limite la rue des Trois-Pavillons, du côté de la rue de la Perle, nous n'y trouvons rien moins qu'Etienne Barbette, maire de la

(1) Notice écrite en 1860. L'idée n'était pas encore

venue de donner à une rue de Paris Je nom d'une

famille de célèbres libraires et imprimeurs hollandais des XV1« et XYII» siècles.

Page 1