‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 7 sur 65 · RUE VAUVILLIERS · texte numérisé non relu

RUE VAUVILLIERS

inscrit son nom, sur le livre présenté aux voyageurs, avec cette orthographe : NapoUone Buonaparte. N'était-ce pas plus italien que français? Aussi bien le grand homme en herbe n'écrivait pas encore dans notre langue selon les règles établies par les maîtres en l'art de bien dire et par l'usage : plus d'une faute d'orthographe aurait pu, par exemple, se relever dans une lettre écrite de sa main, à l'hôtel de Cherbourg, le 9 novembre 1787, et adressée à l'intendant de la Corse.

Dans la rue du Four-Saint-Germain, à l'angle de la rue Neuve-Guillemin (i), avait été le four banal de l'abbé de Saint-Germain-des-Prés. Le commencement du xm*" siècle y vit florir l'hôtel de Roussillon, en la possession de Louis, bùtard de Bourbon, comte de Roussillon, petit pays en Dauphiné ; ce n'était qu'un démembrement d'un ancien séjour de Navarre, inauguré au siècle xni, puis remplacé dans tout le reste par la foire Saint- Germain. En 1620, nouveau morcellement. Tous les historiographes de dire, depuis lors, que rien absolument ne survit de ces deux manoirs de même souche. Néanmoins l'hôtel de la Guette pourrait être légitimé, en quelque sorte, comme enfant naturel reconnu de l'hôtel dans lequel le comte de Roussillon était déjà venu après la princesse Jeanne 1'% qui avait apporté la Navarre à la France en épousant Philippele-Bel.

Un seigneur de la Guette s'établit, en effet, à la place qu'avait occupée la princesse, et c'est encore en plein Saint-Germain-des-Près, avant qu'en un quartier de Paris se convertisse la ville de ce nom, et l'hôtel de la Guette n'est vendu qu'en 1754 par le marquis de Brulart, seigneur de Beaubourg, à Boudet, maître-maçon, qui l'arrange k son gré.

(]) De cette rue Neuve-Guillemin la rue de Reunes n'a rien laissé debout.

De là date ce que nous voyons dans la rue au n° 15. Boudet a acheté, en même temps que la maison, non-seulement un passage coniigu, qui conduit au préau de la Ibire Saint-Germain, et qui sert de troisième entrée à ce marché, mais encore une échoppe, adossée au gros mur de l'hôtel et donnant en foire. Le marquis a vendu précédemment une autre maison h. Doré et deux au meimisier Chardin, qui tient le coin de la rue Princesse.

Mais nous voici trop près nous-méme de la foire Saint-Germain pour n'y pas faire un tour. Le culde-jatte Scarron, qui a été le poète de. cette kermesse parisienne, dont une exposition annuelle est le prétexte, ne s'y rendait-il pas en chaise, de plus loin?

Sangle au dos, baston à la main. Portes-chaise que l'on s'ajuste, C'est pour la foire Saint-Germain, Prenez «arde à marcher bien juste.

Dame! il n'y a ((uo deux foires h Paris, une pour finir l'hiver, une pour finir l'été. Celle de Saint-Germain commence le lendemain de la Chandeleur et ne dure que quinze jours pour les marchands forains ; heureusement elle se continue jusqu'à la veille du dimanche de la Passion, en vertu d'une permission, que le roi ne refuse jamais aux autres intéressés et qui rapporte une gratification à ses valets-de-pied. On vend un peu de tout dans les galeries : bijoux, mercerie, draj), tabletterie, faïences, lingerie et jusqu'à des livres nouveaux, jusqu'à des tableaux d'anciens maîtres! Lieu de Iranchise pour les ouvriers insoumis aux jurandes, l'eniîeinte n'attire pas que des chalands; elle est aussi lieu de fête, surtout le soir. Le spectacle se donne toujours dans deux loges, quand ce n'est pas dans quatre, et l'opéra-comique, ce genre national, y débute. La Foii'e sert aussi de

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berceau aux théâtres de l'Ambigu, de la Gaîté, des Variétés, bien que les montreurs d'animaux, les .gymnastes, les escamoteurs n'y aient jamais manqué de public.

Mais on ne danse pas que sur la corde, dans cette saison de plaisirs pris en commun qui relie le carnaval au carême. Chacun peut danser avec sa chacune, quand les ménétriers sont à leur poste. Pour les cabarets, ils foisonnent, et déjà sous Louis XIII celui que la Du Ryer tenait à Saint-Cloud avait une succursale à la foire Saint-Germain. Il faut même être un garçon sage pour n'y donner dans aucun genre de débauche. En revanche, tous les matins, on dit la messe dans une chapelle, depuis le jour de l'ouverture jusqu'^ celui de la clôture. Donc on ne fait pas que se damner en Foire, on y fait aussi son salut.

Quel grand seigneur dédaigne de s'y populariser ! Quel pauvre diable ne s'y invite pas, faute de mieux, au plaisir de frôler une foule qui, en général, est bien mise; au fumet aussi d'une cuisine que les cabarets font de bric et de broc, et qui lui semble meilleure que s'il y goûtait autrement; aux parades enhn des bateleurs, qui ont cela de commun avec l'amour qu'ils donnent toujours gratis ce qu'ils ont de mieux! Les plus petits ménages ne lont-ils pas d'avance la part de ces jours de gala annuels, dans une tirelire? Est-il une bourgeoise, pourvu qu'elle ait renouvelé à cette occasion sa toilette, qui ne se montre plus souriante, plus alerte, plus curieuse, plus affriandée, plus printannière, par conséquent plus jeune, h la foire Saint-Germain qu'au logis? Mais il suffît, hélas 1 d'une rencontre, quelquefois souhaitée, plus souvent imprévue, pour que cette transfuge du foyer domestique prête l'oreille tout de suite à des conseils, doiniés aussi I)ar le printemps!

Ah ! si d'autres dangers ne menaçaient pas, vous n'auriez encore que faire des conseils donnés, pour vous en prémunir, par le sieur C. N. Nemectz, dans le Séjour de Paris, volume paru en 4727. Homme de précaution, il recommande et qu'on se tienne en garde contre les nombreux voleurs qui exploitent les poches, dans cette cohue de badauds, et qu'on évite d'entrer dans les cafés des petites allées latérales de la Foire, qui franchement sont de inauvais lieux. Malgré cela, le moralisateur ne demande pas l'impossible, il sait son monde et ne se pique pas d'un rigorisme hors de saison. Voici quelle est sa conclusion :

.« Si on se peut dispenser de courir beaucoup avec des femmes ou des filles à la foire, tant mieux. On est fort embarrassé avec elles, et on n'en est pas quitte sans laisser de ses plumes. Toutefois quand on s'est une fois embarqué avec elles, on doit être en bonne humeur, et concourir à tout ce que la compagnie trouve de bon. »

Telle est la foire Saint-Germain, de par Louis XI, qui l'a établie et donnée à l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés. Les 140 loges qu'elle comportait depuis l'an 1486 ont été remplacées depuis par un échafaudage, qui laisse pénétrer l'air dans toutes les galeries, bien qu'elles soient couvertes, et multiplie les loges, reliées par une même enceinte. Un incendie détruit ces admirables halles dans la nuit du 16 au 17 février 1762, et elles sont rebâties dans la même année, mais avec plus d'économie. Les rues des Merciers, des Orfèvres, etc., n'y sont plus ii l'abri de la pluie. Marchands, comédiens et bateleurs ont retrouvé leurs places ; mais le nombre des cafés s'est accru en raison de la diminution du nombre des cabarets, et l'on a réservé au Vauxhall de la Foire deux loges pour le prince de Gonti et pour le duc de Chartres. C'est alors que font rage, dans les théâtres forains,

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des pièces crouslillantes et pleines d'allusions, s'apl)liqiiant à des contemporains laciles à reconnaître. Les auteurs drainatiqurs y prennent plus de licences qu'à la Comédie-Italienne, mais ne sont le plus souvent pas autres. Les comédiens de Monsieur et ceux de la Comédie-Italienne finissent même par donner leurs représentations ordinaires dans une des salles de la foire Saint-Germain, depuis le mois d'octobre 1789 jusqu'à la tin de l'année suivante. Puis des apprentis comédiens jouent dans les deux loges foraines des Variétés et de la Liberté. Il ne suffît même pas de 1793 pour reléguer dans les us et coutumes du passé cette fêle annuelle ; il reste quelque chose, comme pour en sauvegarder le principe, bien que les privilèges et franchises du vieux temps fassent litière aux" libertés nouvelles. On ne s'y montrerait sansculotte sous la Terreur, tout comme on y était guisard au temps de la Ligue, que si les affaires marchaient bien. Mais loin de là! L'institution foraine de royale origine se soutient avec peine depuis que ses jours se comptent dans le calendrier républicain, et Marinier, médecin, demeure alors au ci-devant hôtel de la Guette; mais elle ne tombe toul-à-fait que vers la fin du Consulat. Le marché Saint-Germain et d'autres constructions remplissent plus tard la place vacante, et le passage que nous avons trouvé près ledit hôtel devient rue Mabillon.

De ce dernier immeuble, en 1850, M. Ledru- Rollin est le vendeur.

En face de la rue Princesse, maison adjugée vers 1691 à Lefébure, conseiller nu Chàtelet, après avoir été saisie sur Catherine P>onenfant, veuve de Régnier; elle a passé en 1747 du sieur Lalouette, y étant établi mercier, à Plé, autre mercier. N" 12 : bureau de confiance de M. Rapin, pour le placement des intendants et domestiques, sous Louis XVI.

N" 26 : hôtel dit Impérial 5 la même époque. N" 25 : hôtel du président Mole de Champlàtreux, précédemment au sire de Montbrison, acquis en 1793 par le citoyen Vaquez, plus tard trésorier de la cour de cassation, grand-père du médecin qui est propriétaire actuel. N" 32: Tardif, potier d'étain, adjudicataire en 1752. N" 34: les héritiers Champiat, même date. N" 33 : a été occupé par une communauté religieuse. N" 39: propriété vendue en 1733 par Hugo, marchand, et sa femme, née de Hansy, au séminaire Anglais ; elle est restée en ce temps-ci à la disposition des administrateurs des fondations catholiques anglaises et écossaises en France. N" 41 : même origine, confirmée par un h figurant sur un écusson. N" 70, ou peu s'en faut : Chevillard, épicier, acquéreur en 1668, tenant d'une part à Philippe, d'autre part i\ Lemausne, et une maison par-derrière, avec l'enseigne de la Chasse, appartient aux Incurables. N° 72 ou 74: Guillotin, sellier, rue de Sèvres, achète en 1749. N" 73 approximativement : les Morel vendent à Bonneau, année 1723.

En ce temps-Ui les images du Soleil-d'Or, des Trois-Rois, de la Nativité, du Pavé-Rompu et du Roi-François pendent encore ù d'autres portes de la rue du Four-Saint Germain. Quant au n°43, il dépend du couvent des filles de la Miséricorde, que remplaceront plus tard des francs-maçons en loge. Par-là, dans le principe, s'est ébaudie la Couitille de l'abbaye.

Le 63 a conservé pour ornement extérieur un bas-relief en pierre, qui représentait autrefois plus clairement la Chaste-Suzanne. Une tradition locale fait de l'immeuble un des anciens logis de la i-eine Blanche; mais on a regardé aussi Gabrielle d'Estrées comme y ayant demeuré. C'était, dans tous les cas, au milieu du XVIP" siècle, une académie d'équitation sous la direction du sieur Del Cape,

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